À Chypre, dès que les églises ont été fermées aux paroissiens en raison de la pandémie, le métropolite Athanase de Limassol a commencé, quotidiennement et matin et soir, à parler à la radio avec ses enfants spirituels, pour les tranquilliser et les consoler. Il a encore béni « la chaîne de la prière incessante », à laquelle participent tous ceux qui le souhaitent. Au commencement de chaque programme, intitulé « Remettons-nous au Christ Dieu », le métropolite lit et explique la Sainte Écriture ou évoque les ascètes qu’il a connus, et les fidèles téléphonent ensuite : ils peuvent partager leur douleur, raconter quelque chose ou demander. Ces contacts rappellent les homélies du métropolite alors qu’il vivait au monastère et discutait avec ses enfants spirituels dans l’hôtellerie du monastère.

Le métropolite Athanase de Limassol : « Sachez-le, frères, nous sommes tous à l’église ! » – Message aux chrétiens sur la quarantaine et les églises fermées
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– Père, pourquoi le Seigneur nous a-t-il envoyé le virus et la mort ?

– Le Seigneur a créé le monde comme étant magnifique. La mort, le malheur, les souffrances, la misère, la maladie, les catastrophes se produisant dans le monde sont venus ensuite. Ce n’est pas le Seigneur qui les a créés. C’est nous, hommes qui les avons choisies, en apostasiant. Ce sont toutes les conséquences de la chute de l’homme, de l’abus de sa liberté. Malheureusement, nous délaissons Dieu et apportons le mal dans le monde. L’homme a brisé son lien avec Dieu. Or Dieu est notre Père. Il est l’Amour. Et plus nous nous éloignons de la grâce de Dieu par nos péchés, plus nous nous approchons de l’ennemi du genre humain, le diable. De même que lorsque nous nous éloignons de la lumière, nous tombons dans l’obscurité. Le soleil existe, mais si nous nous en détournons, tout est obscur pour nous et nous avons froid. Et en allant au soleil, on se réchauffe.

– Père, cette pensée ne me quitte pas : le dimanche de la Croix, les églises ont été fermées en Grèce. Dans les églises vides, on lisait l’Évangile où il est dit que celui qui tentera de sauver sa vie la perdra, tandis que celui qui la perdra, trouvera le Christ. Il en résulte que nos paroles et nos actes divergent. De même qu’au moment de la Deuxième Venue du Christ, nos rencontrerons S. Cyrique, Ste Marine, S. Démètre, des martyrs qui ont été coupés en morceaux, brûlés, qui ont versé leur sang. Que dirons-nous à Dieu : « nous avons eu peur du virus ? »

