1er juin (ancien calendrier) / 14 juin (nouveau)

Après-fête de l’Ascension

Saint Justin le Philosophe et ses compagnons : Chariton, Charité, Evelpiste, Hiérax, Péon, Valérien et Justin, martyrs à Rome (166) ; saint Reverien, évêque d’Autun (273) ; saint Caprais, abbé du monastère de Lérins (430) ; saint Clair, évêque martyr (IVème s.) ; saint Agapet, médecin, anargyre, des Grottes de Kiev (XIème s.); saint Denis, abbé de Glouchistsa (1437); saint Ronan, ermite en Bretagne (VIème s.) ; saint Justin de Tchélié (1979) ; nouveaux martyrs de Russie : hiéromartyr Basile (Preobrajensky), prêtre, Vera (Samsonov), martyre (1940).

SAINT JUSTIN LE PHILOSOPHE

1er juin (ancien calendrier) / 14 juin (nouveau)

Saint Justin naquit dans les premières années du second siècle à Flavia Néapolis (auj. Naplouse), ville fondée sur le site de la Sichem biblique après la prise de Jérusalem par les Romains. De famille païenne aisée, il reçut une éducation choisie et, nourrissant un ardent désir de la vérité, il fréquenta divers philosophes ; mais il n’en tira que déception en constatant qu’ils ne pouvaient rien lui enseigner de satisfaisant sur Dieu. Finalement, il s’attacha à un platonicien de renom qui sut donner des ailes à son esprit par la réflexion sur les « idées » et sur le monde spirituel évoqué par Platon. Après peu de temps, croyant être devenu sage et espérant voir Dieu immédiatement, comme le lui promettait le philosophe, il se retira dans un lieu voisin de la mer, solitaire et silencieux, pour s’y livrer à la méditation. Comme il se promenait sur le rivage, plongé dans ses réflexions, un vieillard à l’aspect vénérable et majestueux, à la fois doux et grave, apparut devant lui. Ils engagèrent la conversation, et Justin lui fit l’éloge de la philosophie comme étant l’œuvre la plus grande et la plus précieuse, en comparaison de laquelle toutes les autres activités humaines sont négligeables. Le vieillard lui demanda alors comment les philosophes peuvent se faire une idée juste de Dieu, alors qu’ils n’en ont pas l’expérience vécue. Comme Justin répondait que l’intellect peut voir Dieu, l’ancien répliqua qu’il ne reçoit en fait ce pouvoir que lorsqu’il est revêtu de l’Esprit Saint, après s’être préalablement purifié par la pratique de la vertu. Il réfuta aussi la doctrine platonicienne sur l’âme et la réincarnation, et lui montra qu’on ne peut raisonnablement soutenir que le monde soit éternel et incréé : seul Dieu est inengendré et incorruptible, parfaitement un et toujours égal à Lui-même. Quant à l’âme, contrairement à l’opinion de Platon, la vie ne lui appartient pas en propre ; mais c’est parce qu’elle participe à la vie, donnée par Dieu, qu’elle a la vie. Justin, exalté par ces paroles, lui demanda à quels maîtres recourir pour connaître cette vérité ignorée des sages d’antan. Le vieillard lui répondit que cette doctrine est celle de grands hommes, plus anciens que les philosophes, des hommes justes et chers à Dieu, qui parlaient par l’Esprit Saint et rendaient sur l’avenir des oracles maintenant accomplis : on les appelle les prophètes. Remplis de l’Esprit Saint, ils n’ont dit et proclamé que ce qu’ils avaient vu et entendu, et non en recourant à des démonstrations subtiles. Témoins de la vérité, ils ont glorifié le seul Dieu et Père, et ont annoncé, par leurs signes et leurs écrits, le Christ qui vient de Lui. Puis il conclut en disant : « Et toi, avant tout, prie pour que les portes de la lumière te soient ouvertes, car personne ne peut voir et comprendre Dieu, si Dieu et Son Christ ne lui donnent de comprendre. »

