1er juin (ancien calendrier) / 14 juin (nouveau)

3e jour de la Sainte Trinité

Saint Justin le Philosophe et ses compagnons : Chariton, Charité, Evelpiste, Hiérax, Péon, Valérien et Justin, martyrs à Rome (166) ; saint Reverien, évêque d’Autun (273) ; saint Caprais, abbé du monastère de Lérins (430) ; saint Clair, évêque martyr (IVème s.) ; saint Agapet, médecin, anargyre, des Grottes de Kiev (XIème s.); saint Denis, abbé de Glouchistsa (1437); saint Ronan, ermite en Bretagne (VIème s.) ; saint Justin de Tchélié (1979) ; nouveaux martyrs de Russie : hiéromartyr Basile (Preobrajensky), prêtre, Vera (Samsonov), martyre (1940).

SAINT JUSTIN LE PHILOSOPHE

1er juin (ancien calendrier) / 14 juin (nouveau)

Saint Justin naquit dans les premières années du second siècle à Flavia Néapolis (auj. Naplouse), ville fondée sur le site de la Sichem biblique après la prise de Jérusalem par les Romains. De famille païenne aisée, il reçut une éducation choisie et, nourrissant un ardent désir de la vérité, il fréquenta divers philosophes ; mais il n’en tira que déception en constatant qu’ils ne pouvaient rien lui enseigner de satisfaisant sur Dieu. Finalement, il s’attacha à un platonicien de renom qui sut donner des ailes à son esprit par la réflexion sur les « idées » et sur le monde spirituel évoqué par Platon. Après peu de temps, croyant être devenu sage et espérant voir Dieu immédiatement, comme le lui promettait le philosophe, il se retira dans un lieu voisin de la mer, solitaire et silencieux, pour s’y livrer à la méditation. Comme il se promenait sur le rivage, plongé dans ses réflexions, un vieillard à l’aspect vénérable et majestueux, à la fois doux et grave, apparut devant lui. Ils engagèrent la conversation, et Justin lui fit l’éloge de la philosophie comme étant l’œuvre la plus grande et la plus précieuse, en comparaison de laquelle toutes les autres activités humaines sont négligeables. Le vieillard lui demanda alors comment les philosophes peuvent se faire une idée juste de Dieu, alors qu’ils n’en ont pas l’expérience vécue. Comme Justin répondait que l’intellect peut voir Dieu, l’ancien répliqua qu’il ne reçoit en fait ce pouvoir que lorsqu’il est revêtu de l’Esprit Saint, après s’être préalablement purifié par la pratique de la vertu. Il réfuta aussi la doctrine platonicienne sur l’âme et la réincarnation, et lui montra qu’on ne peut raisonnablement soutenir que le monde soit éternel et incréé : seul Dieu est inengendré et incorruptible, parfaitement un et toujours égal à Lui-même. Quant à l’âme, contrairement à l’opinion de Platon, la vie ne lui appartient pas en propre ; mais c’est parce qu’elle participe à la vie, donnée par Dieu, qu’elle a la vie. Justin, exalté par ces paroles, lui demanda à quels maîtres recourir pour connaître cette vérité ignorée des sages d’antan. Le vieillard lui répondit que cette doctrine est celle de grands hommes, plus anciens que les philosophes, des hommes justes et chers à Dieu, qui parlaient par l’Esprit Saint et rendaient sur l’avenir des oracles maintenant accomplis : on les appelle les prophètes. Remplis de l’Esprit Saint, ils n’ont dit et proclamé que ce qu’ils avaient vu et entendu, et non en recourant à des démonstrations subtiles. Témoins de la vérité, ils ont glorifié le seul Dieu et Père, et ont annoncé, par leurs signes et leurs écrits, le Christ qui vient de Lui. Puis il conclut en disant : « Et toi, avant tout, prie pour que les portes de la lumière te soient ouvertes, car personne ne peut voir et comprendre Dieu, si Dieu et Son Christ ne lui donnent de comprendre. »

