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Par
Jim Forest

Du 17 au 20 mai, 2007, une
cinquantaine de chrétiens, orthodoxes, catholiques romains, anglicans, et
protestants, venus d’Europe et des Etats-Unis, se sont rencontrés pour une
discussion sur le thème de « Pardon, Paix et Réconciliation ». Nous
étions les hôtes du métropolite Ignatios, l’évêque de la ville. Le colloque
avait été organisé par l’Académie d’études théologiques de Volos, en
collaboration avec l’Institut théologique de Boston (USA) et le Conseil
œcuménique des Eglises
(WWC). Cet événement était une contribution pour
l’Eglise de Grèce au programme du WWC « Une décennie pour surmonter la
violence », programme qui est concentré cette année sur l’Europe.

Lors de leurs présentations, les conférenciers ont
considéré divers aspects du thème général. Des intervenants venus de Chypre, de
Serbie, de Russie et du Proche Orient ont parlé de l’orthodoxie dans des
situations de conflit. Des membres de la Fraternité orthodoxe pour la Paix, de
la Communauté de San Egidio à Rome et du Centre pour un christianisme
contemporain en Irlande ont participé à la fin du colloque à une table ronde
sur le thème de « La contribution des Eglises chrétiennes à une culture de
paix ».
Chaque participant aura sa propre vision, ses
impressions du colloque. Mon rapport révèlera ce qui a particulièrement retenu
mon attention mais révèlera aussi ce que je n’ai pas retenu, en partie parce
que je n’ai pu assister à deux séances mais aussi à cause de la difficulté que
j’ai parfois eue à suivre la traduction simultanée de certaines des
conférences.
Il me semble que la question la plus importante et
la plus difficile adressée par le colloque était celle du rapport entre
l’Eglise et l’Etat ; en Grèce et dans beaucoup d’autres pays, c’est un
sujet de débats passionnés. Un exemple frappant : il y avait l’expérience
vécue par quelques-uns des participants lors de la divine liturgie le dimanche
matin à l’église Saint Nicolas à Volos. L’office s’est terminé par une
commémoration du massacre par des Turcs pendant et après la première guerre
mondiale de plusieurs milliers de Grecs de la région du Pont. A un moment donné
de l’office religieux, des représentants en uniforme des principales armes des
forces militaires grecques se sont avancés vers le devant de l’église. On avait
l’impression que la limite entre l’Eglise et l’Etat était ténue au point d’être
à peine visible.

Beaucoup de voix se sont élevées lors du colloque
pour remettre en cause un tel manque d’esprit critique quant aux rapports entre
l’Eglise et l’Etat. Un des intervenants, le métropolite Neophytos de Morphou à
Chypre, une île divisée entre Grecs et Turcs depuis plus de trois décennies, a
parlé du besoin d’autocritique à l’intérieur de l’Eglise, comme un moyen
d’amorcer un « processus de guérison ». Il s’agit de découvrir la
vérité, aussi douloureuse soit-elle, « car seule la vérité libère ».
Il a décrit l’impact négatif d’idées nationales transférées de Grèce à Chypre
pendant les années soixante. « L’appartenance à la nation grecque était
considérée comme égale ou même supérieure à l’adhésion à l’orthodoxie. L’Eglise
était perçue comme agissant pour la gloire de la nation. La foi n’était pas vue
comme le chemin vers le Christ sauveur mais comme la réalisation d’idéaux
nationaux. Les enseignements chrétiens de base ont été marginalisés. Je ne veux
pas suggérer que l’Eglise devrait être indifférente à des questions nationales.
Elle a son rôle à jouer. Nous apprenons à rendre à César ce qui lui revient.
Mais à Chypre, nous avons perdu l’équilibre, le juste milieu. Nous en sommes
venus à nous voir essentiellement comme un organisme politique ; nos
hommes politiques se tournaient vers l’Eglise dans l’espoir d’entendre des
paroles et des phrases politiquement correctes. Il y avait une absence de
pardon, une érosion de confession. Nous nous sommes lourdement trompés :
nous n’avons pas prié pour l’ennemi. Il y avait, en effet, des chrétiens
orthodoxes qui se scandalisaient à la seule demande de pardonner. Nous nous
sommes égarés. L’identité chrétienne ne devrait jamais être instrumentalisée
pour diviser [les gens] ».

