Dimanche du Fils prodigue
Synaxe des néomartyrs et confesseurs de Russie
Saint Xénophon, son épouse, sainte Marie, et leurs fils Arcade et Jean (VIème s.) ; saint Sévérien, évêque de Mende (IIIème s.) ; saints Ananias, prêtre, Pierre, gardien de prison et sept guerriers, martyrs (vers 300) ; saint Siméon l’Ancien, abbé en Syrie (vers 390) ; sainte Paule veuve romaine, disciple de saint Jérôme 404) ; saint Ausile, évêque de Fréjus, martyr (Vème s.) ; saint Xénophon de Robéika (1262) ; Translation des reliques de saint Théodore le Stoudite et de saint Joseph, évêque de Thessalonique (844) ; saint David IV le Restaurateur, roi d’Ibérie et d’Abkhasie (1125) ; saint martyr Jean (Popov) (1938).
SYNAXE DES SAINTS NÉOMARTYRS ET CONFESSEURS DE RUSSIE
Baptisée au Xe siècle par des missionnaires venus de Byzance, l’Église russe a produit dans la suite des temps quantité de saints : hiérarques, moines et justes, qui ont été prendre place en compagnie des saints antérieurs dans la cour céleste. Mais il lui manquait d’être ornée, comme de pourpre et de lin fin, du sang des martyrs, pour être présentée parfaite et rayonnante au Christ son Époux.
La persécution sans précédent en cruauté et en extension qui, depuis la Révolution bolchevique de 1917 jusqu’à la célébration du Millénaire du Baptême de la Russie (1988), s’est abattue sur l’Église de Russie, loin d’éteindre le christianisme, lui a procuré au contraire son plus haut titre de gloire. La fermeture systématique des églises et leur transformation en musées de l’athéisme, l’interdiction de tout enseignement religieux, la grossière et oppressante propagande athée, la délation répandue jusqu’au sein des familles, les vexations de toutes sortes, les internements dans les hôpitaux psychiatriques d’où l’on ne ressortait qu’après avoir été dépouillé de sa personnalité, les déportations dans les camps d’extermination, les tortures sanguinaires ou psychiques qui ont dépassé en cruauté tout ce qu’avaient imaginé les tortionnaires de jadis, toutes ces machinations de Satan se sont révélées impuissantes à éteindre la foi et ont tourné à la confusion de leurs auteurs, en montrant que le christianisme n’est pas une doctrine humaine, mais qu’il est vie et puissance de Dieu qui habite en nos cœurs pour nous rendre plus forts que la mort.
De 1918 à 1926, la tourmente révolutionnaire qui s’est acharnée sur les représentants les plus dignes de l’Église russe, a produit plus de martyrs que toutes les persécutions d’antan. Parmi ces néomartyrs on compte soixante-dix-huit évêques : le saint « premier-martyr » Vladimir, métropolite de Kiev, le saint Patriarche Tikhon [25 mars], les saints hiérarques Benjamin de Saint-Pétersbourg, Barsanuphe de Kirillov, Andronique de Perm, Métrophane d’Astrakhan… quelques deux mille sept cents prêtres, deux mille moines et trois mille quatre cents moniales, morts dans des monastères transformés en camps de concentration, ainsi que des centaines de milliers de pieux laïcs, connus ou inconnus, qui ont bravement affronté le dépouillement de leurs biens, le mépris et les tortures de toutes sortes pour répondre à cette invitation du Seigneur : Reste fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie (Ap 2, 10). Leur sang versé en libation et leurs souffrances sont les joyaux qui, en ces derniers temps, sont venus rehausser la robe nuptiale de l’Épouse du Christ, de sorte qu’on peut chanter aujourd’hui en leur honneur avec le Psalmiste : À sa suite des vierges sont amenées au Roi, ses compagnes lui sont présentées. Elles sont introduites parmi la joie et l’allégresse, elles entrent dans le Temple du Roi (Ps 44, 15-16).
Il est impossible de narrer leur confession de foi et leurs tourments. Nous nous limiterons ici à l’évocation de quelques uns des plus notables de ces athlètes de la piété, dont le culte a été récemment proclamé.