Dès que le vieillard se fut éloigné, un feu s’alluma dans l’âme du jeune philosophe pour ces prophètes et ces sages amis du Christ. Réfléchissant sur les paroles qu’il venait d’entendre, il réalisa que cette doctrine était la seule philosophie, vraie et profitable à l’âme, et décida de se joindre aux disciples du Christ, qu’il admirait depuis longtemps pour leur mépris des tortures et de la mort. Après son baptême, il étudia l’Écriture sainte en Palestine, puis, sans quitter le manteau et la barbe, signes distinctifs des philosophes, il alla enseigner cette « vraie philosophie » des prophètes et des apôtres en Asie Mineure. Vers 136, alors qu’une révolte juive était cruellement réprimée par les Romains en Palestine, il fit la rencontre d’un rabbin réputé, Tryphon, avec lequel il s’entretint pendant deux jours. Justin lui démontra, à l’aide de nombreuses citations des Écritures, que la Loi et tout l’Ancien Testament n’étaient qu’une préparation et une figure, unique et cohérente, du Christ, Fils de Dieu, le vrai Législateur de l’Alliance nouvelle annoncée par les prophètes, qui abroge l’ancienne. Ce sont maintenant les païens convertis qui constituent le vrai Israël spirituel et sont appelés à devenir « dieux » par la grâce du Saint-Esprit.

Continuant ses périples, Justin fit deux séjours prolongés à Rome et s’installa dans une maison, près des Thermes de Timothée, où il enseignait la doctrine de la vérité à ceux qui venaient le trouver. Pour lui, philosophe devenu chrétien, la Parole de Dieu, révélée dans l’Évangile, représente non seulement l’accomplissement des oracles des prophètes, mais elle est aussi la vérité que distinguèrent confusément les sages et les philosophes païens. Reconnaissant à la raison humaine ses droits, il soulignait ses limites et enseignait que c’est le même Verbe de Dieu qui inspira les prophètes et qui se trouve présent, en germe, dans toute connaissance humaine (spermatikos logos). « Tout ce qui est dit de Lui, chez qui que ce soit, cela nous appartient, à nous les chrétiens … Car tous les écrivains n’ont pu voir qu’obscurément la vérité, grâce à la semence du Verbe déposée en eux. Mais autre chose est de posséder une semence et une ressemblance proportionnée à ses facultés, autre chose l’objet même dont la participation et l’imitation procèdent de la grâce qui vient de lui » .

De son école philosophique devenue église, où se réunissaient les amis de la vraie sagesse, Justin luttait aussi pour la confirmation de la vraie foi vis-à-vis des hérétiques, ces loups déguisés en brebis, qui se faisant passer pour chrétiens enseignaient les doctrines les plus insensées . Mais c’est surtout comme « apologiste »  du christianisme devant les autorités romaines que Justin s’est illustré. Vers l’an 155, il adressa une première Apologie à l’empereur Antonin le Pieux (138-161), dans laquelle il réfute les grossières calomnies que répandaient les païens au sujet des chrétiens. Ils ne sont, dit-il, ni athées, ni ennemis de l’État, et leur conduite morale est au-dessus de tout reproche, bien supérieure à celle des païens qui se rassasient de débauches. Et, après avoir démontré les concordances entre les intuitions des philosophes et la révélation biblique, il décrit la noblesse et la pureté des assemblées liturgiques, où la vie communautaire, centrée sur l’Eucharistie, se prolonge dans l’entraide et l’assistance aux nécessiteux. « Vous pouvez nous tuez, écrit-il, nous nuire, non ! Notre espérance n’est pas de ce temps présent, aussi nous ne craignons pas vos bourreaux. Nous ne haïssons pas nos accusateurs, mais nous avons pitié d’eux ; nous ne désirons que leur conversion ».