Pantelis Kalaïtzidis, directeur de l’Académie
d’études théologiques de Volos, a soutenu que les guerres, même celles
poursuivies au nom de la religion, « ne sont rien d’autre que le résultat
de l’exaltation d’égoïsmes collectifs. Ils témoignent uniquement d’une absence
de véritable repentir, d’un déni de la Croix. Derrière tout conflit, nous
discernons facilement une « idolisation » de la religion, de la tribu
et de la nation, un vieux paganisme de la terre, de la patrie ou du peuple
« théophore », d’une prétention à l’exclusivité, qui est une vraie
tentation ».
M. Vletsis Athanasios, professeur à l’université de
Munich, a parlé du problème « de péchés commis collectivement par des orthodoxes
qui ne s’en sont pas repentis ou même l’incapacité [ou le refus] d’identifier
les péchés que nous avons commis ». Ce qu’il nous faut, a-t-il dit, c’est
« une mémoire éclairée ». Sans une « purification de la mémoire,
a-t-il ajouté, nous sommes condamnés à continuer à commettre les mêmes péchés
que par le passé ».

Lors d’une conférence sur la conception orthodoxe
des droits de l’homme, le père Emmanuel Clapsis, de l’Ecole de théologie de la
Sainte Croix à Boston (USA), a fait remarquer que « l’orthodoxie n’a pas
un système complet pour comprendre la personne humaine, qui reste un mystère
inépuisable. Au cœur de ce mystère, il y a le fait que chaque personne a été
créé à l’image de Dieu ». Il a évoqué « la dimension apophatique de
l’anthropologie orthodoxe, avec sa répudiation totale de toute
idéologie ».
« C’est une erreur, dit-il, que de supposer
que l’éthos de l’orthodoxie ne permet pas le développement d’une
sensibilisation à la défense des droits de l’homme. Au contraire, le point de
vision orthodoxe de la dignité humaine était l’idée des droits de l’homme. Il
est fort probable que les Eglises orthodoxes deviennent encore plus conscientes
du besoin d’une défense plus active de ces droits puisqu’il arrive souvent que,
sous la pression des défis de l’histoire, les gens trouvent de nouvelles
significations dans des idées traditionnelles (…) . Nous avons vu récemment la
publication d’importantes défenses de la notion des droits de l’homme et des
essais de les intégrer dans une compréhension orthodoxe de ce qu’être humain
veut dire, à savoir la communion entre personnes dans le contexte
trinitaire ».

Le docteur Athanasios Papathanasiou, éditeur du
journal trimestriel Synaxis, a parlé
de la guerre dans la tradition orthodoxe. « Il est intéressant de voir
comment la tension entre la nécessité historique et les critères de l’Evangile
est reflétée dans les canons de l’Eglise orthodoxe, » a-t-il dit. «
Je crois que l’Eglise n’est pas un corps monolithique avec un point de vue
unanime tout au long de l’histoire. Il y a toujours eu plusieurs tendances,
avec des sensibilités et des priorités différentes ; des tendances souvent
compatibles, parfois divergentes, voire en conflit ». C’est ainsi que l’on
trouve, même parmi les Pères de l’Eglise, toute une gamme de points de vue au
sujet de la guerre.
M. Geiko Muller Fahrenholz, un thélogien allemand qui organise un
colloque pour clore la « Décennie pour surmonter la violence » du
Conseil œcuménique des Eglises, a souligné le rôle joué dans les conflits par
l’humiliation et il a insisté sur l’importance d’étendre le pardon du péché
jusqu’à inclure la guérison des humiliations. Pour cela, nous devons nous
rendre compte de la manière dont notre péché non seulement sépare le pécheur de
Dieu mais a aussi de profondes conséquences sociales. Souvent des actes
coupables « provoquent un désir de représailles, où l’humiliation devient
un mobile autonome ». Des actes de revanche n’ont malheureusement aucun
pouvoir libérateur ; au contraire ils ne font que prolonger le cycle de
mort et de « morts en représailles », « jusqu’à ce qu’il ne
reste plus personne, sauf des veuves habillées de noir ». La
réconciliation, cependant, est « un processus de libération et pour les pécheurs
et pour ceux contre qui on a péché (…) . La vie de tous les jours n’est
supportable que dans la mesure où nous avons appris à pardonner ».

