Iosif Bena, chercheur en physique et prêtre à Paris : « Le conspirationnisme encourage la paresse et le manque d’initiative. Cette façon de penser est destructive »
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Iosif Răzvan Bena (46 ans) est un chercheur bien connu et prêtre à Paris au sein de la Métropole orthodoxe roumaine de l’Europe occidentale et méridionale. Spécialiste de la gravité quantique et de la théorie des cordes, il a fait partie de l’équipe qui a représenté la Roumanie à l’Olympiade Internationale de Physique de 1993, où il a remporté la médaille d’or. La même année, il a été accepté au MIT (Massachusetts Institute of Technology), une université dont il a obtenu son diplôme avec des notes parfaites. Il a poursuivi ses études doctorales et postdoctorales à Santa Barbara, à UCLA et à Princeton, et en 2006 a pris la décision de retourner en Europe. Il a été ordonné prêtre en 2010 et sert à présent dans une église du sud de la capitale française, dans un local situé à l’intérieur d’un bâtiment industriel, transformé en lieu de culte. Récemment, lors d’une conférence sur la vaccination, il a également abordé le sujet du conspirationnisme. « Le conspirationnisme nous encourage dans la paresse et le manque d’initiative. Cette façon de penser est destructive. Plus une communauté accepte les théories du complot, plus son niveau se détériore »

Le prêtre-physicien a développé l’idée dans une interview pour PressOne :

– Il y a peu de représentants de l’église qui ont abordé des problèmes liés aux fausses nouvelles et aux complots. Pourquoi êtes-vous intéressé et pensez-vous qu’une telle discussion est importante ?

– Je suis physicien de profession, j’étudie les trous noirs et la gravitation quantique. Il y a beaucoup de gens dans mon domaine qui sont appelés des « crackpots » (n.d.t. en Français on pourrait traduire comme imposteur, aussi avec des connotations de déséquilibré). Ils proposent des idées absurdes, ils prétendent comprendre Einstein mieux que le reste du monde, savoir mieux ce qui se passe dans les trous noirs, comprendre comment fonctionne l’Univers. Mais la plupart du temps, vous ne trouverez pas de substance en profondeur. Ils sont comme un village Potemkine : rien de solide derrière.

Dans mon domaine, chaque semaine apparaît un tel imposteur qui dit que sa théorie explique en 5 minutes ce que des milliers de physiciens à travers le monde essaye de trouver depuis des décennies, et qui donne également des conférences. Ainsi, au fil des années, j’ai formé un filtre anti-crackpots très solide. Quand je vois quelqu’un dire des choses absurdes, je ne peux pas résister de lui montrer qu’il se trompe.

Une autre raison pour laquelle je m’intéresse au sujet est que le conspirationnisme fait du mal à beaucoup de nos fidèles. Ils sont envahis sur Facebook, sur Twitter avec des théories de ce type, ils commencent à les croire et après cela ils ne se protègent plus et se retrouvent à l’hôpital avec des problèmes. J’ai un paroissien qui a passé cinq semaines à l’hôpital, dans un coma artificiel, intubé. Le cousin d’un autre paroissien est décédé récemment après avoir été intubé en Roumanie. Il y a des gens non-suspicieux, qui voient quelque chose sur Internet, qui pensent que c’est crédible, refusent de se protéger, de porter un masque, et après ça sont infectés et parfois meurent. Je ne peux pas, en tant que prêtre, ne pas lutter contre cette désinformation. Je pense que c’est un devoir, d’autant plus que je peux comprendre, grâce à ma formation scientifique, où est la vérité et où est le mensonge.

– Vous avez dit lors d’une conférence qu’il est essentiel d’éliminer le conspirationnisme de la communauté orthodoxe. Vous l’avez appelé un autre type de virus.

