29/04/2017
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Vient de paraître: « Divine liturgie avec célébration du baptême »

liturgie_bLes éditions Sainte-Geneviève (Séminaire orthodoxe russe) viennent de publier un nouvel ouvrage, en version bilingue, français et slavon: Divine liturgie avec célébration du baptême (couverture ci-contre). Présentation: « Nous venons de faire paraître un livre, à notre connaissance inédit, contenant le déroulement intégral de la divine liturgie (anaphore de St Jean-Chrysostome) avec la célébration du baptême. De plus, cette édition est bilingue: le texte slavon à gauche et le français, à droite.
Pendant très longtemps, le baptême des adultes était célébré au cours de la liturgie eucharistique (divine liturgie), à l’occasion des grandes solennités (Pâques, Noël, Théophanie). Rien n’empêche aujourd’hui d’associer à nouveau baptême et eucharistie pour recevoir dans l’Église du Christ des catéchumènes adultes, mais aussi des enfants.
La traduction des textes de la liturgie est celle de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale, adoptée par l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et reprise avec son aimable autorisation. Les prières du rite du baptême sont données dans la traduction du P. Alexandre Siniakov. »

L’ouvrage peut-être commandé sur cette page.

Lettre du métropolite de Gortyne et Megalopolis Jérémie au sujet du Concile de Crète

Nous publions ci-dessous in extenso la lettre du métropolite de Gortyne et Megalopolis Jérémie (Église orthodoxe de Grèce), laquelle a été envoyée aux prêtres de son diocèse le 12 décembre 2016.

« Chers Frères prêtres et concélébrants,
Du 19 au 26 juin a eu lieu à Kolymbari, en Crète, le Saint et Grand Concile panorthodoxe, ainsi qu’il a été appelé. Je connais votre intérêt pour ce qui s’est passé lors de ce Concile, puisque vous me l’avez demandé au cours d’entretiens privés. Or, je vous avais dit que je vous répondrai à tous par une réponse générale. C’est ce que je fais maintenant, ce qui est mon devoir et mon obligation en tant que votre évêque.
1. En premier lieu, je dois dire ce que vous savez, c’est-à-dire que notre Église s’exprime conciliairement (synodika). Et vous-mêmes, avec votre troupeau, les chrétiens laïcs, vous constituez une Assemblée (synodos), et laquelle ! C’est la divine Liturgie qui est appelée « assemblée » (synodos) puisqu’elle est l’œuvre du peuple (leitos). Vous savez que sans l’élément laïc, vous ne pouvez célébrer la divine Liturgie. Cette Assemblée, la divine Liturgie est réellement « grande et sainte ». « Sainte », car en elle, par votre propre prière – celle du prêtre – qu’accompagnent les chrétiens fidèles pendant l’hymne « Nous Te chantons… », vient le Saint-Esprit, non seulement sur les Dons qui se trouvent sur le saint Autel, pour les transformer en le Corps et le Sang du Christ, mais aussi sur toute l’Assemblée des fidèles. C’est ainsi qu’il est dit dans la prière de la Consécration : « Envoie Ton Esprit Saint sur nous et sur les Dons ici offerts ». Et la divine Liturgie est une « Grande » Assemblée parce que malgré le fait que dans nos villages, il peut se produire que celle-ci ne soit constituée que de cinq femmes âgées, « des milliers d’archanges et des myriades d’anges… » sont présents à l’office, comme nous le disons dans la prière correspondante. Ainsi, l’Église convoque toujours des assemblées et elle a beaucoup tardé, ces dernières années, à se rassembler en Concile. Aussi, nous nous sommes fortement réjouis lorsque nous avons entendu que notre patriarche œcuménique Bartholomée convoquait un Concile panorthodoxe. Un Concile a eu lieu, auquel notre Église de Grèce a été représentée par notre Archevêque avec environ 25 évêques, une sainte délégation de toute la hiérarchie de l’Église de Grèce, que nous avons accompagnée par notre prière et notre anxiété. Beaucoup a été dit, positivement et négativement, et je vais exposer ici mon propre point de vue sur ce qui a été dit et écrit à ce Concile, et ce librement et en bonne conscience, en tant qu’évêque de l’Église de Grèce.
2. Frères dans le sacerdoce, comme nous le savons par l’histoire des Conciles de notre Église, un Concile se rassemble pour condamner une hérésie et naturellement pour régler différentes questions d’ordre et de cheminement de notre Église. Mais, principalement, notre Église se préoccupe particulièrement de la foi de ses enfants, qu’elle formule clairement dans ses Conciles, dissociant celle-ci de l’erreur et de l’hérésie. On entend parler déjà depuis de nombreuses années de l’hérésie de l’œcuménisme, une construction religieuse qui veut l’unité de tous, en dépit des différences dogmatiques. Les racines de cette hérésie se trouve dans le syncrétisme de l’Ancien Testament, qui a été combattu passionnément par ses prophètes. Oui ! Les combats des prophètes de l’Ancien Testament sont des combats contre l’œcuménisme. Par cette hérésie, que ses connaisseurs appellent à juste titre « pan-hérésie », ont été influencés nombre de nos orthodoxes. Ils disent en effet qu’il existe des clercs de haut degré qui sont enthousiastes des mouvements oecuménistes et qui les soutiennent dans leurs paroles. Un immense nombre de nos chrétiens sont scandalisés par les slogans oecuménistes qu’ils entendent. Le papisme constitue aussi une hérésie. Puisque, en raison de nos clercs et laïcs philo-oecuménistes et philopapistes, il y a une confusion dans le monde orthodoxe, il aurait fallu – c’est que nous attendions – que le Concile de Kolymbari en Crète, avec son autorité, éclaircisse les choses et parle clairement de ces deux hérésies de notre époque et en préserve les fidèles. Il ne l’a pas fait, malgré le fait que de nombreux clercs et laïcs l’avaient demandé avant le Concile, et ce avec beaucoup d’insistance et de supplications. Naturellement, les fidèles orthodoxes savent que le papisme est une hérésie, parce que nous avons à son sujet les témoignages des saints Pères et surtout celui de l’illustre Père, saint Grégoire Palamas. Les fidèles savent également que l’œcuménisme est une pan-hérésie. Aussi, en raison du danger menaçant et afin que le peuple fidèle en fût préservé, nous aurions attendu la condamnation du papisme et de l’œcuménisme par le Concile. Or nous ne l’avons pas vu.
3. Mais, paradoxalement, il semble que le Concile de Crète n’a condamné aucune hérésie, ni qu’il ait parlé d’hérésies, qu’il qualifie « d’Églises ». Ici, mes très pieux prêtres, je m’arrêterai pour procéder à une clarification du terme « Église ». Il s’agit d’un mot qui signifie en général le rassemblement, la réunion, l’assemblée des personnes. Ce mot a été utilisé dans l’antiquité. C’est ainsi que les anciens parlaient de « l’ecclesia du peuple ». Dès le début, le christianisme pour manifester sa foi et exprimer ce qu’il faisait, a accepté sans crainte et librement des expressions séculières et politiques, tels que les mots « « royauté », « force » que nous entendons dans l’office divin (« Car à Toi appartient la force, à Toi conviennent la royauté, la puissance et la gloire… »). Pour ce qui concerne notre relation avec Dieu, nous l’exprimons par le mot « foi », et encore mieux par le mot « Église ». Non pas par le mot « religion ». Lorsque nous disons « foi », nous comprenons toute notre vie, toute notre relation avec Dieu. Nous comprenons toute notre famille sacrée que nous appelons « Église ». Lorsque Jacques, le frère de Dieu, dit que « la prière de la foi sauvera le malade » (Jc 5,15), il n’a pas en vue la prière qui est faite avec foi, mais la prière que fait l’Église (c’est elle qui est appelée « foi »), raison pour laquelle elle a la force de sauver. Lorsque l’Église prie lors d’un sacrement, elle est entendue dans tous les cas, bien que le prêtre qui le célèbre soit pécheur. C’est la même chose qu’expriment les mots « Que tous se délectent du banquet de la foi » [discours pascal de St Jean Chrysostome, ndt], c’est-à-dire le « banquet » de l’Église, qui est la divine Eucharistie. Mais l’expression « Église » est encore plus profonde et plus sacrée pour manifester la Famille de Dieu. Pères et Frères, le Fils de Dieu, s’est engendré et est venu dans le monde pour créer Sa famille, laquelle est l’Église. Celle-ci est un Mystère et ne peut être limitée par des définitions. Nous concevons cependant et goûtons ce mystère de l’Église (chacun en fonction de sa pureté) dans la divine Liturgie. C’est la raison pour laquelle St Ignace le Théophore dit que l’Église est « l’Autel », c’est-à-dire la sainte Table sur laquelle est célébrée la divine Liturgie. Puisque la divine Liturgie est l’Église, ceux qui ne participent pas à la Divine Eucharistie ne peuvent y participer. Et puisque nous ne pouvons pas communier avec les catholiques, les protestants et les autres chrétiens hétérodoxes, ceux-ci ne sont pas attitrés à être qualifiés du terme sacré « d’Église ». Ils ne constituent simplement que des communautés religieuses. Cependant, le Concile de Crète les a appelé « Églises ». Naturellement, comme nous l’on dit lors de l’Assemblée [des évêques de l’Église de Grèce, ndt] qui a siégé en novembre, les Pères hiérarques de notre Église de Grèce ayant participé au Concile, le terme « Église » qui a été appliqué aux hétérodoxes, n’a pas été utilisé dans son sens principal, dogmatique mais, abusivement, dans le sens de communauté religieuse. Oui, mais dans nos textes et expressions théologiques, nous avons une autre conception de « l’Église », celle que nous avons présentée ci-dessus. Et puisqu’il s’agit donc de textes du Saint et Grand Concile, il convient que nous soyons très précis dans nos expressions. Après nous, d’autres et d’autres viendront et trouveront « prête » l’utilisation de l’expression « Église » pour les hérétiques et ceux qui sont le plus libéraux à leur égard, avec la justification au demeurant correcte que l’expression a été utilisée précédemment par un Concile. C’est pourquoi des théologiens solides se sont dressés contre cette expression, selon laquelle les hétérodoxes sont appelées « Églises », et l’ont considérée comme très erronée, surtout pour un texte conciliaire.
4. Mais nous, les évêques [de l’Église de Grèce], lors de notre Assemblée de mai de cette année, n’avions pas formulé cette expression erronée. Pourquoi notre texte a-t-il donc été modifié ? Notre texte, suivant la décision de l’Assemblée de mai, disposait : « L’Église orthodoxe connaît l’existence d’autres Confessions et Communautés chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Cette proposition était on ne peut plus orthodoxe. Elle a été acceptée par toute notre hiérarchie et c’est cette proposition que devait soutenir notre délégation, sans modification, devant le Concile. Or, la proposition a été modifiée comme suit : « l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle ». Cette phrase est erronée pour la raison que nous avons indiquée, à savoir que les hétérodoxes y sont appelés « Églises ». L’expression « Églises hétérodoxes » signifie « hérétiques ». Et puisque ces « églises » sont hérétiques, comment les appelons-nous « sœurs » ? Mais l’esprit théologique aguerri du bon Pasteur de notre bien-aimée Patrie, S.E. le métropolite de Naupacte Mgr Hiérothée, qualifie clairement cette expression «d’anti-orthodoxe » ! Je m’efforcerai, Pères, de vous expliquer simplement le contenu anti-orthodoxe de l’expression « Églises hétérodoxes » sur la base de l’interprétation du métropolite de Naupacte : il s’agit d’une expression contradictoire. L’Église dispose de toute la vérité et ne peut faire erreur. Si elle est dans l’erreur, elle ne peut être l’Église. L’hérésie est une erreur. Dire « Églises hétérodoxes », c’est mettre ensemble ces deux opposés, cela signifie que nous acceptons l’erreur dans l’Église et la vérité dans l’hérésie ! C’est grotesque ! Oui, c’est ce que signifie l’expression « Églises hétérodoxes ». Je reconnais cependant que la délégation de notre hiérarchie, en utilisant l’expression « Églises hétérodoxes », de même que le Concile de Crète adoptant celle-ci, ne voulait pas exprimer l’enseignement erroné susmentionné, mais nous savons tous que, dans les textes conciliaires doit exister l’exactitude et la clarté. Il n’est pas permis dans des textes conciliaires d’utiliser de telles expressions erronées. Ceci, selon le rapport du métropolite de Naupacte connaît un précédent historique. Dans la « Confession de Loukaris », qui a été écrite ou adoptée par le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris, il est dit que l’Église dans son cheminement peut tomber dans l’erreur et, au lieu de la vérité, dire le mensonge. Le patriarche formule littéralement la proposition suivante : « Il est vrai et certain que, dans son cheminement, l’Église peut errer et, au lieu de la vérité, choisir le mensonge ». Le sens de l’erreur de cette proposition de Cyrille Loukaris est formulée exactement par l’expression « Églises hétérodoxes » du texte du Concile de Crète, après l’altération de la première expression très orthodoxe de notre hiérarchie. Or, le Concile de Constantinople de 1638 a anathématisé le patriarche Cyrille Loukaris pour son expression anti-orthodoxe susmentionnée, selon laquelle l’Église peut être dans l’erreur. Toujours est-il que l’expression erronée « Églises hétérodoxes » restera maintenant, si le Concile de Crète est reconnu, en tant qu’écrite officiellement dans son texte et sera utilisée bel et bien et très librement comme permise et valide. Comme cela nous est connu, le mot « Église » a été attribué au XXème siècle pour la première fois à des chrétiens qui se trouvent hors d’elle, et ce par la proclamation du Patriarcat œcuménique de 1920. S.E. le métropolite de Naupacte, dans sont texte à la hiérarchie de novembre de cette année se plaint à juste titre que la nouvelle proposition avec l’expression erronée n’a pas été étudiée par la délégation de notre hiérarchie, mais a été faite « pendant la nuit du vendredi au samedi », mentionnant que le rédacteur de la proposition « ne connaît pas la dogmatique de l’Église orthodoxe catholique », et qualifiant la phrase controversée de « diplomatique et non théologique ». C’est une phrase qui facilite l’hérésie et la pan-hérésie de l’œcuménisme, disons-nous.
5. Dans le texte final de la délégation de notre hiérarchie, comme cela a été de nouveau relevé par S.E. le métropolite de Naupacte, il y a une autre faute sérieuse, dogmatique et ecclésiologique. Il est écrit dans le texte : « D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne saurait être perturbée. Cependant, l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle ». Le métropolite de Naupacte considère à nouveau la première phrase du texte « impie et anti-orthodoxe ». Effectivement ! Cette phrase est telle parce qu’elle exprime le point de vue protestant sur l’Église invisible et visible. Lorsque Luther et, avec lui, Calvin et Zwingli, se sont détachés de Rome, ils ont développé la théorie sur l’Église invisible et visible, afin que l’on ne pense pas qu’ils étaient en dehors de l’Église. L’Église invisible, à laquelle ils pensaient appartenir, était selon eux unie, tandis que les Églises visibles sur terre (ils avaient d’abord appartenu à l’une d’entre elles – celle de Rome –) étaient divisées et s’efforçaient de trouver leur unité. Notre théologien Lossky, dénonçant cette ecclésiologie protestante, qui divise l’Église en visible et invisible, la met en parallèle avec l’hérésie de Nestorius, qui a divisé la nature divine et humaine dans la Personne du Christ. De cette théorie des Protestants sur l’Église visible et invisible, qui est sous-jacente dans l’expression du texte conciliaire que nous jugeons, « partent – dit le métropolite de Naupacte – d’autres théories, comme celle des branches, la théologie baptismale et le principe d’inclusivité ». Aussi, nous devons faire très attention. L’expression du Concile «D’après la nature ontologique de l’Église… » est bizarre. Je vais maintenant examiner le sujet d’un autre angle, Pères, pour que vous compreniez l’erreur de l’expression. Je vous le demande, mes frères concélébrants : Pourquoi appelons-nous le miracle de la Divine Eucharistie « changement » des saints Dons et non « transsubstantiation » ? Parce que l’expression « transsubstantiation » rappelle la théorie de Platon et d’Aristote sur les idées, les archétypes, qui selon eux sont la substance des choses terrestres. Ainsi, le terme «transsubstantiation » pour exprimer la Divine Eucharistie manifeste que sont changés non pas le pain et le vin lui-mêmes, mais leurs archétypes dans le monde d’en-haut, les idées. C’est pourquoi, je le répète, le miracle de la Divine Liturgie, est appelé par nous « changement » et non « transsubstantiation ». De même maintenant, l’expression « unité ontologique de l’Église » nous renvoie en quelque sorte à cette théorie de Platon et d’Aristote. Pour cette raison, il ne faut pas l’appliquer à l’Église, afin que l’on ne nous critique pas, par cette expression, de « protestantiser », que l’on ne nous accuse pas de vouloir soi-disant déclarer ainsi la véritable unité de l’Église invisible en opposition à celle qui est visible sur terre. C’est à cela que se réfère le mot « cependant » qui suit.
6. Je ne vous ai pas parlé, mes Pères, de tous les sujets du Concile de Crète, mais d’un seul seulement, le plus sérieux peut-être, parce qu’il est ecclésiologique. Au sujet de ce texte du Concile qui concerne le thème que j’ai exposé, intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste [et non « l’ensemble » selon la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien, l’érudit métropolite de Naupacte dit précisément dans son exposé à l’Assemblée de la hiérarchie de l’Église de Grèce au mois de novembre de cette année : « Ce que je puis dire est que ce texte n’est non seulement pas théologique, mais aussi qu’il n’est pas clair, n’a pas de perspectives et de bases claires, qu’il est diplomatique. Comme cela a été écrit, il se distingue par une ambiguïté diplomatique créatrice. Et comme texte diplomatique, il ne satisfait ni les Orthodoxes, ni les hétérodoxes (…) Le texte soulève de nombreux problèmes, malgré certaines bonnes formulations générales. C’est ainsi que lorsque seront publiés les Actes du Concile, où sont reflétés les points de vue réels de ceux qui ont décidé les textes et les ont signés, il apparaîtra clairement que la théorie des branches a dominé au Concile, la théologie baptismale, et principalement le principe d’inclusivité, c’est-à-dire le glissement depuis le principe d’exclusion au principe d’inclusion (…) Beaucoup ont compris que ce texte a été écrit et décidé en vitesse et n’est pas finalisé, puisqu’il a été signé par les évêques le dimanche matin, et encore pendant la sainte Liturgie ! » Ces passages émanant de S.E. Mgr Hiérothée sont très significatifs et il faut les prendre sérieusement en compte et ne pas les négliger.
7. Nombreux sont ceux qui demandent : Reconnaîtrons-nous ce Concile ? Cela sera décidé par tous les les hiérarques de notre Église de Grèce. Notre archevêque Jérôme, accorde toujours la liberté de parole pour chaque point de vue qui s’exprime et il accepte toutes les positions. Nous l’en remercions. Mais nous savons, par l’histoire des Conciles, que beaucoup de sessions avaient lieu lors des Conciles œcuméniques lesquelles duraient des années. L’Église de Roumanie a décidé que les textes du Concile de Kolymbari en Crète peuvent être modifiés sur certains points, être développés par un futur saint et grand Concile de notre Église, être parachevés, et permettre ainsi un accord panorthodoxe. Parce que maintenant, au Concile de Crète, quatre Patriarcats n’ont pas participé, à savoir Antioche, Russie, Bulgarie et Géorgie. Ceci se produisait dans l’histoire des Conciles, nous le répétons. Il y avait beaucoup de sessions qui duraient des années. Et ces sessions étaient par la suite considérées comme un seul Concile.
8. Peut-être, Pères, ce que je vous ai dit peut paraître pour vous des points de détails, cela peut vous sembler quelque peu étrange, et vous pouvez peut-être m’accuser d’attribuer de l’importance aux mots et aux expressions. Cependant, mes Pères, notre foi orthodoxe s’exprime avec la précision des mots, qui sont chargés d’un profond sens théologique. Et comme nous le savons, notre Église a livré de grandes luttes pour la formulation correcte des dogmes de notre foi. Nous avons besoin de beaucoup de prière et de réflexion. Non d’actes précipités. J’attendrai, chers concélébrants et frères, vos questions, objections et désaccords sur ce qui a été dit, et nous parlerons à nouveau du Concile de Kolymbari en Crète. Priez pour moi.
Avec mes meilleurs souhaits et l’amour en Christ,
+ Le métropolite de Gortyne et de Megalopolis Jérémie »

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« Les peintres de l’invisible »

9782204116701-58089b0a90ba9Le P. Christophe Levalois a publié sur son blog une recension du dernier livre de Laurent Dandrieu publié aux éditions du Cerf, Les peintres de l’invisible – Le Greco, Rembrandt, Vermeer et autres messagers de l’infini.

Il y observe notamment : « Récemment, au sein de l’Église orthodoxe russe, Vladimir Légoyda, président du département synodal pour les relations de l’Église avec la société et les médias, a observé à propos de l’opéra-rock « Jésus-Christ superstar » : « L’Église ne réprime pas la créativité, en bénissant les artistes qui s’inspirent de sujets évangéliques ». Il a complété son propos en expliquant qu’il existe une nette différence entre des représentations blasphématoires et des représentations non-canoniques des choses saintes. Cela rappelle que l’Église orthodoxe ne rejette pas des formes artistiques qui, si elles ne s’insèrent pas dans l’espace liturgique, comme les icônes (sur ce sujet: L’iconographe et l’artiste de Jean-Claude Larchet aux éd. du Cerf), n’en témoignent pas moins de la lumière du message chrétien dans le monde selon leur démarche propre. La problématique évoquée dans l’ouvrage en question, à savoir l’expression de la présence de l’invisible et du divin dans la peinture, est au cœur de la démarche de nombreux artistes de confession orthodoxe. Nous le savons par maintes discussions. Cet ouvrage leur apportera de précieux éclairages et nourrira leur réflexion et, par-delà, leur expression artistique. »

Pour lire la totalité de la recension, cliquez ici.

Un communiqué de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France sur l’attentat au sein de l’église copte des Saints-Pierre-et-Paul au Caire

L’Assemblée des évêques orthodoxes de France a publié un communiqué suite à l’attentat au sein de l’église copte des Saints-Pierre-et-Paul au Caire. Il est en ligne ici.