Dès que le vieillard se fut éloigné, un feu s’alluma dans l’âme du jeune philosophe pour ces prophètes et ces sages amis du Christ. Réfléchissant sur les paroles qu’il venait d’entendre, il réalisa que cette doctrine était la seule philosophie, vraie et profitable à l’âme, et décida de se joindre aux disciples du Christ, qu’il admirait depuis longtemps pour leur mépris des tortures et de la mort. Après son baptême, il étudia l’Écriture sainte en Palestine, puis, sans quitter le manteau et la barbe, signes distinctifs des philosophes, il alla enseigner cette « vraie philosophie » des prophètes et des apôtres en Asie Mineure. Vers 136, alors qu’une révolte juive était cruellement réprimée par les Romains en Palestine, il fit la rencontre d’un rabbin réputé, Tryphon, avec lequel il s’entretint pendant deux jours. Justin lui démontra, à l’aide de nombreuses citations des Écritures, que la Loi et tout l’Ancien Testament n’étaient qu’une préparation et une figure, unique et cohérente, du Christ, Fils de Dieu, le vrai Législateur de l’Alliance nouvelle annoncée par les prophètes, qui abroge l’ancienne. Ce sont maintenant les païens convertis qui constituent le vrai Israël spirituel et sont appelés à devenir « dieux » par la grâce du Saint-Esprit.

Continuant ses périples, Justin fit deux séjours prolongés à Rome et s’installa dans une maison, près des Thermes de Timothée, où il enseignait la doctrine de la vérité à ceux qui venaient le trouver. Pour lui, philosophe devenu chrétien, la Parole de Dieu, révélée dans l’Évangile, représente non seulement l’accomplissement des oracles des prophètes, mais elle est aussi la vérité que distinguèrent confusément les sages et les philosophes païens. Reconnaissant à la raison humaine ses droits, il soulignait ses limites et enseignait que c’est le même Verbe de Dieu qui inspira les prophètes et qui se trouve présent, en germe, dans toute connaissance humaine (spermatikos logos). « Tout ce qui est dit de Lui, chez qui que ce soit, cela nous appartient, à nous les chrétiens … Car tous les écrivains n’ont pu voir qu’obscurément la vérité, grâce à la semence du Verbe déposée en eux. Mais autre chose est de posséder une semence et une ressemblance proportionnée à ses facultés, autre chose l’objet même dont la participation et l’imitation procèdent de la grâce qui vient de lui » .

De son école philosophique devenue église, où se réunissaient les amis de la vraie sagesse, Justin luttait aussi pour la confirmation de la vraie foi vis-à-vis des hérétiques, ces loups déguisés en brebis, qui se faisant passer pour chrétiens enseignaient les doctrines les plus insensées . Mais c’est surtout comme « apologiste »  du christianisme devant les autorités romaines que Justin s’est illustré. Vers l’an 155, il adressa une première Apologie à l’empereur Antonin le Pieux (138-161), dans laquelle il réfute les grossières calomnies que répandaient les païens au sujet des chrétiens. Ils ne sont, dit-il, ni athées, ni ennemis de l’État, et leur conduite morale est au-dessus de tout reproche, bien supérieure à celle des païens qui se rassasient de débauches. Et, après avoir démontré les concordances entre les intuitions des philosophes et la révélation biblique, il décrit la noblesse et la pureté des assemblées liturgiques, où la vie communautaire, centrée sur l’Eucharistie, se prolonge dans l’entraide et l’assistance aux nécessiteux. « Vous pouvez nous tuez, écrit-il, nous nuire, non ! Notre espérance n’est pas de ce temps présent, aussi nous ne craignons pas vos bourreaux. Nous ne haïssons pas nos accusateurs, mais nous avons pitié d’eux ; nous ne désirons que leur conversion ».