Quelques années plus tard (160), Marc Aurèle, ayant accédé au pouvoir, prit des mesures de répressions contre les chrétiens, sous l’influence de ses amis les philosophes. Une noble romaine, qui s’était convertie au christianisme et avait renoncé à sa vie dissolue sous l’influence d’un certain Ptolémée, tenta d’entraîner son mari, en lui rappelant les châtiments futurs qu’attendent les débauchés. Comme celui-ci refusait de se corriger, elle demanda le divorce. Furieux, son époux fit alors jeter Ptolémée en prison. Après une longue incarcération, celui-ci comparut devant le préfet Urbicus et confessa sa foi. La sentence de mort venait à peine d’être prononcée, qu’un certain Lucius protesta à haute voix contre ce jugement inique et confessa qu’il était lui aussi chrétien. Il fut arrêté, ainsi qu’un autre chrétien, et les trois innocents furent exécutés. À l’occasion de cet événement, Justin, pressentant qu’un sort semblable l’attendait, adressa une seconde Apologie à l’empereur et au Sénat, dans laquelle il répond d’abord à deux objections ironiques des païens, qui demandaient d’une part pourquoi les chrétiens ne se donnent pas eux-mêmes la mort pour aller plus vite vers leur Dieu, et qui disaient d’autre part : si ce Dieu est vraiment tout-puissant, pourquoi laisse-t-il opprimer ses adorateurs ? Justin expliqua que c’est la rage et la jalousie des démons qui est la cause des persécutions contre les chrétiens, et que s’il n’y avait chez eux ni vérité ni vertu, inexplicable serait leur constance dans les tourments. Si Dieu retarde la catastrophe qui doit bouleverser l’univers, ajoute-t-il, c’est à cause de la race des chrétiens, en qui Il voit un motif de conserver le monde. Et il conclut : « Je suis chrétien, je m’en fais gloire et, je l’avoue, tout mon désir est de me faire reconnaître comme tel ». Justin avait trouvé un adversaire implacable en la personne du philosophe cynique Crescens, homme dépravé et ambitieux qui, constatant les succès du philosophe chrétien et craignant de perdre ses élèves, ne cessait de tramer des intrigues contre lui. C’est probablement à la suite de ses machinations que, vers 165, lors de son second séjour à Rome, Justin fut arrêté, sur l’ordre du préfet Rusticus, l’ancien précepteur de Marc Aurèle, avec six de ses disciples : Chariton, la vierge Charito, Évelpiste, Hiérax, Péon et Libérien.

Dès qu’ils comparurent au tribunal, le préfet s’adressa à Justin : — « Soumets-toi aux dieux et obéis aux empereurs. » — « Personne ne peut être blâmé ou condamné pour avoir obéi aux commandements de notre Seigneur Jésus-Christ », répliqua le Philosophe. Comme Rusticus lui demandait à quelle science il se consacrait, il répondit : « J’ai successivement étudié toutes les sciences. J’ai fini par m’attacher à la doctrine vraie des chrétiens, bien qu’elle déplaise à ceux que l’erreur égare. » Puis il expliqua qu’il n’enseignait rien de lui-même, mais seulement ce que les prophètes inspirés ont annoncé, et qu’il dispensait cette doctrine, librement, à quiconque venait le trouver dans sa demeure. Ses compagnons ayant confessé, chacun à son tour, qu’ils étaient chrétiens, le préfet, se tournant vers Justin, lui demanda s’il espérait gagner le ciel par les supplices qu’il allait lui infliger. Le Philosophe rétorqua: « J’espère recevoir la récompense destinée à ceux qui gardent les commandements du Christ, si je souffre les supplices que tu m’annonces. Tel est notre plus vif désir : souffrir à cause de notre Seigneur Jésus-Christ et être sauvés, ainsi nous nous présenterons assurés et tranquilles au redoutable tribunal de notre Dieu et Sauveur, devant lequel le monde entier doit comparaître. » Les autres martyrs s’écrièrent : « Fais ce que tu veux. Nous sommes chrétiens et nous ne sacrifions pas aux idoles ! » Ils entendirent la sentence de mort en rendant gloire à Dieu puis, après avoir été flagellés, ils consommèrent leur martyre en étant décapités. Quelques fidèles enlevèrent secrètement leurs corps et les ensevelirent en un lieu convenable.

(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)