– Ce n’est pas vraiment un virus, c’est un peu plus subtil. Du point de vue théologique, je vois le conspirationnisme comme une hérésie. Pour comprendre cela, regardons l’histoire ancienne de l’Église, où nous voyons qu’il y avait des hérétiques qui étaient appelés les Gnostiques. Ceux-ci s’imaginaient que l’Univers était contrôlé par des esprits de divers niveaux, des différents anges et autres êtres surnaturels. L’univers était vu comme rempli d’êtres surnaturels. Le gnosticisme était une expression de la tendance des gens à comprendre le monde en attribuant tout ce qui arrive à ces êtres surnaturels. Or le Christianisme vint et dit que tout cela est absurde, et que c‘est Dieu qui a fait le ciel et la terre et tout ce que nous voyons ; et, de plus, Dieu nous a fait don à nous les hommes, du pouvoir de connaître le monde, de le comprendre et de le maîtriser. Il ne veut pas que nous soyons des esclaves, sous le fouet de la peur et de l’émotion, mais il veut que nous soyons des fils. Le philosophe russe Berdiaev, a très bien expliqué cela dans son livre L’origine et la signification du communisme russe : « Lorsque le christianisme fit son apparition dans le monde, il venait défendre l’homme contre les périls de la démonolâtrie. L’homme se trouvait aux prises avec les forces cosmiques des démons et des esprits de la nature. Le christianisme lui vint en aide et soumit les esprits à Dieu ». Ainsi, le christianisme vient et dit : la nature n’est pas contrôlée par des démons et des esprits ; Dieu nous aime comme un parent aime ses enfants et Il veut que nous comprenions comment la nature fonctionne, et que nous devenions maîtres de la nature. Et c’est bien cela que rend possible la science. Donc, fondamentalement, ce que Berdiaev dit, c’est que sans le Christianisme – qui a révélé à l’homme que la nature n’est pas quelque chose d’absurde et de magique, mais crée par Dieu pour que nous la comprenions – il n’y aurait pas de science. Je ferais une analogie entre le gnosticisme des premiers siècles, qui attirait beaucoup de monde, et le conspirationnisme de notre temps. Ce dernier est embrassé par ceux qui voient le monde comme étant contrôlé par des forces extérieures et cachées, qui voient un complot derrière tout ce qui se passe. Les gens qui adoptent cette façon de penser voient tout comme étant contrôlé par certaines puissances au-delà de la puissance des hommes, qu’il s’agisse de Bill Gates, de la franc-maçonnerie ou des corporations internationales. Cette façon de voir le monde est pratiquement identique à celle des hérésies gnostiques. De plus, le conspirationnisme nuit personnellement à ceux qui y croient. Quand on voit le monde contrôlé de l’extérieur, alors on ne fait plus aucun effort pour se changer, on nous semble que notre effort devient sans importance. Si quelqu’un pense, par exemple, que seuls ceux qui ont pris des leçons en privé, ou ceux qui appartiennent à des familles de haut rang sont acceptés dans les grandes écoles, alors il perd toute son énergie pour apprendre et pour travailler, parce que cela lui semble inutile, et donc il ne réussit pas au concours. C’est ce que les Américains appellent une self-fulfilling prophecy « une prophétie auto-réalisatrice ». Dieu a donné à l’homme la capacité de comprendre la création, rationnellement et sans crainte. La science est l’une des manières dont les hommes manifestent ce don de Dieu

– C’est une sensation rassurante quand les dés ont déjà été lancés, tout est déjà décidé dans les coulisses…

– Cela calme l’inquiétude, mais c’est faux, et c’est un gros problème. Quand quelque chose ne marche pas, la réaction n’est pas d’abandonner le combat. La réaction normale est exactement le contraire : si les choses ne vont pas bien, on se retrousse les manches et on se met au travail. Par contre, celui qui devient inactif et paresseux à cause du conspirationnisme dit : ah, ça ne marche pas ? C’est la faute de ceci ou la faute de cela. Lorsqu’on a devant nous un problème, la solution n’est pas de dire que c’est la faute de Soros ou Bill Gates. La solution est de se demander : que puis-je faire ? Que puis-je faire de moi-même, que puis-je faire pour ceux qui m’entourent, que puis-je faire pour la communauté à laquelle j’appartiens? Quand les gens croient au complot, ils ne veulent plus sortir de leur confort, de la situation dans laquelle ils se trouvent, pour faire quelque chose.