M. le chanoine Paul Oestreicher, prêtre anglican et
ancien directeur du Centre international pour la réconciliation à la cathédrale
de Coventry en Angleterre a lancé un appel émouvant aux chrétiens
d’aujourd’hui, pour qu’ils témoignent contre l’effusion du sang, tout comme
l’avaient fait les chrétiens des premiers siècles. « Après avoir abandonné
l’exemple et l’enseignement de Jésus comme sans pertinence pour la vie
politique, la grande majorité des chrétiens s’est impliquée dans la guerre, au
point de la considérer comme sacrée et comme l’expression de la volonté de
Dieu, et ce, des deux côtés des conflits. Nous avons élevé la nation et souvent
notre religion au-dessus de l’humanité. Depuis Augustin, les Eglises
occidentales prétendent être en faveur de l’idéal de la paix, tout en se
livrant à des guerres qu’elles considéraient justes, comme faisant partie d’un monde déchu. La doctrine
médiévale de la guerre juste exclue en théorie la plupart des guerres
actuelles. En pratique, presque chaque guerre- avec peut-être l’exception de
l’actuel conflit en Irak- a été considérée comme juste. Lors de toutes les
guerres, même les plus discutables, les aumôniers militaires, en uniforme, sont
une présence que personne ne conteste et que tout le monde estime être une aide
au moral militaire. Même la guerre d’agression d’Hitler a reçu la caution
explicite de presque tous les chefs des Eglises allemandes, protestantes comme
catholiques, y compris ceux qui ont eu le courage de s’opposer à l’idéologie
nazie. Il n’y avait que quelques objecteurs isolés. Les Eglises ne leur ont
apporté aucun appui ».

M. Rodney Petersen, directeur de l’Institut
théologique de Boston aux USA a souligné « toute la considération qui doit
être accordée à la religion dans la quête pour la sécurité des hommes ». « La
religion, a-t-il dit aussi, est une force polyvalente. Elle peut être une force pour le bien ou pour le chaos et le
conflit ou pour les deux à la fois. La religion a été invoquée pour justifier
la violence, pour résoudre des conflits et également pour fournir de l’aide
humanitaire et de l’aide au développement. Dans toutes ces situations, des
organisations, des institutions, des communautés et des chefs religieux sont
particulièrement importants dans la définition de la direction des efforts de
prévention des conflits ou de reconstruction dans des états fragilisés ».
M. Petros Vassiliadis, professeur à l’Université
Aristote de Salonique, était d’accord avec l’opinion que des facteurs religieux
ont été un moteur lors de pratiquement toutes les guerres. « Tous les
défauts du christianisme, a-t-il dit, ont leur racines dans une christologie
défectueuse. Pour moi, c’est problématique, chaque fois que nous accordons une
valeur absolue à notre propre mission ».

Le père Jivko Panev, professeur à l’Institut Saint-Serge
à Paris, a parlé de l’influence de l’Etat sur la vie de l’Eglise en Serbie
depuis la restauration du patriarcat serbe, avec cette conséquence que
« l’identité nationale a fusionné avec l’identité ecclésiale ». En
fait, beaucoup de Serbes qui s’identifieraient comme orthodoxes, n’acceptent
pas les enseignements de l’Eglise. Certains sont même des athées convaincus. Le
problème en Serbie est compliqué par « une idéalisation de la religion, à
la suite de l’effondrement de l’idéologie communiste. L’Eglise est maintenant
perçue comme le principal gardien de l’identité nationale ».

