L’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) s’exprime sur « l’Église de Macédoine », le Kosovo, la Voïvodine et la canonisation du cardinal Stepinac

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L’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) a donné l’interview suivante au quotidien Belgradois « Večernje Novosti” le 24 décembre 2017, que nous publions ci-dessous in extenso.

1. Vous êtes revenus récemment de Moscou, de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe russe, convoquée pour la commémoration du centenaire du rétablissement du Patriarcat en Russie et de l’élection du saint confesseur Tikhon comme premier patriarche de Moscou et de toute la Russie après l’époque de Pierre le Grand. Vous étiez à Moscou comme membre de la suite de notre patriarche. À quel point le message du patriarche Cyrille, selon la quelle l’Église orthodoxe serbe doit conserver son unité canonique dans ses limites historiques vous a-t-elle encouragé ? Ce message, à votre avis, est-il un soutien ferme et clair à l’Église orthodoxe serbe à l’occasion de la décision non canonique de l’Église bulgare de prendre sous son aile l’Église orthodoxe de Macédoine non reconnue ?

Le concile à Moscou et, concomitamment, la fête du jubilé, ont été réellement grandioses, avec la participation l’épiscopat russe dans sa quasi-totalité et des délégations de presque toutes les Églises autocéphales, souvent avec à leur tête des patriarches ou d’autres primats, également avec la participation de l’État et du président russes, des personnalités de la ville de Moscou et de nombreux fidèles. La liturgie en la cathédrale du Christ-Sauveur était concélébrée par près de 450 évêques orthodoxes. Après ce court commentaire introductif sur la nature de la visite du primat de notre Église locale et de sa suite à Moscou, je répondrai brièvement à votre question. La position du patriarche de Moscou Cyrille que vous mentionnez n’est pas nouvelle : c’est sa position traditionnelle de principe tant à l’égard de l’Église orthodoxe serbe qu’envers toutes les Églises orthodoxes. Si qui que ce soit dans l’univers orthodoxe se départait de cette situation, son action pourrait devenir de la dynamite placée sous tout l’édifice de la structure canonique et organisationnelle de l’Église orthodoxe dans sa totalité et menacerait sérieusement l’unité. Dans ce contexte, cette position signifie encore, dans sa logique et son automaticité, le soutien à notre Église pour la question des schismes survenus sur son territoire canonique, et avant tout en ce qui concerne la question de « l’Église orthodoxe de Macédoine », qui perdure dans le schisme voici plus d’un demi-siècle entier (1967-2017). Pour ce qui concerne néanmoins la décision controversée de l’Église orthodoxe de Bulgarie, il convient de mentionner que son contenu est connu sur la base des compte rendus et commentaires médiatiques, mais qu’elle n’est notifiée officiellement ni au Patriarcat œcuménique, ni à l’Église orthodoxe serbe, pas plus qu’aux autres Églises orthodoxes sœurs. Cela dit, je doit apporter un correctif : dans cette décision, il n’est pas dit que l’Église bulgare « prend sous son aile », l’Église susmentionnée qui se trouve en schisme, mais qu’elle est disposée à tenter d’intercéder sur sa demande auprès des autres Églises orthodoxes, pour que celle-ci sorte de son statut non canonique. L’Église bulgare est toutefois consciente du fait qu’elle ne saurait contrevenir au consensus panorthodoxe ni de sa voie orthodoxe solidaire et semi-séculaire et, d’autant plus, elle ne saurait, en se mettant au service d’un schisme, se trouver dans le danger elle-même d’arriver à nouveau à un schisme avec l’Église Mère à Constantinople et les autres Églises orthodoxes, car elle a été elle-même soixante-dix ans en schisme en raison de l’ethno-phylétisme. Elle connaît d’autant plus l’horreur d’être en schisme avec ses frères et sœurs dans la foi. Les évêques du pays orthodoxe voisin, la Bulgarie, se trouvent entre Charybde et Scylla. Scylla est la pression des autorités politiques et de l’opinion publique pour lesquelles tombe à point l’initiative irrationnelle de Skopje car, par elle, est adopté implicitement le point de vue officiel politico-ecclésial bulgare, selon lequel les Macédoniens sont une partie intégrante de la nation macédonienne (« C’est notre peuple », a déclaré le patriarche bulgare Néophyte), et Charybde est le risque d’un certain « flirt » avec une organisation schismatique, à l’instar de ce que l’Église bulgare a connu, il n’y a pas longtemps dans sa « propre cour » [« Synode alternatif » créé par le métropolite de Nevrokop Pimène en 1996, ndt]. Vu sous cet angle, j’ai l’impression que le Synode de l’Église orthodoxe bulgare a fait une déclaration assez prudente, laissant la chose, me semble-t-il, au temps et à la responsabilité panorthodoxe.