SAINT JUSTIN DE TCHÉLIÉ

St Justin naquit à Vranié, dans le sud de la Serbie, le 25 mars 1894, au sein d’une famille qui avait donné sept générations de prêtres, et reçut le nom de Blagoïe (« Annonciation »). Nourri de la piété de ses parents, il fut témoin de la guérison miraculeuse de sa mère, et lorsqu’elle décéda, il eut le sentiment « physique de l’immortalité », en contemplant son visage rayonnant de paix. Durant toute sa vie, il allait être un témoin de cette foi inébranlable en la victoire sur la mort que le Christ Sauveur est venu nous apporter. Enfant, il se rendait souvent au monastère de Ptchinié et nourrissait une grande dévotion envers saint Prochore. À cette piété pour les saints, il joignait la lecture assidue de l’Écriture Sainte, et depuis l’âge de quatorze ans jusqu’à la fin de sa vie, il se donna pour règle de lire chaque jour trois chapitres du Nouveau Testament. Avide d’approfondir les mystères de la Révélation, il entra au Séminaire Saint-Sava à Belgrade (de 1905 à 1914). Au début de la Première Guerre Mondiale, il entra dans l’unité des infirmiers, et après avoir été guéri du typhus, il suivit l’armée serbe dans sa retraite au Monténégro, puis en Albanie jusqu’à Skadar. La foi du jeune Blagoïe ayant été encore raffermie par cette terrible épreuve, au cours de laquelle plus de cent mille Serbes périrent de faim, de froid et d’épuisement, il réussit à convaincre le métropolite Dimitri de le tonsurer moine (1916), sous le nom de saint Justin le Philosophe, qui avait témoigné de son amour du Christ, tant par la philosophie que par le martyre. Depuis Corfou, il fut envoyé à Saint-Pétersbourg, pour y compléter ses études théologiques. Marqué par la piété du peuple russe, il nourrissait une fervente dévotion pour saint Serge, saint Séraphim de Sarov et saint Jean de Cronstadt, et plus tard lorsqu’il évoquait les saints néomartyrs russes, particulièrement le saint patriarche Tikhon, les larmes lui venaient aux yeux. Contraint de quitter la Russie à cause des troubles qui précédèrent la Révolution bolchevique, il alla poursuivre ses études à Oxford (1916-1919), où il prépara une thèse de doctorat sur Dostoïevski. Exposant la position critique de l’écrivain russe sur l’humanisme et l’anthropocentrisme occidentaux, le Père Justin se vit imposer par ses professeurs des modifications qu’il refusa, et il quitta l’Angleterre sans prendre de diplôme. De retour en Serbie, il devint enseignant au Séminaire de Sremski Karlovtsi et, de là, partit pour Athènes, où il soutint une thèse intitulée : le Problème de la personne et de la connaissance selon saint Macaire d’Égypte. Ayant saisi, au cours de ses études, que toute la civilisation occidentale, qui prétend exalter l’homme indépendamment de Dieu, aboutit à une impasse effrayante, il se fit dès lors le défenseur sans compromis du « divino-humanisme » orthodoxe, fondé sur la Personne du Christ, vrai Dieu et vrai homme, le Premier et le Dernier, vers qui toute chose aspire jusqu’à atteindre sa plénitude et qui reste la « Valeur suprême et le critère ultime de l’Orthodoxie ». De retour en Serbie, il se lia d’amitié avec les évêques russes réfugiés en Serbie, et il rendait souvent visite au métropolite Antoine (Krapovitsky) de Kiev, auquel il se confessait, et à l’archevêque Anastase de Kichiniev, dont il admirait la prière angélique. Dès l’époque de ses études, il menait une vie spirituelle intense et l’on a retrouvé après son trépas le journal intime, qu’il rédigeait à l’époque de ses études, et dans lequel il notait qu’il faisait de cinq cents à mille métanies chaque jour, et mille à deux mille prières de Jésus. Pendant le Carême, il augmentait cette règle de prière, pour atteindre 3200 métanies et 1800 prières de Jésus le Grand Vendredi. « Malheur à toute pensée qui ne se transforme pas en prière », disait-il. En 1922, il fut ordonné prêtre, malgré lui, par le métropolite Dimitri et, pendant plusieurs années, il exerça la fonction de professeur d’Exégèse au Séminaire de Sremski Karlovtsi. Peu après avoir publié une étude sur la Gnoséologie de saint Isaac le Syrien (1927), il fut envoyé au Séminaire de Prizren au Kosovo, et, au bout d’un an, fut nommé à Bitol en Serbie du Sud, où il enseigna en compagnie de St Jean Maximovitch.  