M. Kostas Zorbas, théologien et sociologue et, en
même temps, directeur de l’Observatoire des questions sociales du Saint Synode
de l’Eglise de Grèce, évoqua différents problèmes dans l’Union Européenne,
surtout en ce qui concerne la sécurité en Europe. Parmi ces problèmes, on
trouve les politiques de l’Union Européenne au sujet du Kosovo, de l’Afrique,
du Proche et Moyen Orient et de l’Asie. Il a noté que les institutions
européennes ont amorcé des dialogues suivis entre la religion chrétienne et
d’autres religions. « Aujourd’hui, en Europe, nous devons prendre en
considération de nouvelles formes d’insécurité, a-t-il ajouté, y compris des
problèmes d’immigration, de terrorisme, de pollution de l’environnement, de
réfugiés, etc. Les Eglises ne devraient pas compter sur des interventions militaires.
Celles-ci ne font que compliquer et aggraver les problèmes. Nous voulons que
les croyants parmi nos citoyens aient confiance en Europe, parce qu’ils auront
vu que les valeurs qui leur sont chères, valeurs basées sur la dignité humaine,
se reflètent dans les politiques européennes ».

M. Alexei Bodrov, directeur de l’Institut biblique
Saint André à Moscou, a parlé de différents problèmes en Russie. « Parmi
ceux-ci on trouve notre intolérance traditionnelle  – en principe, nous sommes tolérants, en fait,
nous ne le sommes pas. Il y a toujours un anti-sémitisme répandu. Même le
concept des droits de l’homme est perçu comme étant très suspect, beaucoup
moins prioritaire que l’intérêt national ou celui de l’Etat. Il existe
aujourd’hui en Russie, une orthodoxie très politisée qui n’a pas grande chose à
voir avec l’orthodoxie chrétienne. On note les nombreux liens entre l’Eglise et
les militaires, entre l’Eglise et la police, entre l’Eglise et d’autres organes
de l’Etat. Ceci est dû en partie au fait que l’Eglise a été substituée à
l’idéologie marxiste après l’effondrement de l’Union soviétique. Bien qu’un
pourcentage très élevé de Russes se considère orthodoxe, en réalité, moins de
quatre pour cent participent de temps en temps à des offices. Il y a une
ignorance largement répandue dans la population, en ce qui concerne les
questions religieuses ».
Rania Flavie Touma, du département pour la jeunesse
du Conseil des Eglises du Moyen orient et membre de l’Eglise orthodoxe
syrienne, a fait remarquer que, dans sa patrie, la Syrie, « la paix n’est
rien d’autre qu’un désir de mener une vie stable sans avoir peur d’être expulsé
ou tué. Il est difficile de concevoir la paix dans les circonstances que nous
connaissons. Toute notre région est en feu. Pour nous autres chrétiens, notre
vocation dans un tel contexte, c’est d’être l’instrument des changements que
nous voulons voir dans les autres. Nous devons être une Eglise qui révèle le
Royaume de Dieu et pas simplement une Eglise d’identité nationale ».

Mme Joan Patricia Back, représentante du Centre
« Uno » pour l’unité des chrétiens, situé à Rome, a parlé de la
spiritualité de la réconciliation, telle que l’on vit dans le mouvement
Focolari, qui existe maintenant dans quatre-vingt pays et dans lequel sont impliqués des chrétiens de beaucoup de
traditions. Elle a souligné la kénose, cet amour qui se vide, une voie qui
embrasse le néant, afin de mieux entendre l’autre. « Ce
« néant » n’a rien de négatif ni de passif, a-t-elle dit, mais plutôt
quelque chose de positif et de très actif. En vivant comme le Jésus abandonné,
c’est-à-dire … en vivant le « néant de nous-mêmes ». C’est un
« néant » actif, parce que cela veut dire être prêts à recevoir
l’autre, prêts à « nous rendre un [avec l’autre] ».
Le père Vassilios Thermos, prêtre orthodoxe et
psychiatre pour enfants d’Athènes, a dit, qu’« il n’y a pas de péché plus grave
que la guerre avec sa violence, ses haines, sa cruauté, des meurtres et avec
son fanatisme. Toute violence et toute hostilité constitue un assaut contre
l’Esprit Saint. Qui sont les pacificateurs que le Christ demandent à ses
disciples de devenir ? Ce sont ceux qui nous aident à surmonter la haine.
Chaque pacificateur est porteur de l’Esprit Saint. C’est un enfant de Dieu
parce qu’il imite Dieu. Après tout, on ne peut pas offrir aux autres ce que
l’on n’a pas soi-même ».