Quelques années plus tard (160), Marc Aurèle, ayant accédé au pouvoir, prit des mesures de répressions contre les chrétiens, sous l’influence de ses amis les philosophes. Une noble romaine, qui s’était convertie au christianisme et avait renoncé à sa vie dissolue sous l’influence d’un certain Ptolémée, tenta d’entraîner son mari, en lui rappelant les châtiments futurs qu’attendent les débauchés. Comme celui-ci refusait de se corriger, elle demanda le divorce. Furieux, son époux fit alors jeter Ptolémée en prison. Après une longue incarcération, celui-ci comparut devant le préfet Urbicus et confessa sa foi. La sentence de mort venait à peine d’être prononcée, qu’un certain Lucius protesta à haute voix contre ce jugement inique et confessa qu’il était lui aussi chrétien. Il fut arrêté, ainsi qu’un autre chrétien, et les trois innocents furent exécutés. À l’occasion de cet événement, Justin, pressentant qu’un sort semblable l’attendait, adressa une seconde Apologie à l’empereur et au Sénat, dans laquelle il répond d’abord à deux objections ironiques des païens, qui demandaient d’une part pourquoi les chrétiens ne se donnent pas eux-mêmes la mort pour aller plus vite vers leur Dieu, et qui disaient d’autre part : si ce Dieu est vraiment tout-puissant, pourquoi laisse-t-il opprimer ses adorateurs ? Justin expliqua que c’est la rage et la jalousie des démons qui est la cause des persécutions contre les chrétiens, et que s’il n’y avait chez eux ni vérité ni vertu, inexplicable serait leur constance dans les tourments. Si Dieu retarde la catastrophe qui doit bouleverser l’univers, ajoute-t-il, c’est à cause de la race des chrétiens, en qui Il voit un motif de conserver le monde. Et il conclut : « Je suis chrétien, je m’en fais gloire et, je l’avoue, tout mon désir est de me faire reconnaître comme tel ». Justin avait trouvé un adversaire implacable en la personne du philosophe cynique Crescens, homme dépravé et ambitieux qui, constatant les succès du philosophe chrétien et craignant de perdre ses élèves, ne cessait de tramer des intrigues contre lui. C’est probablement à la suite de ses machinations que, vers 165, lors de son second séjour à Rome, Justin fut arrêté, sur l’ordre du préfet Rusticus, l’ancien précepteur de Marc Aurèle, avec six de ses disciples : Chariton, la vierge Charito, Évelpiste, Hiérax, Péon et Libérien.

Dès qu’ils comparurent au tribunal, le préfet s’adressa à Justin : — « Soumets-toi aux dieux et obéis aux empereurs. » — « Personne ne peut être blâmé ou condamné pour avoir obéi aux commandements de notre Seigneur Jésus-Christ », répliqua le Philosophe. Comme Rusticus lui demandait à quelle science il se consacrait, il répondit : « J’ai successivement étudié toutes les sciences. J’ai fini par m’attacher à la doctrine vraie des chrétiens, bien qu’elle déplaise à ceux que l’erreur égare. » Puis il expliqua qu’il n’enseignait rien de lui-même, mais seulement ce que les prophètes inspirés ont annoncé, et qu’il dispensait cette doctrine, librement, à quiconque venait le trouver dans sa demeure. Ses compagnons ayant confessé, chacun à son tour, qu’ils étaient chrétiens, le préfet, se tournant vers Justin, lui demanda s’il espérait gagner le ciel par les supplices qu’il allait lui infliger. Le Philosophe rétorqua: « J’espère recevoir la récompense destinée à ceux qui gardent les commandements du Christ, si je souffre les supplices que tu m’annonces. Tel est notre plus vif désir : souffrir à cause de notre Seigneur Jésus-Christ et être sauvés, ainsi nous nous présenterons assurés et tranquilles au redoutable tribunal de notre Dieu et Sauveur, devant lequel le monde entier doit comparaître. » Les autres martyrs s’écrièrent : « Fais ce que tu veux. Nous sommes chrétiens et nous ne sacrifions pas aux idoles ! » Ils entendirent la sentence de mort en rendant gloire à Dieu puis, après avoir été flagellés, ils consommèrent leur martyre en étant décapités. Quelques fidèles enlevèrent secrètement leurs corps et les ensevelirent en un lieu convenable.