– De plus, le fait que vous puissiez partager tous les secrets du monde sur Facebook vous fait vous sentir spécial.

– Exactement, exactement, quand vous imaginez comment ceux de Pfizer ont fabriqué le vaccin et que vous découvrez qu’ils ont introduit une nanoparticule lipidique dans le vaccin, vous pensez que vous êtes une sorte d’illuminé, un phare. Oooooh, tous ceux qui se font vacciner sont stupides, c’est moi qui vous expliquerai comment ça marche. Il y en a d’autres qui utilisent certains passages de la vie des saints. Ou certaines prophéties qui nous apprennent que quelque chose de mauvais va se passer. Et ils commencent d’interpréter les prophéties de ces saints comme si on lisait Nostradamus : Regardez ce que le saint a dit, que ceci et cela viendront! Seuls moi et le saint comprenons le monde, nous voyons les signes des temps, le reste, à commencer par les évêques et le patriarche, sont des ignorants et des aveugles avec leurs masques et leurs vaccins, avec leurs pandémies et leurs hôpitaux. C’est l’humilité qui manque cruellement. C’est aussi une sensation très agréable de se voir en compagnie de saint Paissios. Moi et lui, ensemble, spéciaux, séparés de la foule par notre compréhension illuminée de la réalité. C’est très agréable, on aimerait beaucoup que cela soit comme ça, mais il faut savoir que c’est faux. La croyance dans les théories du complot est une pseudo-religion. Nous ne voyons plus les choses venir de Dieu. Lorsque la pandémie a commencé en mars, beaucoup de gens y ont vu quelque chose que Dieu avait permis de se produire. Les gens se sont demandé : dans quel but ? Pourquoi Dieu permet-il que cette calamité nous arrive ?

Beaucoup ont changé leur vie à cause de cela. Lors du premier confinement, de nombreuses personnes ont participé aux discussions, aux prières, elles avaient changé leur façon de voir les choses et de se voir elles-mêmes. Elles ont réalisé que le virus arrivait parce que nous vivons dans un monde très globalisé, parce que les gens ont un peu exagéré avec les voyages et l’agglomération.

Il y a eu beaucoup de choses qui ont favorisé la pandémie actuelle, une consommation excessive, nous voulons toujours acheter, acheter, acheter, de l’abondance, de l’abondance, de l’abondance, l’argent, l’argent, l’argent. Cette ruée vers les choses matérielles et l’argent a considérablement stimulé l’économie, ce que les économistes apprécient certainement. Mais cette situation de flux très élevés entre les pays favorise également l’apparition d’épidémies. C’était, d’une certaine manière, le prix que nous avons payé, et beaucoup se sont rendu compte que cela était également dû à notre égoïsme, à notre consommation exagérée, et à notre imprudence. Beaucoup de nos fidèles se sont posé ce type de question, et j’étais heureux en tant que prêtre : regardez, des gens sérieux, qui réfléchissent à la façon dont ils peuvent se changer pour changer le monde.

Mais plus récemment, les gens ne pensent plus comme ça. C’est la faute de Bill Gates, c’est la faute de Soros. C’est plus simple comme ça, parce-que nous ne sommes plus responsables. Et c’est très dissonant avec ce que dit l’Église. Si nous regardons dans les offices de l’Église, nous en trouvons un très beau service appelé « Rituel de la prière en temps de maladies contagieuses et mortelles ». Le texte est très clair, cristallin, il ne blâme pas les autres (Soros ou Bill Gates) et il ne dit pas : hélas, nous, les pauvres, nous sommes si bons et regardez quelle calamité nous est arrivée ! Non, tous les textes disent clairement : nous sommes coupables, nous avons mal agi, c’est à cause de nos péchés que tout cela s’est produit. Les chrétiens prennent leurs responsabilités : l’épidémie s’est produite à cause de nos péchés. Quand vous comprenez cela, vous vous comportez différemment. Si vous blâmez les autres, alors vous êtes l’être parfait. Vous n’avez plus à vous confesser, vous n’avez plus à lutter avec vous-même, vous n’avez plus à vous améliorer. Vous êtes parfait et Bill Gates est à blâmer.