En 1930, il reçut la mission d’organiser la vie ecclésiale des fidèles de Russie subcarpathique (alors Tchécoslovaquie), qui étaient revenus à l’Orthodoxie après avoir été unis à Rome sous la domination austro-hongroise. Comme on lui proposait d’être élevé à l’épiscopat, il répondit : « Je me suis regardé longuement dans le miroir de l’Évangile, et je suis parvenu à la décision irrévocable que je ne puis en aucun cas recevoir le rang d’évêque, car je n’en ai pas les qualités fondamentales ». En 1932, il publia le premier volume de sa Dogmatique, qu’il intitula de manière significative : Philosophie orthodoxe de la Vérité, ouvrage qui lui valut d’être nommé professeur de Dogmatique à la Faculté de théologie de Belgrade, en 1935. Comme enseignant, il considérait que « celui qui n’enseigne pas la vie éternelle est un pseudo-éducateur ! » Partout où il passait et à tous ceux qui venaient le consulter, il laissait une profonde impression, celle d’un homme qui ne vivait que pour Dieu et pour la défense de la vérité de l’Évangile. Prenant pour modèles les prophètes et les Pères de l’Église, il soutenait de manière inébranlable que dans l’Orthodoxie tout est évangélique : la foi, la prière, l’ascèse, l’office divin, les saints Mystères et les saintes vertus. Toute la Tradition de l’Église n’est rien d’autre que l’Évangile vécu.  Dans la tourmente qui précéda la Seconde Guerre mondiale, il se refusa à entrer dans le jeu des passions politiques, mais proclama la vérité évangélique, sans crainte des pressions humaines. C’est ainsi qu’il défendit sans ambiguïté la cause de l’Orthodoxie, lorsque le Vatican voulut imposer le catholicisme comme religion d’état en Yougoslavie, au moyen d’un concordat (1937). Juste avant l’explosion de la guerre, il eut une vision du Christ crucifié, lui annonçant les épreuves redoutables qui attendaient son peuple. Pendant l’occupation allemande, la Faculté de Théologie ayant été fermée, il résida dans divers monastères et s’occupa à traduire de nombreux textes patristiques et à rédiger ses commentaires des Saintes Écritures. Une de ses œuvres majeures, réalisée à cette époque mais qui ne put être publiée entièrement que vers la fin de sa vie, fut sa collection des Vies des saints, en douze volumes. Pour le Père Justin, les Vies des saints sont « les dogmes traduits dans la vie » et constituent la véritable « encyclopédie de l’Orthodoxie ».  Avec l’instauration du pouvoir communiste, en 1945, le Père Justin fut chassé de l’Université, en même temps que deux cents autres professeurs. Arrêté, puis emprisonné, il échappa de peu à la condamnation à mort comme « ennemi du peuple », grâce à l’intervention du patriarche Gabriel, qui venait d’être libéré du camp de Dachau. Exclu de l’enseignement et privé de tous ses droits, après avoir résidé dans divers monastères, il vécut jusqu’à la fin de ses jours (1948-1979), pratiquement en réclusion dans le petit couvent féminin de Tchélié, près de Valiévo, dédié à l’Archange Michel. Même là, les communistes ne le laissèrent point en paix, et il était souvent convoqué en ville pour des interrogatoires. À l’occasion d’événements importants pour la vie de l’Église, le Père Justin tenta à plusieurs reprises de se rendre à Belgrade, mais il fut chaque fois reconduit de force au monastère. La lumière du Christ ne pouvait cependant rester dissimulée sous le boisseau et, durant toutes ces années, nombreux étaient ceux qui, tant de Serbie que de l’étranger, venaient consulter le saint confesseur. Cette réclusion au monastère de Tchélié devint aussi pour le Père Justin l’occasion de nouvelles ascensions spirituelles. Il jeûnait strictement, et toute sa vie était concentrée sur l’office divin et sur la Divine Liturgie, qui, selon ses propres paroles est « l’échelle, le pont qui mène au Ciel ». Lorsqu’il célébrait, il commémorait d’innombrables noms et versait des larmes abondantes. Dans les années 1960, alors que certains orthodoxes s’engageaient sur la voie d’un relativisme ecclésiologique, allant jusqu’à nier l’unicité de l’Église du Christ au nom de la charité chrétienne, le Père Justin se fit de nouveau le porte-parole de la conscience de l’Église, pour dénoncer ces dangers menaçant l’Orthodoxie. Peu avant son bienheureux trépas, il eut la joie de voir la publication de ses Vies de saints et du dernier volume de sa Dogmatique, concernant l’Ecclésiologie. L’œuvre du Père Justin, constituée de quarante tomes, dont trente ont été publiés à ce jour, couvre tous les domaines de la vie ecclésiale, mais c’est peut-être dans ses commentaires sur le Nouveau Testament qu’il a exprimé le plus pleinement son amour ardent du Christ. Parvenu au terme de son parcours terrestre, ce Jérémie serbe s’endormit, à l’issue d’une courte maladie, le 7 avril 1979, jour anniversaire de sa naissance. Depuis lors, la tombe du Père Justin est devenue un lieu de pèlerinage, rassemblant les orthodoxes de nombreux pays, et des miracles y ont été accomplis par ses prières.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire, ton 8