– Il faut comprendre que dans l’Église, tous n’ont pas une foi si profonde. Il y a des frères plus faibles, ils pensent autrement. Et la mesure de l’Église, ce ne sont pas les forts, mais les faibles. L’Église utilise l’économie, la condescendance. L’Église a deux méthodes avec lesquelles elle fait face à différentes situations : l’acribie [l’exactitude, la rigueur] et l’économie. Je suis entièrement d’accord avec ce que vous dites : c’est l’acribie. Et celui qui veut suivre l’acribie dans sa vie est béni et agréable à Dieu. Mais l’Église condescend aux faiblesses des frères, ceux qui sentent qu’ils doivent observer les mesures humaines pour se sauver et se garder. Qu’est-ce que notre Seigneur Jésus-Christ a dit lorsque le diable Lui a proposé de se jeter depuis le toit du temple ? Or le diable, sous un prétexte spécieux, a dit : si Tu es le Fils de Dieu, rien ne t’arrivera, et c’est vrai : rien ne pourrait lui arriver, parce qu’il est le Fils de Dieu. Le Christ a répondu : « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu » (Matth. IV, 5-7). Si vous lisez les sentences des Pères du désert, vous y trouverez de nombreuses histoires, vous verrez que même les saints ascètes appliquaient l’économie en vue de l’humilité. Une fois, un abba rencontra un fauve et prit une autre route. On lui demanda : « Quoi, père, tu as eu peur du fauve, tu as changé de route ? Pourquoi ne lui as-tu pas donné à manger ta propre personne, si cela avait été permis par Dieu ? » Il a répondu : « Je n’ai pas peur du fauve. J’ai peur de l’orgueil, de l’égoïsme, et je ne veux pas tenter Dieu ». Même S. Athanase le Grand a fui, il s’est caché : il ne s’est pas assis sur la place, il n’a pas raisonné de la façon suivante : si le Seigneur veut que l’on m’arrête, qu’on le fasse. Il s’est caché. Ce sont des moines du monastère de Saint-Pacôme qui l’on caché et ne l’ont pas livré aux soldats qui le cherchaient. Les Pères ont aussi agi à la façon des hommes. Nous louons l’acribie, mais nous ne condamnons pas la faiblesse humaine. Il est mieux de raisonner ainsi : montrons de l’obéissance, puisque nos pères, les Primats des Églises orthodoxes, les Synodes d’évêques ont pris une telle décision. Et l’obéissance nous aidera et nous sauvera. Suivre ses propres pensées peut être dangereux. Et Dieu peut ne pas nous bénir à le faire ! Si nous-mêmes souhaitons suivre l’acribie, c’est bien, mais nous ne pouvons l’exiger des autres. Pour eux, appliquons l’économie, qu’applique l’Église de façon pastorale, avec discernement, afin d’apaiser et les forts et les faibles, et les hommes de forte foi, et les gens de peu de foi, et ceux qui pensent de façon humaine et ceux pensent seulement à la vie spirituelle.

– Vous nous apprenez à confesser le Christ quotidiennement. Maintenant, nous renions le Christ !

– Ne voyons pas partout le danger du reniement ! Des mesures sont prises, mais non contre la foi. L’État ne nous appelle pas à renoncer au Christ. Bien sûr, nous ne renierons pas, même si l’on nous tue ! Maintenant, il est question d’autre chose : c’est la tentative de prévenir la propagation d’une épidémie sérieuse. L’épidémie ne constitue pas un danger pour l’Église, mais pour ses membres. Et nous faisons obéissance à l’État qui ne nous appelle pas à renoncer à la foi, mais à nous abstenir temporairement de la fréquentation des églises. Vous voyez que tous nos pères on pris cette position : le Mont Athos, le monastère du Sinaï, Jérusalem, les Météores et tous les monastères de Grèce : tous sont en auto-isolement, afin d’arrêter l’épidémie. Serions-nous au-dessus de nos pasteurs ? Ayons un bonne préoccupation, mais, avant tout, l’obéissance aux pasteurs. Manifestons de l’humilité devant les faits et allons là, où vont tous les gens de l’Église. Ce n’est pas contre le Christ. C’est pour le bien des gens et pour éviter un danger réel. Il existe une maladie, très dangereuse et contagieuse. Dans le saint Évangile selon S. Jean, nous lisons : « Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs… » (Jn XX, 19). Tant les disciples que les saints apôtres, étaient rassemblés par crainte des Juifs – ils n’allaient pas dans la rue, ils avaient peur des Juifs. Ils ne disaient pas « que Dieu nous aide ! » Mais avec crainte et humilité, ils restaient chez eux, ne sortaient pas, ils restaient ensemble. Et le Christ est venu, les a trouvés, les a bénis et leur dit : « Paix à vous ! » Il s’est manifesté. Ce n’est pas contre le Christ. C’est pour le bien des gens et pour éviter un véritable danger.

– Le métropolite d’Édesse Joël a dit qu’il est impossible d’être contaminé en embrassant les icônes, en prenant la bénédiction du prêtre etc. S’il en est ainsi, pourquoi les églises ont-elles été fermées ?

