Quel avenir pour les chrétiens d’Orient ?

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Un compte rendu de Christine Chaillot

L’Institut européen en sciences des religions rattaché à l’Ecole pratiques des
hautes études en Sorbonne à Paris a organisé
deux jours (16 et 17 novembre 2007) de séminaire sur
cette grave question : « Quel avenir pour les chrétiens d’Orient ? »
(dossier
de presse
). Cet institut se donne pour tâche de développer une
intelligibilité des phénomènes religieux pour connaître et comprendre
l’histoire via la recherche universitaire dans les sciences religieuses.
Ce sujet est d’une brûlante réalité au
Proche-Orient où les chrétiens sont une minorité de plus en plus restreinte à cause
d’émigrations massives de ces populations. La question se pose donc de
maintenir à l’avenir une présence chrétienne dans les pays du Proche-Orient très
majoritairement musulmans.
Ont participé à ce colloque des chercheurs et des
universitaires, des diplomates et des représentants d’association, ainsi que
des personnalités issues des Eglises du Proche-Orient et témoins directs de la
situation.

Dans son discours d’ouverture, le ministre des affaires
étrangères, Bernard Kouchner, relève que « de tous les drames du
Moyen-Orient le drame des chrétiens n’est pas le mieux perçu. Ces
méconnaissances et indifférences sont un grand danger. Les chrétiens du Proche
Orient sont des citoyens de seconde zone alors qu’ils sont les citoyens les
plus anciens de la région et que le christianisme y est partie intégrante. Les temps
sont difficiles pour les chrétiens avec la montée de l’islamisme et nous avons
des responsabilités à l’égard de ces chrétiens ». Il signale que dans
quelques semaines un consulat de France va s’ouvrir à Irbil, dans le Kurdistan
irakien, et qui pourra accueillir les demandes des réfugiés plus facilement
qu’à Bagdad.
Signalons que la moitié des chrétiens d’Irak ont
déjà fuit leur pays.

Régis Debray souligne que la mémoire des chrétiens
d’Orient est en crise en Europe. Ces chrétiens ont peu de visibilité
internationale ce qui empêche de parler d’eux d’une seule voix. Pourtant les
chrétiens d’orient ont le droit de vivre en paix au Moyen-Orient. « Leur
condition minoritaire d’ex-soumis (dhimi) est pourtant d’intérêt général et le
sort des minorités est un thermomètre.
»
Pour le patriarche
latin de Jérusalem, Michel Sabbah, les chrétiens du Moyen-Orient sont ignorés
dans le jeu de la politique mondiale. Les espoirs sont réduits, mais on espère
toujours avec la foi. On a besoin d’une action. La paix est possible mais les
hommes compliquent tout. Selon lui les chrétiens doivent rester dans leur pays
d’origine, conscients de leur vocation, et y construire la société. Mais les
dirigeants ne donnent pas à tous égalité et il faut mettre fin aux injustices.
Les chrétiens ne comptent pas et ils doivent se faire valoir par la qualité, par
leur force de penser et d’action. C’est un combat quotidien. Il faut aussi plus
de cohésion entre tous les chrétiens (par exemple via le concile œcuménique des
chrétiens du Moyen-Orient). 

Le Père Shoufani, «le curé de Nazareth», y a créé
une école où des jeunes des trois religions étudient ensemble. Pour lui sans le
dialogue on ne peut rien faire. Selon lui les chrétiens sont appelés à un
réveil, pour faire toutes choses nouvelles, avec un amour sans borne pour les
musulmans et les juifs. « Je n’aime
pas une Eglise qui pleure sur elle-même ; en Christ on ne fait pas
faillite ! » dit-il
.
Pour le père Olivier Thomas de l’Ecole biblique de
Jérusalem, ces chrétiens anciens doivent faire entendre leurs voix de citoyens
et développer la force spirituelle intérieure.
En Turquie les minorités chrétiennes se sentent
menacées. Philippe Kalfayan d’origine arménienne, juriste et membre d’une
association pour les droits de l’homme (FIDH), dit qu’en Turquie il y a
prééminence du nationalisme sur le religieux ; et que l’Union Européenne
n’a pas encore eu le courage de demander à la Turquie de revoir sa constitution
en ce qui concerne les minorités.

En Jordanie, où Géraldine Chatelard travaille à
l’Institut français du Proche Orient, elle constate que les chrétiens y sont
les mieux traités au Moyen Orient, même si l’islam y est religion d’état. En
effet, dit elle, « les chrétiens au Moyen-Orient peuvent s’épanouir dans
la stabilité ».
Pour Jean-François Colosimo, les chrétiens sont
devenus indésirables au Moyen-Orient et se trouvent dans une position
d’isolement complet.
Selon l’archevêque de Bagdad pour les Latins, Jean
Sleiman, le fondamentalisme qui devient culture ne supporte pas la différence,
ce qui ne permet pas la coexistence et empêche la coexistence et la liberté. Les fondamentalistes ne peuvent
dialoguer qu’avec leur propre narcissisme. La modernité c’est le retour de la «personne»,
dans la démocratie et les droits de l’homme.
D’autres spécialistes de qualité ont pris la parole
pour parler de l’histoire des chrétiens au Moyen-Orient, dont Henri Laurens,
professeur au Collège de France, qui a fait un historique de l’évolution des
chrétiens au Moyen-Orient ; le père Samir Khalil (Université Saint Joseph
de Beyrouth) qui a parlé des « Relations islamo-chrétiennes : mise en
perspective historique » ; et Bernard Heyberger, historien, directeur
d’études à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et l’un des organisateurs
du colloque, qui pense que l’historien peut aider à faire accepter le principe
de réalité en donnant des arguments objectifs. 

Selon Pierre Morel (ambassadeur de l’Union Européenne
en Asie centrale), il faut comprendre et reconnaître la douleur des chrétiens
d’Orient ; apprendre à connaître les autres et à les écouter, les
soutenir, et aussi accentuer le travail culturel, aider au développement
économique et social des pays du Moyen Orient, et également soutenir les
diasporas chrétiennes vivant à présent hors du Moyen Orient. 

Conclusion
Les chrétiens ne peuvent vivre en paix que dans des
pays de démocratie de droit. A présent il faut faire respecter les droits
fondamentaux des minorités chrétiennes et autres.
Comme l’a dit un participant, quand les chrétiens
quittent le Moyen-Orient ils affaiblissent ceux qui restent.
A l’avenir un observatoire de la situation des chrétiens
sera dirigé à Paris par le père Joseph Maïla, ancien recteur de l’Institut
catholique de Paris.
Rappelons que les orthodoxes sont nombreux au
Moyen-Orient, mais que la plus grande communauté est celle des coptes (environ
7 millions sur 10 millions) et que les communautés catholiques et protestantes
ne représentent qu’un petit nombre de fidèles en comparaison.

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