L’évêque de Backa Irénée : « J’espère que le Patriarcat de Constantinople ne franchira pas le Rubicon fatal et qu’il placera l’unité de l’Église au-dessus des primautés de ce monde »
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Nous publions ci-dessous in extenso l’interview accordée par l’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) au quotidien belgradois « Politika » du 23 septembre 2018 :

– Le monde orthodoxe entier est-il en danger, selon la mise en garde du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe, après la décision du Saint-Synode du Patriarcat œcuménique de nommer deux « exarques » à Kiev ? Ce danger, en fait, devient déjà réalité car, dans le même communiqué du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe, on constate que « le processus [de l’autocéphalie], selon les déclarations du patriarche œcuménique, est irréversible et sera poursuivi » ?

– Dans votre question est donnée en partie la réponse. Réellement, pour la première fois dans l’histoire de l’Église orthodoxe, un danger réel de nouveau grand schisme pèse sur elle, cette fois non entre l’Orient et l’Occident chrétiens, mais au sein même de l’Orient. Si l’on en venait à cela – j’espère malgré tout que ce ne sera pas le cas – ce serait le schisme le plus grand et le plus grave de tous les schismes précédents dans l’histoire de l’Église, plus grand quantitativement même que celui de 1054, si l’on tient compte du nombre actuel des Églises orthodoxes locales et de leur extension dans le monde. Je dois, en passant et brièvement, donner une clarification sur la venue des deux « exarques » constantinopolitains à Kiev. Ceux-ci ne sont pas nommés là-bas mais envoyés un certain temps, pour la mission concrète de mise en œuvre du plan d’octroi de l’autocéphalie aux schismatiques ukrainiens de toutes sortes, et ce contre la volonté de l’Église légale, canonique, en Ukraine, la seule qui dans ce pays est effectivement l’Église orthodoxe, reconnue de toutes les Églises, à commencer par le Patriarcat de Constantinople lui-même. Le mot « exarque » a diverses acceptions selon les contextes, mais ici il signifie simplement émissaire, légat, représentant. Afin de comprendre de quoi il s’agit, imaginons la situation suivante : une délégation des rives du Bosphore [i.e. du Phanar, ndt] vient à Skoplje afin d’examiner le mode et la procédure d’octroi d’autocéphalie à l’Église de ce pays qui se trouve en schisme avec toutes les Églises dont, en premier lieu, le patriarcat de Constantinople lui-même. La délégation contourne silencieusement l’Église canonique et son primat, l’archevêque Jean, à savoir le seul qui est reconnu de tous, dont la délégation mentionnée et ceux qui l’ont envoyée. Il est possible d’imaginer un oxymore plus grand encore : une délégation semblable arrive à Cetinje, au Monténégro, s’y installe un certain temps et commence à élaborer la procédure d’octroi de l’autocéphalie à Miraš Dedeić (le soi-disant « métropolite Michel ») et sa secte schismatique, bien que le Patriarcat de Constantinople lui-même l’ait préalablement défroqué en raison de ses délits canoniques. Dans le même temps, l’évêque légal, le métropolite Amphiloque, bien connu à Constantinople même et dans le monde orthodoxe en général, n’est pas été gratifié d’une visite ou d’une salutation, mais apprend par les journaux ou le petit écran l’existence de cette opération « pacificatrice » et « unificatrice »… Vous demandez à la fin de votre question si le processus à Kiev est irréversible. Je connais de telles déclarations, mais je considère que dans l’histoire, il n’y a pas de processus irréversibles, voire même lorsqu’ils sont achevés, et encore plus lorsqu’ils sont en cours et doivent encore être finalisés. Je le répète : mon espoir est en Dieu et, avec la majorité écrasante des chrétiens orthodoxes dans le monde, j’espère aussi que le patriarcat de Constantinople, d’un point de vue historique la Mère de toutes les Églises slaves, ne franchira pas le Rubicon fatal et qu’il placera l’unité de l’Église au-dessus des « primautés » de ce monde, des antagonismes, des intérêts et des influences.

– L’Église orthodoxe serbe se déterminera-telle de quelque façon à l’égard de ces événements et décisions liées à l’Ukraine ? De nombreux medias « surenchérissent » déjà sur le côté auquel se rangera l’Église Serbe : Moscou ou Constantinople…

– La surenchère médiatique est dénuée de sens. L’Église orthodoxe serbe n’accepte pas l’existence de deux orthodoxies différentes qui en outre sont brouillées, l’une « phanariote » et l’autre « moscovite », car elle croit en l’Église du Christ Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Aussi, elle fait tout ce qu’elle peut au service de l’unité de l’Église, à savoir le service de la paix et de l’amour entre Églises locales et elle ne se détermine pas de la façon prédominante, voire peut-être la seule possible, dans le domaine de la politique, de l’idéologie et de ce que l’on appelle les intérêts. En bref : nous ne sommes pas pour Moscou, mais pour le plein respect de l’ordre canonique séculaire et nous ne sommes pas contre Constantinople, mais contre toute initiative qui, indépendamment de bonnes intentions, provoquerait à coup sûr des séismes et des divisions plus graves que ceux que nous avons déjà. Notre but est de chasser pour toujours l’esprit mauvais de notre Maison, dans laquelle il s’est installé sans y avoir été invité, et non involontairement de balayer et orner notre Maison pour que sept autres esprits, encore pires que lui, s’y installent (cf. Matth. XII, 43-45 et Lc XI, 24-26).

– À quel point est réalisable l’appel du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe visant à ce que les primats des Églises orthodoxes locales initient une discussion fraternelle panorthodoxe sur la situation ecclésiale en Ukraine ? Examine-t-on dans l’Église orthodoxe serbe cet appel et êtes-vous en contact avec les autres Églises orthodoxes locales à ce sujet ?

– Une consultation panorthodoxe sur ce thème n’est pas possible parce que c’est le patriarche œcuménique qui convoque une telle réunion, en tant que primat de l’Église qui est la première selon l’honneur et le rang. Or, celui-ci défend maintenant la thèse qu’il a le droit seul, sans la participation des autres Églises sœurs, avec son seul Synode, de régler les problèmes où que ce soit dans l’orthodoxie, sans tenir compte de la juridiction et des positions des Églises autocéphales (personnellement, je suis convaincu que cette thèse ne sera acceptée par absolument aucune Église orthodoxe). Une telle consultation, d’après moi, n’est pas même utile, car tous les patriarches et synodes orthodoxes, et même le grand public dans l’univers orthodoxe, savent de quoi il s’agit, tant sur la base des entretiens officiels avec les délégations des patriarcats de Constantinople et de Moscou, que sur la base des informations accessibles à tous.

– Si des structures ecclésiastiques non canoniques en Ukraine reçoivent l’autocéphalie de cette façon, existe-t-il la possibilité qu’il se passe quelque chose de semblable en Macédoine, où il existe également une Église canonique et des structures non reconnues ?

– Si quelque chose de semblable se passe en Ukraine (et il est impossible qu’il se passe, sauf avec des conséquences imprévisibles), cela se produira non seulement en Macédoine (laquelle s’appelle maintenant, je suppose, Macédoine « du Nord »), mais aussi au Monténégro, en Abkhazie et partout où il se trouve des promoteurs et des exécutants de ces idées, voire, peut-être en Grèce. Je prie Dieu et j’appelle vos lecteurs de confession orthodoxe à Le prier qu’Il nous préserve d’une telle épreuve.

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