Mme Aruna Gnanadason, membre du personnel du Conseil
œcuménique des Eglises et membre de l’Eglise du sud de l’Inde (CSI), a insisté
sur le problème de violence domestique, dont les principales victimes sont des
femmes et des enfants. « Les femmes supportent la douleur et les blessures depuis des siècles, très souvent
en silence, a-t-elle dit, se tenant sur le seuil d’une mort violente aux mains
des hommes avec lesquels elles vivent car on leur a appris que c’est comme cela
qu’elles vivent leur foi. Beaucoup de femmes connaissent la marginalisation et
même l’exclusion, plutôt que de reconnaître que pour elles-mêmes, qu’il y a
quelque chose de gravement faussé et qu’il n’y a pas de raison qu’elles
acceptent de tels abus. Ce sont les mœurs et les valeurs de notre société qui
obligent les femmes d’accepter cette violence – ce n’est absolument pas une
notion biblique (…). Les Eglises doivent devenir un « havre de
courage », un espace sûr où des femmes violées ou violentées sauront
qu’elles seront secourues et entourées de soins. Les Eglises peuvent devenir
cet espace où les femmes qui ont connu la violence pourront trouver la
sécurité, pourront raconter pour elles-mêmes leurs expériences, afin qu’une
véritable guérison et une vraie réconciliation puissent avoir lieu ».
Mme Claudia Jahnel, maître de conférence en études
religieuses et en missiologie et en théologie interculturelle à l’Université
Friedrich-Alexandre à Erlangen en Allemagne, a parlé du problème de
« l’altérité » « L’appréciation de ‘l’autre’ et le processus de
jugement d’autres symboles culturels montrent des signes du rapport eurocentrique
séculaire avec ‘l’autre’, a-t-elle dit. Ce qui se passe, c’est la prolongation
du monologue historique de l’Occident au sujet de « l’autre », la
poursuite de la dévalorisation continue de « l’autre » (…) un acte de
violence épistémique. Tandis que, par le passé, « l’autre », d’autres
cultures, d’autres religions, d’autres sociétés, ont été « découvert »
par des explorateurs européens et seulement à partir de ce moment-là sont
« nées »., comme des sociétés primitive, immatures, enfantines, de
même, aujourd’hui, encore, il y a une tendance à concevoir
« l’autre » d’un point de vue occidentalo-européen et soi-disant
« éclairé », qui perçoit l’Occident comme le pôle développé et
actif : l’Occident intègre et harmonise les différences, apporte la paix
et la justice à d’autres parties du monde, réduit les conflits et proclame
l’idéal de la civilisation » .

Lors d’une séance consacrée à la guérison de la
mémoire, Mme Géraldine Smyth, religieuse dominicaine et maître de conférences à
l’Ecole irlandaise d’études œcuméniques à Dublin, a concentré son attention sur
le rôle de la mémoire dans le processus de l’établissement de la
paix. »Quelqu’un a dit un jour que la civilisation commence avec les
cimetières, nota-t-elle. Honorer les morts est un signe de politesse,
d’humanité, spiritualité (…) . En Irlande du nord, où un peuple divisé sort
d’une longue période de violence, la tentation récurrente est d’isoler et de ne
se rappeler que trop bien les « traumatismes et les moments de gloire »
de leur propre communauté, culture ou Eglise. Dans ce contexte, le processus de
réconciliation avec le passé est difficile et douloureuse. Car quand la société
commence à se demander comment garder la mémoire d’anciennes pertes, ce
processus remue très souvent des souffrances pour lesquelles les larmes ne
suffisent plus, peut-être même une colère difficilement maîtrisable par la
pensée consciente. Beaucoup de ceux qui ont voulu oublier sont encore hantés
par des images envahissantes de terreur et par une montée de douleur ou une
résurgence d’un désir de vengeance. Ceux qui ont survécu à la guerre ou aux
abus violents, peuvent, lors d’une thérapie, découvrir que leur corps recèle
des souvenirs, même quand les mémoires conscientes se sont estompées. L’art de
bien s’en souvenir implique également les opérations de l’intelligence et de la
volonté ; mais cela nous oblige à reconnaître tout un domaine instable,
subjectif, émotionnel. Dans de telles circonstances, des préceptes tels que
« pardonner puis oublier » ou « s’en souvenir et
pardonner » peuvent dévaloriser le
sens qu’ont des gens d’avoir été abandonnés et trahis. Il ne s’agit pas
simplement d’un choix moral. Il n’est pas facile de relier la mémoire à la vie
plutôt qu’à la mort, ni d’être prêts à se « souvenir », à revenir
ensemble, d’intégrer dans la vie restaurée de la communauté et les victimes et
les bourreaux. Le pardon est avant tout le partage de la vie divine et un don
de la grâce ».