– Nous pouvons être contaminés non pas par des objets saints, mais lorsque nous avons des contacts avec les gens, en entrant, en sortant, en exécutant des tâches dans l’église… Nous, gens d’Église, et nos prêtres et nos évêques, nous pouvons devenir malades de ce virus. Il y a déjà un évêque en Serbie qui est décédé du coronavirus. Nous attrapons le virus non pas de la Sainte Communion et des Saints Sacrements. Nous vivons dans le monde, nous rencontrons, sommes en contact à de nombreux niveaux de la vie quotidienne et sommes exposés au danger, comme tous les autres. C’est la raison pour laquelle l’Église a fait preuve « d’économie », jusqu’à ce « que le temps soit venu ». Et nous voyons à quel point passe vite cette courte période, au cours de laquelle l’État nous a demander d’aider, au niveau humain, dans la situation actuelle. Manifestons de l’obéissance à l’Église. L’obéissance est un moyen fiable de salut.

– Les disciples ont demandé au Christ, au sujet de l’aveugle : qui avait péché pour qu’il devienne aveugle. Et le Christ a répondu que ni lui, ni ses parents, n’avaient péché, mais il fallait que la puissance Divine se manifestât (Jn IX, 3). Le coronavirus est-il une punition pour nos péchés, ou est-il envoyé pour quelque chose?

– Les Pères de l’Église nous enseignent à ne pas se livrer à des pensées au sujet des raisons pour lesquelles tel ou tel événement s’est produit. Le saint abba Marc l’Ascète, ce maître de la loi spirituelle, dit bien que lorsque se produit dans ta vie une épreuve, l’affliction, quelque chose de dur et difficile, ne cherche pas à comprendre pourquoi cela t’est survenu, mais réfléchis comment le supporter sans abattement, sans trouble, sans te détraquer, sans perdre ton être spirituel. S. Païssios disait encore plus simplement : tire un bénéfice spirituel de l’épreuve. Les Pères ne s’occupaient pas de la question pourquoi quelque chose s’était produit. Ils se préoccupaient de la question de savoir comment supporter ce qui était arrivé. Quel sens cela a-t-il de creuser la question : pourquoi cela s’est-il produit ? Les Pères répondaient : à cause de nos péchés. Non pas à cause des péchés du monde. À cause de mes propres péchés. Les péchés sont la cause des épreuves. Je ne peux pas dire que les péchés du monde ont amené à cette situation difficile. Nos péchés ! Nos frères ne sont pas pécheurs. C’est nous qui le sommes. Personnellement, chacun de nous. Mais quand dans le monde entier se produit une grande épreuve, ce n’est pas le moment d’éprouver des remords de conscience et le sentiment de culpabilité. C’est le moment de comprendre comment aller spirituellement à la rencontre de l’épreuve et en tirer un profit spirituel. La consolation est nécessaire pour les gens. Ce n’est pas le moment de les blâmer. Au moment difficile, on ne les réprimande pas, mais on les console, on les soutient, on les éclaire, on les dirige. Lorsque l’épreuve sera terminée, quelqu’un examinera peut-être les raisons, les omissions, les exagérations, les manquements, afin de tirer utilité de nos fautes. C’est maintenant le moment de la consolation, du soutien mutuel, de la prière ardente pour le monde entier. Pour nous, hommes d’Église, il est particulièrement important d’expliquer la parole de Dieu à ceux qui attendent de la consolation du Seigneur. Pourquoi et comment a surgi le coronavirus, je ne puis vous le dire. Ce sont les saintes personnes, informées par Dieu qui doivent le dire. Je vous raconterai ce qui s’est produit à Katounakia [sud du Mont Athos, ndt] avec S. Éphrem [+1988, canonisé récemment, ndt]. En 1977, un grand tremblement de terre s’est produit dans la nuit à Thessalonique, où justement je me trouvais. Un terrible tremblement de terre ! De nombreux bâtiments ont été détruits. 70 à 80 personnes sont décédées. La ville a subi d’énormes dégâts. Et l’Ancien Éphrem nous a raconté que, lorsqu’il était en prière, il vit une maison à Thessalonique et s’étonnait : que vois-je ? Thessalonique ? Au lieu de prier et de voir le Seigneur devant moi, je voyais Thessalonique… Et lorsque le fort tremblement de terre se produisit, avec de grandes destructions, il a compris que Dieu l’appelait ainsi à prier pour cette ville. C’est aux saintes personnes de voir pourquoi et comment est venu le virus. Ce n’est pas à moi. Ce que je sais moi-même, c’est comment y faire face. Avec la prière, l’espérance dans le bon Maître, le Christ, le Seigneur du monde (ce n’est pas le diable, ce ne sont pas les œuvres des ténèbres, mais le Christ, qui dirige l’univers !). Faisons jaillir pour le monde la lumière de l’amour du Christ et de l’espérance. Et sachons que si nous acceptons les épreuves spirituellement, nous en tirerons une grande utilité. Si nous prions avec espérance, humilité, repentir et avec une grande ardeur, nous pouvons surmonter et anéantir ce virus. Non pas nous, mais la grâce de Dieu !