Exactement le même mécanisme de court-circuitage de la rationalité, qui est activé lorsque nous commettons des péchés, est aussi mis en mouvement lorsque nous acceptons les théories du complot et nous sommes envahis par la panique.

– Avez-vous célébré des services religieux pendant la pandémie?

– Ici en France, nous avons eu des règles très claires du gouvernement. Au printemps, en mars et avril, nous avons été autorisés à garder les églises ouvertes, mais sans services. Les gens pouvaient venir prier individuellement. Le Métropolite nous l’a dit très clairement : nous obéissons aux règles du gouvernement, nous y obéissons à cent pour cent. On a célébré des services à l’église lorsque cela était permis, et on n’a pas célébré quand ce n’était pas permis. Bien sûr, pendant les services toutes les fidèles portent un masque. Le Métropolite nous a également dit très clairement de porter un masque. Moi aussi je porte un masque pendant que je sers la Liturgie, je l’enlève seulement pour communier. Nous avons été très fermes dans cette direction : c’est une règle que nous comprenons très bien.

Nous avons un autre avantage. Dans notre Métropole, nous avons un prêtre qui est médecin, membre correspondent de l’Académie Française de Médecine. Il est professeur d’université à Bordeaux et médecin épidémiologiste. Il fait partie de ceux qui ont arrêté l’épidémie d’Ébola il y a quelques années. Le fait que l’Ébola n’est pas devenu une pandémie, comme le coronavirus l’a fait, est dû en partie du travail du père Denis Malvy. Donc nous avons su exactement à qui demander, nous n’avons pas été aveugles. Père Denis nous a dit : faites ceci, ne faites pas cela, et nous l’avons écouté. On savait de quel genre de maladie il s’agissait et à quel point cela était dangereux. Il nous a dit exactement, en détail, par exemple pour les chantres : s’il y a plusieurs personnes qui chantent sans masque, ils devraient être à au moins quatre mètres.

– Il y a eu toute une hystérie sur l’obligation de porter un masque puis sur le fait qu’il y avait des gens qui considéraient que leur droit d’aller à l’église ou la liberté de faire ce qu’ils voulaient ne pouvait être limité

– Ma femme (n.r. – Cristina Bena, également chercheur en physique) a écrit un article à ce sujet. Il a été publié en plusieurs endroits, à la fois en France et en Amérique,. L’archevêque de Los Angeles de l’Église orthodoxe en Amérique, l’a envoyé à tous ses prêtres.

L’article tente de montrer que cette attitude, ne pas porter de masque parce que l’on veut être libre, est contraire à l’amour du prochain dans le christianisme. Dans le christianisme, nous aimons ceux qui sont plus faibles que nous, les plus fragiles. Les personnes qui contractent le coronavirus peuvent être contagieuses pendant deux à trois jours sans aucun symptôme. Si je ne porte pas de masque, je suis asymptomatique ou pré-symptomatique, je rends mon voisin malade, et il meurt, alors je ne me comporte pas comme un chrétien. Si, à cause de mon orgueil, j’ai causé de la souffrance à mon prochain, je ne peux pas m’appeler chrétien.

J’ai eu beaucoup de discussions avec les fidèles. Quelqu’un m’a dit sans détour : regardez, je ne porte pas de masque, c’est ma liberté et j’assume cela, je prends la responsabilité. Et je lui ai répondu qu’on ne peut pas assumer le fait de ne pas porter un masque, tout comme on ne pouvait pas assumer le fait qu’on jette un vieil homme devant le train. Quand on fait mal à quelqu’un d’autre, on ne peut pas assumer cela. Si vous vous blessez vous-même, vous pouvez bien-sûr assumer cela. Vous prenez des drogues qui vous tuent, vous êtes alcoolique, vous avez la liberté, vous pouvez assumer cela. Mais blesser quelqu’un d’autre ? Vous ne pouvez pas assumer cela. Vous ne pouvez pas assumer et prendre la responsabilité pour ne pas porter le masque, car dans ce cas, vous n’êtes pas le seul à vous blesser.