Le patriarche œcuménique Bartholomée menace de cesser la communion avec deux hiérarques de l’Église de Grèce qui critiquent le Concile de Crète

S’adressant à l’archevêque d’Athènes Jérôme par une lettre datée du 18 novembre 2016 publiée ces derniers jours dans les médias grecs, le patriarche œcuménique menace de cesser la communion avec deux hiérarques de l’Église de Grèce qui critiquent le Concile de Crète, à savoir les métropolites Ambroise de Kalavryta et Aigialea et Séraphim du Pirée. Nous publions ci-dessous la traduction intégrale de cette lettre :

« Votre Béatitude l’Archevêque d’Athènes et de toute la Grèce, Frère très aimé et affectionné dans le Christ Dieu et concélébrant de Notre Humilité, seigneur Jérôme, Président du Saint-Synode de l’Église de Grèce, embrassant fraternellement Votre vénérable Béatitude, nous vous saluons avec une joie extrême.

Il est confessé par tous que notre Sainte Église orthodoxe, l’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, se prononce et décide, pour se qui concerne son dogme et son administration, lors des saints Conciles, locaux, élargis, Majeurs ou Grands et Saints, et des Conciles œcuméniques. Quant aux décisions conciliaires prises par l’invocation du Saint-Esprit et en Lui, elles constituent une seule voix, comme saint Chrysostome le déclare en écrivant qu’ « il convient qu’il y ait toujours une seule voix dans l’Église » (Homélies sur la Ière épître aux Corinthiens 36, PG 61, 3315).

Ce principe ecclésiologique et canonique de la consultation et de la décision conciliaires étant la pierre d’angle dans la vie, la mission salvatrice, et le témoignage de notre Église orthodoxe dans le monde, nous communiquons avec Votre Très aimée et Très chère Béatitude et avec la très sainte Église de Grèce et, eu égard à notre responsabilité de Patriarche œcuménique et Président du Saint et Grand Concile qui s’est réuni en Crète, ainsi que gardien du dogme et de l’ordre canonique de l’Église d’Orient, nous attirons votre attention sur notre sérieuse préoccupation personnelle et celle du Synode de l’Église-Mère réuni autour de nous.

Des informations émanant de différentes sources d’information parviennent chaque jour à notre Patriarcat œcuménique et à Notre Humilité personnellement, selon lesquelles le protopresbytre Théodore Zisis [professeur émérite de la Faculté de théologie de Thessalonique, ndt] avec les clercs et laïcs partageant ses opinions, atteignant par l’internet et les divers moyens d’information les autres Églises orthodoxes sœurs, appellent les frères Primats et pasteurs et particulièrement le pieux peuple orthodoxe, à se rebeller contre et à mettre en doute les décisions du saint et grand Concile de notre Église orthodoxe qui s’est réuni avec bénédictions et succès en Crète, et durant lequel la contribution de Votre très chère Béatitude et de la délégation de la très sainte Église de Grèce a été constructive et utile.

Comme si cette corruption des consciences et la provocation de scandales par cette œuvre impie de ces nombreux clercs et de laïcs dans la juridiction de la très sainte Église de Grèce ne suffisait pas, ces informations, non démenties à ce jour, mentionnent que des délégations dirigées par le clerc susmentionné, a visité les très saintes Églises de Bulgarie et de Géorgie, ainsi que l’éparchie ecclésiastique de Moldavie [c’est-à-dire l’Église orthodoxe de Moldavie, auto-administrée au sein du Patriarcat de Moscou, ndt], où elle en a soulevé le plérôme, tout en étant malheureusement reçue par les frères Primats et hiérarques desdites Églises. En outre, selon cette information, ce groupe s’est présenté lui-même pendant sa présence en Géorgie comme y transmettant la conscience de l’Église de Grèce.

Votre Béatitude et le Saint Synode de la très sainte Église de Grèce approuvent aussi, assurément, que les choses diffusées et propagées à dessein et de façon scandaleuse par ces clercs et laïcs constituent, selon les paroles de saint Basile le Grand, « … les poisons des âmes (…) et que ces cerveaux… » des personnes mentionnées « … crient, pleins d’imagination provoquée par leur passion » (Lettre 210 aux premiers citoyens de Néocésarée P.G. 32,777Α). En outre « … diviser l’Église, se tenir dans des dispositions querelleuses, faire naître des dissensions, se priver constamment soi-même du concile [il s’agit ici du Concile de Nicée, ndt] : voilà ce qui est impardonnable, digne d’accusation et puni d’une grande peine » (St Jean Chrysostome, Contre les Juifs 3, PG 48,872).

Malheureusement, le groupe connu constituant le front contre l’Église canonique et les décisions du Saint et Grand Concile réuni en Crète est renforcé également par des frères hiérarques de la très sainte Église de Grèce, comme par exemple les très saints métropolites de Kalavryta et Aigialea Mgr Ambroise et du Pirée Mgr Séraphim, et ce au moyen d’écrits rédigés à temps et à contretemps, avant et après la convocation du Grand Concile, ainsi que par leur parole inconsidérée à tout sujet. Ceux qui agissent de cette façon oublient assurément que « ce qui a été pensé et décidé conciliairement est préférable et supérieur aux jugements portés individuellement » (Jean de Crète, Réponses à Constantin Cabasilas, archevêque de Dyrrachion, Ralli et Potli, Concordance des divins et saints canons », tome V, p. 403).

Aussi, nous prions Votre Béatitude et le Saint-Synode de l’Église de Grèce qui ont participé au Saint et Grand Concile de Crète et qui ont co-décidé et co-signé tous les textes conciliaires, de prendre, en application de la décision de ce Concile, selon laquelle ces textes sont contraignants pour tous les fidèles orthodoxes, clercs et laïcs (cf. Règlement de l’organisation et du fonctionnement du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, article 13, paragraphe 2), les mesures appropriées et de procéder aux recommandations nécessaires aux clercs mentionnés et aux dirigeants concrets de ce groupe, afin qu’ils cessent d’agir de façon anti-ecclésiale et anti-canonique ainsi que de scandaliser les âmes « pour lesquelles le Christ est mort » et de provoquer des problèmes dans l’Église orthodoxe unie. Sachant tous bien que « rien ne provoque la colère de Dieu comme le fait de diviser l’Église » (St Jean Chrysostome, Sur l’épître aux Éphésiens, PG 62,85), comme cela se produit malheureusement par la conduite des personnes mentionnées, nous n’avons aucun doute que Votre Béatitude et le Saint-Synode de la très sainte Église de Grèce agirez comme il le faut, selon l’acribie canonique, et que vous procéderez aux recommandations et aux exhortations ecclésiastiques aux clercs et laïcs mentionnés, afin qu’ils ne donnent plus lieu à des « scandales », et ce sous menace d’application, s’ils ne reviennent pas à la raison, des sanctions prévues par les divins et saints canons, pour la guérison des meurtrissures provoquées par leur conduite dans le corps de l’Église.

Aussi, nous supplions chaleureusement Votre Béatitude afin qu’elle attire particulièrement l’attention des frères hiérarques de la très sainte Église de Grèce qui ont provoqué l’agitation dans le peuple de Dieu par leurs actions, comme les métropolites susmentionnés de Kalavryta et Aigialea, et du Pirée, déclarant que s’ils ne reviennent pas eux, le Patriarcat œcuménique fera face au problème créé, par la cessation de la communion ecclésiastique et sacramentelle avec eux, comme portant atteinte à la responsabilité et au devoir de tous les Pasteurs orthodoxes envers la sauvegarde de l’unité, de la paix et du témoignage unique de l’Église orthodoxe.

Dénonçant ce qui précède avec peine dans l’âme et douleur dans notre cœur, avant que cette œuvre impie, outrepassant le droit de liberté d’expression et de critique constructive, prenne des dimensions plus grandes et difficiles à guérir, nous nous en remettons, pour ce qui a été dit, à la conscience de Votre Béatitude bien-aimée et celle de la vénérable Hiérarchie de l’Église de Grèce, et vous prions d’agréer l’expression de notre profond amour dans le Seigneur et de notre hommage approprié.

Le 18 novembre 2016

Le frère aimé en Christ de Votre respectée Béatitude,

Bartholomée de Constantinople »

Source

Comment Vladimir Poutine utilise-t-il l’Église orthodoxe dans la politique internationale ?

Nous publions ci-dessous l’étude de Kristina Stoeckl, directrice du projet de recherche « Conflits dans la société post-séculière » de l’Université d’Innsbruck.

Le 23 novembre 2016, le parlement de l’Union européenne a adopté une résolution intitulée « Sur la communication stratégique de l’Union visant à contrer la propagande dirigée contre elle par des tiers »

Dans le 8ème paragraphe de la résolution, les parlementaires déclarent, non sans condamnation : « Le gouvernement russe fait un usage agressif d’un panel étendu d’outils et d’instruments, tels que des groupes de réflexion et des fondations spéciales (Russkyi Mir), des autorités spéciales (Rossotroudnichestvo), des chaînes de télévision multilingues (Russia Today, par exemple), des soi-disant agences d’information et services multimédias (Sputnik, par exemple), des groupes sociaux et religieux transfrontaliers – le régime souhaitant se présenter comme le seul défenseur des valeurs chrétiennes traditionnelles –, des réseaux sociaux et des trolls internet, afin de s’attaquer aux valeurs démocratiques, de diviser l’Europe, de s’assurer du soutien interne et de donner l’impression que les États du voisinage oriental de l’Union européenne sont défaillants ». La résolution a été approuvée par 304 voix, tandis que 179 députés ont voté contre et 208 se sont abstenus. Les auteurs de la résolution se réfèrent deux fois au thème de la religion. Premièrement, en accusant le gouvernement russe d’utiliser « des groupes sociaux et religieux transfrontaliers – le régime souhaitant se présenter comme le seul défenseur des valeurs chrétiennes traditionnelles ». Deuxièmement, dans le contexte de la condamnation de « la guerre d’information, la désinformation de l’EIIL/Daech [organisation qui est interdite en Russie, K.S.] et les méthodes de radicalisation », qui a pour but de diffuser la rhétorique « politique, religieuse, sociale » de l’EIIL, ainsi que la haine et la violence. Ainsi, dans ce texte, la religion n’est guère plus que l’un des instruments de l’arsenal de propagande des forces qui traitent la démocratie libérale de manière hostile. Il est difficile d’imaginer que l’initiatrice de la résolution, une députée polonaise du groupe des conservateurs et réformistes européens et membre du parti au pouvoir en Pologne « Loi et Justice », Anna Fotyga, ait eu à l’esprit une vue aussi séculière de la religion lorsqu’elle a proposé cette résolution. L’affirmation que le gouvernement russe utilise, voire même finance le travail de « groupes sociaux et religieux transfrontaliers » du fait qu’il souhaite « se présenter comme le seul défenseur des valeurs chrétiennes traditionnelles » doit être examinée plus en détails. De quels groupes sociaux et religieux transfrontaliers s’agit-il ? Quelle idée de l’indépendance ou, au contraire, de la dépendance d’organisations religieuses, la résolution exprime-t-elle ? En tant que chercheuse ayant étudié pendant plusieurs années la participation de la Russie dans la concurrence de différents systèmes de valeurs au niveau international, je peux émettre une hypothèse bien fondée pour déterminer quels groupes sont ici l’objet de critiques. Premièrement, il y a les médias russes centrés spécifiquement sur la tradition orthodoxe et exprimant des vues impérialistes, tel que la chaîne télévisée « Tsargrad » qui, par exemple, a rapporté que la visite de Vladimir Poutine sur la Sainte Montagne de l’Athos, en mai de cette année était une sorte de montée sur le trône du chef du monde chrétien, puisque dans le passé, avant Poutine, seul l’empereur byzantin prenait place sur ce trône [il s’agit en fait d’un simple usage protocolaire en vigueur sur le Mont Athos qui permet à tout chef d’État, voire à un simple ministre, de s’asseoir sur le trône réservé habituellement à l’higoumène. En visite sur le Mont Athos, les présidents français ont eu droit à ce privilège, ndt]. Deuxièmement, il y a des partenaires russes d’ONG telles que le Congrès mondial des familles. Dans le cadre de ce Congrès, des activistes de mouvements pro-vie protestants, catholiques et orthodoxes, sont unis et coordonnent leurs efforts pour la protection de « la famille traditionnelle » et luttent contre les mariages de même sexe, la justice juvénile et autres, les maux, comme ils le supposent de la société libérale séculière. Dans quelle mesure l’insinuation que le gouvernement russe « embauche » et utilise ceux-ci et d’autres groupes et organisations comme des instruments de son arsenal de moyens de propagande correspond-elle à la réalité ? Et dans quelle mesure cette affirmation est-elle le résultat d’une analyse sociologique et historique erronée ? En Union Soviétique, la diplomatie religieuse était dans une large mesure un instrument de la propagande soviétique, alors que les représentants de l’Église orthodoxe russe s’exprimaient sur des sujets éloignés de la vie religieuse tels que, par exemple, la bombe à neutrons, afin de soutenir la position de leaders de la direction soviétique dans le combat pour la paix sur le forum international. Il n’y a aucun doute que le gouvernement russe actuel soutient directement « la défense des valeurs traditionnelles » au titre d’une plateforme idéologique destinée à justifiée l’autoritarisme dans la politique intérieure et l’antilibéralisme sur la scène internationale. Néanmoins, utiliser aujourd’hui l’argument que, tout comme dans le passé, les dirigeants religieux sont au service de l’État russe tout puissant qui les engage pour accomplir leurs tâches de propagande, constitue une simplification extrême de la situation. En réalité, la participation d’organisations religieuses dans la politique, aussi bien en Russie que dans d’autres pays, est d’une nature bien plus complexe que l’exécution d’ordres transmis par la chaîne de commandement. Durant les vingt dernières années, l’Église orthodoxe russe a continuellement déployé des efforts pour définir sa position concernant la démocratie libérale, le sécularisme, et son attitude à l’égard du concept des droits de l’homme. Cela s’est produit bien avant que les slogans de modernisation de l’époque de Dmitri Medvedev ne soient remplacés par la rhétorique des valeurs traditionnelles à l’époque du troisième mandat présidentiel de Poutine. La conception des valeurs traditionnelles comme principale alternative au concept libéral de liberté individuelle a surgi dans l’orthodoxie russe bien avant que cette approche ait été reprise par le Kremlin. Les groupes conservateurs orthodoxes partagent cette critique du libéralisme et du sécularisme avec les groupes religieux conservateurs dans d’autres pays, parmi lesquels les catholiques conservateurs en Pologne ne sont pas les derniers, là où le parti de la Loi et de la Justice gouverne et élabore son propre programme fondé sur des valeurs chrétiennes traditionnelles. Or en Pologne, puisque ce pays est membre de l’Union Européenne, ce programme reste principalement au niveau de la politique intérieure. En tant qu’observatrice sachant qu’à l’intérieur de l’Église orthodoxe russe des voix différentes se font entendre, je suis alarmé par le fait que les dirigeants politiques actuels de la Russie ne soutiennent qu’un type spécifique de traditionalisme au sein de l’Église, lequel préfère en fait un mariage d’intérêt, la promptitude à être utilisé par l’État en échange du pouvoir et des avantages matériels. Le fait même de la rivalité entre différentes notions de normes au sein de l’Église et de la société est complètement normal. La résolution déclare à juste titre que les valeurs prônées par l’Union européenne, à savoir la liberté, la démocratie, la solidarité, et les droits de l’homme sont attaquées. Mais soutenir que les causes de cela se trouvent exclusivement au-delà des frontières de l’Europe (Russie, EIIL) ou encore concernent le domaine de l’irrationnel (« religion », « désinformation ») serait trop simple. Pour ce qui concerne les parallèles historiques, la question se pose : la Russie tente-t-elle réellement d’influencer la droite européenne, les opposants à l’Union Européenne, tout comme l’Union Soviétique influençait les partis socialistes dans toute l’Europe pendant la guerre froide ? Ce n’est pas complètement exclu. Mais je le répète : la propagande anti-UE n’est pas l’instrument à l’aide duquel le sort de la construction étatique en Europe sera décidée. Les décisions seront faites par les Européens eux-mêmes. Et le désir de se présenter comme une victime ne nous aidera d’aucune façon à résoudre ce problème.

 Source

Vient de paraître: « Liturgie et communication » (éditions Aschendorff)

Les actes de la 61e Semaine d’études liturgiques à l’Institut Saint-Serge, qui s’est déroulée du 23 au 26 juin 2014, viennent d’être publiés, sous la direction d’André Lossky et de Goran Sekulovski, aux éditions Aschendorff. Le titre de l’ouvrage (couverture ci-contre) reprend le thème général de cette semaine d’études: « Liturgie et communication« .

Présentation de l’éditeur: « Dieu a créé l’être humain puis l’a placé dans le Paradis : cette situation incluait une forme de communication immédiate entre le Créateur et sa créature, mais on sait que cette proximité a cessé avec la désobéissance de l’homme et son expulsion hors du Paradis. Au cours de l’Ancien Testament, Dieu n’a pas cessé de Se révéler d’abord partiellement, puis l’Incarnation a constitué une manifestation de Dieu en plénitude, ayant rendu à nouveau possible une communication entre Dieu et l’homme. Actualisant les bienfaits de l’Incarnation, cette communication peut s’opérer dans les Églises au moyen de la liturgie, grâce à laquelle se poursuit sans cesse la même Révélation divine à l’homme croyant.
Dans les Semaines liturgiques organisées à l’Institut Saint-Serge de Paris presque chaque année depuis maintenant plus de 60 ans, la question de la communication avait été évoquée indirectement à plusieurs reprises, comme élément en étroite relation avec la liturgie. C’est pour cette raison que les organisateurs ont décidé d’en faire un thème à part entière, proposé pour ce 61e colloque tenu en 2014.
Depuis 1953, les Semaines d’études liturgiques, réunissent des chercheurs principalement chrétiens. Les participants sont invités à examiner ensemble des documents liturgiques, sous un angle à la fois scientifique et œcuménique, le premier aspect étant au service du dernier. Animés par un fervent espoir de dépassement des incompréhensions confessionnelles, les participants à ces rencontres proposent comme but une découverte réciproque des diverses traditions liturgiques et de leurs possibles convergences. La confrontation de divers usages liturgiques, aussi bien que de leur sens doctrinal, fournit souvent l’occasion d’échanges féconds dont les études publiées ici constituent un écho. Les organisateurs et les éditeurs de ces travaux espèrent ainsi en faire profiter un plus large public. »

Pour lire la table des matières de l’ouvrage, cliquez ici.

Vient de paraître: Jean-Claude Larchet, « Malades des nouveaux médias »

malades_des_nouveaux_mediasJean-Claude Larchet, Malades des nouveaux médias, Éditions du Cerf, 2016, 329 p.
Jean-Claude Larchet vient de publier aux éditions du Cerf un nouveau livre, s’adressant au grand public, sur les pathologies diverses engendrées par les nouveaux médias qui envahissent notre société. Il propose, après les avoir décrites, quelques moyens pour en guérir ou s’en protéger.

Présentation de l’éditeur :
« Qu’en est-il de la richesse et du sens de nos existences dans une société avide de vitesse, de proximité, d’immédiateté, d’information tous azimuts et de performance en tous genres ? Quel diagnostic posé sur le corps et l’esprit de l’homo connecticus ? Quelles inquiétantes pathologies gangrènent sa nature même ? Et comment lutter contre cette lente et insidieuse dislocation ?
Smartphone, réseaux sociaux, objets connectés, TV numérique, Internet, jeux vidéo, les médias sont aujourd’hui tout aussi omniprésents qu’envahissants. Et leurs effets négatifs, dans la vie professionnelle, sociale, familiale, flagrants : entre appauvrissement et illusion, nuisance et vide, destruction et épuisement, l’humanité se désincarne, l’espace et le temps disparaissent dans cette virtualité toute-puissante.
Jean-Claude Larchet poursuit dans ce nouvel essai très documenté sa série d’études sur les différents types de maladies et les thérapeutiques adaptées.
Une réflexion critique et salutaire à propos de nos systèmes de communication. Une incitation à nous protéger et à retrouver notre identité psychique et spirituelle. »

Extrait de l’avant-propos de l’auteur :
« Nul aujourd’hui ne conteste l’apport positif des nou­veaux médias en matière de communication, d’infor­ma­tion, d’accès à la culture sous ses multiples formes, et bientôt nul ne sera en me­sure de s’en passer, tant la société les intègre dans le mode de fonctionnement de ses diverses structures sociales, ad­mi­nistratives, commerciales, éduca­tives et même reli­gieuses.
On dit couramment que leur invention a provoqué dans notre société une révolution compa­rable à celle de l’élec­tricité et des nouveaux moyens de locomotion.
Il y a cependant une grande différence entre les nou­veaux médias et les autres inventions qui ont profondé­ment changé la vie de l’homme moderne.
Aucune autre technique n’a engagé notre activité jour­nalière sur d’aussi longues durées, n’a autant sollicité notre attention et notre in­tervention de manière aussi constante, n’a autant transformé nos conditions et notre mode de travail, n’a autant envahi notre vie privée, familiale et personnelle, n’a autant pénétré à l’intérieur de notre vie psychique.
Aucune autre technique n’a autant transformé nos rap­ports à l’espace et au temps, notre façon de voir le monde, nos relations avec les autres, la représentation que nous avons de nous-même, la nature et le rythme de nos activi­tés de travail et de loisir, la forme de notre communi­cation, et la nature, la structure et la forme de notre de notre vie psychique et intellectuelle.
Et aucune autre technique, par l’influence exercée sur toutes ces façons d’être qui sont la trame de notre existence, n’a eu autant d’impact sur notre vie spiri­tuelle.
De nombreux livres et articles ont vanté les avantages et les bienfaits de ces nouveaux médias, et le but de cet essai n’est pas d’apporter un éloge supplémentaire, qui serait redondant et superflu, mais, ce qui est plus rare et actuel­lement plus utile, d’inviter à une réflexion critique sur l’usage de ces nouveaux moyens de communication qui sont devenus envahissants et se révèlent avoir de nom­breux effets négatifs dont leurs utili­sateurs, tout en consta­tant une part sur eux-mêmes, leurs enfants ou leurs proches, ne sont pas toujours pleinement conscients.
Bien que face aux dérives actuelles et aux perspectives sombres de l’avenir un changement de société nous paraisse souhaitable, notre but, dans l’urgence, est d’abord pragmatique: il s’agit, à partir d’une meilleure conscience des dérives auxquelles les nouveaux médias peuvent donner lieu et de leurs effets pathologiques réels et possibles, d’apprendre à en maîtriser et à en limiter l’utilisation là où elle produit des effets indésirables.
C’est dans ce but que cet essai, avant de proposer à la fin quelques pistes thérapeutiques et prophylactiques, s’at­ta­chera surtout à établir le diagnostic et le pronostic des pathologies que les nouveaux médias ont engendrées dans les différentes sphères de l’existence sociale – politique, économique, culturelle – et surtout personnelle – cor­po­relle, psychique, intellectu­elle, et spiri­tuelle –, qui portent de graves atteintes à la vie des personnes, et vont jusqu’à modifier de manière inquiétante la nature même de l’homme.
C’est dans cette prise de conscience de la gravité de la maladie qui affecte notre civilisation que pourra s’org­a­ni­ser une résistance, dans cette résistance de la part des utilisateurs que pourra s’amorcer une décroissance de la part des producteurs, et dans cette décroissance que pourra s’envisager un changement de société qui saura redonner à la communication la dimension authentiquement hu­maine et spirituelle qu’elle a perdue. »

Réédition: « Saint Silouane – Vie, doctrine, écrits » par l’archimandrite Sophrony (Cerf)

9782204116824-5811d8aff0de6Les éditions du Cerf viennent de rééditer dans la collection Orthodoxie Saint Silouane – Vie, doctrine, écrits de l’archimandrite Sophrony, 512 pages, 24 euros. Présentation de l’éditeur:

 » Voici un des grands classiques de la spiritualité contemporaine. Entré à 26 ans, en 1892, au mont Athos, Silouane aurait vécu jusqu’à sa mort, en 1938, sans laisser de traces si le jeune Sophrony n’avait trouvé en lui un témoin incarné de la grâce, apte à répondre aux multiples formes de désespoir qu’étreint l’humanité contemporaine.
À la fois récit de la vie de Silouane et présentation de sa doctrine, cette remarquable synthèse, qui livre aussi ses écrits, explicite la tradition ascétique et mystique de l’Orient chrétien, sa théorie de la divinisation et sa pratique de la prière perpétuelle.
Un ouvrage essentiel alors que Silouane a été canonisé et que son rayonnement fait de lui un Père pour notre temps, capable d’exprimer dans les mots les plus simples la plénitude de l’expérience chrétienne qui tient dans la rencontre personnelle avec le Christ.
Né à Moscou en 1896, le futur père Sophrony étudie les beaux-arts et peint. En 1921, il quitte l’Union soviétique, se rend en France et y expose avant de s’inscrire à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge. En 1925, cherchant la vie contemplative, il entre comme moine au mont Athos. Dès 1930, il devient le disciple de Silouane et, à la mort de ce dernier, se fait ermite tout en étant confesseur de plusieurs couvents athonites. En 1947, il retourne à Paris pour publier la vie et les écrits de son starets, puis fonde en Angleterre le monastère de Maldon où il décède en 1993.
Traduit du russe par l’archimandrite Syméon. »

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie a pris position sur le Concile de Crète et le texte « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »

En date du 29 novembre, l’Église orthodoxe de Bulgarie a arrêté sa position sur le Concile de Crète et en particulier le texte de ce Concile intitulé « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste [et non pas « l’ensemble » comme il est dit dans la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien ». Nous publions ci-dessous le texte intégral du document du Saint-Synode :

« Prise de position du Saint-Synode [de l’Église orthodoxe bulgare] concernant le Concile de Crète (2016) et le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’.

