Mgr Georges Khodr : « L’Entrée à Jérusalem »
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« Jésus monta de Galilée à Jérusalem, celle qui tue les prophètes. Là, il devait mourir ; c’était son destin. Ses fidèles l’accueillirent, le louant par des versets de l’Ecriture Sainte. Il avait accepté sa mort. « Et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12 :32) Ils trouveront la foi après qu’Il ait été tué, car, à l’instant même de sa mort, Il souffla son Esprit en eux.

Avant Sa mort, Son enseignement agira intensément. Lorsqu’Il lava les pieds des disciples durant la Cène, son enseignement prit la forme d’un acte. L’Evangile de Jean n’indique pas la nature de la Cène, mais rapporte qu’« ayant aussitôt pris la bouchée, Judas sortit ; il faisait nuit » (Jn 13 :30). Il faisait nuit à l’extérieur ; il faisait nuit dans son cœur. Toutes les ténèbres cosmiques encerclèrent Judas. Qui connaît le Christ et Le trahit, sombre dans les ténèbres.

Je m’arrête au quatrième Evangile, avec Jean. Je tente de rejeter la nuit en cette semaine sainte qui approche, et je vais faire une lecture du dernier entretien de Jésus avec ses disciples. Espérant y adhérer, je cherche à m’épargner le Jugement dernier et à éviter même d’être traduit devant le tribunal. C’est pour cette raison que Jésus commence son discours ainsi : « Que votre cœur ne se trouble pas…croyez aussi en moi…Je suis le Chemin, la Vérité, et la Vie » (Jn 14 :1-6). Je suis votre chemin vers le Père. Ce que vous entendez n’est point un simple discours catéchétique ou des spéculations personnelles. Je suis la Vérité et la Vie que le Père déverse au-dedans de vous. La vérité ne s’élève pas au-dessus de mes paroles, ni ne les passe à l’épreuve. M’accepter, c’est accepter Dieu même. La vérité ne se tient pas en face de Dieu. Elle est en Lui, loin de Lui faire face. Or tout cela exige que je meure. Sans cette mort, le monde ne saurait apprécier que mon ardente passion envers vous s’unisse à la vôtre envers moi. Après quoi, lorsque Je ressusciterai d’entre les morts, la mort périra.

Pour donner suite à cela, Jésus dit : « Nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14 :6) Ainsi, à celui qui Me connaît, je révèlerai l’Esprit, les actes, les attributs, et les énergies de Dieu. C’est ainsi qu’on voit le Père, puisque nul ne peut Le regarder de ses propres yeux et vivre. Oubliant cela, Philippe dit : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit » (Jn 14 : 8). Le Seigneur répondit : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14 : 9). Le Père n’est autre que l’amour, comme dit saint Jean, l’ami du Seigneur, qui déclare : « Dieu est amour ». Et les saints Pères de commenter : « L’amour, dans cette parole, n’est pas un nom ou un attribut de Dieu, mais son essence même ». Tous les actes divins, qu’ils soient cités ou non dans les Saintes Écritures, voire tous les actes attribués au Seigneur, furent accomplis par le Christ en son corps. Il n’y a aucune différence entre un acte divin et un acte du Christ quant à la nature et à la portée ; c’est pourquoi il lui fut possible de dire : « Qui m’a vu a vu le Père ». Aussi, afin que personne ne s’imagine qu’il y ait une distinction entre les actes du Christ et ceux du Père, ou qu’un abîme sépare les actes du Père et ceux du Christ, ce dernier ajouta : « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? » (Jn 14 :10). Si le Père Lui était supérieur ou antérieur, Jésus ne serait pas en Lui.

Mais où trouver plus d’élévation que dans ces paroles « …Je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous » (Jn 14 : 20). Ici, l’amour de Dieu pour son Christ s’incline devant Son amour des hommes, et Son amour des hommes est porté plus haut. Cet amour est d’autant plus admirable qu’il demeure intense, malgré Sa kénose : « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai, et je me manifesterai à lui » (Jn 14 :20). Il n’y a plus de distinction entre l’amour qui descend et celui qui se maintient en sublime hauteur, c’est-à-dire entre l’amour de Dieu pour l’homme et la réception par l’homme de cet amour.