(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de l’Ascension, ton 4          

Tu t’es élevé dans la gloire, ô Christ notre Dieu, réjouissant Tes disciples par la promesse de l’Esprit Saint, et les affermissant par Ta bénédiction, car Tu es le Fils de Dieu, le Rédempteur du monde.

Tropaire de saint Justin le Philosophe, ton 4

Ton Martyr, Seigneur, pour le combat qu’il a mené * a reçu de toi, notre Dieu, la couronne d’immortalité; * animé de ta force, il a terrassé les tyrans * et réduit à l’impuissance l’audace des démons; * par ses prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Tropaire de saint Justin de Tchélié, ton 8

La suavité de l’Orthodoxie et le nectar de la sagesse, ô vénérable Père, tu les déversas dans les cœurs des fidèles, telle une richesse inestimable ; par ta vie et ton enseignement, tu te montras comme un livre vivant de l’Esprit, ô Justin le sage en Dieu, prie sans cesse le Verbe divin, afin qu’Il déifie ceux qui t’honorent.

Kondakion de saint Justin le Philosophe, ton 2

Le héraut véritable de la piété, * l’orateur illustre des mystères divins, * Justin le philosophe, acclamons-le * avec des éloges, car il a, * par la force de la sagesse et de la grâce, rendu plus clair * l’exposé de notre foi; * et pour tous il implore la divine rémission.

Kondakion de saint Justin de Tchélié, ton 8

Par les vertus, divino-humainement tu ornas ta vie, tu eus le Dieu-homme pour mesure de tout et tu atteignis par Lui les sommets de la théologie ; te tenant maintenant auprès de Lui pour toute l’éternité, donne-nous la Grâce par tes saintes prières, nous qui t’acclamons ainsi avec foi : réjouis-toi Père sage en Dieu !

Kondakion de la fête, ton 6

Ayant accompli Ton dessein de Salut pour nous, et uni ce qui est sur terre à ce qui est aux cieux, Tu T’es élevé dans la gloire, ô Christ notre Dieu, sans nullement T’éloigner, mais en demeurant inséparable et clamant à ceux qui T’aiment : Je suis avec vous et personne ne prévaudra contre vous.

ÉPÎTRE DU JOUR

Actes XXI, 8-14

Nous partîmes le lendemain, et nous arrivâmes à Césarée. Étant entrés dans la maison de Philippe l’évangéliste, qui était l’un des sept, nous logeâmes chez lui. Il avait quatre filles vierges qui prophétisaient. Comme nous étions là depuis plusieurs jours, un prophète, nommé Agabus, descendit de Judée, et vint nous trouver. Il prit la ceinture de Paul, se lia les pieds et les mains, et dit : Voici ce que déclare le Saint Esprit : L’homme à qui appartient cette ceinture, les Juifs le lieront de la même manière à Jérusalem, et le livreront entre les mains des païens. Quand nous entendîmes cela, nous et ceux de l’endroit, nous priâmes Paul de ne pas monter à Jérusalem. Alors il répondit : Que faites-vous, en pleurant et en me brisant le cœur ? Je suis prêt, non seulement à être lié, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus. Comme il ne se laissait pas persuader, nous n’insistâmes pas, et nous dîmes : Que la volonté du Seigneur se fasse !

ÉVANGILE DU JOUR

Jn XIV, 27 – XV, 7

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble point, et ne s’alarme point. Vous avez entendu que je vous ai dit: Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père; car le Père est plus grand que moi. Et maintenant je vous ai dit ces choses avant qu’elles arrivent, afin que, lorsqu’elles arriveront, vous croyiez. Je ne parlerai plus guère avec vous; car le prince du monde vient. Il n’a rien en moi; mais afin que le monde sache que j’aime le Père, et que j’agis selon l’ordre que le Père m’a donné, levez-vous, partons d’ici. Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit. Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée. Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.

À propos de l'auteur

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Jivko Panev

Jivko Panev, cofondateur et directeur de la rédaction d'Orthodoxie.com. Producteur de l'émission 'Orthodoxie' sur France 2 et journaliste.
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