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie, lors de sa session du 15 novembre (protocole n° 22), siégeant au complet, a examiné le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’ adopté par le Concile ayant eu lieu en juin de cette année en Crète, a pris la position suivante :

Lors de la session du 1er juin 2016, protocole n° 12, le Saint-Synode, siégeant au complet, décida de proposer le report du Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe, afin que la préparation à sa réalisation fût continuée. Dans le cas contraire, le Saint-Synode avait décidé que l’Église orthodoxe bulgare n’y participerait point.

Par la suite, les Saints-Synodes d’autres Églises orthodoxes locales participant à l’organisation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sont intervenus avec des propositions semblables. Puis quatre Églises locales autocéphales ont déclaré leur non-participation (dans l’ordre chronologique) : l’Église orthodoxe bulgare (décision du 1er juin de cette année), le Patriarcat d’Antioche (décision du 6 juin de cette année), l’Église orthodoxe de Géorgie (décision du 10 juin de cette année), l’Église orthodoxe russe (décision du 13 juin de cette année). Du 16 au 27 juin de cette année, en l’Académie orthodoxe de Crète, République de Grèce, a été réalisé le Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe planifié, mais sans la participation de quatre Églises locales, et en l’absence de l’Église autocéphale orthodoxe en Amérique (OCA) reconnue comme telle par l’Église orthodoxe de Bulgarie et dont la participation, dès le début, n’a pas été prévue, pas même en tant qu’hôte. Au Concile étaient présents les représentants des médias et les invités de communautés religieuses hétérodoxes (catholique-romaine, anglicanes et d’autres).

Le Concile réalisé en Crète, a voté et adopté avec certaines modifications six documents préconciliaires, et également son « Encyclique » ainsi que son « Message ». 33 évêques participant au Concile n’on pas signé le document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », et certains des hiérarques non signataires (parmi eux des théologiens orthodoxes faisant autorité) ont publié des explications de leur position. Par sa lettre, protocole n° 798 du 14.07.2016 (Référence de la réception à la chancellerie du Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie :  n° 498 du 20.09.2016), S.S. le patriarche œcuménique Bartholomée a expédié au Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie les documents votés et adoptés par le Concile. Après une traduction spécialisée, effectuée par un traducteur autorisé dans le but donné, les métropolites diocésains [de l’Église orthodoxe bulgare] ont reçu lesdits documents.

La première conclusion importante est que, par rapport à leur rédaction préconciliaire, les documents votés et adoptés par le Concile de Crète ont subi certaines modifications, mais celles-ci ne sont pas essentielles et elles sont insuffisantes pour que lesdits documents soient adoptés de façon panorthodoxe.

I. Sur le document « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ».

1. En ce qui concerne le texte du point 4, on peut dire que l’Église orthodoxe sous « l’union de tous » a toujours compris la réunion à elle ou le retour dans son sein, par le saint Baptême, la sainte Chrismation et la Pénitence, conformément aux règles canoniques de l’Église, de tous ceux qui errent selon les éléments de ce monde, et qui se sont séparés d’elle par l’hérésie et le schisme. L’Église une, sainte, catholique et apostolique n’a jamais perdu l’union dans la foi et la communion dans le Saint-Esprit, et ne peut accepter l’expression « rétablissement de l’unité » avec « les autres chrétiens », étant donné que ladite unité existe immuablement dans le Corps du Christ et que seuls l’unité et l’unicité constituent les propriétés essentielles de l’Église. De même que l’Église orthodoxe ne peut pas non plus adopter les différents enseignements et conceptions sur lesquels les hétérodoxes fondent ladite unité. Telles sont les théories sur l’existence d’une quelconque « unité » apparente de toutes les confessions chrétiennes comme, par exemple, l’enseignement sur « l’église invisible », la « théorie des branches », « la théologie baptismale » ou « l’égalité des dénominations ». Toutes ces théories peuvent êtres reliées à l’enseignement scolastique sur la grâce créée du Saint-Esprit, qui a été conciliairement condamné par la Sainte Église. Si au contraire on accepte une telle doctrine, l’existence de la grâce Divine dans les différentes confessions chrétiennes, se différenciant dans différentes dénominations qualitativement et quantitativement, peut alors être fondée. Conformément à cette théorie hétérodoxe, il est admis que pour autant que des actes liturgiques soient accomplis dans une communauté chrétienne, ils peuvent de différentes façons produire la vie dans la grâce, qui varie en fonction de l’état de chaque confession. Cette théorie théologique affirme que soi-disant les actes liturgiques peuvent donner l’accès au salut des chrétiens des communautés correspondantes, auxquelles ils appartiennent. En raison de cette existence supposée de la grâce dans chaque dénomination chrétienne, il conviendrait d’entreprendre des efforts communs afin que soit atteinte la plénitude de l’unité en Christ (cf. décret du l’œcuménisme du Concile Vatican II).

2. En ce qui concerne la recherche « l’unité perdue de tous les Chrétiens », exprimée et confirmée par le point 5, nous considérons que cela est inacceptable et inadmissible, étant donné que l’Église orthodoxe n’a jamais perdu son unité interne, malgré les hérésies et les schismes qui constituent un détachement du Corps de l’Église, par lequel le Corps mentionné ne perd pas son intégrité ontologique initiale, qui est renfermée dans l’indivisibilité ontologique de l’Hypostase du Christ.
3. Dans les points 6, 16 et 20 est reconnue « l’appellation historique » «des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle », malgré le fait que dans le point 1 du document est affirmé autre chose, à savoir qu’aucune communauté hérétique ou schismatique ne peut être appelée « Église ». L’existence d’une pluralité d’Églises est inadmissible, conformément aux dogmes et aux canons de l’Église orthodoxe. En outre, on part initialement du principe, dans le point 2, que « L’Église orthodoxe assoit l’unité de l’Église sur le fait qu’elle a été fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cette unité s’exprime à travers la succession apostolique et la tradition patristique, et elle a été vécue jusqu’à ce jour en son sein ».
L’addition de l’expression « appellation historique », ainsi que l’explication selon laquelle les confessions hétérodoxes ne se trouvent pas en communion avec l’Église orthodoxe, n’ôte pas le caractère problématique et erroné du texte donné. Dans le passage mentionné au point 6 du document, sont juxtaposées des réalités contradictoires. Est-ce que l’appellation « orthodoxe » rapportée à l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique et qui constitue une appellation historiquement confirmée, diminue sa réalité et sa signification ? Toute appellation juste, surgissant dans l’histoire, reflète une essence définie, une réalité existante. Dans le cas contraire, elle est un concept sans ampleur réelle, simplement quelque nom sans objet réel, qui l’exprimerait ou la refléterait. Un tel nom sans objet réel constitue une fiction.
Dans une telle configuration, il fallait alors mentionner dans le document conciliaire que « l’appellation historique » des « églises », appliqué aux communautés s’étant détachées de l’Église orthodoxe, est une appellation fictive, sans référence réelle à la réalité. Si nous n’émettons pas la réserve en question, l’appellation historique « Églises hétérodoxes » aura une référence historique réelle, à laquelle elle se rapporte. C’est-à-dire que nous reconnaissons l’existence réelle d’autres Églises, distinctes de l’orthodoxe, ce qui entre en contradiction évidente avec le point 1 et les paroles initiales du point 6 du document (L’Église Une et Unique).
4. L’affirmation contenue dans le paragraphe 12 selon laquelle « au cours des dialogues théologiques, le but poursuivi par tous est le même : le rétablissement de l’unité dans la vraie foi et dans l’amour », est trop simpliste et non exhaustive des dimensions du processus. L’unité suppose l’identité de la foi, l’unanimité et l’unité d’action dans toutes les définitions dogmatiques et les règles ecclésiales, confirmées par les Conciles œcuméniques, de même que dans la tradition liturgique et la vie sacramentelle dans le Saint-Esprit. La façon de réaliser cette unité repose sur la pénitence, la confession de la foi orthodoxe et le Baptême.
5. Dans le point 20, il est indiqué que « les perspectives des dialogues théologiques engagés par l’Église orthodoxe avec les autres chrétiens sont toujours déterminées sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiastique déjà constituée », mais il serait plus exact de remplacer l’expression « de la tradition ecclésiastique déjà constituée », par « la tradition de l’Église orthodoxe ».
6. L’impression générale du document donné est la suivante : il contient de nombreuses expressions ambiguës et de termes ecclésiologiques impropres. C’est également un fait important que le but fondamental des dialogues théologiques menés avec les confessions hétérodoxes ne soit pas mis en évidence dans le document de façon fondée et exhaustive, à savoir le retour des hétérodoxes selon l’ordre canonique dans le sein de l’Église orthodoxe. De même, les fondements et principes essentiels des dialogues donnés ne sont pas manifestement pas formulés. Au lieu de cela, dans le point 16 et suivants, l’organisation non gouvernementale « Conseil œcuménique des Églises » à laquelle, Dieu soit loué, l’Église orthodoxe bulgare ne participe plus depuis longtemps, est légitimée.
7. Contrairement à l’objectif principal que nous avons mentionné plus haut dans le point 6 du document (points 9, 10, 11, 12, 13, 14 et 15), la méthodologie de conduite des différents dialogues est réglementée de façon cohérente et exhaustive.
8. Le texte du point 22 présuppose l’infaillibilité du Concile qui s’est réuni en Crète et l’attitude non critique envers celui-ci, étant donné que dans le point concerné, il est affirmé que « la préservation de la foi orthodoxe pure n’est sauvegardée que par le système conciliaire qui, depuis toujours au sein de l’Église, constitue l’autorité suprême en matière de foi et des règles canoniques ». Mais on pourrait mentionner des périodes entières de l’histoire ecclésiastique qui montrent que le critère définitif de confirmation des Conciles œcuméniques est la conscience dogmatique vigilante de tout le plérôme orthodoxe. Le système des Conciles œcuménique et panorthodoxes ne peut assurer automatiquement et mécaniquement la justesse de la foi confessée par les chrétiens orthodoxes.
II. Conclusion principale
Le Concile qui s’est déroulé en Crète n’est ni grand, ni saint, ni panorthodoxe.
1. Et ce, tant en raison de la non participation d’un certain nombre d’Églises locales autocéphales, que des fautes organisationnelles et théologiques qui y ont été permises. Malgré cela, nous respectons et estimons les efforts de tous les organisateurs et participants à sa réalisation.
2. L’examen attentif des documents adoptés au Concile de Crète nous amène à la conclusion que certains d’entre eux contiennent des affirmations non conformes à l’enseignement ecclésial orthodoxe, à la tradition dogmatique et canonique de l’Église, à l’esprit et à la lettre des Conciles œcuméniques et locaux.
3. Les documents adoptés en Crète sont sujets à une nouvelle discussion théologique dans le but de les rectifier, rédiger à nouveau et corriger, ou de les remplacer par d’autres (nouveaux documents) dans l’esprit et la tradition de l’Église.
L’Église orthodoxe bulgare constitue une partie indissociable, un membre vivant de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. En tant que partie du Corps du Christ, sur le territoire local de la Bulgarie et des diocèses bulgares à l’étranger, l’Église orthodoxe de Bulgarie continuera à l’avenir également à rester en communion eucharistique fraternelle, en communion spirituelle, dogmatique et canonique avec toutes les autres Églises orthodoxes locales – tant avec celles qui ont participé au Concile de Crète que celles qui ses sont abstenues. L’Église n’est pas une organisation séculière, mais un organisme divino-humain. Elle ne doit pas être sujette dans sa vie conciliaire à l’influence des intérêts politiques et séculiers et aux divisions en résultant. Son chef est le Seigneur Jésus-Christ, qui est « la voie, la vérité, et la vie ».
Les principes d’autocéphalie et de conciliarité de la vie ecclésiale non seulement ne se contredisent pas, mais se complètent mutuellement, découlant l’un de l’autre et se trouvant entre eux en pleine unité ».

Source

Vient de paraître: « Eugraph Kovalevsky – Vie et œuvres »

eugraph-kovalevskyCe livre biographique d’Élie de Foucauld, proposant de nombreux documents et illustré par de nombreuses photographies inédites, s’est donné comme ambition de poser un regard neuf sur la vie et l’œuvre d’Eugraph Kovalevsky (1905-1970), sujets de nombreuses controverses et polémiques.

Ce 1er tome couvre la période allant de sa naissance au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; période durant laquelle Eugraph Kovalevsky prêcha, avec quelques proches et grâce notamment à la confrérie Saint-Photius, la nécessité et la légitimité d’une renaissance d’un christianisme orthodoxe occidental grâce à l’aide providentiel des chrétiens d’Orient émigrés en France.

L’intention initiale était bonne, et reçu l’appui de grandes personnalités du monde orthodoxe. Eugraph Kovalevsky allait cependant, pour la réaliser, s’engager dans une aventure qui allait le conduire à rompre successivement avec les Églises orthodoxes canoniques.

Pour plus d’informations sur ce volume (table des matières et quelques extraits), voir ce site dédié. Le livre peut être commandé à La Procure.

Déclaration du métropolite de Naupacte Hiérothée au sujet du Concile de Crète

Lors de la dernière Assemblée des évêques de l’Église de Grèce (23-24 novembre 2016), Mgr Théologue, métropolite de Serrès, a lu son rapport intitulé « Information sur les travaux effectués par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe », et une très large discussion s’en est suivie sur son contenu ; puis des décisions ont été prises. Le rapport consistait de trois points principaux, premièrement, le système conciliaire de l’Église et la préparation du Saint et Grand Concile, deuxièmement, la contribution continuelle de notre Église dans la préparation et la formation de ses textes et, troisièmement, les propositions à leur sujet. En fait, le rapport était axé sur l’information des membres de l’Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe grecque] au sujet du Concile de Crète et des décisions que devrait prendre celle-ci. Lors des sessions [de l’Assemblée des évêques], je suis intervenu oralement à deux reprises, et j’ai soumis un texte pour le procès-verbal, dans lequel j’ai analysé plus en détails mes opinions. Je publierai ci-après ma principale intervention qui a eu lieu le premier jour de l’Assemblée.

J’ai écouté attentivement le rapport de S.E. le métropolite de Serrès et de Nigriti Théologue et je le remercie pour la peine qu’il s’est donnée, la confession qu’il a donnée au début et pour ses propositions. Pour ce qui concerne ce que je vais soutenir par la suite, je procèderai à certains développements. J’ai écrit un texte que je déposerai pour le procès-verbal, tandis que j’ai été contraint à souligner certains points essentiels pour le sixième texte, décisif, intitulé « L’Église orthodoxe et le reste du monde chrétien ».

1. La préparation de ce Concile n’était pas suffisante. Le texte qui a été élaboré par la 5ème Conférence préparatoire préconciliaire n’était pas connu de la hiérarchie. Nous l’avons reçu avec les signatures des Primats en janvier 2016. Il convenait qu’il y ait un débat à l’Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe de Grèce] préalablement à leur signature par les Primats. De même, nos délégués à la 5ème Conférence préparatoire préconciliaire ont informé le Synode permanent [de l’Église orthodoxe de Grèce] que le texte final intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », « exprime absolument la position panorthodoxe sur les thèmes concrets, de façon équilibrée et dans le cadre de l’ecclésiologie orthodoxe, telle qu’elle a été formulée et préservée par la Tradition patristique et conciliaire de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». Or, ces constatations ne sont pas correctes, parce que le texte, tel que cela a été exprimé par de nombreuses personnes, était problématique, raison pour laquelle il a été corrigé.

2. Le Concile qui s’est réuni en Crète, comme je l’ai souligné à plusieurs reprises, était un Concile des Primats et de leur suite. Après avoir suivi tout le travail du Concile de Crète, j’observe qu’il existe aussi des points positifs, qui ont été mentionnés dans le rapport [de Mgr Théologue] et je les ai notés dans mon texte qui a été publié. Il est de notre devoir de le souligner. Les cinq premiers textes sont généralement bons, il existe quelques carences, raison pour laquelle il était nécessaire que j’exprime par écrit mes réserves dans deux cas. Les deux des cinq textes, je les ai signés avec des réserves explicites, concernent le sens de la personne et les conséquences ecclésiologiques des mariages mixtes.

3. Le texte qui constituait la base du Concile était le sixième, intitulé « L’Église orthodoxe et le reste du monde chrétien ». Le texte final présente beaucoup de problèmes, malgré quelques bonnes formulations à caractère général. Or, lorsque les procès-verbaux du Concile, où sont reflétés les points de vue authentiques de ceux qui ont décidé et signé les textes, il apparaîtra alors clairement qu’ont dominé au Concile la théorie des branches, la théologie baptismale et principalement le principe de l’inclusion, c’est-à-dire le glissement du principe de l’exclusion [des communautés hétérodoxes du concept d’Église Une, ndt] vers le principe de l’inclusion. Ce sixième texte n’était pas mûr pour la décision et la signature, raison pour laquelle nous avons proposé différentes corrections, lesquelles cependant n’ont pas été adoptées, et que j’ai notées dans le texte que j’ai envoyé à tous les membres de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce]. Il est caractéristique que le texte [du Concile] a été corrigé dans les quatre langues après l’achèvement des travaux du Concile. Quoi qu’il en soit, on peut observer des passages contradictoires. À mon avis, ce texte n’est pas théologique, mais diplomatique. Or, l’unité de l’Église ne s’appuie pas sur des textes diplomatiques, comme cela a été manifesté dans l’histoire, par exemple « l’Ecthèse » de l’empereur Héraclius et le « Typos » de l’empereur Constant II. Ensuite, au cours des travaux du Concile en Crète ont été exprimées certaines falsifications de la vérité pour ce qui concerne saint Marc d’Ephèse, le Concile de 1484 et le texte conciliaire des Patriarches d’Orient, en 1848, concernant le mot « Église » utilisé pour les chrétiens qui se sont détachés de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique.

4. Dans le sixième paragraphe du sixième texte, a été acceptée par les Églises présentes la nouvelle proposition soumise par notre propre Église. Concrètement, la décision [originelle ndt] de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce] était : « L’Église orthodoxe connaît l’existence historique des autres Confessions et Communautés chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Après l’opposition d’autres Églises, notre Église a formulé une nouvelle proposition : « L’Église orthodoxie accepte l’appellation historique des autres Églises et confessions hétérodoxes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Or, nous n’étions pas dotés par la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce] du pouvoir d’altérer les décisions de celle-ci, comme l’ont dit de nombreux hiérarques [de l’Église orthodoxe de Grèce] présents [au Concile]. Ensuite, il n’y a pas eu de discussion pour accepter le changement en question, il y a eu un simple vote et encore en vitesse. D’autres propositions, comme « le reste du monde chrétien », « les non orthodoxes », « ceux qui sont en dehors d’elle [de l’Église] », etc. auraient pu être adoptées. En outre, par la nouvelle proposition ont eu lieu différents changements, qui de mon point de vue sont problématiques, à savoir : la phrase « L’Église orthodoxe connaît » par la phrase « L’Église orthodoxe accepte ».

La phrase « l’existence historique » a été remplacée par la phrase « l’appellation historique ». Il n’y a pas d’appellation sans existence, car autrement est exprimé un nominalisme ecclésiologique. Sinon, acceptons l’appellation « Macédoine » pour l’État de Skoplje, pour avoir prévalu durant de nombreuses années.

La phrase « Communautés et confessions chrétiennes » a été remplacée par la phrase « Églises et confessions chrétiennes hétérodoxes ». Le mot « hétérodoxe » en relation avec l’Église orthodoxe signifie hérétique. En conséquence, attribuer l’adjectif hétérodoxe à l’Église est contradictoire. La parole de saint Marc d’Ephèse est caractéristique : « Ce n’est pas par un juste milieu, ô homme, que les affaires ecclésiastiques ont été corrigées. Il n’y a aucun milieu entre la vérité et le mensonge ». Il faut également mentionner que le terme Église n’est ni un descriptif, ni une image, mais qu’il manifeste le Corps réel du Christ, conformément à l’enseignement de l’Apôtre Paul : « Il a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour chef suprême à l’Eglise, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous » (Éph. I, 22-23). Cela signifie que l’Église est identifiée avec le Corps divino-humain du Christ et, puisque le Chef est un, le Christ, et le Corps du Christ est un, « Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous » (Éph. 4, 4-6). Ainsi, la nouvelle proposition ne se conforme pas « à l’esprit de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce]», comme le mentionnait le communiqué de presse [de l’Église orthodoxe de Grèce] du jour concerné (25.6.2016), mais constitue une proposition diplomatique.