Les théories du complot sont très populaires sur Facebook, et très bien construites. J’ai été très choqué par les théories sur les masques. Étant physicien et ayant  étudié un peu le problème, je me considère comme n’étant pas complètement ignorant de ce domaine. Et je trouve très intéressant que les manipulations liées au port du masque se sont déroulées à plusieurs niveaux.

Le premier est le niveau philosophique : le masque couvre votre visage, votre visage n’est plus visible, le visage est l’image de Dieu qui est caché. Après cela, il y a des rumeurs construites pour ceux qui qui ont peur des choses artificielles, qui mangent bio : ah, si vous portez un masque, le masque est fait de plastique, qui provient du pétrole et, lorsqu’il est chauffé par la respiration, émet des particules pétrochimiques qui entrent dans les poumons et provoquent le cancer. On dit aux gens plus techniques que la barrette métallique du masque qui est placée sur le nez est en fait un récepteur 5G, qui prend les radiations 5G et les concentre sur le cerveau et provoque un cancer du cerveau. On dit aux gens plus athlétiques que le port d’un masque n’apporte pas assez d’air dans les poumons, les cellules cérébrales meurent et ils finissent comme un légume. Enfin, à ceux qui croient en un gouvernement mondial ou ceux qui luttent pour la laïcité on dit que le masque nous fait ressembler aux musulmans. Ils veulent nous islamiser et nous forcer à porter un masque parce que c’est comme une burqa ! On a donc des théories spécifiques pour chaque catégorie sociale et intellectuelle, destinées à les convaincre de ne pas porter le masque, il me semble évident qu’elles sont construites par des professionnels. Elles ne peuvent pas être naturelles : cinq rumeurs, pour cinq catégories sociales avec des intérêts différents, face à un seul problème.

Le conspirationnisme encourage la paresse et le manque d’initiative. Cette façon de penser est destructive, plus une communauté accepte le conspirationnisme, plus son niveau se détériore.

– Le patriarche de Serbie est mort de Covid après avoir assisté à des funérailles où les gens ne portaient pas de masque.

– À Podgorica, oui. Ce qui s’est passé là-bas était très triste. Mes grands-parents sont originaires du Banat, à la frontière avec la Serbie. La musique d’église au Banat n’est pas comme le chant byzantin qu’on chante à Bucarest. C’est plutôt similaire au chant serbe. Et moi, je l’aime beaucoup.

Lorsque le métropolite du Monténégro est mort, je suis allé sur le site Web du patriarcat serbe et j’ai regardé le service de funérailles – 5 heures, le chant était impressionnant. À Podgorica, dans la cathédrale, il y avait, disons, environ 1 000 personnes. Le patriarche, un homme de 90 ans souffrant de problèmes de santé, n’avait pas de masque. On ne peut pas lui rien reprocher, un vieil homme avec des problèmes, qui célèbre aussi le service, c’est dur avec un masque. Mais on peut bien le reprocher aux autres gens qui étaient là.