– Nous chantons en ce moment « Dieu est avec nous » aux Grandes Complies. Que signifient ces paroles ?

– C’est le cri de l’Église. C’est le cri de l’homme qui demande à Dieu d’être avec lui, près de lui ! Parce que si Dieu est avec nous, personne ne peut prendre le dessus sur nous. Comme le dit l’Écriture : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? » (Rom. 8,31). C’est pourquoi toute l’Église prie Dieu : « Seigneur des Puissances, sois avec nous, car dans nos épreuves, nul ne nous portera secours, sinon Toi. Seigneur des puissances, aie pitié de nous ».  À ce moment, nous avons particulièrement besoin que le Seigneur soit à nos côtés. Plus exactement, soyons nous-mêmes avec Dieu ! Dieu ne délaisse pas l’homme, Il est son Père. C’est l’homme qui délaisse Dieu. Il nous est nécessaire de revenir à la vie en conformité avec Sa sainte volonté et de garder le lien de nos âmes avec Sa sainte Grâce.

– Maintenant, alors qu’il n’y a personne à l’église, pour qui est célébrée la Liturgie ?

– La Liturgie est l’œuvre de tous. Elle est accomplie par les hommes au moyen du prêtre et est élevée à Dieu le Père, et sanctifie le monde entier. Lorsque nous célébrons, nous le faisons pour le monde entier. C’est ainsi qu’agissaient les ascètes dans les déserts. C’est ainsi que nous célébrions sur la Sainte Montagne de l’Athos : avec notre Ancien, nous n’étions que deux dans une cabane les premières années – un Ancien-prêtre et un moine. Il n’y avait personne à part nous. S. Sophrony a très bien dit : que tu célèbres en présence d’une seule personne ou tu en présence de tout le monde, la divine Liturgie est accomplie pour le monde entier, pour tout l’Adam – du premier homme jusqu’au dernier, pour les vivants et les morts, pour toute la création. Aussi, la divine Eucharistie est la plus grande bénédiction. Cela est entendu, l’idéal est que tous nos frères soient présents. Mais même s’ils ne sont pas là, nous prions quoi qu’il en soit pour tous, pour le monde entier. Et vous savez ? On peut être absent corporellement, mais être présent par l’âme. On raconte l’histoire suivante sur la Sainte Montagne. Un diacre vertueux encensait à l’église pendant l’office quelques stalles vides, alors qu’il ne le faisait pas là où les moines se tenaient. On lui demanda : « Pourquoi n’encenses-tu pas ? C’est là que se tiennent les frères ! » Il a répondu : « Je ne les vois pas ! » Ces frères se tenaient dans l’église, mais leur esprit errait quelque part, il était occupé par des pensées au sujet du travail, de choses accessoires. Au même moment, des stalles qui semblaient vides, étaient remplies du Saint Esprit. C’étaient celles des frères qui accomplissaient leurs obédiences monastiques en dehors de l’église, mais dont l’esprit et le cœur étaient à l’église. En esprit, ils assistaient à l’office. Aussi, nombreux sont ceux qui maintenant, tout en étant absents à l’office. Aussi, nombreux sont ceux qui peuvent être absents corporellement à la sainte Liturgie, mais leur âme, leur esprit, leur cœur demeurent à la Liturgie, dont l’absence leur pèse. Il leur manque la Liturgie, ils sont chagrinés, privés de la possibilité d’être présents à la Liturgie.