5. Ce qui est cependant le plus important dans cette affaire est que la nouvelle proposition, tandis qu’elle semble à première vue sans danger, est néanmoins anti-orthodoxe. Pour soutenir ce point de vue, je mentionnerai deux commentaires théologiques. Le premier est que l’idée selon laquelle une Église peut être caractérisée comme hétérodoxe-hérétique a été condamnée par les Conciles du XVIIème siècle à l’occasion de la « Confession de Loukaris », laquelle semble avoir été écrite ou adoptée par le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris. Il s’agit de la phrase [dudit patriarche] selon laquelle « il est vrai et certain que l’Église dans son cheminement puisse se tromper et choisir au lieu de la vérité, le mensonge ». Les décisions des Conciles du XVIIème siècle ont statué que l’Église ne peut faire erreur. Ainsi, ou bien il existe une Église sans enseignements hérétiques, ou bien il existe un groupe hérétique qui ne peut être appelé Église. Le deuxième commentaire théologique est que cette nouvelle proposition exprime le point de vue protestant sur l’Église invisible et l’Église visible, qui est une « ecclésiologie nestorienne ». À la fin du texte [du Concile de Crète], il est écrit : « D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne saurait être perturbée. ». Ici est sous-entendue l’Église invisible qui est unie, c’est ce que signifie « ontologique ». La suite de la phrase, qui est introduite par « cependant», continue ainsi : «l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle », cela sous-entendant l’Église visible qui est divisée. Luther, mais principalement Calvin et Zwingli, pour affirmer leur identité lorsqu’ils se détachèrent de Rome, ont développé la théorie d’Église invisible et visible. Conformément à ce point de vue, l’unité de l’Église invisible est acquise, tandis que les Églises visibles sur terre sont divisées et luttent pour trouver l’unité. Vladimir Lossky, commentant cette théorie, affirme que celle-ci est un « nestorianisme ecclésiologique », lorsqu’elle divise l’Église entre celle qui est invisible et celle qui est visible, à l’instar, des natures divine et humaine dans le Christ [selon Nestorius, ndt]. De cette théorie sont dérivées d’autres théories comme celle des branches, la théologie baptismale et autres.

6. Proposition. Après tout ce qui précède, je pense, puisque le texte contient beaucoup de contradictions, que si la hiérarchie ne le rejette pas, qu’elle soit au moins réservée sur son contenu et qu’elle décide que le texte en question soit l’objet d’un réexamen et d’une révision par un autre Concile qui aura lieu dans l’avenir, et ce pour les raisons suivantes :

a) Nombreux sont ceux qui ont compris que ce texte a été écrit et décidé en vitesse et qu’il n’est pas finalisé, étant donné en outre qu’il a été signé par les évêques le dimanche matin, pendant la divine Liturgie.
b) Le Concile de Crète a exprimé le vœu que de tels Conciles se répètent régulièrement pour régler différents problèmes. Au demeurant, beaucoup de questions sont restées en suspens, lesquelles nécessitent une action immédiate.
c) L’Église d’Antioche a considéré le Concile comme [Synode] préconciliaire, ce que l’Église de Serbie soutient également, et récemment, l’Église de Roumanie a décidé que les textes adoptés en Crète peuvent être retouchés partiellement, développés par un futur Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe et perfectionnés, sans pression du temps, et avec le consensus panorthodoxe.
d) Cela est la pratique habituelle dans le système conciliaire orthodoxe. Les Conciles œcuméniques ont connu de nombreuses sessions qui ont duré de nombreuses années. Nous avons également le Concile Quinisexte, qui a complété en droit canon les Vème et VIème Conciles œcuméniques, et encore le Concile Prime-second (861), et les Conciles hésychastes sous St Grégoire Palamas, qui sont considérés comme un seul Concile. Une telle proposition évitera les schismes qui peuvent se produire dans l’Église.

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L’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce examine la question du Concile de Crète

S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, en tant que président de l’Assemblée des évêques, s’est adressé aux membres de celle-ci, remerciant leurs Éminences les hiérarques pour leur venue à la Réunion, soulignant ce qui suit : « Le simple et seul souvenir de la Parole salvatrice de notre Seigneur selon laquelle « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matth. XVIII, 20), est suffisante pour que l’on comprenne la signification spirituelle énorme que revêt, seulement en lui-même en tant qu’événement, la convocation et la réalisation du Saint et Grand Concile de l’Église en Crète, un Concile de tant de Primats des Églises orthodoxes, de tant d’évêques et autres pères. Si nous prenons en considération que l’antique institution synodale est une institution avec une dynamique exceptionnelle, une institution inextricablement liée à la conscience du plérôme de notre Église, il devient alors clair qu’un Concile [c’est-à-dire l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce, ndt] après celui-ci doit offrir une Parole spirituelle et ecclésiale fondée et en n’aucun cas ne peut être considérée comme ayant un caractère de constatation, de validation ou de pure procédure formelle. La place de chacun d’entre vous dans le système synodal n’est pas décorative, mais organique et, par voie de conséquence, profondément essentielle. Dans ce cadre de la présence vivante et de l’énergie du Saint-Esprit dans la vie de l’Église, je suis certain qu’en demandant tous l’illumination de Dieu, nous soumettrons de façon responsable nos pensées, nos propositions, notre témoignage personnel, c’est-à-dire ce qu’exigent notre conscience hiérarchique et notre responsabilité épiscopale au sein du Corps de notre Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». S.E. le métropolite de Karystia et de Syros Mgr Séraphim, en tant que vice-président de l’Assemblée, a répondu à l’allocution de l’Archevêque, de la part de leurs Éminences les hiérarques. Ensuite, conformément à l’ordre du jour, le métropolite de Serrès et de Nigriti Mgr Théologue a lu son rapport intitulé « Informations au sujet des travaux effectués par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe ». Dans son rapport, le métropolite s’est référé au fait que la conscience conciliaire, à caractère fondamental, dirige, oriente et illumine toutes les expressions institutionnelles de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Pour cette raison, les décisions des sept saints Conciles œcuméniques du premier millénaire chrétien, reconnus officiellement, de même que les Conciles majeurs à valeur universelle tenus ensuite, constituent le critère indubitable, non pas seulement pour l’exactitude dogmatique, la théologie, la vie liturgique et l’ethos de l’Église orthodoxe, mais aussi pour la vie en et selon le Christ du plérôme de celle-ci. Ensuite, le métropolite a procédé à une revue historique de la préparation, au cours de longues années, du Saint et Grand Concile, laquelle a commencé en 1930 et a été réalisée en juin de cette année. Poursuivant son exposé, il a fait référence à la contribution continuelle de l’Église de Grèce à la préparation du Concile au niveau organisationnel, à sa précieuse participation à la finalisation des textes votés par le Saint et Grand Concile, de même qu’à toute sa présence, qu’il a qualifiée de digne, substantielle, traditionnelle, vigoureuse, féconde par ses interventions, unificatrice, pluraliste, synthétique, souple, réaliste et fraternelle. Abordant plus concrètement la présence de la délégation de l’Église de Grèce au Saint et Grand Concile, il a souligné de façon caractéristique : « Sa Béatitude le président de notre organisme [c’est-à-dire de l’Assemblée des évêques, l’archevêque d’Athènes Jérôme, ndt], a presque quotidiennement convoqué une consultation de tous les membre de notre délégation afin d’évaluer le cheminement des travaux et de tracer une ligne unique en vue du soutien de la lettre et de l’esprit des prises de positions et des décisions de l’Assemblée des évêques [de l’Église de Grèce qui avait défini au préalable la marche à suivre de sa délégation au Concile panorthodoxe, ndt]. La parole était libre pour tous et les prises de positions de tous ont été respectées. La voie vers l’obtention de l’unanimité dans la salle de réunion de l’Assemblée conciliaire n’a été ni facile, ni toujours pavée de roses, selon le rapport de Sa Toute-Sainteté le président du Corps conciliaire [c’est-à-dire le patriarche Bartholomée, ndt] dans son adresse finale. Il y eut des moments et des heures d’anxiété accrue, de stress psychique et de perplexité intense ». Dans la suite de son exposé, S.E. le métropolite de Serrès et Nigriti Théologue a présenté la liste complète des 162 hiérarques participant et a communiqué en détails le programme des travaux, les propositions, les amendements et modifications soumis par la hiérarchie du Saint-Synode de l’Église de Grèce au sujet des textes à discuter et à voter par le Saint et Grand Concile. Mentionnant les décisions finales du Concile, il a fait remarquer entre autres : « Le saint et grand Concile a travaillé soigneusement et a pris des décisions sur des sujets à caractère pastoral, comme ceux du jeûne agréable à Dieu et les empêchements au mariage, sur des sujets d’ordre canonique et administratif, comme ceux de la diaspora orthodoxe et statut ecclésial de l’autonomie, et finalement sur les questions des relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien et sa mission envers le monde contemporain. Il a édité pour le peuple et le monde deux textes théologiques de témoignage, de morale et d’actualité orthodoxes, à savoir une Encyclique et un Message. Il a été présenté au monde entier le témoignage dans l’Esprit Saint de notre très aimée Mère, l’Église orthodoxe, sur des sujets fort actuels et brûlants comme : 1) la proclamation de la conscience qu’à d’elle-même la sainte Église orthodoxe en tant qu’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ. 2) la nécessité pastorale de la mission, de la ré-évangélisation et de la nouvelle immersion des hommes dans les flots vivifiants de la foi et de la tradition orthodoxes. 3) La formulation des principes nécessaires de déontologie et d’éthique pour la recherche scientifique et technologique qui progresse rapidement, atteignant même aujourd’hui mystère sacré de la vie. 4) La sacralité du mystère du Mariage comme icône de l’amour du Christ envers l’Église et l’institution de la famille. 5) La préoccupation indispensable pour les questions d’instruction et d’éducation chrétienne des jeunes. 6) Le phénomène de la mondialisation. 7) L’horreur de la guerre. 8) le problème brûlant des migrants économiques et des réfugiées. 9) Les relations de l’Église et de la science et de l’Église et de la politique. 10) La crise écologique. 11) La pauvreté, la sécularisation, la solitude et de l’individualisme dans les relations entre les hommes. Le Saint et Grand Concile a également élevé une voix de protestation contre le déplacement impitoyable de leurs foyers ancestraux et les persécutions des populations chrétiennes, et a demandé la protection de la liberté religieuse, a condamné sans appel le fanatisme religieux, soulignant que chaque guerre au nom de quelle religion que ce soit, constitue une guerre contre le fait religieux lui-même. Enfin, l’approche axiologique, avec toujours des limites ecclésiologiques et dans le Saint-Esprit, du Saint et Grand Concile est suspendue à l’histoire qui agit sobrement et intègrement, et principalement à la conscience vigilante et divine du Corps ecclésiastique ». Le rapporteur a exprimé les remerciements de tous les participants au Saint et Grand Concile à l’Église-hôte de Crète, et par extension, au Patriarcat œcuménique pour la présentation exemplaire et la réalisation de cette brillante organisation panorthodoxe et de portée mondiale. Il a aussi remercié S.E. le secrétaire en chef et les Services synodaux de l’Église de Grèce, pour la préparation en tout point excellente et minutieuse de tout ce qui concernait la participation de notre Église à cette grande organisation panorthodoxe. Le métropolite a ensuite recommandé les propositions suivantes en vue de la valorisation pastorale des Textes-Décisions du Saint et Grand Concile de Crète :
« 1) Le renvoi, par la décision du Saint-Synode permanent, aux Commissions synodales compétentes concernées des décisions du Saint et Grand Concile en vue d’une étude mesurée, de leur approfondissement et leur interprétation, analyse et valorisation selon les saints Pères (par exemple, les Commissions synodales des questions dogmatiques et nomocanoniques, des relations interchrétiennes, de la Pastorale, de l’Office Divin, de la presse, etc). Comme il se doit, les rapports des organes synodaux susmentionnés seront soumis ensuite au Saint-Synode permanent ou à l’Assemblée des évêques pour action.
2. La collaboration avec les Facultés de théologie nationales pour les questions d’étude théologique des textes et de la valorisation des résultats du Saint et Grand Concile.
3. L’information au niveau des diocèses métropolitains, en premier lieu du clergé paroissial, des communautés monastiques et de nos collaborateurs directs, au sujet du Saint et Grand Concile et de Ses décisions en général, et des décisions/prises de positions y relatives de l’Église de Grèce en particulier, en vue de l’édification des fidèles et pour éviter les mauvaises interprétations (Étude attentive et valorisation du matériel concerné. Textes, Encyclique, Message, études scientifiques et analyses).
4. Information, comme il se doit pastoralement, du plérôme de l’Église de Grèce par l’édition d’une Encyclique concise et rédigée dans une langue abordable, comme l’a déjà fait l’Église de Chypre, pour l’édification et l’information responsable (Édition par les soins du Saint-Synode permanent d’un feuillet informatif « pour le peuple »).
5. Développement dans les groupes d’études paroissiaux, équipe catéchétiques et dans les prédications dans le cadre des diocèses métropolitains de l’Église de Grèce, des considérations, de l’œuvre et des résultats du Grand Concile.
6. Présentation d’émissions, par la station radiophonique de l’Église, concernant l’histoire, les buts et les résultats, pour l’organisation ecclésiale, du Saint et Grand Concile. À cette fin, on pourrait faire appel aux hiérarques, professeurs des Facultés théologiques, à des voix sobres et structurées.
7. Mise en ligne sur le site internet de l’Église de Grèce des textes votés du Saint et Grand Concile, des études et des analyses sérieuses.
8. Attribution à la Commission synodale des relations inter-orthodoxes et interchrétiennes de la constitution d’archives complètes et exhaustives sur tout ce qui concerne le Saint et Grand Concile.
9. Enfin, notre très sainte Église pourrait, par les soins et avec l’assistance du Saint-Synode, charger une Commission synodale compétente et spéciale, de l’évaluation des textes fondés ecclésialement et théologiquement, qui ont déjà é

té écrits et qui contiennent des positions, soit positives soit comportant des réserves, au sujet des décisions du Saint et Grand Concile. Il est de notre devoir, en tant que pasteurs responsables et affectueux, d’entendre avec la plus grande attention et la sensibilité pastorale toutes les positions sérieuses et édifiantes. L’aboutissement de cette étude, que je considère comme exprimant fortement un ethos et une qualité conciliaires, peut aider, valoriser adéquatement, essentiellement, notre très sainte Église et le Concile panorthodoxe en général ». Concluant son rapport, S.E. le métropolite de Serrès et Nigriti Théologue a déclaré de façon caractéristique : « Enfin, très respectés Pères, l’approche axiologique, avec toujours des définitions ecclésiologiques, patristiques et pastorales, du Saint et Grand Concile qui s’est réuni à Kolymbari en Crète, l’approche axiologique, avec toujours des limites ecclésiologiques et dans le Saint-Esprit, du Saint et Grand Concile est suspendue à l’histoire qui agit sobrement et intègrement, et principalement à la conscience vigilante et divine du Corps ecclésiastique ». S’en est suivi un large dialogue sur le rapport, au cours duquel de nombreux hiérarques ont pris la parole. Les discussions doivent continuer le 24 novembre 2016.

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Un nouveau livre en français du patriarche Cyrille de Moscou, « Science, Culture et Foi »

10641354-17521224Un nouveau livre en français du patriarche Cyrille de Moscou vient de paraître aux éditions Sainte-Geneviève (Séminaire orthodoxe russe en France). Il s’intitule Science, Culture et Foi. Il comprend 125 pages avec une reliure en cuir, son prix est de 20 euros. Présentation:

« La salutaire indépendance, mais aussi la fructueuse complémentarité de la science et de la foi sont le principal sujet de ce recueil de conférences et d’homélies du patriarche. L’art comme une autre expression non moins importante de l’activité spirituelle et intellectuelle de l’homme est également présent dans ces réflexions. Celles-ci ne sont pas un traité systématique sur la relation entre la physique et la métaphysique, mais l’expérience et la parole d’un pasteur, témoin de la foi d’un peuple qui reconnaît la grande valeur de la science et qui, naguère, l’a vu utilisée comme prétexte pour justifier la lutte sans merci contre les croyants.
En arrière-plan de ces réflexions du patriarche, il y a la profonde conviction des chrétiens orthodoxes, fondée sur l’intuition de saint Paul, sur le lien entre le salut de l’humanité et celui du reste du monde vivant et même du cosmos dans son ensemble. Cette certitude est magnifiquement résumée par Berdiaeff : « Mon salut et ma transformation, dit-il, sont liés non seulement à ceux des autres hommes, mais à ceux des animaux, des plantes et des minéraux, à leur insertion dans le royaume de Dieu, qui dépend de mes efforts créateurs ».  « 

On peut le commander sur cette page.

Le patriarche de Moscou Cyrille : « L’Église orthodoxe russe n’a pas participé au Concile de Crète afin d’éviter un schisme »

L’Église orthodoxe russe s’est abstenue au dernier moment, au mois de juillet de cette année, de participer au Concile de Crète, afin de ne pas provoquer un nouveau schisme. C’est ce qu’a communiqué aux journalistes le patriarche de Moscou Cyrille, au cours d’une interview à la veille de son soixante-dixième anniversaire. « Dans l’histoire, des divisions ont eu lieu après presque chaque Concile. Des divisions se sont même produites après les Conciles œcuméniques, aussi, à notre époque, nous ne devons pas risquer l’apparition de nouvelles scissions. C’est précisément pourquoi nous nous étions mis d’accord pour adopter toutes les décisions par consensus, mais il s’est avéré, déjà lors de la réunion des primats à Genève, que deux Églises – celles d’Antioche et de Géorgie – n’avaient pas signé des documents très importants, et qu’il n’y avait plus alors de consensus » a expliqué le patriarche. « Ensuite, l’Église serbe a déclaré qu’elle considérait nécessaire de reporter le Concile. L’Église de Géorgie a également déclaré qu’elle ne se rendrait pas au Concile, et l’Église de Bulgarie a refusé de même», a poursuivi le patriarche. « Aussi, lorsque nous avons reçu cette information, nous avons adressé une lettre à Constantinople, proposant de convoquer d’urgence une Conférence panorthodoxe, afin de définir nos actions, et décider quelle devait être notre approche du Concile, parce que sans consensus il ne fallait pas convoquer un Concile ». Un accord fondamental entre primats prévoyait que l’adoption des documents ne se ferait que par un vote unanime. Cela permettait d’exclure les différends et de ne pas provoquer les divisions. « Nous avons dit encore une fois que les documents tels qu’ils devaient être présentés au Concile, ne nous convenaient pas, que nous avions des amendements sérieux à y apporter. Nous avons reçu une réponse très impolie, où il était dit : le Concile aura lieu, c’est tout», a poursuivi le patriarche Cyrille. « Si le Concile a lieu en l’absence de consensus, cela signifie que nous renonçons aux principes que nous avons approuvés ensemble », a-t-il clarifié. « En outre, cela signifierait pour nous, tout simplement, une division programmée dans l’Orthodoxie ». Le patriarche a rappelé que les représentants de certaines Églises se sont néanmoins rendus en Crète et ont pris part au Concile, tandis que d’autres ont refusé, ce qui a privé celui-ci du statut de « panorthodoxe ». « Dans une telle situation, notre Église a pris la décision de ne pas aller au Concile », a déclaré le patriarche. « Mais nous avons une attitude respectueuse envers ce qui s’est passé en Crète. Nous avons bien sûr nos réserves et nos amendements. Notre Commission biblique et théologique a déjà étudié ces documents, et a formulé ses amendements », a ajouté le patriarche, qui a annoncé que, lors de la prochaine Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe russe, ndt], ces amendements seront examinés attentivement et que « certaines suggestions seront faites ». « Nous considérons ce Concile de Crète comme une partie du processus conciliaire. À ce jour, en l’absence de tout un nombre d’Églises, mais il ne faut pas le dramatiser. Nous sommes sur la voie de ce Concile [panorthodoxe, ndt], qui sera convoqué selon toutes les règles et qui présentera à l’Église orthodoxe et au monde entier des documents orthodoxes communément acceptés », assure le patriarche Cyrille.