2. Comment, à cet instant, peut s’expliquer et interpréter le fait que, sur la demande de la soi-disant « Église de Macédoine », le Patriarcat de Bulgarie ait accepté le rôle « d’Église-mère » et d’intermédiaire principal des intérêts macédoniens dans leur combat pour l’autocéphalie de leur Église dans ce pays ? Qui a intérêt à une telle tension déclenchée par la déclaration du Patriarcat de Bulgarie ?

Comme cela découle de ce qui a été dit jusqu’à maintenant, le Patriarcat bulgare a, unilatéralement et non canoniquement, pris le rôle « d’intermédiaire » et aussi « d’arbitre », mais il ne s’est pas proclamé « Église Mère », comme cela lui avait été aimablement offert par Skopje. Le « troc » proposé : vous nous donnez l’autocéphalie, sans tenir compte des autres Églises orthodoxes, et nous vous donnons le titre d’Église-mère… serait extrêmement inhabituel si ce n’est pas tout simplement invraisemblable. Le problème majeur n’est pas ici que l’offre est en fait malhonnête, étant donné que Skopje demande tout (passage anodin du schisme à une situation régulière, sans pénitence ou quelque autre procédure canonique et, encore, comme « dot », le statut autocéphale) et, en retour, rien n’est offert. L’appellation « d’Église-mère » ne produit, en fait, aucun acte de droit ecclésial dans les relations mutuelles des Églises autocéphales : le statut autocéphale, en soi, fait de toutes les Églises des Églises-sœurs, en tout égales et ayant les mêmes droits, tandis que l’appellation « Église-mère » constitue un titre sans contenu, une sorte de signe d’un souvenir reconnaissant lors de l’obtention de l’autocéphalie. Le problème principal est que la maternité spirituelle ne peut être proclamée sur la base d’une quelconque trouvaille mais sur une seule donnée historique. Quelqu’un parmi nous peut-il, comme personne physique, choisir et déterminer qui est sa mère, ou, qu’il le veuille ou non, ne doit-il pas savoir qu’il a une mère depuis qu’il est né ? Les courants historiques sont toujours étranges et turbulents. Dans le cas qui nous préoccupe, il y avait une période lorsque l’Église des terres serbes se trouvait au sein de l’Archevêché d’Ohrid, une autre période lorsque l’Église qui avait pour siège Ohrid et celle ayant pour siège Peć vivaient parallèlement comme Églises autocéphales sœurs, puis une période où l’autocéphalie de toutes les deux a été supprimée, moyennant quoi les deux Églises furent transformées en diocèses du Patriarcat de Constantinople. Vinrent ensuite une période durant laquelle l’Église serbe a recouvré son autocéphalie (1879), confirmée, après la réunification des Églises de la région (1922), et la période la plus récente [2002 ndt], durant laquelle l’Archevêché d’Ohrid se trouve sous la juridiction du Patriarcat de Serbie, avec le statut de la plus large autonomie reconnu de tous. Quelque chose changera-t-il, quand et de quelle façon, nous le laissons pour l’avenir. Il est certain, néanmoins, qu’il ne peut être question du rôle de l’Église de Bulgarie comme Église-Mère pour Skopje. Tout dernièrement, le 14 décembre, le Saint-Synode de l’Église de Grèce a exprimé officiellement sa préoccupation en raison de l’immixtion de l’Église de Bulgarie dans la juridiction d’une autre Église orthodoxe, à savoir l’Église Serbe, ce qui constitue, comme cela est mentionné dans le communiqué d’Athènes, un « … acte qui est contraire aux saints canons et à la tradition de l’Église, qui sous-estime les droits canoniques et le rôle prépondérant du Patriarcat œcuménique et peut éventuellement constituer les prémices de développements difficiles ». Et si l’on opposait à tout cela qu’il n’est pas question de la structure canonique présente mais d’autrefois, et si l’on acceptait cette possibilité insensée, le résultat serait encore le même : dans le passé, nous tous, Moscou, Peć, Ohrid, Trnvo – c’est-à-dire Sofia, etc., nous n’avions qu’une seule Église-mère, c’est la Grande Église du Christ à Constantinople. Dans le cadre de cette problématique, vous me demandez qui profite de cette tension qui a été provoquée par l’annonce du Patriarcat de Bulgarie. Je ne mentionnerais que quelques cercles auquel cela profite : des mouvements schismatiques dans toute l’orthodoxie, de Grèce jusqu’en Ukraine et d’Australie jusqu’en Amérique ; aux milieux uniates et ultra-conservateurs extrêmes dans l’Église catholique-romaine, qui s’opposent de façon particulièrement rigide au cours du pape François qui, à l’unisson, affirment avec une joie maligne que l’exemple des Églises orthodoxes montre qu’il n’y a pas d’unité de l’Église sans absolutisme papal ; aux mondialistes et « réformateurs religieux » qui rêvent et concoctent des plans de destruction des religions historiques et, en premier lieu, du christianisme, et de mise en place d’une « religion mondiale » syncrétiste » ; en un mot, aux ennemis de l’Église et de la foi.

