Le patriarche œcuménique Bartholomée : « Cesser la communion eucharistique est inacceptable »

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Dans son homélie, prononcée à l’issue de la Liturgie au métochion du monastère de Vatopédi à Constantinople, qui dessert les orthodoxes russophones et qui fêtait le 13 décembre la mémoire du saint apôtre André selon l’ancien calendrier, le patriarche Bartholomée a abordé les récents événements. C’est ainsi qu’il a qualifié de décision extrême « de la très sainte Église de Russie, du Patriarcat-frère de Moscou » la rupture de la communion eucharistique avec le Patriarcat œcuménique, « l’Église-Mère ». Le patriarche a déclaré à cette occasion : « Cette fois, alors que je me trouve, comme chaque année en ce jour, parmi vous, mes chers enfants, je sais qu’il y a une inquiétude et un dilemme parmi vous. Je serai sincère avec vous, nous sommes une famille, je suis votre père et vous êtes mes enfants spirituels. Cette inquiétude et ce dilemme qui dominent dans la paroisse russe de notre Ville et en général en Turquie son dus à la décision extrême de la très sainte Église de Russie, du Patriarcat-frère de Moscou, de rompre la Communion eucharistique avec le Patriarcat œcuménique, c’est-à-dire avec son Église-Mère. Il est possible que nous ayons des vues différentes concernant les différents problèmes qui préoccupent l’Église orthodoxe entière, cela est humain et démocratique, mais rompre la communion eucharistique comme un levier de pression et un moyen de contrainte pour que les autres s’accordent avec nos vues, cela est inacceptable. Je suis sûr que bientôt, l’Église sœur de Russie fera pénitence pour sa décision extrême ». Le patriarche a dit dans un autre passage de son homélie : « Lorsque l’Église sœur de Russie vous dit de ne pas fréquenter l’église, de ne pas vous confesser, de ne pas communier dans les églises du Patriarcat de Constantinople, cela vous crée un problème de conscience. N’écoutez pas, ne ressentez pas d’inquiétude, car votre pasteur, votre Père spirituel, ici en Turquie, est le patriarche de Constantinople, c’est le patriarche œcuménique ». Celui-ci les a exhorté à fréquenter les églises, tant du metochion Saint-André qui a été mis à la disposition de la communauté russophone de Constantinople, que dans toutes les églises de Turquie. Le patriarche a ensuite expliqué que de telles situations affligeantes se créent lorsque dans les affaires juridictionnelles, les affaires purement ecclésiologiques et canoniques de l’Église, se mêlent les facteurs nationaux et phylétiste. Il a souligné que l’ethno-phylétisme a été condamné comme hérésie au Synode de 1872 qui eut lieu à Constantinople. « Les canons de l’Église orthodoxe nous disent que dans chaque ville, il ne doit y avoir qu’un évêque, lequel est le père spirituel de tous les fidèles, de tous les orthodoxes qui vivent dans la ville, indépendamment du fait qu’ils soient grecs, russes, roumains, ukrainiens etc. Nous appliquons cela ici, à Constantinople. Le patriarche de Constantinople est l’archipasteur des Grecs, des Russes, comme ici, des Roumains, auxquels nous avons donné une église, et j’ai demandé au patriarche de Roumanie d’envoyer un prêtre pour célébrer dans leur langue, pour les Bulgares de Constantinople qui vivent ici. Tous sont enfants du Patriarcat œcuménique. Les Bulgares de Constantinople ne sont pas sous le patriarche de Bulgarie, les Russes, ici, ne sont pas sous le patriarche de Russie, ce ne serait pas orthodoxe, canonique, ecclésiologique. Nous, ici, les orthodoxes de Constantinople, nous sommes tous, qui que nous soyons, quelle que soit notre origine ethnique, nous sommes une famille qui agit sous l’archevêque et l’archipasteur de Constantinople, lequel est patriarche œcuménique ». Dans son homélie, entre autres, le patriarche a souligné que nos frères orthodoxes russes ont reçu le baptême et la foi chrétienne de Constantinople et que l’Église de Russie a reçu, au XVIème siècle, l’autocéphalie et la dignité patriarcale, du Patriarcat œcuménique. « Aujourd’hui aussi, dans les présentes conditions, nous, depuis le Patriarcat œcuménique, Église-Mère des orthodoxes russes aussi, leur envoyons, en Russie et partout où les Russes se trouvent dispersés dans le reste du monde, les vœux et la bénédiction de leur Église-Mère ».

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Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.