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Recension: Georges Kordis, « L’icône comme communion »

kordisGeorges Kordis, L’icône comme communion. Les idéaux et les principes de composition dans l’exécution d’une icône. Préface de Jean-Claude Larchet. Éditions des Syrtes, Genève, 2016, 134 pages, nombreuses illlustrations.
Georges Kordis est depuis plusieurs décennies, l’un des meilleurs iconographes du monde orthodoxe. Son style, reconnaissable entre tous jusque dans chaque détail (ce qui est la marque du génie), témoigne d’une originalité et d’une créativité remarquables, tout en s’insérant parfaitement dans la Tradition iconographique orthodoxe dont il respecte le critères fondamentaux.
Altérée à partir du XVIIe siècle par diverses influences de la peinture occidentale, l’iconographie orthodoxe à retrouvé ses sources et sa pureté au milieu du XXe siècle grâce aux travaux de plusieurs pionniers qui ont été à la fois des peintres et des théoriciens de l’icône, en particulier Photios Kontoglou dans le monde grec et Léonide Ouspensky dans le monde slave (et bien au-delà puisqu’il a eu, à Paris, des élèves venus du monde entier). Mais ceux qui les ont suivis à juste titre dans les voies d’un retour à la Tradition ont le plus souvent été soit des copistes serviles, soit des dessinateurs et des peintres incertains, et si l’iconogaphie a retrouvé dans l’ensemble du monde orthodoxe sa pureté originelle, elle reste souvent purement technique, formelle, et pour cela assez froide dans ses expressions.
Grâce à une parfaite maîtrise des techniques picturales (qu’il sait aussi manifester dans une grande variété de créations séculières qui l’ont également rendu célèbre dans le monde entier), mais aussi grâce à une compréhension et une appropriation en profondeur des modes de représentation des meilleurs maîtres et écoles de l’iconographie byzantine du passé, Kordis a su être le représentant d’une iconographie à la fois parfaite sur le plan technique, traditionnelle dans son contenu et ses intentions profondes, novatrice autant que les règles de base l’autorisent, et surtout expressive et vivante. Il est pour notre époque ce que fut en son temps un Manuel Pansélinos.
Ce caractère vivant de l’iconographie de Kordis est lié à une conception bien définie du dynamisme des lignes du dessin qui précède la peinture (et lui donne, comme il le dit lui-même, son existence et son sens), qu’il a su déchiffrer comme un dénominateur commun des grands maîtres du passé, comprendre, synthétiser, systématiser, appliquer et expliquer.
L’icône comme communion que viennent de publier les édtions des Syrtes fait depuis longtemps autorité en matière d’iconologie et a déjà été traduit en cinq langues. L’ouvrage présente une synthèse de la compréhension et de l’expérience de l’auteur. Il ne se propose pas seulement comme un manuel permettant aux iconographes d’apprendre ou de perfectionner leur art, mais comme le moyen pour tous ceux qui s’intéressent à l’icône, de comprendre en profondeur la façon dont sont élaborées les meilleures icônes pour réaliser au mieux les buts qu’elles poursuivent, dans une perspective où l’art est au service de la spiritualité.
De manière magistrale, avec une grande cohérence et une grande rigueur, Kordis montre comment la ligne, son dynamisme et son rythme – l’édition grecque originale du livre est Ἐν ῥυθμῷ, « en rythme » – sont les principes de base de l’iconographie, et comment ils définissent une forme à la fois unifiée et en mouvement, qui doit finalement réaliser le but principal de l’icône: ne pas rester enfermée sur elle-même dans sa surface mais faire entrer en communion la représentation avec le spectateur. Ce qui en un premier temps apparaît comme purement technique se révèle vite comme s’intégrant à la théologie et à la spiritualité orthodoxes de l’icône. Kordis rejoint ici le mouvement de la théologie néo-grecque qui a fortement insisté sur la dimension relationnelle et communionnelle de la vie spirituelle, et c’est tout naturellement que ses ouvrages (qui comportent des essais théoriques, des manuels pratiques et des catalogues) ont trouvé leur place aux éditions Armos qui, en Grèce, publient les représentants de ce courant (et de la revue Synaxis qui les a rassemblés). Mais Kordis a aussi été fortement marqué par la théologie patristique et par les enseignement et témoignages des grands spirituels grecs contemporains, auxquels s’est consacré avec brio Stylianos Papadopoulos, professeur à la faculté de théologie d’Athènes, auquel la dédicace de ce livre rend hommage.
Que Kordis ait parfaitement intégré dans la pratique les principes qu’il définit, et que ces principes s’enrichissent en retour de sa pratique, se voit de manière spectaculaire dans les icônes qu’il a réalisées en direct et en seulement quelques heures pour des étudiants de divers pays (Grèce, États-Unis, Canada, Russie, Ukraine…), les enregistrements de plusieurs de ses « performances » pouvant être visionnées sur plusieurs sites Internet. Mais cela peut se constater surtout dans les nombreuses icônes portables qu’il a réalisées et dans les fresques de nombreux monastères et églises qu’il a peintes. Une série de vidéos particulièrement impressionnantes ont suivi son travail lorsque, avec son équipe, il couvrait de fresques l’église de la Sainte-Trinité à Pittsburgh [1, 2, 3, 4, 5, 6].
La publication de ce livre original et fort, qui permet de comprendre en profondeur – non dans la simple constatation d’un état mais dans le dynamisme d’une pratique – la composition passée et actuelle des meilleures icônes en rapport avec leur fonction spirituelle, est un événement de première importance dans un domaine où rien d’équivalent n’avait encore été publié.
Né en Grèce en 1956, Georges Kordis a étudié la théologie à l’Université d’Athènes. Il a ensuite poursuivi des études en théologie et en esthétique de la peinture byzantine à l’École supérieure de théologie de Holy Cross à Boston (USA), où il a obtenu une maîtrise en théologie. En 1991, il a reçu le titre de docteur en théologie de l’Université d’Athènes. En 2003, il a été chargé de cours, et en 2008 nommé professeur d’iconologie et d’iconographie dans cette même faculté. Il a en outre été professeur invité aux universités de Yale (Connecticut) et de Caroline du Sud, à l’École supérieure de théologie à Holy Cross à Boston (Massachussetts) et à l’Université de Notre-Dame à South Bend (Indiana), aux facultés de théologie de Cluj-Napoca et de Bucarest (Roumanie), à l’Université pédagogique d’Odessa (Ukraine), à l’Institut de théologie et d’arts sacrés de Saint-Pétersbourg (Russie) et au Centre nord-américain d’art byzantin à Ottawa (Canada).
Auteur de nombreuses icônes portatives, dont certaines ont été exposées dans plusieurs pays (Grèce, Crète, États-Unis, Bulgarie, Canada, France) il a peint les fresques de plusieurs églises et monastères (neuf en Grèce, une au Mont-Athos, cinq aux États-Unis, deux au Liban, une en Australie, une en Allemagne), Georges Kordis est reconnu comme l’un des meilleurs iconographes actuels. Il est parallèlement l’auteur d’une œuvre artistique séculière multiforme (peintures sur différents supports, gravures, lithographies…), inspirée de certains éléments de l’art byzantin, qui a fait l’objet d’expositions internationales (en Grèce, aux États-Unis, au Canada, en Italie et en France) et l’ont fait reconnaître, dans le domaine de l’art figuratif également, comme l’un des artistes les plus inspirés et originaux de notre époque.
Les lecteurs anglophones pourront trouver ici une recension de la version anglaise du livre, et ici une interview très intéressante de  l’auteur.

Jean-Claude Larchet

« Le concile de Crète : en espérant que nous apprenions » par Assaad Elias Kattan

Nous vous invitons à lire la traduction français d’un article, écrit par Assaad Elias Kattan (Centre d’études religieuses, Université de Münster) paru dans le dernier numéro de la revue Al-Nour, (Beyrouth, vol. 5, 2016).

Les questions restées en suspens après la réunion du concile de Crète sont peut-être plus nombreuses que celles qui furent soulevées avant sa tenue. Comment les orthodoxes agiront ils, par exemple, pour remédier à leur cassure interne ? La perspective que les Pères du concile ont manifestée, à savoir la tenue d’un « grand » concile orthodoxe tous les sept ou dix ans, deviendra-t-elle réalité ou bien restera-t-elle uniquement un vœu pieux ? Mais ce qui est plus important que toutes ces questions, ce sont les leçons que l’on peut tirer de l’expérience de Crète. En réalité, si les orthodoxes ne se hâtent pas de s’engager dans ce processus, la division qui les affecte aujourd’hui non seulement ne régressera pas, mais il est vraisemblable qu’elle va s’implanter et se transformer en émiettement.

La première leçon du concile de Crète c’est que la synodalité orthodoxe, dont si souvent nous nous prévalons, nécessite une opération chirurgicale ; en effet, elle a besoin de structures unitaires dont nous avons échoué à poser les fondations. Le problème des orthodoxes c’est qu’ils parlent énormément de la synodalité orthodoxe et de la pluralité qu’elle reflète. Mais à ces paroles ne correspond aucune structure ecclésiale claire qui fonde et ancre l’unité. Cette constatation n’est pas nouvelle. Des penseurs orthodoxes ont perçu ce problème et l’ont signalé alors que la préparation du grand concile orthodoxe n’en était encore qu’à ses débuts. Mais l’expérience de la tenue du concile de Crète, précédée par l’abstention de quelques Eglises orthodoxes et la décision des autres Eglises de se rendre sur l’île grecque « sans les frères », tout cela indique que la synodalité orthodoxe, dans son état actuel est dysfonctionnelle, car il lui manque les structures ecclésiales indispensables pour préserver l’unité lorsque des problèmes surgissent. Quel sens a donc la synodalité si elle ne dispose pas de mécanismes structurels permettant aux orthodoxes de dépasser leurs différends ? Et ils sont légion ! Dès lors, le concile de Crète aurait dû avoir été précédé d’un dialogue orthodoxe franc sur ces mécanismes. Il est en outre possible que si ce dialogue avait eu lieu, il aurait évité aux Eglises d’être entraînées dans la discussion, qui dure depuis des décennies, relativement aux prérogatives du patriarche de Constantinople et du degré de notre capacité à les puiser dans les anciens canons. L’embourbement des orthodoxes dans leurs discussions « byzantines » quant à savoir si la primauté revient à l’Eglise de Constantinople, ou s’il convient de la transférer au patriarcat de Moscou en sa qualité d’Eglise orthodoxe la plus grande et la plus importante, aujourd’hui, quant au nombre des fidèles, a fait perdre à l’Eglise orthodoxe l’occasion d’un dialogue véritable sur la relation entre la synodalité et l’unité, étant entendu que cette discussion constitue le cœur du problème, non seulement au sein du monde orthodoxe, mais encore avec l’Eglise romaine d’Occident. Ainsi le concile de Crète fut-il indicatif de l’existence de ce problème auquel nous autres orthodoxes n’avons pas été à même de remédier durant notre période « moderne », à savoir après la chute de Constantinople en 1453. Voici donc que l’histoire se venge de nous lors de notre première tentative sérieuse en cette période de nous rassembler et de parler d’une seule voix devant Dieu et les hommes.
La seconde leçon que l’on peut tirer de l’expérience de Crète, c’est que nous avons hélas tenté de réunir un concile « contemporain » mais avec un ordre du jour révolu. Et ceci, dirait-on, est le scandale des scandales. En vérité, celui qui examine la plupart des documents issus du concile qui s’est tenu sur l’île grecque, et qui traitent de thèmes tels que le jeûne, le mariage et la famille, ne peut manquer de constater que dans le fond ils ne disent rien ou bien ne font qu’effleurer les défis véritables auxquels les orthodoxes sont confrontés. Et lorsqu’ils ont abordé ces défis et tenté d’y apporter quelque réponse, ils l’ont fait la plupart du temps avec superbe, ce qui ne traduit aucune disposition à s’ouvrir aux nouvelles expériences des hommes ou à les assimiler. En effet, le style des textes du concile de Crète, de manière générale, est un style ecclésiastique orthodoxe dense « possédant » la vérité, qui entend enseigner le monde et le ré-évangéliser, au lieu de tirer profit des expériences de ceux qui y vivent. Tout ce l’on peut dire à propos de ces textes, c’est qu’ils essaient de traiter certains défis modernes avec une mentalité des siècles passés, comme s’il y avait, dans l’entendement orthodoxe, un modèle sociétal unique qui ne peut être ni questionné ni changé, celui-là même qui était le propre des sociétés rurales qui prédominaient dans les périodes antérieures à la modernité. A ce propos, voici quelques exemples :
Ces textes insistent, par exemple, sur « la famille » en tant que structure sociale idéale (Encyclique, 7), mais sans prendre en considération les milliers de femmes orthodoxes qui élèvent seules leurs enfants en Russie et dans les Balkans. Ils s’abstiennent de nous informer si ce modèle « nouveau » de société est couvert par la définition de la famille ou s’il est « anormal ». De même, les textes du concile évitent d’aborder le problème de la cohabitation ainsi que de l’éducation des enfants hors de l’institution maritale, si ce n’est en rejetant tout cela dans la sphère du « péché » (Le sacrement du mariage et ses empêchements, 10), ignorant le fait que des milliers de jeunes orthodoxes engagés dans leur Eglise en Europe, en Russie et aux Etats-Unis vivent aujourd’hui dans des cellules collectives existant hors du cercle du mariage religieux. Ajoutons à cela que certains textes du concile reflètent une conception ambiguë de la liberté. Si, d’une part, ils disent des choses positives sur la dignité humaine et la liberté religieuse (Encyclique, 12. 16), ils font mine d’oublier, d’autre part, que cette dignité comporte aussi la liberté de pensée et la liberté sociale. Et l’ambiguïté atteint son comble lorsqu’il est question des droits de l’homme (Encyclique 16) ; en effet, dans ce qui est affirmé il y a une tendance manifeste à diluer les droits individuels et à les remplacer par un « contenu communautaire » non-défini de la liberté, à tel point que l’on rencontre un passage considérant les droits de l’homme individuels comme une menace pour la famille, la religion et la nation. Il s’agit là, me semble-t-il, de paroles dangereuses, car elles contiennent les germes de glorification des entités collectives comme la famille, la société et la nation au détriment de l’individu, mais encore contribuent-elles au renforcement du chancre nationaliste dont souffrent la plupart des peuples orthodoxes. Ce qu’il importe de souligner, c’est que ce mode d’ambiguïté ne s’applique pas seulement à ce que nous avons mentionné, mais il s’étend encore à d’autres domaines tels que la sécularisation et les sciences. La « civilisation séculière » est tantôt le fruit de « la contribution séculaire » de l’Eglise (Encylique, 10), sans que cela soit accompagné d’une quelconque explication, tantôt un grand mal auquel il convient de faire face (Encyclique, 7. 9. 10). Quant aux sciences biologiques, elles ne sont pas en mesure d’apporter une solution aux problèmes éthiques (Encyclique, 11-12), et ceci est certes bien vrai. Mais les textes du concile passent totalement sous silence la contribution apportée par les sciences humaines, comme la philosophie, la sociologie, la psychologie et l’histoire, à la connaissance de l’univers, comme si ces sciences étaient inexistantes ou comme si elles ne constituaient pour la conscience de l’Eglise un quelconque défi. Ceci est naturellement une goutte d’eau dans la mer. Car les textes du concile s’embrouillent également dans ce qu’ils disent sur les jeunes et leur rôle, malgré leur insistance sur le fait qu’ils ne sont pas seulement « le futur » de l’Eglise, mais aussi « l’expression active de sa vie au service de l’homme et de Dieu dans le présent » (Encyclique, 8). Et lorsqu’ils abordent la coopération et la collaboration entre l’Eglise et l’Etat (Encyclique, 16), ils ont négligé le rôle critique que l’Eglise joue vis-à-vis de l’Etat qui commet des injustices et se conduit en tyran ou tente d’apporter une solution aux problèmes éthiques de manière inhumaine.
Il ressort de tout cela que ce qui attend les Eglises orthodoxes après le concile de Crète est de loin plus important que ce qui l’a précédé. Les orthodoxes se trouvent donc encore au début du chemin lorsqu’il s’agit des grandes questions et des grands défis dans notre monde contemporain. Dans ce sens, le concile de Crète était indispensable pour que nous apprenions. En espérant, bien sûr, que nous apprenions …

(Traduit de l’arabe pour Orthodoxie.com par Marcel Pirard)

Un volume de « Contacts » sur le saint et grand Concile orthodoxe de Crète (Pentecôte 2016)

Le numéro 255 de « Contacts, la revue française de l’orthodoxie », vient de paraître. Il est consacré à l’événement, aux textes officiels et à la réception en cours du saint et grand Concile orthodoxe de Crète (juin 2016). On retrouvera tous les textes du Concile adoptés officiellement, les avis de 12 experts de différents horizons ecclésiaux (orthodoxes, catholiques, protestants) et un article important d’Antoine Kartachev sur les conciles œcuméniques et la conciliarité. Pour lire le sommaire et le liminaire du volume 252 cliquez ICI !

Ce volume de 184 pages peut être commandé en envoyant un chèque de 11 € (frais de port à ajouter : France : 2 €, Europe : 3 €, reste du monde : 5 €) à Revue Contacts, 61 allée du Bois du Vincin, F-56000 Vannes, ou par email après un virement de la somme totale au compte bancaire de la revue.

Évaluation du saint et grand Concile de Crète par le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie

Au cours de sa session du 16 novembre, le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie a publié le communiqué suivant au sujet de son évaluation du saint et grand Concile de Crète :

« Le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie sous la présidence de S.S. le pape et patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique Théodore II, après une discussion exhaustive communique ce qui suit :

1. Nous exprimons gloire et louange au Dieu Trinitaire, qui nous a rendus dignes de participer au saint et grand Concile de l’Église orthodoxe au mois de juin passé. Le Concile constituait le sceau d’un long cheminement de nombreuses décennies, avec des pourparlers, des accords et des désaccords théologiques intensifs. Ce fut la vision de nos prédécesseurs éclairés et charismatiques, qui ont prié pour voir sa convocation, mais n’en ont pas eu le bonheur. Nous exprimons notre profonde reconnaissance envers eux et nous prions pour le repos de leur âme.

2. Le Concile de Crète a constitué un événement éminemment important pour le cheminement de l’Église orthodoxe, donnant un témoignage d’unité, un témoignage de responsabilité et d’anxiété pour le monde contemporain. Ce fut, c’est, et cela restera un grand miracle « de la rencontre et de la coexistence ensemble » des Églises orthodoxes et nous croyons que cette nouvelle expérience, qui sera décryptée peu à peu, et produira de nouveaux fruits dans l’espace orthodoxe. Bienheureux ceux qui goûteront ces fruits !

3. [Notre Synode] a confirmé que la conciliarité constitue l’expression par excellence de la conscience qu’a d’elle-même l’Église orthodoxe et, en même temps, elle est une réponse dynamique aux prédicateurs enflammés du repli sur soi-même, de l’exclusion, de l’ethno-phylétisme et du fondamentalisme. Nous croyons que dans le proche avenir, au cours des conciles qui, Dieu voulant, seront convoqués, les imperfections et les faiblesses de ce concile seront surpassées.

4. Nous remercions de tout notre cœur Sa Toute Sainteté le président du saint et grand Concile, le patriarche œcuménique Bartholomée, Leurs Béatitudes les primats et tous ceux qui ont travaillé assidument pour la réalisation du Concile au milieu de nombreuses adversités et provocations.

5. Nous considérons comme particulièrement importante la consolidation conciliaire de l’économie ecclésiastique au milieu de positions extrêmes et conservatrices, puisqu’il est donné la possibilité aux Églises locales d’exercer leur pastorale à une époque réelle et dans des lieux et des usages concrets. Nous avons constaté cependant avec tristesse que, malgré les voix prophétiques qui ont été entendues dans le cadre du Concile et des conférences préconciliaires, les « dérogations » aux règles plus anciennes de la vie de l’Église et des fidèles, aient été comprises avec timidité et réticence, dans le sens de l’acribie et non pas de l’économie, alors que cela serait la véritable affirmation du mystère de l’Incarnation du Christ dans l’aujourd’hui, c’est-à-dire la Révélation vivante et salvifique de Dieu. Les différentes approches des questions de la vie de l’Église pour nous ne constituent pas des déviations de la vérité orthodoxe, mais l’adaptation à la réalité africaine.

6. L’Église d’Afrique continuera à participer activement à tous les dialogues officiels interchrétiens et interreligieux, malgré les difficultés et les problèmes qui apparaissent de temps à autre. Hormis la participation au COE, nous revalorisons le témoignage de la foi orthodoxe, la plénitude de la Révélation divine que notre Église préserve. Cheminant sur les traces de Jésus, nous devons devenir les organes de la réconciliation et cultiver la coexistence pacifique des hommes, respectant et défendant leur différence ethnique, raciale et religieuse. En commun avec les autres Églises et religions, nous sommes appelés à travailler à combattre toute injustice systémique, toute chose démoniaque, qui anéantit la vie de notre troupeau profondément meurtri et blessé.

7. Nous pressentons que, en tant qu’Église vivante et dynamique, émergente des entrailles d’un monde développé et souffrant, nous avons le devoir avec hardiesse et vision prophétique de former en notre sein les conditions pour la transformation de notre monde, de déposer une proposition d’espoir, de vie dans sa plénitude pour tous les hommes et de joie de la Résurrection. Nous demandons les prières ardentes du Corps de notre Église, clercs et laïcs, afin que par la collaboration de tous nous mettions en valeur la dynamique du grand Concile et que nous libérions les forces qui montreront l’Église d’Afrique comme une présence prophétique, craignant son Seigneur et ouvertes à l’action du très Saint Esprit ».

Source

Recension: Philippe Henne, « Clément d’Alexandrie »

hennePhilippe Henne, « Clément d’Alexandrie », Cerf, Paris, 2016, 369 p.
Dominicain, professeur de patrologie à l’université catholique de Lille, Philippe Henne a publié un certain nombre d’ouvrages de vulgarisation sur des Pères latins (Tertullien, Jérôme, Léon le Grand, Grégoire le Grand, Hilaire de Poitiers) et grecs (Origène, Basile le Grand) dont nous avons rendu compte ici en rendant à chaque fois hommage à leur qualité pédagogique.
Ce nouvel ouvrage est dans la ligne des précédents. Il est consacré à Clément d’Alexandrie (né vers 150 et décédé en 220), qui ne figure pas dans la liste des saints, mais néanmoins dans celle des Pères de l’Église.
La première partie présente tout d’abord non pas la vie du grand docteur alexandrin, car elle est mal connue, mais le contexte historique et doctrinal de son activité, qui fut surtout celle d’un catéchète et d’un apologète de la foi chrétienne à une époque où le christianisme se développait en étant confronté à une multiplicité de philosophies, de cultes païens et de sectes, gnostiques en particulier. Clément les affronte tantôt directement en les soumettant à une critique sévère, tantôt en essayant d’en retenir certains éléments positifs, montrant par exemple comment certaines philosophies ont pu, sans le savoir, annoncer certains principes chrétiens, ou comment certains processus de réflexion propres à la philosophie peuvent être récupérés par la théologie; il se montre disposé à « recevoir de chaque savoir ce qu’il apporte à la vérité » (Stromate VI, 9, 81, 1), et considère en tout cas comme nécessaire d’étudier soigneusement les systèmes philosophiques et les hérésies pour pouvoir les réfuter, ce qui apparaît en effet dans toute son œuvre.
L’auteur montre ensuite comment Clément conçoit la Bible (et notamment selon quels critères il reçoit les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament à une époque où le canon des Écritures n’est pas encore fixé), et avec quelle méthode il la commente, en suivant Philon dans la voie d’une exégèse allégorique qu’Origène portera ensuite à son plus haut point de développement.
La seconde et plus grande partie de l’ouvrage propose un résumé des œuvres de Clément, ouvrage par ouvrage, chapitre par chapitre, qui ne dispense pas de les lire, mais permet d’en avoir un aperçu global assez précis, et de situer les parties qu’on en consulte.
Jean-Claude Larchet

L’ouvrage sera en librairie à partir du 18 novembre.

Vient de paraître: « Bartholomée, apôtre et visionnaire »

9782204114899A partir d’aujourd’hui en librairie: Bartholomée, apôtre et visionnaire, de John Chryssavgis, préface du pape François, traduit de l’anglais par Nicolas Kazarian, éditions du Cerf, 304 pages.