– Nous n’allons pas à l’église et nous prions à la maison. Depuis les temps anciens, l’Église a donné la sainte Communion, dans des cas particuliers, hors des églises, à ceux qui en avaient besoin : malades, prisonniers… À quel point la Communion est-elle indispensable ?

– Dans la Liturgie, la Communion est le but fondamental. À présent, seuls communient à la Liturgie ceux qui y sont présents : nos prêtres, diacres, chantres, et ceux à qui cela est permis. Mais voici un exemple : Ste Marie l’Égyptienne a passé presque 40 ans dans le désert sans Communion et a communié le dernier jour de sa vie, comme l’évoque magnifiquement sa vie. La Communion est indispensable. Mais lorsqu’un frère se confesse, je peux lui dire : « Pour diverses raisons, tu communieras dans un mois ». S’il obéit au père spirituel, c’est comme s’il communiait. À présent, ce n’est pas nous-mêmes qui avons décidé par paresse, négligence ou indifférence de ne pas communier, mais il s’agit d’une décision de l’Église. Aussi, si l’on obéit à l’Église avec humilité, le Seigneur nous donnera de communier dignement lorsque le moment viendra de pouvoir fréquenter les saintes églises. Il n’y a pas de matrice unique pour tous et tout. Si nous pouvions communier, ce serait merveilleux. Mais puisque nous ne pouvons pas, ne doutons pas que le Seigneur agit de différentes façons pour le salut des hommes. Ne vous troublez pas ! Ayez confiance en l’Église !

– Et que ressentez-vous lorsque vous célébrez sans le peuple ?

– Nous sommes peinés de célébrer seuls, mais je vous dirai ce que je ressens personnellement. Je ressens que je ne suis pas seul. Et tous nos frères et sœurs sont présents à l’office. Voici une histoire du Patericon, le recueil des sentences des Pères du désert. Dans un monastère vivait un frère qui se conduisait comme un simplet, faisait le fou, mais il était en réalité un ascète et un homme spirituel. Ce moine faisait semblant d’être un analphabète, et les Pères l’ont envoyé à la cuisine, afin qu’il surveille le poêle et prépare le repas pour les frères, pendant que ceux-ci priaient à l’église. Il cuisinait. Sali par le charbon, le poêle, la fumée, il mettait la nourriture dans le four et la mélangeait. Et il ne lui restait que cinq minutes libres, aussi accourait aux portes de l’église, afin d’écouter au moins un peu l’office. Il n’entrait pas dans l’église, il restait dehors, il allait quelques minutes près des portes, puis courait à la cuisine, puis à nouveau à l’église, et revenait à la cuisine. À un certain moment, il fut distrait et la cuisine prit feu en raison du bois du poêle, et le frère accourut et éteignit l’incendie. Il retira la nourriture et la mélangea à la main. Et bien que le feu l’ait saisi, il ne lui arriva absolument rien. Et alors, l’higoumène a dit aux frères : « Pères ! Alors où est donc Dieu ? À la cuisine ou à l’église ? » Et tous ont répondu : « À l’église, bien sûr, parce que là se trouve un homme qui vit dans l’ascèse pour l’amour de Dieu ». Corporellement, nos frères se trouvent hors de l’église. Mais je ressens qu’en esprit, ils sont là. Tous ! Parce que leur cœur, leur esprit, leurs intentions, leurs dispositions, sont à l’église. Et le fait qu’ils sont affligés par l’impossibilité d’être à l’église, est important du point de vue spirituel, parce que c’est ainsi que se produit le travail spirituel de pénitence et de prière. Et cette prière, cette douleur, cet amour, le Dieu de bonté l’accepte et le tourne en bien, afin de chasser l’épreuve qui s’est emparée du monde entier. Nous sommes affligés, mais sachez, frères : vous êtes tous à l’église ! Votre cœur et votre amour sont à l’église ! Alors qu’en temps habituel, il arrive que nous soyons à l’église et notre esprit divague, nous somnolons, discutons, sommes souvent indifférents. Et nous, prêtres, et vous, laïcs, péchons de cette manière. Et maintenant, lorsque nous sommes tous affligés, nous restons hors de l’église, notre cœur et notre amour est à l’église. Et cela a ses propres avantages.