3. Comment a été reçue en Russie et dans l’Église orthodoxe russe la déclaration de S.S. le patriarche de Serbie Irénée, selon laquelle « nous attendons l’aide du Seigneur, mais aussi de la Russie fraternelle, afin de conserver notre terre sainte du Kosovo et de la Métochie » ?

Voici une question à laquelle il est possible de donner la plus courte réponse possible : la déclaration du patriarche a été accueillie d’une façon exceptionnellement bonne. Je mentionnerai les innombrables déclarations des chefs russes religieux et politiques, selon lesquelles ils ne nous trahirons pas, nous les Serbes, excepté le cas où nous nous trahissons nous-mêmes, et qu’ils ne laisseront pas le pseudo et quasi-État de Thaçi entrer aux Nations Unies, sauf dans le cas où nous donnons suite à l’ultimatum des États-Unis et de l’Union Européenne, éventuellement sous la forme détournée « d’un accord contraignant » des deux pays à ne pas faire obstacle mutuellement à leurs entrées dans les organisations internationales.

4. En Serbie, se déroule un « dialogue interne » sur le Kosovo et la Métochie. Êtes-vous satisfait du cours et du développement de ce dialogue ? Quelle issue en attendez-vous et celle-ci serait-elle contraignante pour les dirigeants de notre pays dans les négociations avec la communauté internationale ?

J’ai parlé suffisamment ces derniers temps de ce thème et je ne souhaiterais pas répéter mes positions. Néanmoins, je profite de cette occasion de rappeler que selon moi le terme « assemblée de tout le peuple » ou « dialogue pan-serbe » correspond mieux à son sens et contenu que « dialogue interne ». Quant à son cours, nous ne pouvons ni être satisfaits, ni insatisfaits, car il ne fait que confirmer la profonde division de nos élites, semi-élites et pseudo-élites : le diapason est large, depuis l’expression de pensées très sages, sensées, responsables du point de vue national (exemple : discussion à la Matica Srpska, institution scientifique et culturelle serbe, à Novi Sad), jusqu’aux déclarations superficielles, irraisonnables et irresponsables d’individus qui vont jusqu’à attaquer la Serbie pour ne pas s’être jusqu’à maintenant « libérée » de ce qu’ils se permettent d’exprimer comme « le ballast du Kosmet ». Au demeurant, je ne suis pas étonné par certains personnages de notre kaléidoscope politique multicolore, mais je suis fortement stupéfait par l’attitude d’un professeur d’université reconnu, un juriste de surcroît, et par un académicien connu, aussi poète. Mais que faire, chacun est libre et attitré pour parler en son propre nom, et le contenu de ce qui est dit parle de soi. L’issue sera comme le cours actuel, à savoir le désaccord. Mais déjà maintenant on peut voir ce que soutient la majorité des Serbes. Aussi, je considère que la direction de l’État doit prendre sérieusement en compte la position majoritaire du peuple serbe. Personnellement, je ne pense pas que notre peuple puisse fouler son être, son identité et sa source, formée au Kosovo et en Métochie et normalisée comme « Testament du Kosovo », une verticale spirituelle et une conscience de soi-même historique.

5. Est-ce que la justice et la vérité sur la souffrance du peuple serbe au Kosovo et en Métochie sont « enterrées » provisoirement ou y a-t-il un espoir que la vérité sur toutes les atrocités ressuscite un jour ?