Présentation de l’éditeur: « Voici la biographie du chef spirituel de 300 millions de fidèles à travers le monde, du premier d’entre les primats orthodoxes, du guide historique des chrétiens d’Orient. Acteur majeur du dialogue entre les Églises, les religions et les civilisations, Bartholomée est aussi un pionnier du combat écologique. Pour autant, le 270e patriarche de Constantinople demeure avant tout le témoin vivant, humble et résolu de la jeunesse de l’Évangile et du dynamisme de la tradition.
Alors que ses vingt-cinq ans de pontificat viennent d’aboutir à la tenue du saint et grand concile de Crète, à la Pentecôte 2016, cet homme secret, à la forte influence internationale, n’aura cessé de bâtir des ponts entre des mondes étrangers ou hostiles. Ce livre déroule le fil de sa destinée, de sa vocation d’enfance à son ministère actuel, qui est de « présider dans la charité ».
Ce récit d’une vie est aussi bien une traversée du temps et une page d’histoire animée par l’exigence de la communion à l’heure de la globalisation. Une manière essentielle de découvrir ou redécouvrir ce que signifie « oecuménique » pour l’homme qui en porte le titre et en incarne l’urgence par son engagement au service de Dieu, de l’homme et du monde. »

Complément: une recension de ce livre par Carol Saba sur le site de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.

Nouvelles décisions du Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine

Le 29 octobre, en la Salle synodale de la résidence patriarcale, sous la présidence du patriarche Daniel a eu lieu la seconde partie de la séance de travail du Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine, durant laquelle ont été prises les décisions suivantes :

– L’année 2018 a été déclaré « Année solennelle d’hommage à l’unité de la foi et de la nation» et « Année commémorative des fondateurs de la Grande Union de la Roumanie en 1918 ».
– L’organisation à Iaşi, du 9 au 12 janvier 2019, de la conférence de l’Association théologique orthodoxe internationale, a été approuvée.
– L’existence et l’activité de groupes schismatiques, prétendument orthodoxes, a été signalée, lesquels provoquent des troubles dans les paroisses. Il a été décidé que les centres diocésains prendraient, au niveau local, des mesures d’informations pour les fidèles.
– L’activité de presque 350 associations et fondations, fonctionnant au niveau local avec la bénédiction des hiérarques du lieu, a été évaluée. Le Saint-Synode a apprécié leur activité, leur apport réel à la vie sociale et culturelle des fidèles et leur collaboration étroite avec l’Église.
– La publication des textes des Ménées et des acathistes dédiés aux saints roumains a été approuvée.
– L’introduction de la sainte martyre Agnès (martyre romaine du IIIème s., ndt) dans le calendrier de l’Église orthodoxe roumaine a été approuvée, et sa fête est fixée au 21 janvier.
– Les textes liturgiques suivants ont été approuvés : Office de saint Antoine de Iezerul Vâlcii (23 novembre) ; l’acathiste au saint martyr Jules le Vétéran (27 mai) ; l’acathiste aux saints anargyres Cyr et Jean (31 janvier et 28 juin) ; l’acathiste au saint martyr Hermès de Bononia (31 décembre) ; l’acathiste au saint apôtre Timothée (22 janvier) ; l’acathiste aux saints moines Daniel et Missaël du monastère de Turnu (5 octobre 2016).

À l’issue des travaux de la session, les membres du Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine ont participé à l’office de requiem pour les victimes de l’incendie de la discothèque de Bucarest qui a eu lieu le 20 octobre 2015.

Source

Encyclique de Sa Sainteté le patriarche Bartholomée Ier

Pour lire l’encyclique de Sa Sainteté le patriarche Bartholomée Ier, diffusée à l’occasion du 25 anniversaire de son accession au très-saint Trône œcuménique, cliquez ICI !

Conclusions du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Roumanie concernant les procédures et les décisions du saint et grand Concile des Églises orthodoxes en Crète (16-26 juin 2016)

Suite aux discussions qui se sont déroulées dans le cadre de la séance de travail du Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine le 29.10.2016, présidée par le patriarche Daniel, les membres du Synode ont formulé et exprimé les conclusions suivantes concernant les procédures et les décisions du saint et grand Concile des Églises orthodoxes en Crète (16-26 juin 2016) :
– Est pris acte avec appréciation de la participation et de l’implication substantielles du patriarche de Roumanie et des autres membres de la délégation de l’Église orthodoxe roumaine dans les travaux du saint et grand Concile des Églises orthodoxes.
– Est pris acte du contenu des documents dans leur forme approuvée dans le cadre des travaux du saint et grand Concile des Églises orthodoxes, à savoir la mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ; la diaspora orthodoxe ; l’autonomie et le mode de sa proclamation ; le saint mystère du mariage et ses empêchements ; l’importance du jeûne et son observance aujourd’hui ; les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien, auxquels s’ajoutent l’encyclique et le message du Concile. Le saint et grand Concile des Églises orthodoxes n’a pas formulé de dogmes nouveaux, de canons nouveaux ou de modifications liturgiques, mais a témoigné le fait que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique du Christ. En outre, il a été pris acte du fait que les textes peuvent être expliqués, nuancés ou développés par un futur saint et grand Concile des Églises orthodoxes. Leur explication et la rédaction d’autres textes conciliaires sur différents sujets ne doivent néanmoins pas êtres réalisées sous la pression du temps, mais au cas où il n’existe pas de consensus panorthodoxe, ils doivent être reportés et améliorés jusqu’à ce que le consensus soit réalisé.
Source

Présentation par le patriarche Irénée de Serbie du livre de Jean-Claude Larchet « Le patriarche Paul de Serbie, un saint de notre temps »

01_16Le patriarche Irénée de Serbie s’est rendu le 25 octobre dernier au salon du livre de Belgrade pour présenter le livre de Jean-Claude Larchet « Le patriarche Paul de Serbie, un saint de notre temps », qui vient de paraître en version serbe aux éditions Službeni Glasnik de Belgrade et Centar za Crkvene Studije de Niš.
Dans sa présentation, le patriarche a évoqué son prédécesseur avec beaucoup de vénération:
« Il était si modeste que pendant quelque temps on n’a pas su au monastère qu’il avait été élu évêque. Jamais, il ne posséda une voiture ou un téléphone. « Si quelqu’un a besoin de moi, disait-il, il peut m’écrire ».
Après les services liturgiques, il restait auprès des séminaristes pour répondre à leurs questions. Il avait beaucoup d’amour pour l’ensemble du genre humain. Il a construit des habitations pour les pauvres, au Kosovo. Dur avec lui-même, il débordait de générosité envers ceux qui étaient dans la souffrance, la misère, le malheur.
Il a entamé sa vie monastique avec beaucoup de sérieux, et c’est ainsi qu’il l’a vécue jusqu’à la fin.
Cette grande personnalité de notre époque se comporta avec sagesse en des temps qui furent critiques pour l’Église. De son vivant, beaucoup le considéraient comme un saint. Aujourd’hui, des gens venus de toute la Serbie vont se recueillir sur sa tombe ».
Parlant du livre de Jean-Claude Larchet, le patriarche Irénée a souligné « qu’il s’agit d’un ouvrage qui n’a pas été écrit seulement pour une période donnée, ni pour une seule génération. Ce livre a été rédigé pour l’Histoire et rappelle que le patriarche Paul est considéré comme un saint même en dehors de la Serbie ».
La directrice des éditions Službeni Glasnik, Jelena Trivan, a noté qu’il s’agit du premier livre sur le patriarche Paul écrit par un auteur étranger, et qu’il projette une lumière différente sur sa personne et son action, et montre aussi que le patriarche Paul est considéré comme un saint en dehors du pays. Elle a également souligné les vertus du patriarche : « C’était un moine d’une grande humilité, un homme proche des hommes, un intercesseur paisible, un saint en marche, un patriarche que tous ressentaient comme étant proche d’eux et qui aimait tout le monde d’un même amour. C’est précisément tout cela que cet ouvrage évoque. J.-C. Larchet a montré dans ce livre pourquoi le patriarche Paul fut un saint pour tous les chrétiens, estimé dans le monde entier. Le patriarche Paul y est présenté comme la personnification de l’humilité et du dévouement à Dieu ».
Interrogé sur la canonisation éventuelle du patriarche Paul, le patriarche Irénée a déclaré que « ce sujet n’a pas encore été abordé par l’Assemblée des évêques. Il est trop tôt pour cela. La canonisation repose sur plusieurs éléments. Pour le moment, ce qui est établi, c’est la vie sainte du patriarche Paul. Pour le reste, on verra ».

Sources : Site officiel du patriarcat de Serbie, Politika, Danas, Glas Srpske, b92, Blic, RTRS.tv, Spona, Sputnik, Televisija Hram, RTB, Sajaknjiga, RTS (vidéo).

Vidéo de la chaine RTS :

Livre: « Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle » par le P. Philippe Dautais (Nouvelle Cité)

eroslibertePhilippe Dautais, Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle, Nouvelle Cité, 2016.

Après Le chemin de l’homme selon la Bible (Desclée de Brouwer, 2009), puis Si tu veux entrer dans la vie – Thérapie et croissance spirituelle (Nouvelle Cité, 2013), Philippe Dautais, prêtre orthodoxe qui dirige avec son épouse Elianthe le Centre Sainte-Croix en Dordogne, dans la juridiction de la Métropole roumaine, vient de publier un nouvel ouvrage passionnant et très éclairant eu égard aux défis qui se posent aujourd’hui à nos sociétés, Éros et liberté – Clefs pour une mutation spirituelle. Les trois ouvrages ont en commun ce qui est très bien résumé par l’injonction dite à Abraham : « Va vers toi » (Genèse 12,1), qui peut aussi être traduit par « Va pour toi » (André Chouraqui), qui l’est plus souvent par « Pars » ou « Sors », en sachant qu’aller vers soi permet aussi d’aller vraiment à la rencontre de l’autre et de la Création selon le projet de Dieu pour l’être humain, en conjuguant construction d’une liberté véritable avec la  responsabilité.

Dans le premier ouvrage (Le chemin de l’homme selon la Bible) différentes figures bibliques étaient saisies chacune « comme le type même d’une étape dans la croissance spirituelle » laquelle « trouve son accomplissement en Jésus Christ ». Le second (Si tu veux entrer dans la vie – Thérapie et croissance spirituelle), s’appuyant sur les Évangiles et la tradition philocalique, tout comme les deux autres, abordait le « processus thérapeutique » de mutation de la personne prenant conscience et dépassant ses blessures et ses souffrances pour entrer dans une « dynamique d’accomplissement » et d’ « unité intérieure » afin d’accéder à la « vraie vie » dont le pardon est la « clé d’accès ». Le dernier ouvrage paru (Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle), dans le prolongement des deux précédents et en intégrant leurs apports, aborde non seulement la question du chemin de chaque personne, mais aussi de sa relation à l’autre, et par-delà les conséquences sur la société et la Création, car tout est lié.

En effet, ce n’est pas le moindre intérêt de cet ouvrage que de montrer combien la fermeture spirituelle, sa sécheresse et son non-accomplissement entraînent des dégâts et même des catastrophes majeures pour la société. Le mal intérieur de chacun, lorsque ce phénomène se multiplie, ce qui est le cas aujourd’hui, s’étend alors non seulement à la personne et à ses relations, mais aussi à l’ensemble de la société et à ses rapports avec la Création, dont l’environnement. Finalement, les processus mortifères qui touchent les individus se répercutent à grande échelle dans toute la société. Ce qui est convoitise, avidité, cupidité, illusion, concupiscence et désir de toute-puissance chez l’individu se traduit à l’échelle de la société par l’association de l’individualisme avec la société de consommation, la prédation, l’utilisation de l’autre pour son propre profit, par la pornographie, où l’autre est une chose, un « objet de plaisir » et une « matière sans âme », par la destruction des milieux naturels, la frénésie du consumérisme qui décentre l’être et « met en péril l’avenir de l’humanité », par l’ivresse de la démesure qui n’accepte aucune limite, par la violence, la pauvreté et l’injustice pour un très grand nombre, ou encore de nouvelles formes d’esclavage, etc. L’auteur montre bien que la racine de ces questions aujourd’hui cruciales est spirituelle, « c’est donc dans le cœur de l’Homme que doit s’opérer une mutation pour l’avenir de l’humanité. Cette mutation est d’ordre spirituel, elle inclut la manière de comprendre la Parole biblique ».

A la base de toutes les possibilités se trouve l’éros « puissance et moteur de vie ». Il est au centre de l’ouvrage. Mais, prévient tout de suite l’auteur cette énergie de vie « peut fleurir dans l’amour, comme plénitude de la relation ou au contraire être facteur de destruction ». C’est la question de la déviation des énergies de vie, des passions, tant développée par les pères ascètes et la tradition philocalique, qui est au cœur du riche et très éclairant exposé du P. Philippe Dautais. Comment ce qui n’est pas révélé à soi-même, ce qui n’est pas nommé, comme Adam a nommé les animaux au Paradis (Genèse 2, 19-20), ce qui n’est pas guéri, devient non pas force de vie ascendante, positive, constructive et transfiguratrice, également fondement de relations justes et authentiques, ce qui est le projet de Dieu pour l’être humain, mais, au contraire ténèbres et destruction de toutes sortes ? L’être humain devient alors extérieur à lui-même, à sa réalité profonde, et même étranger à lui-même, c’est « l’homme de l’exil ». Aussi ne manque-t-il pas d’examiner la question du mal, à laquelle il consacre un chapitre, en soulignant le lien étroit avec les passions et en affirmant que seul l’amour sauve, y compris « de la perversion de l’amour ».

Pour éclaircir tout cela, l’auteur est aussi amené à expliquer un certain nombre de termes d’usage courant, mais au fond très mal compris aujourd’hui et, de ce fait, porteurs d’ambiguïtés souvent dévastatrices. C’est le cas de ce l’on entend avec le mot amour. L’amour est « la finalité de toute vie spirituelle », mais « la voie de l’amour est exigeante et suppose conjointement un processus de transformation intérieure et de maturité ». Aujourd’hui, on constate surtout une « perversion de l’éros », car « au lieu de s’appliquer à sa finalité naturelle : la croissance selon l’être intérieur, il s’investit dans l’horizon existentiel et extérieur ». Le sens de la profondeur est perdu. « L’univers se réduit  alors au visible, à l’audible et au palpable (…) Le vivant  est réduit à une collection d’objets. » Aussi, le désir « au lieu de s’ouvrir sur ce qui échappe, sur une transcendance, (…) se replie vers un besoin sécuritaire de prédation. Esprit de prédation jamais assouvi car le désir en l’Homme est infini. La rapacité pousse à utiliser l’autre pour son propre profit ».

C’est également le cas de la question de la liberté. « Selon la tradition spirituelle, nous ne sommes pas des êtres libres mais en capacité de nous libérer ». Or, concernant la liberté de nombreuses incompréhensions mènent sur des voies sans issues et mortifères. Ainsi, elle est souvent confondue avec la licence. Là également, sans transformation intérieure, pas de véritable libération possible. «  Par la liberté, l’Homme est appelé à devenir une personne responsable, co-acteur avec Dieu de son propre destin par un dialogue continu ».

Mais l’ouvrage ne dresse pas seulement un constat de la situation actuelle. Il décrypte les processus et les mécanismes mortifères, mais également il explicite les voies de guérison intérieure et de réorientation salvatrice de l’être. Il s’agit tout d’abord de revenir à soi-même pour emprunter le chemin de la vie, ce qui « implique de retrouver le chemin du cœur » qui ouvre à une vie spirituelle libératrice en s’appuyant sur l’attention et la vigilance. Le P. Philippe Dautais expose les enseignements des pères ascètes du premier millénaire dont les trois étapes de cette libération intérieure sont : la praxis ou purification, la contemplation de la nature ou théoria, l’union directe, personnelle à Dieu ou théologia.

Pour l’être humain comme pour la société, l’enjeu se résume à « muter ou mourir ». L’auteur y consacre des pages fortes en constatant que « ce saut qualitatif est à vivre maintenant » car, avec « une culture de mort », « nous nous précipitons vers l’impasse ». Dans cette perspective, il examine le rapport au cosmos, tout d’abord par l’alimentation et la sobriété, puis de manière plus générale par l’écologie, en rappelant la dimension écologique de la Bible, mais aussi en observant que l’être humain est « tissé de la même substance que le cosmos » et que « ce que nous faisons au cosmos rejaillit de facto sur l’humain ». Prenant l’exemple du Buisson ardent, il remarque : « Le Buisson ardent nous enseigne que le cosmos visible est la parure de l’invisible. Ce que l’on voit du cosmos n’est que l’apparaître des choses, les apparences sont le voile d’une réalité plus profonde », car Dieu œuvre en l’Homme et dans sa création. Cette réflexion le conduit au Christ, qui est « la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1, 9) et à la transfiguration de la matière, laquelle passe par l’eucharistie, communion à la vie divine, au corps et au sang du Christ par « les substances matérielles du pain et du vin ». Il reprend une phrase du théologien grec Nikos Nissiotis : « Dieu a créé le monde (cosmos) pour s’unir à l’humanité à travers toute la chair cosmique devenant chair eucharistique ». En lui, dit-il, « le cosmos est devenu eucharistique. Non fermé sur lui-même, mais rayonnement de la Présence mystérieuse de Dieu ». Car, c’est en participant à Celui qui est la vie même, en étant illuminé par Lui, que l’être humain devient pleinement vivant et pleinement une personne ouverte à une ascension.

L’éclosion intérieure et la libération qu’elle amène rendent possible une relation avec l’autre juste, positive, s’inscrivant dans une dynamique de croissance. Cela conduit Philippe Dautais à la dernière partie de son ouvrage, sur l’amour conjugal, qui constitue, peut-on dire, son apothéose. Dans cette partie, son écriture, toujours limpide, devient quasiment poétique par endroit. Evoquant l’élan d’amour, il observe : « exaltant, stimulant, il transporte les êtres de telle manière que rien n’est plus pareil même si tout est semblable. La dilatation du cœur transforme tout et fait toucher la dimension vivante de la vie. Expérience qui ouvre sur les capacités de dépassement et de transcendance que chacun porte dans sa profondeur ». En effet, « la résonance profonde entre deux êtres est certainement ce que nous pouvons éprouver de plus essentiel en ce monde. Elle correspond à notre soif la plus intime, à notre attente la plus secrète ». Seulement, « être amoureux est une chose, aimer en est une autre », remarque-t-il aussi. Aujourd’hui, constatant le nombre impressionnant de divorces, « les couples se forment mais peinent à surmonter l’épreuve de la différence et à transfigurer l’état amoureux en art d’aimer ». Le couple est face à deux voies, dont il analyse les racines : une croissance en commun de deux personnes qui se respectent dans la vie conjugale ou un échec. Au passage, il met utilement en avant le mot « chasteté » qui n’est pas la continence, mais « le respect de l’autre dans son intégrité », « la chasteté conjugale s’inscrit dans la considération de l’autre en tant que personne créée à l’image de Dieu ».

Les dernières pages, très belles, sont consacrées au mariage, « voie royale vers l’accomplissement spirituel et la réalisation de la personne », ce « sacrement de l’amour ». L’auteur souligne que « le sens profond du mariage est le passage de la soumission aux lois de la nature vers l’avènement du sujet libre et responsable. (…) Cette expérience nous fait toucher d’une part la dimension essentielle de l’être et d’autre part la vertu transcendante de la relation. Dans l’amour, nous accédons à la profondeur de notre humanité et à la part la plus sublime de notre singularité » Il donne en illustration les étapes du mariage orthodoxe dont il explique la signification, en prolongement de ce qui précède dans l’ouvrage.

La conclusion est une ouverture à l’accomplissement de l’être humain conduit par le Christ à l’amour vrai et fécond, l’amour don que traduit le mot grec agapè, qui porte les potentialités de l’éros au plus haut : « Dans la reconnaissance que tout est don, il n’y a plus de place pour la peur de perdre. Au contraire, plus on se dépouille, plus on s’enrichit. On s’appauvrit de ce que l’on ne donne pas et on s’enrichit de ce que l’on donne. Telle est la loi de l’amour. L’amour-agapè est kénotique. Il est effacement et non affirmation du soi contre l’autre, il est retrait pour que l’autre soit. Non plus moi mais toi. Il nous fait accéder à la révélation ultime du « Je » et du « Tu », l’un n’existant pas sans l’autre. Dans l’amour chacun est révélé à lui-même par l’autre. Communion des visages, avènement de la personne dans son unicité inaliénable. L’amour devient la possibilité pour chaque être humain d’accéder à son mystère profond, à sa dimension la plus originelle fondée en Dieu de toute éternité ».

    Un livre précieux, car très utile pour tous, non seulement à connaître, mais aussi à faire connaître.

