Recension: Hiéromoine Grégoire du Mont-Athos, « Le sacrement du mariage, communion d’amour »

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Hiéromoine Grégoire du Mont-Athos, Le sacrement du mariage, communion d’amour, Éditions des Syrtes, Genève, 2017, 67 p., 5€.
Le hiéromoine Grégoire (Chatziemmanouil) est déjà bien connu des lecteurs francophones par son livre sur La divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, paru en 2015 aux éditions des Syrtes. Après avoir, dans les années 70, fait revivre le monastère athonite de Savronikita auprès de l’higoumène Basile (Gondikakis) dont il était le second, il s’est retiré dans le kellion Saint-Jean le Théologien près du monastère de Koutloumoussiou au Mont-Athos, où il a fondé une petite communauté.
En voyant ce nouveau livre de lui paru chez le même éditeur, on peut penser qu’un moine, athonite de surcroît, n’est peut-être pas le mieux placé pour parler du mariage et de ses fruits, et que cette tâche serait mieux remplie par un prêtre marié et père de famille.
Cependant, le Père Grégoire, au Mont-Athos ou en dehors, a acquis, au cours de plusieurs décennies, une grande expérience comme confesseur, apprenant à connaître dans leur diversité et leur complexité les problèmes liés à la vie conjugale et familiale, et à leur trouver des solutions spirituelles.
Il nous fait part ici de ses propres réflexions, mais s’appuie très largement sur les enseignements des Pères, en particulier de saint Jean Chrystostome, qui unissait à une connaissance très approfondie de la vie sacramentelle et de la vie ascétique qui lui est corrélative, un sens très fin de la psychologie humaine et un savoir-faire pastoral exceptionnel (ses homélies où il parle du mariage sont d’ailleurs parmi les plus célèbres sur ce sujet). Le Père Grégoire cite aussi abondamment saint Païssios, qui partagea les soucis de ses très nombreux visiteurs, et sut les éclairer et les consoler par son discernement, sa sagesse et sa compassion (ses propos sur la famille ont été recueillis dans l’un des volumes de ses Paroles, considéré comme l’un des meilleurs de la série).
L’auteur présente tout d’abord le mariage comme une communauté d’amour, avec tout ce que cela implique. Il parle ensuite de la rencontre et des fiançailles (aujourd’hui souvent oubliées, mais qui dans l’Église orthodoxe, font l’objet d’un office particulier), puis de la vie avant le mariage et de la préparation du sacrement. À cet égard, il ne manque pas d’aborder le problème que posent, du point chrétien, les relations sexuelles préconjugales et les cohabitations hors mariages, devenues très fréquentes de nos jours où, y compris dans les sociétés majoritairement chrétiennes comme la Grèce, le mariage connaît une crise. Cette crise est plus largement celle de l’engagement dans une civilisation qui est devenue instable à tous les niveaux. Mais elle est aussi due au fait que les sociétés occidentales modernes valorisent l’individualisme et l’égoïsme qui l’accompagne, au détriment d’une vie communautaire qui exige le don et le sacrifice de soi au profit de l’autre.
L’auteur développe alors une réflexion sur le mystère du mariage, en se référant notamment à la célèbre analogie qu’établit saint Paul entre les relations de l’époux et de l’épouse et les relations du Christ et de son Église. Après avoir présenté le caractère spécifique de l’amour conjugal, et les moyens de le maintenir et de le développer, il commente brièvement le sacrement lui-même pour en dégager la nature et le sens. Un chapitre est consacré à « l’enfant, fruit de l’amour ». L’auteur conclut son livre par une réflexion et des conseils sur la vie spirituelle commune.
La brièveté de cet ouvrage ne permet pas de donner à son sujet toute l’ampleur qu’il mérite, mais on y trouve bon nombre d’aperçus intéressants.
L’auteur aurait pu traiter de manière plus fine la question des relations préconjugales et des unions hors mariage, qui, par leur fréquence croissante et leur banalisation, constituent à notre époque un véritable défi pour la pastorale. Il faut certes rappeler clairement que ces situations ne sont pas conformes aux principes de l’Église, et constituent des péchés qui, en tant que tels, placent leurs auteurs en dehors de la communion de celle-ci. Mais cela ne suffit pas. Il faut d’une part souligner que si tout péché est fondamentalement un manque d’amour de Dieu et du prochain, le péché qu’il y a en de telles unions, lors même qu’elles sont des relations d’amour, est qu’elles limitent l’amour à une dimension purement humaine, et le privent de la dimension spirituelle qui lui donne sa plénitude (le mal consiste ici comme ailleurs en la privation d’un bien plus grand). Le rappel des principes ne doit pas s’accompagner d’une exclusion pure et simple (qui, l’expérience le prouve, aboutit souvent à éloigner définitivement les personnes de l’Église), mais d’une approche pédagogique positive qui, en maintenant le dialogue et avec patience, fait découvrir au couple les bienfaits incommensurables d’une union fondée spirituellement, qui bénéficie du soutien de la grâce, et peut ainsi non seulement surmonter les difficultés inhérentes à la vie communautaire, mais donner à l’amour sa pleine mesure et permettre à l’union d’accomplir sa finalité la plus élevée.

Jean-Claude Larchet

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