La vidéo peut être trouvée sur Internet, vous pouvez voir que pratiquement 2-3 pour cent des personnes présentes portent des masques. C’est un calcul très simple : combien il y avait de nouveaux malades du coronavirus par jour au Monténégro, combien de personnes étaient présentes dans l’église à ce service, combien étaient atteints du coronavirus et quelles étaient les chances que le patriarche – qui ne portait pas de masque – soit infecté par eux. Les calculs peuvent être faits, la probabilité était très élevée. Et en effet, trois jours plus tard, le patriarche est tombé malade du coronavirus. Voyant le service, je n’ai pu pas m’arrêter de penser aux mots du prophète Isaïe « comme un agneau traîné à l’abattoir.» Cela m’a rendu très triste, l’Église a perdu un homme spécial, doux et humble. Il est mort à cause des personnes qui ont préféré croire aux idées conspirationnistes contre le port du masque, au lieu de se soucier comme bons chrétiens de la santé de leur patriarche. Donc le métropolite Amfilohije du Monténégro tomba malade en premier, et mourut, puis le patriarche de la Serbie tomba malade aux funérailles du premier, et enfin, aux funérailles du patriarche, le métropolite Chrysostome de Dabar-Bosnie, le locum-tenens patriarcal est tombé malade. Heureusement il a survécu, et récemment, il a admis dans une interview : «Je dois avouer que nous avons sous-estimé le coronavirus et nous n’avons pas réalisé ce qu’il apporte, que c’est un virus mortel qui a tué notre patriarche Irinej, le métropolite Amfilohije du Monténégro, l’évêque Milutin, des dizaines de prêtres, moines et moniales. Ce qui s’est passé peut être le coût du non-respect des mesures fixées par les services épidémiologiques. »

– Comment éviter les théories du complot? Éducation scientifique, éducation par les médias?

– Je ne pense pas que ce soit juste une question de niveau d’éducation. Je connais des personnes avec des doctorats qui croient aux conspirations. Et nous parlons de personnes à un niveau très élevé d’un point de vue professionnel. Cela ne fera pas de différence si les gens sont plus ou moins éduqués, il est important de savoir comment ils sont éduqués, s’ils sont éduqués dans un esprit critique, un esprit qui encourage à se demander toujours comment fonctionne le monde. D’autre part, cet esprit critique, qu’il est bon d’avoir, il est bon d’avoir de la juste mesure, du discernement, comme disent les Saints Pères.

Si l’esprit critique est exagéré on finit par poser des questions et avoir des soupçons sur quoi que ce soit, et par dire que tout est absurde. Si l’esprit critique est engourdi, ce n’est pas bien non plus. Comment cultiver cet esprit critique et quel est le bon dosage ?

La réponse est d’avoir du discernement lié à cet esprit critique. Il y a un très beau livre, « Le Journal de la Félicité » par le père Nicolae Steinhardt. Et là, le père parle de la trahison de Judas, et formule un argument très logique, très tentant pour un intellectuel, selon lequel il était très bien que Judas ait trahi le Christ, car sinon le Christ n’aurait pas été crucifié, ne serait pas ressuscité et alors nous ne serions pas sauvés. Et c’est là que le père Steinhardt explique que le moyen le plus sûr de démanteler ces arguments, qui semblent rationnels mais qui n’ont pas de discernement, est de se mettre au niveau de la babouchka (vieille femme) du pays. Que dirait cette vieille femme à Judas ? (et ici je paraphrase Steinhardt) : « Toi, tu l’as trahi ou pas ? tu l’as vendu ou pas ? tu as reçu 30 pièces d’argent ou pas ? Laisse tomber les justifications compliquées, tu l’as  vendu, tu es un traître, pars d’ici ! »  C’est la réaction d’un esprit sain. Mais, malheureusement, dans le monde moderne, la plupart des gens n’ont pas accès à cette sagesse. Les grands-parents sont dans une ville, les parents et les enfants dans l’autre, le monde entier est dans la dégringolade. Et nous n’avons plus un accès aussi facile au bon sens et au discernement qui découlent de l’expérience de la vie.

À quoi ressemblerait la réaction de la vieille femme face à la question des vaccins, quand quelqu’un lui aurait dit que le gouvernement voudrait nous tuer par la vaccination?   « Mère, ils ne nous tuent pas avec le vaccin – s’ils voulaient nous tuer, ils auraient trouvé d’autres moyens jusqu’à maintenant. Vous ne voyez pas comment tout le monde fait la queue, certaines personnes de Bucarest vont à Slobozia pour se faire vacciner ? Tout le monde dans la file d’attente ne peut pas être stupide! »

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