P. Christophe Levalois

 

Recension: Pseudo-Denys l’Aréopagite « Les Noms divins, I-IV », « Les Noms divins V-XIII – La Théologie mystique »

denysPseudo-Denys l’Aréopagite, « Les Noms divins, I-IV », « Les Noms divins V-XIII – La théologie mystique ». Texte grec établi par B. R. Suchla (PTS 33) pour Les Noms divins, par A. M. Ritter (PTS 36) pour La Théologie mystique. Introduction, traduction et notes d’Ysabel de Andia, « Sources chrétiennes » n° 578 et 579, Cerf, Paris, 2016, 546 p. et 459 p.
La collection « Sources chrétiennes » vient de publier – en regard du texte grec établi par B. R. Suchla et déjà publié dans une autre collection – la traduction de deux traités majeurs du Pseudo-Denys l’Aréopagite : Les Noms divins et La Théologie mystique
Cette nouvelle traduction était très attendue, car les deux traductions françaises jusque-là disponibles n’étaient pas satisfaisantes : celle de Mgr Darbois, publiée à la fin du XIXe siècle appartient à la catégorie des « belles infidèles », et celle de M. de Gandillac, parue chez Aubier-Montaigne en 1943 accentue, de par la formation et l’activité du traducteur, le caractère philosophique et conceptuel de l’œuvre.
La traduction d’Y. de Andia est plus claire et plus lisible que la précédente (bien qu’elle n’évite pas toujours le jargon, comme à la p. 303 du t. 2 : « …il fait taire toutes les appréhensions cognoscitives »). L’auteure a bénéficié en son temps d’une aide précieuse de la part du P. Paramelle, que l’on aurait aimé voir mentionné. Certains choix sont judicieux : « intellect » convient mieux pour nous qu’ « intelligence » qu’avait choisi M. de Gandillac. D’autres choix – ou absence de choix – sont discutables. Parler simplement des « êtres » plutôt que des « étants » aurait permis d’éviter une connotation heideggerienne un peu gênante. L’auteure consacre un long paragraphe (p. 68-70) aux différentes traductions qui ont été proposées par ses prédécesseurs pour les mots theologia et theologos, mais il n’en ressort rien de clair quant à ses propres choix, et l’assimilation de la theologia avec l’Écriture, reconnue comme une option majeure en référence à plusieurs commenteurs est très discutable : la theologia est plutôt une connaissance supérieure à la connaissance naturelle, inspirée par Dieu. Theoeidès est traduit tantôt par « déifié », tantôt par « déiforme », mais les deux adjectifs n’ont pas le même sens, et c’est la seconde option qui est la plus convenable. Pour ousia, l’auteure préfère légitimement « essence » à « substance » ; elle dit cependant (p. 71) qu’elle choisit de traduire ousiôthènai par « prendre substance » dans un passage auquel elle renvoie (DN II, 6, 644C), mais dans ce passage (p. 387 du t. 1) elle traduit « prendre une essence » ; il y a donc un petit problème de cohérence… Un autre problème de cohérence se rencontre dans la traduction du mot thesis (plur. theseis), traduit le plus souvent par affirmation(s) – ce qui est la traduction adéquate (en opposition avec les négations –, mais parfois (et dans la même page) rendu par « position(s) » sans que le contexte ait changé le sens (p. 305, 311)…
Les deux œuvres sont précédées d’une très longue introduction et de notes très abondantes : alors que les textes grec et français totalisent en continu environ 200 pages, l’introduction et les notes en couvrent globalement près de 800, ce qui met les deux volumes à plus de 1000 pages, avec pour conséquence malheureuse un prix inabordable par le grand public. On est étonné que la direction des « Sources chrétiennes » abandonne ici la politique, menée depuis près de deux décennies, de restriction des introductions et commentaires qui avait permis, outre de donner le primat aux textes eux-mêmes, de démocratiser la diffusion des volumes. Il aurait été plus judicieux de demander à l’auteure de publier ce qui s’apparente à une thèse dans un volume séparé, extérieur à la collection, d’autant que beaucoup de considérations présentes ici ne devraient pas y avoir leur place, comme par exemple l’exposé détaillé (p. 170-213) de l’influence de l’œuvre du Pseudo-Denys sur diverses lignées monastiques et courants de spiritualité en Occident au Moyen-Âge et à l’époque moderne, ou les références qu’y font des philosophes contemporains comme Edith Stein, Corbin, Marion, Derrida qui pensent l’œuvre en dehors de son contexte et de son sens véritable. La présence de ces développements ici est d’autant plus regrettable qu’ils prennent la place de ceux qu’il aurait fallu accorder à l’influence du Corpus dionysien sur des Pères grecs majeurs comme Maxime le Confesseur ou Jean Damascène (auxquels ne sont consacrés que quelques lignes éparses), ou encore Grégoire Palamas, dont l’auteure ne dit mot alors qu’il mit Denys au centre de la querelle hésychaste qui impliqua, au XIVe siècle mais aussi dans les siècles suivants, les théologiens byzantins et les théologiens latins dans des interprétations différentes du Corpus.
Pour en venir au fond, Y. de Andia n’aborde pas du tout la question, toujours sans réponse certaine, de l’identité de l’auteur du Corpus aréopagitique, renvoyant à l’introduction de R. Roques à son édition de La Hiérarchie céleste (SC 58 bis, 1970). De rares « fondamentalistes » continuent à voir en lui, comme ce fut systématiquement le cas jusqu’à la fin du XIXe s., le disciple de saint Paul mentionné dans les Actes des apôtres (17, 34) et vénéré comme saint (fête le 3/16 octobre). Celui-ci était un philosophe platonicien converti au christianisme, et cela pourrait expliquer deux aspects de l’œuvre : la forte présence d’un vocabulaire se situant dans la ligne du platonisme, et la référence forte à l’Écriture elle-même, en particulier à sant Paul. Cette position est cependant difficilement tenable. En effet, un certain nombre d’éléments obligent à dater la rédaction de l’œuvre à la fin du Ve siècle : l’absence de toute mention du Corpus dionysien pendant les quatre premiers siècles (ce qui serait très étonnant dans le cas d’une œuvre, forcément prestigieuse, due au disciple de saint Paul) ; la présence dans le Corpus d’une terminologie liée au concile de Chalcédoine (451) ; les références nombreuses à l’œuvre de Proclus (mort en 482) ; la référence dans La Hiérarchie ecclésiastique III.3.7 au chant du Credo durant l’Eucharistie, une pratique initiée à Antioche par le patriarche monophysite Pierre le Foulon en 476 ; l’usage d’une formule christologique (une unique énergie théandrique attribuée au Christ) se positionnant par rapport aux débats entre chalcédoniens et monophysites à la fin du Ve s et la tentative d’union de l’empereur Zénon dans son Hénotikon (482). L’œuvre est en revanche antérieure à une lettre de Sévère d’Antioche qui la cite au début du VIe s., et au synode de Constantinople de 532 qui l’évoque dans ses débats entre chalcédoniens et monophysites. Tout cela oblige à situer l’auteur à la charnière du Ve et du VIe siècle dans les milieux syriens. On pourrait expliquer la présence de ces éléments tardifs dans le Corpus par une série d’interpolations, mais la présence massive d’un vocabulaire et des schémas néoplatoniciens signifierait alors qu’il aurait eu une véritable réécriture de l’œuvre supposée primitive et maintenue jusqu’alors dans le secret, ce qui devient hautement improbable, bien que l’on trouve encore chez saint Basile la référence à une tradition orale cachée en ce qui concrne « les mystères ».
Il reste à préciser le sens de la démarche de l’auteur et de ses écrits relativement à ces schémas de pensée et cette forte présence du vocabulaire néoplatoniciens, empruntés à Proclus en particulier.
On peut à cet égard constater deux types d’interprétation. Selon l’interprétation la plus commune aujourd’hui (née à la fin du XIXe s. avec les travaux de J. Siglmayr et surtout de H. Koch), l’auteur du Corpus serait fondamentalement influencé par le néoplatonisme et proposerait une théologie qui infléchirait le christianisme dans le sens de cette philosophie (C. M. Mazzucchi, va même jusqu’à penser qu’il ne serait autre que Damascius lui-même, cherchant à absorber le christianisme – son adversaire principal – dans le néoplatonisme). Face à cette compréhension sécularisée qui sécularise l’auteur en en faisant ni plus ni moins qu’un philosophe néoplatonicien, une seconde interprétation voit en lui un authentique Père de l’Église dont la théologie reste fondamentalement chrétienne, mais qui utilise à dessein certains schémas de pensée et un vocabulaire néoplatoniciens pour mieux aborder et christianiser de l’intérieur les milieux néoplatoniciens auxquels il a peut-être appartenu avant cela et qu’il a en tout cas approchés de très près. Selon cette deuxième interprétation, le néoplatonisme de l’auteur ne serait que de surface; ce serait comme une sorte de cheval de Troie destiné à pénétrer au sein des positions de « l’ennemi » du dehors, afin de mieux le vaincre sur son propre terrain. De nombreux patrologues comme E. von Ivanka, V. Lossky, A. de Halleux, C. Pera, P. Scarzzoso, ou D. Bradshaw se situent dans cette ligne de pensée.
Corrélativement à ces deux types d’interprétation, il y a deux types d’étude sur le Corpus aréopagitique: l’un qui privilégie la recherche des sources philosophiques, néoplatoniciennes en particulier, dans le but de montrer combien l’auteur est influencé par elles; l’autre qui privilégie au contraire les sources scripturaires et patristiques, proprement chrétiennes, de la pensée de l’auteur, et qui montre que, en dépit de certaines apparences, il reste un théologien fondamentalement chrétien. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a été vu par les Pères grecs des siècles postérieurs, par exemple saint Maxime le Confesseur, qui s’est attaché à « sauver » sa pensée jusqu’en certains de ses aspects ambigus (concernant notamment l’« unique énergie théandrique » attribuée au Christ), saint Jean Damascène, ou saint Grégoire Palamas. Parmi les patrologues qui défendent cette seconde interprétation (à laquelle nous adhérons nous-même), il faut citer en particulier Ch. M. Stang qui dans sa thèse “No longer I” : Dionysius the Areopagite, Paul and the Apophasis of th Self, Harvard Dininity School, 2008 (reprise dans Apophasis and Pseudonymity in Dionysius the Areopagite, Oxford Universiy Press) montre le lien très fort de l’auteur du Corpus avec les écrits et la pensée de saint Paul, de C. Pera (qui voit en Denys un proche de saint Basile), de W. Völker, de V. Lossky, et surtout de l’évêque Alexandre Golitzin, dont la thèse « Et introibo ad altare Dei ». The Mystagogy of Dionysius Areopagita, with Special Reference to its Predecessors in Eastern Christian Tradition (soutenue à Oxford et publiée dans les « Analecta Vlatadôn », n° 59, Thessalonique, 1994) souligne fortement l’ancrage du Corpus dans les écrits de saint Paul, des Pères apostoliques, des Alexandrins (Clément, Origène), et surtout dans la pensée des Cappadociens et la spiritualité du désert contemporaine de ces derniers. Le fait que l’Église ait assimilé l’œuvre de Denys (quitte à la rectifier ou à la préciser sur certains points) et ait fait de lui un auteur de référence au même niveau que les autres Pères de l’Église, témoigne qu’elle l’a considéré comme un auteur fondamentalement chrétien. Comme l’écrit V. Lossky (dans un passage d’ailleurs cité par Y. de Andia) : « Peu importe quel fut l’auteur [du Corpus dionysien]: le principal est le jugement de l’Église sur le contenu de l’œuvre et l’usage qu’elle en fait. »
Y. de Andia essaie de concilier les deux positions. D’une part elle note que « le message du Corpus Dionysiacum est clair: il s’agit de la conversion de l’hellénisme au christianisme » (p. 9), que « Denys l’Aréopagite veut convertir la pensée grecque en l’introduisant dans la théologie chrétienne, ce pourquoi le sophiste Apollophane le traite de “parricide” » (p. 11). Mais d’autre part elle accentue très fortement l’influence néoplatonicienne non seulement dans son introduction (p. 82-142, passim), mais dans ses notes et certains choix de traduction (par exemple son parti pris de traduire logia par Oracles – « pour garder le sous-entendu néoplatonicien » –, alors que le mot apparaît plusieurs fois dans le Nouveau Testament pour désigner les paroles divines [cf. Rm 3, 2 ; He 5, 12 ; 1 P 4, 11 ; Ac 7, 38]), et elle n’accorde que peu de lignes à l’influence des Cappadociens et des autres Pères (p. 126, 129, 132-133, 135, 141, passim). Elle remarque que Les Noms divins est un titre qui se rencontre plusieurs fois parmi les écrits néoplatoniciens, mais néglige le fait que les questions que le traité soulève relativement à la possibilité de nommer Dieu furent au centre de la controverse des Cappadociens avec Eunome et ses disciples, et qu’Origène au IIe s. écrivait déjà : « il existe, au sujet des noms, un traité extrêmement profond et difficile d’accès » (Exortatio ad Martyrium, 46, GCS 1 p. 42.10-11). Il s’agit donc d’un sujet récurrent dans l’histoire de la théologie chrétienne, puisqu’il sera aussi l’une des questions débattues au XIVe s. entre saint Grégoire Palamas et ses adversaires. Y. de Andia conclut que Denys « utilise la pensée néoplatonicienne pour exprimer la théologie chrétienne, mais également celle des Cappadociens », mais le problème de la compatibilité n’est pas posé, ni ces deux questions cruciales : 1) Denys utilise-t-il la pensée des néoplatoniciens, ou seulement leur vocabulaire et certains de leurs schémas de pensée ? 2) Les laisse-t-il subsister dans leur forme originelle, ou les transforme-t-il pour les assimiler à la pensée chrétienne, et comment ? On sait que toute la théologie chrétienne s’est élaborée en faisant des emprunts terminologiques à la philosophie (les mots « Triade » (Trinité), « Monade », « nature », « essence », « hypostase », « énergie(s) » leurs dérivés, et bien d’autres…) mais en les assimilant à la conception chrétienne au point de rendre leur origine méconnaissable (comme par exemple pour le mot grec prosopon qui, de « masque » qu’il signifie primitivement, devient la « personne » dans la théologie et l’anthropologie chrétiennes).
Ces remarques étant faites, il faut rendre hommage non seulement au travail de traduction d’Y. de Andia, mais à sa présentation développée et surtout à ses notes détaillées, fruit d’une familiarité avec l’auteur et d’un travail assidu de plusieurs décennies, qui rendront de grands services à ceux qui, dans une approche philosophique surtout, s’intéressent aux rapports de la pensée chrétienne et du néoplatonisme, et à ceux aussi qui veulent lire ou relire ces deux grandes œuvres dans une traduction améliorée.

Jean-Claude Larchet

Interview de Claude Lopez-Ginisty sur le livre du hiéromoine Hilarion (Domratchev) : « Sur les monts du Caucase »

L’émission Une foi pour toutes consacrée à l’interview de Claude Lopez-Ginisty sur le livre du hiéromoine Hilarion (Domratchev) : « Sur les monts du Caucase » a été diffusée sur RCF-Liège le jeudi 13 octobre dernier. Vous pouvez la réécouter sur Orthodoxie.com.

Vient de paraître: patriarche Ignace IV d’Antioche, « Un amour sans feinte » (Parole et Silence)

patriarche-ignace-iv-un-amour-sans-feinte-9782889187805Aux éditions Parole et Silence est paru récemment Un amour sans feinte du patriarche Ignace IV d’Antioche de bienheureuse mémoire, un dialogue avec les moines et moniales d’Antioche. Présentation de l’éditeur: « Parmi les visages lumineux de l’orthodoxie que j’ai connus, Ignace IV est l’un de ceux qui m’ont le plus conduit à percevoir un chemin de transfiguration déjà à l’œuvre ici, dans nos vies. Nous l’avons rencontré au Patriarcat à Damas ainsi qu’à Balamand, l’Institut de Théologie et l’université qu’il a façonnés à partir de rien et transformés en foyer de formation pour les prêtres de l’Église et pour les jeunes hommes et femmes du Liban et de la Syrie.

A travers le vécu de cet homme de Dieu, nous espérons que le lecteur pourra expérimenter à quel point notre foi et notre existence chrétienne dépendent de ceux qui nous ont précédés, et continuent de le faire, à la suite du Seigneur ; qu’il mesure aussi quelle route on peut parcourir si on reste docile à la voix de l’Esprit ; enfin, qu’il voie comme il est beau que les frères se « retrouvent » ensemble déjà ici, dans un joyeux prélude à la pleine communion d’amour qui existe depuis toujours dans le cœur du Seigneur et qui attend encore que nous la rendions visible « afin que le monde croie. » Enzo Bianchi »

Une thèse en ligne: « Les relations entre chrétiens orthodoxes et musulmans en Europe du sud-est durant le XIVe et XVe siècle »

udes_iconLa thèse d’Aleksandar Prascevic, « Les relations entre chrétiens orthodoxes et musulmans en Europe du sud-est durant le XIVe et XVe siècle« , à l’Université de Sherbrooke (Canada), est en ligne sur cette page.

Le document commun « Synodalité et primauté pendant le premier millénaire : Vers une compréhension commune au service de l’unité de l’Église »

Le document commun « Synodalité et primauté pendant le premier millénaire : Vers une compréhension commune au service de l’unité de l’Église » approuvé par la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine à Chieti le 21 septembre 2016 a été traduit entièrement en français et est disponible sur le site suivant.

Extrait du discours de l’archevêque Dimitri d’Amérique (Patriarcat œcuménique) au sujet du Concile panorthodoxe, prononcé lors de l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis

Une partie du discours de l’archevêque d’Amérique Dimitri (Patriarcat œcuménique) à l’occasion de l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis était consacrée au Concile de Crète, auquel il participait. L’archevêque retrace l’histoire de ce Concile et donne son point de vue sur l’attitude que doivent adopter les évêques orthodoxes en Amérique malgré leur différend au sujet de la reconnaissance de celui-ci par leurs Églises locales respectives. Nous publions ci-dessous l’extrait en question : « Permettez-moi de commencer avec le Saint et Grand Concile qui s’est réuni sur l’île de Crète en juin dernier (18-26 juin 2016). Comme vous le savez, la décision de réunir un Concile panorthodoxe a été prise par les représentants des Églises orthodoxes autocéphales en 1961, il y a 55 ans, et pendant une réunion spéciale tenue sur l’île de Rhodes, en Grèce (20 septembre – 5 octobre 1961). Plusieurs réunions relatives à la décision mentionnée ont suivi. Il y a eu des réunions panorthodoxes intitulées « Commissions préparatoires inter-orthodoxes) ou « Consultations préparatoires préconciliaires ». Les dates de ces réunions sont 1963 (Rhodes, Grèce), 1964 (Rhodes), 1966 (Belgrade), 1968, 1976, 1982, 1986, 1990 et 1993 (toutes à Genève). La tâche des Commissions ou Consultations était la création d’une liste de sujets devant être discutés par le Concile panorthodoxe lorsqu’il se réunirait et la préparation de textes correspondant aux sujets sélectionnés. Des événements importants en Europe et au Moyen Orient ont provoqué une pause temporaire du processus mentionné. En 2008 (10-12 octobre 2008), au cours d’une Synaxe à Constantinople des Chefs et représentants de toutes les Églises orthodoxes autocéphales, les travaux de préparation du Concile panorthodoxe ont redémarré. Ainsi, six ans plus tard (6-9 mars 2014), la décision historique a été prise de convoquer le Saint et Grand Concile des Églises orthodoxes au printemps 2016 en l’église Sainte-Irène (lieu du Second Concile Œcuménique) à Constantinople. La Sainte Synaxe préconciliaire des Primats et représentants de toutes les Églises orthodoxes autocéphales a eu lieu à Genève cette année (21-26 janvier 2016). Au cours de cette Synaxe, trois choses importantes se sont produites : 1) Le lieu du Saint et Grand Concile a été transféré de Constantinople, en Turquie, à l’île de Crète, pour des raisons bien connues, 2) Le règlement des travaux au Concile a été discuté et approuvé et 3) Les textes des six sujets finaux ont été discutés en détails et approuvés avec quelques modifications. Le Saint et Grand Concile, après 55 années de préparation a été convoqué comme prévu du dimanche de la Pentecôte (Juin 2016) au dimanche de Tous les Saints (Juin 26, 2016). Dix des quatorze Églises orthodoxes autocéphales ont participé, à savoir : le Patriarche œcuménique de Constantinople, le Patriarcat d’Alexandrie, le Patriarcat de Jérusalem, le Patriarcat de Serbie, le Patriarcat de Roumanie, l’Église de Chypre, l’Église de Grèce, l’Église de Pologne, l’Église des Terres tchèques et de Slovaquie, et l’Église d’Albanie. Quatre des quatorze Églises orthodoxes autocéphales n’ont pas participé au Saint et Grand Concile, à savoir le Patriarcat d’Antioche, le Patriarcat de Moscou, le Patriarcat de Bulgarie et le Patriarcat de Géorgie. Douze évêques de notre Assemblée ont eu le grand honneur de participer au Saint et Grand Concile et de faire l’expérience d’une semaine de discussions pleines de dignité, honnêtes, libres et productives, dans un esprit d’amour, d’unité et de respect mutuel. Je ne connais pas d’autre événement de l’histoire ecclésiastique récente qui ait attiré l’attention d’autant de personnes et qui ait exposé l’Église à tant d’éloges et de critiques. En effet, à défaut d’autre chose, nous pouvons certainement dire que le Concile nous a aidés à acquérir une meilleure perception de ce que nous sommes, et nous sommes devenus plus conscients de la nécessité de lutter constamment pour l’unité. Pour certains, le Concile n’était pas l’expression de l’unité orthodoxe qu’ils envisageaient et qu’ils espéraient. C’est compréhensible. Le programme, la mission, les travaux et les documents du Saint Concile révèlent cependant l’engagement de l’Église orthodoxe dans la conciliarité. Bien sûr, l’absence de quatre Églises orthodoxes au Concile a été et reste un événement douloureux à bien des égards. Cela, néanmoins, n’est pas un signe de notre désunion, mais nous encourage à rester patients l’un avec l’autre et à cultiver l’unité par tous les moyens. En dépit de nos propres faiblesses et de nos imperfections, nous devons tous insister pour rester et croître dans l’unité du Christ. Notre tâche première, en tant que hiérarques aux États-Unis n’est pas de débattre sur le Concile de Crète. Nous ne pouvons nous payer le luxe de tels débats. En tant que pasteurs du troupeau du Seigneur, nous devons rester liés les uns aux autres, fermes dans notre mission et engagés à dépasser tout défi et à utiliser toutes les occasions de façon fraternelle, fructueuse, véridique et conciliaire. Nous sommes une Assemblée d’évêques orthodoxes ; nul ne peut redire à cela ou le changer. Nous sommes un dans le Christ. Si nous ne vivons pas notre responsabilité de travailler comme un seul corps, chers Frères, nous laissons les fidèles à la merci d’un monde froid et impitoyable. Et nous pouvons rester assurés que la société ne demandera pas si quelqu’un est grec ou bulgare, russe ou ukrainien, serbe ou roumain, géorgien ou antiochien, converti ou orthodoxe de naissance. Notre peuple finira par devenir la proie des attaques et des railleries. Ma prière est que nous, dans les conditions et les défis présents, puissions tous renouveler notre engagement les uns envers les autres en tant qu’Assemblée d’évêques ».