Béni es-Tu Christ notre Dieu, qui a rendu très-sages les pêcheurs, leur envoyant le Saint-Esprit, et qui par eux, a pris au filet l’univers, Ami des hommes, gloire à Toi !

Tropaire de saint Justin le Philosophe, ton 4

Ton Martyr, Seigneur, pour le combat qu’il a mené * a reçu de toi, notre Dieu, la couronne d’immortalité; * animé de ta force, il a terrassé les tyrans * et réduit à l’impuissance l’audace des démons; * par ses prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Tropaire de saint Justin de Tchélié, ton 8

La suavité de l’Orthodoxie et le nectar de la sagesse, ô vénérable Père, tu les déversas dans les cœurs des fidèles, telle une richesse inestimable ; par ta vie et ton enseignement, tu te montras comme un livre vivant de l’Esprit, ô Justin le sage en Dieu, prie sans cesse le Verbe divin, afin qu’Il déifie ceux qui t’honorent.

Kondakion de saint Justin le Philosophe, ton 2

Le héraut véritable de la piété, * l’orateur illustre des mystères divins, * Justin le philosophe, acclamons-le * avec des éloges, car il a, * par la force de la sagesse et de la grâce, rendu plus clair * l’exposé de notre foi; * et pour tous il implore la divine rémission.

Kondakion de saint Justin de Tchélié, ton 8

Par les vertus, divino-humainement tu ornas ta vie, tu eus le Dieu-homme pour mesure de tout et tu atteignis par Lui les sommets de la théologie ; te tenant maintenant auprès de Lui pour toute l’éternité, donne-nous la Grâce par tes saintes prières, nous qui t’acclamons ainsi avec foi : réjouis-toi Père sage en Dieu !

Kondakion, ton 8

Lorsque Tu descendis en confondant les langues, ô Très-Haut, Tu divisas les peuples, lorsque Tu distribuas les langues de feu, Tu appelas tous les hommes à l’unité, et tous d’une seule voix, nous glorifions le Très-Saint Esprit !

ÉPITRE DU JOUR

Rom.  I, 1-7,13-17

Paul, serviteur de Jésus Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu, – qui avait été promis auparavant de la part de Dieu par ses prophètes dans les saintes Écritures, et qui concerne son Fils (né de la postérité de David, selon la chair, et déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts), Jésus Christ notre Seigneur, par qui nous avons reçu la grâce et l’apostolat, pour amener en son nom à l’obéissance de la foi tous les païens, parmi lesquels vous êtes aussi, vous qui avez été appelés par Jésus Christ- à tous ceux qui, à Rome, sont bien-aimés de Dieu, appelés à être saints : que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ! Je ne veux pas vous laisser ignorer, frères, que j’ai souvent formé le projet d’aller vous voir, afin de recueillir quelque fruit parmi vous, comme parmi les autres nations ; mais j’en ai été empêché jusqu’ici. Je me dois aux Grecs et aux barbares, aux savants et aux ignorants. Ainsi j’ai un vif désir de vous annoncer aussi l’Évangile, à vous qui êtes à Rome. Car je n’ai point honte de l’Évangile : c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec, parce qu’en lui est révélée la justice de Dieu par la foi et pour la foi, selon qu’il est écrit : Le juste vivra par la foi.

ÉVANGILE DU JOUR

Matth. IV, 25-V, 13

Une grande foule le suivit, de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et d’au-delà du Jourdain. Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne ; et, après qu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit : Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux les affligés, car ils seront consolés ! Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ! Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux ; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes.

À propos de l'auteur

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Jivko Panev

Jivko Panev, cofondateur et directeur de la rédaction d'Orthodoxie.com. Producteur de l'émission 'Orthodoxie' sur France 2 et journaliste.
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L’Église orthodoxe russe n’est pas d’accord avec la position du patriarche Cyrille, mais continue à le commémorer. Dans une interview accordée à la chaîne YouTube Der Bote, l’évêque Job (Bandman)

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5 juin (ancien calendrier) / 18 juin (nouveau)

Clôture de la Pentecôte Saint Dorothée, évêque de Tyr, martyr (vers 362) ; saints Marcien, Nicandre, Apollonius, Léonide, Arius, Gorgius, Sélénias, Irénée et Pambo, martyrs à Alexandrie (305-311) ; saint…

18 juin

Clôture de la Pentecôte Saint apôtre Jude (anticipé), Léonce, Hypatios et Théodule, martyrs en Phénicie (70-79) ; saint Amand, évêque de Bordeaux (431) ; sainte Aline, vierge, martyre en Brabant (640)…