Par l’unité d’amour, le Christ transcende le caractère double de ces deux entités que sont Lui-même et Son peuple. Dans cette seconde partie du dernier entretien, qui porte sur l’unité de l’amour clairement exprimé, Il se révèle lui-même comme l’auteur de cette unité, se désignant comme le « cep », et nous appelant les « sarments ». Les sarments sont constamment fixés au cep. Dans ce chapitre, l’image de l’unité prend source dans le mouvement du Père vers le Christ, et celui du Christ vers les croyants. Ensuite, le Christ déclare donner sa vie pour ces derniers. Pour mieux préciser l’image de Son amour, Il insiste pour que que cet amour soit diffusé parmi eux, avant d’aborder leur vie en ce monde, désignant ainsi les persécutions. Pourtant, il promet qu’il les raffermira grâce au Saint-Esprit. Dans ce dernier entretien, tout le langage qui concerne le Saint-Esprit implique que le Christ demeure le Bien-aimé du Père par l’Esprit Saint.

En fin de compte, on arrive à la prière sacerdotale. Jésus y parle de sa gloire répandue en toute profusion : « Je T’ai glorifié sur la terre » (Jn 17 :4). L’expression est johannique par excellence ! Jésus la répète dans l’Évangile de saint Jean aux noces de Cana en Galilée.

Ayant dit tout cela, Jésus sortit avec ses disciples et traversa la vallée du Cédron. C’est une pente abrupte, dont j’ai eu la bénédiction de parcourir le chemin poussiéreux, en 1947. De là, Jésus marcha vers Sa mort glorieuse, à la lumière de laquelle nous participerons tout au long de la semaine prochaine. De Ses paroles, je retiens aujourd’hui « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18 :36). Il s’agit d’un royaume différend, qui s’établit dans le cœur, dès que l’on se met à écouter, à chaque instant, les paroles du Sauveur. Ce dernier nous porte à témoigner pour la vérité, comme il l’avait fait lui-même, lorsque Pilate lui demanda « Qu’est-ce la vérité ?» (Jn18 :38), et Il ne répondit rien. La vérité n’est pas une théorie qu’on explique. Lui-même avait déjà dit qu’il était la Vérité en personne. Que l’on écoute Sa parole, que l’on S’y soumette, et il ne restera plus de distance entre soi-même et la plus grande Vérité.

Dans le récit de la Passion, l’attention du lecteur est attirée par cette phrase : « Ils se sont partagé mes habits, et mon vêtement, ils l’ont tiré au sort » (Jn19 :24). Il était nécessaire de ne rien laisser sur Lui pour l’humilier davantage. Mais pourquoi ce détail si menu rapporté par l’Evangéliste : « Or la tunique était sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut » (Jn19 :23) ? Ils ne purent donc la diviser. Si on y réfléchit après coup, ces paroles paraissent figuratives. Personne ne peut diviser l’habit du Christ, car son unité demeure à jamais. Qui outrage le corps du Christ décide de sa propre fin.

La dernière parole de Jésus fut : « Tout est achevé » (Jn 19 :30). Selon l’exégèse commune, cela signifie « J’ai accompli les prophéties ». Elles me concernent toutes, d’une façon ou d’une autre, que ce soit en un sens général ou particulier. Or, ce « Tout est achevé » (Jn 19 :30) indique que tout ce que l’on exprime de beau, d’honorable, et de pur dans les systèmes philosophiques, dans la littérature et l’art des diverses civilisations, comme dans toute pensée lucide, trouve sa plénitude et sa gloire en ce corps couvert de sang, fixé sur la Croix. Tout fut accompli au Golgotha, si bien qu’il resplendit de gloire.

Après cette dernière parole, l’Apôtre Jean énonce « Et, inclinant la tête, il remit l’esprit » (Jn 19 :30). En réalité, un corps agonisant rend l’âme avant de baisser la tête. Pourquoi l’Évangéliste renverse-t-il l’ordre de la nature en plaçant le fait de rendre l’esprit après celui de baisser la tête ? J’ai l’intuition que l’Évangéliste voulait insinuer par là que Jésus, trépassant, non seulement rendit l’âme humaine, mais aussi l’Esprit qu’il portait en lui-même. Ainsi, lors de sa mort eut lieu la première Pentecôte. »

Texte traduit de l’arabe par les moniales du Couvent Notre Dame de Kaftoun.
Texte original: « الدخول إلى أورشليم »- paru dans An Nahar-16.04.2011

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