Sources

Recension: Michel Quenot, « Maladie et guérison : les saints médecins anargyres »

quenotMichel Quenot, « Maladie et guérison : les saints médecins anargyres », Éditions Orthdruk, Bialystok, 2016, 176 p.
Dans sa longue série de livres proposant, sur des thèmes variés, des méditations abondamment illustrées par des icônes, le proptopresytre Michel Quenot nous propose aujourd’hui, précédée et suivie d’une réflexion spirituelle sur la santé, la maladie, les soins aux malades et la guérison, une présentation des principaux « médecins anargyres » – c’est-à-dire soignant gratuitement – que l’Église orthodoxe vénère comme des saints. Les principaux d’entre eux sont cités à chaque Liturgie dans sa partie préparatoire (Proscomidie), à savoir: Côme et Damien, Cyr et Jean, Pantéléïmon et Hermolaüs, Samson et Diomède, Mocius et Anicet, Thallalée et Tryphon, et et dans le mystère (sacrement) de l’Onction des malades qui ajoute aux précédents: Samson et Diomède, Mocius et Anicet, Thallalée et Tryphon. L’auteur de brèves notices à ces saints, mais aussi à quelques autres : Zénaïde et Philonille (des saintes peu connues de l’époque apostolique, dont l’auteur a fait réaliser une illustration iconographique pour ce livre), Oreste (IIIe s.), Agapit (XIe s.), Poïmen (XIIe s.) et Joseph (XIVe s.), de la laure des grottes de Kiev, et Luc de Simféropol, célèbre évêque-chirurgien qui a vécu en Russie à l’époque du communisme. L’auteur y ajoute aussi, sans développer, une série de saints guérisseurs moins connus de toutes les époques.
Comme d’habitude le texte est écrit avec simplicité, et vise surtout à permettre une première approche à un public non-initié.
Pour ceux qui ont déjà connaissance de ces sujets (à travers mes ouvrages – en particulier Théologie de la maladie et Le chrétien devant la maladie, la souffrance et la mort –, les notices du Synaxaire du Père Macaire de Simonos-Pétra – plus développées que celles que l’on trouve dans ce livre –, ou le très utile « Dictionnaire des intercessions orthodoxes », Le secours des saints, de Claude Lopez-Ginisty), l’ouvrage vaut surtout par ses illustrations iconographiques, au nombre de 82, comme d’habitude fort bien choisies et excellemment reproduites.
Quelques points méritent d’être précisés.
1) Tous les saints réputés guérir n’étaient pas médecins de profession. Il aurait dont été plus judicieux dans le titre d’utiliser l’appellation « saints guérisseurs » pour les qualifier dans leur ensemble, et de réserver l’appellation de « médecins anargyres » aux médecins de profession.
2) Saint Luc de Simféropol n’était pas  proprement parler un anargyre: il travaillait dans des hôpitaux et y recevait un salaire. Il s’est distingué en confessant sa foi dans l’exercice même de sa profession dans un contexte hostile aux croyants, priant pour les patients qu’il opérait, en présence d’une icône qu’il avait imposée dans la salle d’opération, bravant les interdits de l’État athée et au risque de perdre son travail. C’est après sa mort que de nombreuses guérisons miraculeuses lui ont été attribuées, surtout en Grèce.
3) D’autres saints guérisseurs n’ont effectué de guérisons qu’après leur mort: c’est le cas notamment de plusieurs des martyrs cités dans ce livre.
4) Tous les saints quels qu’il soient, du fait de la compassion à l’égard des hommes malades et souffrants qu’implique l’amour chrétien, opèrent des guérisons, et certains d’entre eux sont même des « spécialistes » de certains types de maladies, comme le montre notamment le livre de Claude Lopez-Ginisty, en se référant au témoignage, à la vénération et aux traditions populaires et ecclésiales.
5) Une divergence existe entre la liste des « saints anargyres » du rituel de l’Onction des malades de l’Église grecque et celle de l’Église russe: on trouve « Mocius et Anicet » dans la première, et Photius et Anicet » dans la seconde. L’auteur a trouvé une bonne solution à ce problème en consacrant une notice à chacun d’eux.

Jean-Claude Larchet

Livre: Bertrand Vergely, « La tentation de l’homme-Dieu »

vergelyUne recension du livre de Bertrand Vergely intitulé La tentation de l’homme-Dieu (Le Passeur, 2015, 144 p.) a été publiée sur un blog littéraire. Avec l’aimable autorisation de son auteur, nous reproduisons ci-dessous cette recension avec quelques-uns des extraits choisis.

Dans un essai incisif et percutant, Bertrand Vergely nous met en garde contre la tentation de l’homme-Dieu. Vous ne savez pas qui c’est ? Pourtant vous le croisez tous les jours… C’est celui qui franchit la limite ultime : celui qui promet l’immortalité par le téléchargement du cerveau dans un disque dur, par l’implantation de nano-robots dans le corps humain visant à réduire la dégénérescence cellulaire, par le contrôle et l’analyse permanente de toutes les données et métadonnées permettant de prédire tous les événements, de l’accident jusqu’au meurtre. Celui qui, en somme, se prend pour… Dieu. Dans un style oral, parfois cynique, le livre est très accessible et ses multiples références ouvriront bien des horizons aux lecteurs attentifs et consciencieux de faire une bonne lecture. A lire, rapidement, car ces problématiques essentielles ne sont pas de la science-fiction. L’homme-Dieu est déjà là, et en prétendant vous rendre libres, « connectés »… il vous asservit chaque jour un peu plus. Réveillez-vous !

  •  « Quand un neurochirurgien déclare qu’il va fabriquer un homme éternel en greffant la tête d’un homme sur le corps d’un autre homme, son souci n’est pas simplement de venir au secours de la souffrance humaine. Écoutons ce qu’il dit. Il a comme projet d’ouvrir la porte à un homme éternel. On n’est plus dans le registre de la médecine, mais dans autre chose. Alors que le propre de l’homme est d’être mortel, la caractéristique de Dieu est de ne pas mourir. Décider de fabriquer un homme éternel, c’est avoir comme projet de supprimer le fossé séparant l’homme de Dieu afin que l’homme devienne comme Dieu, un être éternel. En Occident, dans la tradition chrétienne, il est dit que l’homme est appelé à connaître la vie éternelle. Mais, c’est Dieu qui lui donnera celle-ci à travers le Christ, son Fils, qui a vaincu la mort. Vouloir dès maintenant fabriquer un homme éternel, c’est se substituer à Dieu en prenant la place du Christ. C’est vouloir remplacer le Dieu fait homme par l’homme-Dieu. C’est vouloir établir le Christ avant le Christ en instaurant le règne de l’Antéchrist. » p. 14-15
  • « Si l’on veut l’éternité, pas question qu’elle soit donnée. Celle-ci sera construite ou ne sera pas. L’homme éternel sera un homme bricolé, un homme rafistolé, une machine à durer. D’où la justesse de penser qu’en sacralisant l’homme, on le déshumanise. Quant l’homme devient l’avenir de l’homme, il devient la chose de l’homme. » p. 26
  • « Le Diable est votre ami. Il veut votre bien. C’est comme cela qu’il prend la place de Dieu. Il fait le bien à sa place. Mieux, il fait de vous celui qui va sauver le monde. Grâce à la technique. Grâce au jeu. Par le biais d’un monde ludique, où il sera possible de rire de tout et avec tout. » p. 30
  • « Quand Dieu n’existe pas et que tout est possible, ce n’est pas la liberté qui surgit, mais un nouvel ordre du monde. Le monde de l’homme-Dieu, du décret tout-puissant et du contrôle total de l’existence. En ce sens, l’Antéchrist souhaité par Nietzsche n’est pas l’image du libérateur, mais celle de l’oppresseur. Dostoïevski l’a compris. Quand Dieu existe, sa place étant occupée, impossible de se prendre pour lui. Quand il n’existe plus, sa disparition déchaîne l’orgueil humain. » p. 41
  • « Bernanos a dit un jour que l’on ne comprend rien au monde moderne tant que l’on ne perçoit pas que tout est fait pour empêcher l’homme d’avoir une vie intérieure. Aujourd’hui, il importe d’aller plus loin et de se rendre compte que l’on ne comprend rien à la postmodernité si l’on ne prend pas conscience que tout est fait pour faire disparaître l’homme. » p. 46
  •  « L’éternité comme l’infini ne s’inventent pas. On ne crée pas l’éternité en ajoutant du temps au temps. On ne crée pas l’infini en ajoutant de l’espace à l’espace. Nous n’avons jamais vu ni l’éternité ni l’infini. Pourtant, nous en avons l’idée. C’est que celle-ci nous a été donnée par un Autre. Dieu n’est donc pas une invention. Il est l’Autre avec un grand A. L’idée que l’on en a le prouve. Nous expérimentons cet Autre quand nous aspirons à nous dépasser. Si notre existence nous apprend qu’il n’y a pas rien, Dieu nous apprend que l’homme n’est pas tout. Il y a quelque chose au-dessus de lui. L’Autre avec un grand A. Quand on a le sens de cet Autre, on devient humble, on est dans un vrai humanisme, l’humanisme de l’homme humble. Dieu n’est pas ici un dogme, mais ce qui déconstruit l’orgueil de l’homme. » p. 93

Exclusivité : message du saint et grand Concile du 26 juin 2016 avec les signatures des participants

A partir d’aujourd’hu,i nous publions en exclusivité les documents adoptés lors du Concile panorthodoxe qui s’est tenu du 16 au 27 juin 2016 à l’Académie orthodoxe de Crète

Message 
du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe

Au peuple orthodoxe 
et à toute personne de bonne volonté

Nous louons et glorifions le Dieu « de compassion et de toute supplication », car il nous a rendus dignes de nous réunir durant cette semaine de Pentecôte (18-26 juin 2016) en Crète, où l’Apôtre Paul et son disciple Tite ont annoncé l’Évangile au cours des premières années de la vie de l’Église. Nous rendons grâce au Dieu trinitaire, car il a permis avec bienveillance que nous cheminions dans un même esprit pour achever les travaux du saint et grand concile de l’orthodoxie, convoqué par Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée, en accord avec les Primats des Églises orthodoxes autocéphales locales.
Fidèles à l’exemple des Apôtres et des Pères théophores, nous avons étudié de nouveau l’Evangile de la liberté par lequel « Christ nous a affranchis » (Ga 5, 1). La fondation de nos discussions théologiques constitue l’assurance que l’Église ne vit pas pour elle-même. Elle transmet le témoignage de l’Évangile de la charité et de la liberté, tout en offrant à l’ensemble du monde habité les dons de Dieu : l’amour, la paix, la justice, la réconciliation, le pouvoir de la Croix et de la Résurrection et l’attente de l’éternité.
La principale priorité du saint et grand Concile fut de proclamer l’unité de l’Église orthodoxie. Fondée sur l’Eucharistie et la succession apostolique des évêques, l’unité existante a besoin d’être renforcée et de porter de nouveaux fruits. L’Église une, sainte, catholique et apostolique est une communion divino-humaine, un avant-goût et une expérience des eschata dans la sainte Eucharistie. En tant que Pentecôte, elle est une voix prophétique qui ne peut être mise sous silence, une présence et un témoignage du Royaume du Dieu d’amour.
Fidèle à la tradition apostolique unanime et à l’expérience sacramentelle, l’Église orthodoxe constitue la continuité authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, comme elle est confessée dans le symbole de foi et confirmée par l’enseignement des Pères de l’Église. L’Eglise nous fait connaître le mystère de la sainte Économie par sa vie sacramentelle centrée autour de la divine Eucharistie.
L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité dans le Concile. Sa conciliarité façonne son organisation, la manière par laquelle elle prend des décisions et la détermination de son destin. Les Églises orthodoxes autocéphales ne sont pas une fédération d’Église, mais l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Chaque Église locale célébrant la divine Eucharistie est la présence et la manifestation locale de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. De même pour la diaspora orthodoxe, dans différents pays, il a été décidé de continuer le fonctionnement des Assemblées épiscopales jusqu’à l’application de l’acribie canonique. Elles se composent des évêques canoniques qui relèvent et continuent à dépendre d’une Église autocéphale. Le fonctionnement régulier de ses Assemblées épiscopales garantit le respect du principe orthodoxe de conciliarité.
Au cours des travaux du saint et grand Concile a été soulignée l’importance des Synaxes des Primats qui ont eu lieu et décidé de la convocation régulière du saint et grand Concile tous les sept ou dix ans.
En participant à la divine Liturgie et priant pour le monde entier, nous devons continuer la liturgie après la divine liturgie et à rendre témoignage de la foi à ceux qui sont proches ou éloignés, en accord avec le clair commandement du Seigneur avant son Ascension : « et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). La réévangélisation du peuple de Dieu dans les sociétés modernes et l’évangélisation de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ continuent à être une obligation pour l’Église.
Notre Église réfléchissant à la nécessité de témoigner de la vérité et de la foi apostolique, accorde une grande importance au dialogue, en particulier avec les chrétiens non-orthodoxes. De cette manière, le reste du monde chrétien connaît plus précisément l’authenticité de la tradition orthodoxe, la valeur de l’enseignement patristique, l’expérience liturgique et la foi des orthodoxes. Les dialogues que conduit l’Église orthodoxe ne signifient en rien un compromis en matière de foi.
L’explosion du fondamentalisme observée dans différentes traditions religieuses est l’expression d’une religiosité mortifère. Un dialogue interreligieux sobre contribue de manière significative à favoriser la confiance mutuelle, la paix et la réconciliation. Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine. L’Église orthodoxe condamne sans équivoque l’expansion de la violence militaire, les persécutions, les expulsions et le meurtre des minorités religieuses, les conversions forcées, le trafic des réfugiés, les enlèvements, la torture et les terribles exécutions sommaires. Elle dénonce la destruction des lieux de culte, des symboles religieux et des monuments culturels. Plus particulièrement, elle exprime sa préoccupation pour la situation les chrétiens et des minorités persécutées au Moyen-Orient et ailleurs. Elle appelle la communauté internationale de la région pour la protection des orthodoxes indigènes et des autres chrétiens, ainsi que de toutes les populations de la région qui ont un droit inviolable à demeurer dans leur pays d’origine comme des citoyens jouissant de droits égaux. Notre Concile exhorte toutes les parties à œuvrer sans attente aux efforts systématiques à la résolution des conflits armés au Moyen-Orient, les terminer et permettre le retour de ceux qui ont été bannis de leurs foyers.
Elle appelle tout particulièrement tous les puissants de la terre pour que prévalent la paix et la justice dans les pays d’où sont issus les réfugiés. Nous appelons les autorités civiles, les citoyens et les chrétiens orthodoxes dans les pays vers lesquels les réfugiés persécutés cherchent refuge, à continuer à offrir leur aide dans les limites et au-delà de leurs capacités.
Le sécularisme moderne cherche l’autonomie de l’homme par rapport au Christ et à l’influence spirituelle de l’Église qu’il identifie arbitrairement à du conservatisme. Cependant, la culture occidentale porte l’empreinte indélébile de la contribution dans le temps du christianisme. L’Eglise souligne, en outre, l’importance salvifique du Dieu-homme et de son corps en tant que lieu et mode de vie en liberté.
Dans l’approche contemporaine du mariage, l’Église orthodoxe considère le lien indissoluble d’amour entre un homme et une femme comme « un grand mystère… celui du Christ et de l’Église ». Elle appelle même la famille une « petite église », laquelle résulte du mariage, le seul garant pour élever les enfants.
L’Église insiste constamment sur la valeur de l’abstinence. L’ascèse chrétienne diffère profondément d’une ascèse purement dualiste qui couperait la personne humaine de son prochain. Au contraire, il convient de s’attacher à la vie sacramentelle de l’Église. L’abstinence ne se rattache pas uniquement à la vie monastique. L’éthos ascétique est caractéristique de la vie chrétienne dans toutes ses expressions.
***
Le saint et grand Concile, mis à part les thèmes au sujet desquels des décisions ont été prises, a étudié les importantes questions contemporaines suivantes :
Sur la question des relations de la foi chrétienne avec la science, l’Église orthodoxe évite de placer la recherche scientifique sous sa tutelle et ne prend pas position sur toutes les questions scientifiques. Elle remercie Dieu qui donne aux scientifiques le charisme d’explorer les secrets de la création divine. Le développement moderne de la science et de la technologie apporte des changements radicaux dans nos vies. Elle est porteuse de bienfaits importants dans notre vie quotidienne : une maladie grave, les gens communiquent plus facilement, la recherche spatiale, etc. Cependant, il existe aussi une variété d’effets négatifs comme : la manipulation de la liberté, la perte progressive de traditions précieuses, la destruction de l’environnement naturel, la contestation des valeurs morales. Bien que la connaissance scientifique évolue très rapidement, elle ne mobilise pas la volonté de la personne humaine, ni ne fournit des réponses aux problèmes éthiques existentiels centraux, à la quête du sens de la vie et du monde. Tout ceci requiert une approche spirituelle que l’Eglise orthodoxe entreprend de promouvoir au travers d’une bioéthique fondée sur l’éthique chrétienne et l’enseignement patristique. Ainsi, dans le respect de la liberté de la recherche scientifique, l’Église orthodoxe insiste sur les dangers que recèlent certains progrès scientifiques et met l’accent sur la dignité de l’homme et sur son destin divin.
La crise écologique actuelle est évidemment due à des causes spirituelles et éthiques. Ses racines sont liées à la cupidité, l’avidité et l’égoïsme, conduisant à une utilisation irrationnelle des ressources naturelles, à la pollution de l’atmosphère par des polluants nuisibles, et au réchauffement climatique. La réponse chrétienne contre ces problèmes exige le repentir (metanoia) par rapport à ces abus, l’abstinence, et l’éthique ascétique comme l’antidote à la surconsommation, tout en prenant conscience de plus en plus que la personne humaine est l’« économe » de la création et non son propriétaire. Elle souligne aussi que les générations futures possèdent elles aussi des droits sur ces biens naturels que nous a remis avec confiance le Créateur. C’est pour cette raison que l’Église orthodoxe participe activement aux différents efforts internationaux en faveur de l’environnement. Elle a fait du 1er septembre le jour de prière pour la protection de l’environnement naturel.
Face au mouvement d’homogénéisation impersonnelle, qui est favorisé de diverses manières, l’orthodoxie proclame le respect du particularisme des personnes humaines et des peuples. Elle s’oppose à l’autonomie de l’économie face aux besoins fondamentaux des êtres humains et la transformant comme une fin en soi. Le progrès de l’humanité n’est pas seulement lié à l’accroissement du niveau de vie ou au développement économique au détriment des valeurs spirituelles.
L’Église orthodoxe n’interfère pas dans le politique. Sa parole reste discrète et prophétique et favorise une intervention humaine appropriée. Les droits de l’Homme sont maintenant au centre de la politique en réponse aux crises politiques et sociales et visent à protéger les citoyens contre l’arbitraire de l’État. Notre Église ajoute également les obligations et les responsabilités des citoyens et la nécessité pour ces derniers d’user de leur autocritique afin d’améliorer sensiblement la société. Elle souligne en particulier que l’idéal orthodoxe en faveur de l’être humain dépasse l’horizon des droits de l’Homme établis établis que « plus grand que tout » est l’amour, comme l’a révélé le Christ et le vivent ceux qui le suivent fidèlement. La protection du principe de liberté religieuse dans toutes ses perspectives est un droit fondamental, c’est-à-dire la liberté de conscience, de foi, de culte et toutes les manifestations individuelles et collectives de la liberté religieuse, y compris de droit de chaque croyant de pratiquer librement ses devoirs religieux, sans immixtion d’aucune sorte de la part des pouvoirs publics, ainsi que la liberté d’enseigner publiquement la religion et assurer les conditions de fonctionnement des communautés religieuses.
L’Église orthodoxe s’adresse aux jeunes, qui sont à la recherche d’une vie complète en toute liberté, justice, création et amour. Elle les exhorte à se joindre consciemment à l’Église qui est la vérité et la vie. Pour venir en offrant au corps ecclésial leur vitalité, leurs soucis, leurs préoccupations et leurs attentes. Les jeunes ne sont pas seulement l’avenir de l’Église, mais aussi une force et une présence créative au niveau local et mondial.
Le saint et grand Concile a ouvert notre horizon sur le monde contemporain diversifié et multiforme. Il a souligné que notre responsabilité dans l’espace et le temps est toujours dans la perspective de l’éternité. L’Église orthodoxe, garante intacte du caractère mystique et sotériologique, est sensible à la douleur, aux angoisses et au cri pour la justice et la paix des peuples. Elle évangélise : « De jour en jour, proclamez son salut. Racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles ! » (Ps 95)
Prions : « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui soit la puissance aux siècles des siècles ! Amen ! » (I P 5, 10-11).

Pour voir le document avec les signatures, allez à la page suivante !

 

Vidéo de l’émission « L’orthodoxie, ici et maintenant » (KTO) du 4 octobre (38e édition)

Ci-dessous: la vidéo de l’émission “L’orthodoxie, ici et maintenant“, sur KTO, du 4 octobre. Présentation: “Dans cette émission de rentrée de “L’orthodoxie ici et maintenant”, Carol Saba évoque le thème de la royauté et du sacré. Quelle relation dialectale existe-t-elle entre ces deux notions ? Quelle actualité pour ce thème dans nos sociétés chargées de sacré et de monarchisme inavoués ? Pour ce faire, il reçoit Christophe Levalois, prêtre orthodoxe, enseignant en histoire et rédacteur en chef du site d’information Orthodoxie.com qui publie La royauté et le sacré aux éditions du Cerf (collection LeXio) (recensions). Le journal reviendra sur l’actualité orthodoxe saillante de la période estivale. Le zoom portera sur le Conseil des Églises du Moyen Orient à l’occasion de la tenue à Amman, au royaume de Jordanie, de la 11ème assemblée générale de ce Conseil en présence des primats de toutes les Églises et familles chrétiennes, catholiques, orthodoxes et protestantes du Moyen Orient.”

« Ambivalences orientales meurtrières dans un Occident déboussolé » par Carol Saba

Carolsaba« Ambivalences orientales meurtrières dans un Occident déboussolé » est le titre de l’article que vient de publier Carol Saba dans le quotidien libanais francophone, L’Orient-Le Jour du 26 septembre, dans lequel il appelle de ses vœux la fondation d’une instance nationale pour la société civile et le salut du Liban. Carol Saba fait un état des lieux d’un Moyen Orient désorienté où il revient sur le malheur du monde arabe mais aussi sur la république, le califat et les impasses du néo-ottomanisme en Turquie, les ambivalences saoudo-iraniennes, les impasses des chrétiens d’Orient et leur discours sans perspective et fustige la situation de suicide collectif à la libanaise qui prévaut au pays du Cèdre.

Discours du patriarche œcuménique Bartholomée à Jasenovac (Croatie) le 10 septembre

« Votre Béatitude et Sainteté le Patriarche de Serbie Mgr Irénée, bien-aimé frère en Christ et concélébrant, Éminentissime frère, métropolite de Zagreb et Ljubljana Mgr Porphyre, Excellentissime frère, évêque de Slavonie Jean, Excellentissimes frères évêques, Votre Excellence, Votre Éminence, Messieurs les représentants de l’État dans cette contrée, frères et bien-aimés enfants dans le Seigneur,

Nous sommes émus aujourd’hui, car le Seigneur nous a accordé la bénédiction de célébrer la sainte Liturgie à Jasenovac en mémoire de ceux qui ont souffert le martyre de la part du nazisme – les saints néomartyrs serbes – ainsi que de tous les autres qui ont souffert au cours de la Seconde guerre mondiale. Le Seigneur nous a accordé de célébrer le sacrifice non-sanglant « pour tous nos pères et frères défunts, martyrs, confesseurs… et tout esprit juste ayant achevé sa course dans la foi », à l’occasion du 75ème anniversaire du commencement du fonctionnement de ce camp horrible et inhumain et ce sur ce saint lieu du martyre et de la Croix, du nouveau Golgotha, qui n’est pas seulement celui du peuple serbe.

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Jovan Nikoloski