– Nous avons de petits enfants. Nous sommes toujours à la maison. Comment prier ?

– Où que nous soyons, tant à la maison, que dans des grottes, qu’en prison, notre cœur peut fonctionner spirituellement et prier Dieu sans cesse. Particulièrement si vous tenez vos petits enfants dans vos bras, en les regardant, eux qui ont toute la vie devant eux, vous ressentez qu’il leur faut un monde calme, béni. Par amour envers nos petits enfants, prions pour eux, et pour tous les enfants sur la terre, afin que le Seigneur les bénisse, afin qu’il y ait la paix sur terre, afin qu’ils grandissent dans la sécurité et l’amour de Dieu.

– Comment prier pour nos prêtres maintenant ? Y a-t-il une prière particulière ?

– La simplicité, l’amour et la douleur au sujet de chaque homme sont nécessaires pour la prière. Nous prierons pour nos prêtres qui portent une lourde croix en ces jours mais aussi, cela va de soi, pour nos médecins et infirmières, en ressentant la lourdeur de la croix de l’épreuve et de la responsabilité qu’ils portent ainsi que le danger auquel ils s’exposent, eux qui se sacrifient avec courage pour servir les malades. Tout comme les prêtres qui prient pour nous lors des offices, comme chaque homme, qui porte la responsabilité pour sa famille dans cette difficile situation, tous ont besoin d’être renforcés par le Seigneur. Aussi, avec amour et douleur, nous prierons pour nos frères avec nos propres paroles. Ou par la prière : « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de Tes serviteurs… » Ou en priant par le canon d’intercession à la Mère de Dieu et aux saints que nous aimons particulièrement. Ou en priant avec le Psautier et les autres prières. Tout cela est bien et utile. L’Ancien Païssios (+1994) ressentait une grande consolation dans la prière avec le Psautier. Il priait de cette façon quotidiennement, habituellement l’après-midi, lorsque ses visiteurs partaient, et il restait alors seul. Il lisait le Psautier surtout pour ceux qui en avaient besoin, vivants et morts, imitant ainsi son maître, S. Arsène de Cappadoce (+1924). Il gardait un cahier de S. Arsène, dans lequel celui-ci avait mentionné quel Psaume devait être lu pour chaque occasion. Et ainsi, l’Ancien Païssios, avec grande douleur et amour, priait pour toutes les situations humaines. Le Psautier était, est et sera notre réserve d’or spirituel. Les Pères de l’Église se tournaient sans cesse vers lui.

– Et comment prier pour le monde entier ?

– Pour le monde entier aussi, avec douleur et amour. Nous voyons et ressentons, que notre monde a été saisi par l’anxiété, la souffrance, le danger, l’affliction, des gens meurent tous les jours, les médecins prennent soin des malades, d’autres luttent, chacun à sa manière, tous se trouvent dans une situation difficile. Prions avec une prière ardente à Dieu pour le monde entier : « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de tout Ton monde et de nous pécheurs ! » Toutes nos prières auront une grande force devant Dieu et béniront l’humanité. Ce moment difficile, qui a éclaté comme un terrible tonnerre sur le monde entier, passera.

Cette prière : « Tu es grand, ô Dieu, et merveilleuses sont Tes œuvres » a été prononcée par nos grand-mères et nos grands-pères pendant les catastrophes naturelles et les malheurs, le tonnerre et les éclairs. Je me rappelle comment ma grand-mère faisait le signe de Croix et disait : « Tu es grand, ô Dieu, et merveilleuses sont Tes œuvres ! ». Nos ancêtres utilisaient même les phénomènes naturels pour bénir et chanter le Nom de Dieu. Ils n’avaient pas peur et accueillait paisiblement les événements. Quoi qu’il arrive. De cette façon, ils sanctifiaient les épreuves qui leur étaient envoyées.

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À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

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