Le Révérend Meletis Meletiadis, un pasteur
protestant dont la paroisse se trouve à Volos, s’est également adressé à la question de la mémoire, en évoquant le
sentiment de rejet qu’il a connu lors de son adolescence en Grèce. Il a rappelé
la période où il était traité d’hérétique et rejeté par les autres élèves de
son école et dont l’hostilité avait été encouragée par les enseignants et les
administrateurs de l’établissement. De tels traumatismes ont « laissé des
blessures profondes ». Plus tard, pendant ses études de théologie aux
Etats-Unis, il avait rencontré des chrétiens orthodoxes qui ne ressentaient pas
de mépris pour les hétérodoxes ; cette expérience lui avait changé la vie.
« Pour la première fois, je me suis rendu compte que si des orthodoxes
s’étaient entourés d’un mur impénétrable d’auto-justification, moi, je faisais
exactement la même chose, à ma  manière (…) .Pendant des années, non
seulement nous nous faisions mal mais nous avons affaibli notre témoignage
chrétien ».

La séance finale était consacrée à la question de
savoir comment les différentes Eglises chrétiennes abordent le problème de la
création d’une culture de paix.
David Porter, un protestant qui travaille au Centre
pour un christianisme contemporain en Irlande, a décrit l’initiative qu’avec
d’autres il avait commencé il y a vingt ans avec un défi biblique lancé à une
théologie protestante et nationaliste. C’était une initiative qui avait porté
beaucoup de fruits et qui avait contribué au récent progrès dans le pays.
M. Claudio Betti, catholique romain et membre de la
communauté San Egidio à Rome, a parlé de la vocation chrétienne où les croyants
sont appelés à surmonter une culture de peur et de violence. « Je
pense que le rôle des Eglises aujourd’hui est de confronter la violence et de
travailler pour une culture de paix, culture qui partira une fois de plus de
notre foi. Ce n’est pas le courage qui nous permet de surmonter la culture de
la peur, ce sentiment d’impuissance. C’est la foi qui nous permet de franchir
les frontières étriquées des interdits, de la peur et de l’intimidation. Je
pense que nos Eglises pourront affirmer une culture de la paix si elles peuvent
renouveler leur foi par un retour humble et aimant à la Parole de Dieu, à la
prière et à la liturgie. C’est toujours cela le point de départ ».

Jim Forest, secrétaire de
la Fraternité orthodoxe pour la Paix a parlé de l’importance pour l’Eglise de
retrouver la mémoire de sa propre résistance à la violence pendant les premiers
siècles du christianisme ; « Il est certain que nous autres
orthodoxes, nous nous rappelons comment l’Eglise primitive célébrait la liturgie.
Au grand étonnement d’autres chrétiens, nous restons debout pendant de longs
moments lors de nos offices. Mais malheureusement, nous avons beaucoup oublié de
la pratique et de l’enseignement social de l’Eglise primitive et nous sommes
devenus sourds à beaucoup de ce que les saints ont dit ». Il a terminé par
une citation de saint Jean Chrysostome : « Nous avons reçu le
commandement de n’avoir qu’un seul ennemi, le diable. Il ne faut jamais se
réconcilier avec lui! Mais, avec un frère, n’ayez jamais d’inimitié dans vos
cœurs ».

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