La vérité est vraiment enterrée et le restera tant que la force s’emparera des pays et des villes et que la communauté internationale, à savoir l’Occident, s’obstinera sur ses décisions qui, au demeurant, se sont déjà avérées être semblables à un boomerang (Moyen Orient, Catalogne…) et cela continuera partout dans le monde. Néanmoins, la vérité, en général, n’est pas enterrée et elle ne peut l’être. Sous le giron de notre Église, elle est toujours témoignée fortement, et ce depuis les rapports de l’évêque de Ras et Prizren, le futur patriarche Paul, par l’œuvre capitale qu’est le recueil « Les fondations du Kosovo » dont la seconde édition augmentée est parue récemment en serbe et, parallèlement, en anglais, ensuite par de nombreux livres et textes de Mgr Athanase (Jevtić), du métropolite Amphiloque et d’une multitude d’autres auteurs, par les messages officiels de l’Assemblée des évêques serbes, de Sa Sainteté le patriarche de Serbie, etc. En outre, nos meilleurs chercheurs, hommes de lettres, poètes, journalistes et autres, tous, chacun à leur façon et selon leurs dons, s’expriment sur le Kosovo et la Métochie. Je ne saurais omettre les nombreux chercheurs et écrivains russes, et aussi leurs collègues des pays occidentaux, qui sont plus nombreux que nous le pensons et qui, d’une façon sincère et honnête, exposent courageusement la vérité sur les événements du Kosovo et de la Métochie et proposent des voies et des solutions raisonnables. Je pourrais continuer cette énumération, mais c’est inutile.

6. Lors de la récente table ronde sur le Kosovo et la Métochie à la Matica Srpska, vous avez envoyé un message aux politiciens actuels, les appelant dans leurs communications orales sur le Kosovo et la Métochie, à utiliser l’appellation d’autrefois « Ancienne Serbie ». À quel point l’appellation est importante en politique, cela est témoigné, par exemple, par le différend qui dure depuis des années entre la Grèce et la Macédoine au sujet du nom de l’ex-République yougoslave. Vous avez dit alors : si l’on avait négocié sur la sécession de l’Ancienne Serbie, et non pas du Kosovo, ou encore du Kosmet, comme il était appelé dans le passé par nos structures politiques, la résonance dans le monde eût été autre. Je vous en prie, répétez votre réflexion pour les lecteurs de « Novosti ».

Vous l’avez déjà répétée de façon succincte. Je vous en remercie ! C’est cependant une occasion pour moi de rappeler à vos lecteurs et notre public culturel en général, voire nos politiciens, un livre précieux, mais malheureusement passé inaperçu, qui justifie mon humble réflexion sur la terminologie inadéquate des Serbes « modernes ». Il s’agit de « l’Atlas de l’Ancienne Serbie ; cartes européennes du Kosovo et de Métochie », du Dr Mirčeta Vemić et de Mladen Strugar, avec un supplément « Dictionnaire universel » de Johannes Jakob Hofmann, traduit par Vesna Nikšević du latin en serbe. Le livre a été édité simultanément à Belgrade et à Cetinje en 2007 aux éditions Svetigora du diocèse métropolitain du Monténégro et du Littoral. Dans son introduction, le métropolite Amphiloque, souligne à très juste titre : « Même durant les siècles de l’esclavage turc (…) les cartes et les lexiques européens contemporains témoignaient inséparablement du Kosovo et de la Métochie comme partie naturelle et indivisible de la terre serbe… » De même, dans l’introduction, les auteurs constatent le fait que les anciennes cartes, y compris celles de l’expansion ottomane sur les Balkans « montrent indubitablement et sans conteste que le Kosovo et la Métochie ont toujours été un territoire serbe, et jamais albanais ». D’où leur juste conclusion : « Ces cartes sont devenues d’une certaine façon les titres de propriété serbe du Kosovo et de la Métochie ». De mon côté, je me demande, me redemande : si les Albanais – malgré tout nos voisins et nos concitoyens, devenus malheureux autant que nous – avaient en leur possession ne serait-ce qu’une seule carte antérieure aux jours de Clinton et de Thaçi, avec une indication qu’il est question de leur propre territoire et non du territoire serbe, la dissimuleraient-ils comme nous Serbes faisons avec les dizaines de cartes et les milliers de documents historiques, ne le « trompetteraient-ils » pas jour et nuit dans le monde entier ?

7. Une omission semblable à la renonciation au nom original du Kosovo et de la Métochie, a été faite par nous également dans le cas de la Voïvodine.

