Le 27 mai dernier, la librairie Les Éditeurs réunis, au 11 rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, dans le 5ᵉ arrondissement de Paris, a inauguré l’exposition « YMCA-Press à Paris : un siècle d’histoire ». Des dizaines de personnes s’y sont réunies pour découvrir des publications rares et des documents d’archives, conservés dans les collections de la maison, qui retracent les origines de cette maison d’édition singulière.
Fondée à Prague en 1921 grâce au soutien de l’organisation missionnaire Young Men’s Christian Association, alors dirigée par John Mott, futur prix Nobel de la paix, YMCA-Press s’installe à Paris en 1925, d’abord boulevard du Montparnasse, puis, au début des années 1960, sur la Montagne-Sainte-Geneviève, où elle se trouve toujours. C’est le centenaire de cette implantation parisienne que célèbre l’exposition.
La maison devient rapidement le foyer d’édition de la pensée russe en exil. Le philosophe Nicolas Berdiaev en prend la direction avec Paul Anderson et Boris Vycheslavtsev, et y publie le père Serge Boulgakov, Basile Zenkovsky, Simon Frank, Nicolas Lossky, Georges Fedotov ou Léon Karsavine, aux côtés des écrivains de l’émigration : Ivan Bounine, Alexis Remizov, Nina Berberova, Boris Zaïtsev. Deux cent cinquante titres paraissent entre 1925 et 1940, sans compter les manuels scolaires et les livres pour enfants.
Après la guerre, YMCA-Press fait paraître les auteurs interdits ou persécutés en Union soviétique : Anna Akhmatova, Varlam Chalamov, Nadejda Mandelstam, Lydia Tchoukovskaïa. C’est à Paris que sort pour la première fois, en 1967, « Le Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov, vingt ans avant sa publication en Russie, puis « Cœur de chien », en 1969.
En 1971, Alexandre Soljenitsyne, resté derrière le rideau de fer, confie à la maison « Août quatorze », premier volet de « La Roue rouge », dont le manuscrit est acheminé clandestinement à l’Ouest. Satisfait du travail accompli, l’écrivain lui remet un texte autrement plus périlleux. Composé dans le secret d’une imprimerie parisienne, relu par l’éditeur Nikita Struve et son épouse Marie Eltchaninoff, « L’Archipel du Goulag » paraît en russe le 28 décembre 1973, à cinquante mille exemplaires. La file d’attente devant la librairie descend jusqu’à la place Maubert. Arrêté en février 1974, Soljenitsyne est expulsé d’Union soviétique ; il dirigera ensuite depuis le Vermont deux collections de la maison d’édition.
Devenue Centre culturel Alexandre-Soljenitsyne, la librairie poursuit aujourd’hui son travail de passerelle entre les cultures russe et française. L’exposition est visible jusqu’au 27 septembre, du mardi au samedi de 10 h à 18 h 30. Entrée libre.
Reportage de Khrystyna Petkova.