C’est absolument exact ! Broz [Tito] et ses communistes, virtuoses dans la lutte contre tout ce qui était serbe, ont ingénieusement inventé ce qu’il fallait faire. En Autriche existait la région autonome du Duché (ou Voïvodie) de Serbie et du ”Temeswarer Banat », et après la mort de Stevan Šupljikac [premier commandant de la Voïvodine serbe, +1848, ndt], les empereurs autrichiens dans leur riche titulature portaient le titre de « grande duc serbe » ; les documents publics à ce titre étaient signés en cyrillique serbe (contrairement à la pratique à Belgrade et plus largement dans la Serbie du XXIème s.). Et qu’ont donc inventé les communistes ? Premièrement, il leur fallait maintenir et élargir jusqu’à l’absurde l’autonomie de la majorité serbe au nord de la Sava et du Danube à l’intérieur de (ou plutôt contre) la Serbie et vider le sens du nom de la région. C’est simple : il n’y a plus de Voïvodine dans les limites de l’Autriche-Hongrie, mais il reste une Voïvodine (qui appartient à qui ?) dans les limites de la Serbie. Le terme « Voïvodine » à l’instar de principauté, royaume, empire, ne signifient rien sans que l’on détermine quelle région nous appelons ainsi, à qui elle appartient. Cela est valable pour les différents émirats et sultanats, voire le califat avorté de l’État islamique. La principauté (« Voïvodine ») peut être Monaco, Liechtenstein, voire même une unité administrative (« Voïvodie ») en Pologne, mais jamais un duché in absoluto. Un royaume peut être la Grande-Bretagne, la Belgique ou Arabie Saoudite, mais jamais un Royaume in absoluto. Un empire peut être le Japon, mais jamais un empire sans nom. Les Émirats peuvent être les émirats arabes, mais jamais sans nom. Et ainsi de suite… Cela peut sembler une vétille, pour ainsi dire une bizarrerie linguistique sans signification, mais ce n’est pas le cas : c’est le résultat de la propagande et de l’hystérie, on a échappé de peine à la création d’une nation « voïvodinienne » artificielle aux dépends de la nation serbe, à l’instar des créations telles que les nations « monténégrine », « bosniaque » et autres. Déjà, à notre regret et notre honte, une association autonomiste, plus exactement séparatiste, serbophobe, a été créée par certains Serbes, heureusement peu nombreuse. Il en est de même de l’appellation de Sandžak. « Sandjak », « vilayet » et autres termes semblables sont les appellations des unités administratives de l’ancien Empire ottoman. Le « Sandžak » actuel était en fait le sandjak – le district- de Novi Pazar (Yeni Pazar, en turc). Historiquement, c’est la région de Ras. Rappelons que le roi Nicolas du Monténégro avait appelé la partie monténégrine du soi-disant Sandžak « le pays de Ras ». Si cela pouvait être pour nos une consolation, des expérimentations et processus semblables ont eu lieu ailleurs aussi dans le monde : L’Ukraine (le bord, la bordure, à l’instar de la Krajina serbe), l’État russe originel, qui après avoir été le centre est devenue la périphérie, a dégénéré, grâce aux bolcheviques, et ensuite aux « démocrates » post-soviétiques, chéris par l’Occident, en État antirusse ; l’ancien Turkestan russe en Asie centrale a évolué en une série d’États et de para-États minuscules et hostiles; de nouvelles nations ont émergé, à l’instar de l’Amérique et d’autres…

8. Les tentatives du « gouvernement » kosovar de devenir État-membre de l’UNESCO, sont temporairement enrayées. Dans les quel état se trouvent les biens ecclésiastiques au Kosovo et en Métochie ?

Tout ce qui, entre temps, n’a pas été détruit, se trouve maintenant en sécurité.

9. Après quelques réunions de la commission mixte de l’Église orthodoxe serbe et de la Conférence des évêques catholiques de Croatie sur l’interprétation du rôle du cardinal Stepinac pendant la seconde guerre mondiale et son éventuelle canonisation, les points de vue des deux parties sont restés irréconciliables. Mais les politiciens croates actuels continuent à exprimer leurs attentes pour la canonisation de Stepinac. Quelle issue attendez-vous, Votre Excellence ?

Comme on le sait, chaque partie – la nôtre, serbe, orthodoxe, et l’autre, croate, catholique-romaine – est restée, pendant et après le dialogue, sur ses positions. Le fait que les politiciens croates s’impliquent tant dans cette question et s’efforcent de faire pression sur le Vatican afin d’obtenir la canonisation de Stepinac en dit assez sur la nature et l’objectif du « projet Stepinac ». Quelle en sera l’issue, je ne peux vraiment pas le dire. Je sais une seule chose : le pape actuel a une autre conception de l’Église que les milieux de Zagreb voire même que la majorité des évêques catholiques en Croatie. Au demeurant, on entend, en Croatie également, de nombreuses voix mesurées et qui envoient des avertissements. On verra !

Source (dont photographie) : Église orthodoxe serbe, traduit du serbe pour Orthodoxie.com

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