Le saint métropolite VLADIMIR de Kiev, premier des nouveaux martyrs de l’Église russe, naquit en 1848, dans le diocèse de Tambov, au sein d’une famille sacerdotale. Prêtre marié, il perdit son épouse et son jeune fils après quatre années de sacerdoce, et il entra alors au monastère de Kozlov. En 1888, il fut consacré évêque de Staraïa-Roussa, dans le diocèse de Novgorod et, trois ans plus tard, fut transféré, au plus fort d’une épidémie de choléra, à Samara où il consacra toutes ses forces au soulagement du peuple éprouvé. Puis il travailla, pendant six ans, à l’instruction spirituelle des peuples orthodoxes du Caucase, fondant de nombreuses églises et écoles ecclésiastiques. Son élection comme métropolite de Moscou, en 1898, marqua un renouveau dans la vie ecclésiastique du diocèse. Il montrait un intérêt tout particulier pour la formation des prêtres, qu’il choisissait judicieusement, et pour l’enseignement des ouvriers d’usine, à l’intention desquels il organisait des conférences spirituelles. Il aidait aussi les moines de la Laure de Saint-Serge, et fut à cette époque le père spirituel de la grande-duchesse sainte Élisabeth. En 1912, il fut nommé métropolite de Saint-Pétersbourg et président du Saint-Synode. Mais sa résistance courageuse à l’ingérence de l’imposteur Raspoutine dans les affaires de l’Église, provoqua sa disgrâce, et il fut transféré à Kiev, au bout de trois ans.
La Révolution d’Octobre ébranla la vie ecclésiastique en Ukraine, comme dans toute la Russie, et l’on tenta d’y fonder une église nationale, ne reconnaissant pas le métropolite Vladimir qui s’était réfugié au monastère des Grottes. Au début 1918, alors que la guerre civile avait atteint Kiev, le métropolite continuait à célébrer la Divine Liturgie en plein bombardement. Le 25 janvier, Kiev étant occupée par les bolcheviques, un détachement de cinq hommes armés se présenta au monastère qui avait été pillé quelques jours plus tôt, et appréhenda le métropolite. Le saint les suivit, en pleine nuit, chantant et priant, aussi calmement que lorsqu’il se préparait à célébrer la Divine Liturgie. Lorsqu’ils parvinrent au lieu de l’exécution, il bénit ses bourreaux et dit : « Que Dieu vous pardonne! » avant de tomber fusillé. Le saint métropolite BENJAMIN, connu pour son zèle pastoral, tout spécialement à l’égard des populations ouvrières, fut élu pour le siège métropolitain de Saint-Pétersbourg en 1917. Il entreprit aussitôt une réforme des paroisses et s’efforça de libérer l’Église de toute implication dans les affaires politiques. Sa parole, simple et spirituelle, attirait les foules dans les églises où il célébrait, et malgré sa haute charge, il continuait de visiter les pauvres et les ouvriers. Après la Révolution d’Octobre, il s’opposa courageusement au décret sur la séparation de l’Église et de l’État. Mais, lors de la famine de 1921, conséquence de la guerre civile, qui fit plus de six millions de victimes, le métropolite n’hésita pas à livrer à l’État tous les biens de l’Église, à condition qu’ils restent un don délibéré, sévèrement contrôlé par le clergé et les fidèles. Les bolcheviques semblèrent alors devenir plus conciliants ; mais la position intransigeante du métropolite contre le mouvement de l’« Église Vivante », qui avait pour but le démembrement de l’Église et de la tradition, raviva leur haine. Arrêté le 29 mai 1922, avec quatre-vingt-cinq autres clercs et laïcs, il fut jugé devant un tribunal révolutionnaire, tandis qu’une foule immense de cent mille personnes se pressait autour de l’immeuble, soutenant leur père spirituel par leur silence et leur prière. Le métropolite réfuta avec calme toutes les accusations portées contre lui pour menées antirévolutionnaires et résista aux calomnies des clercs de l’Église Vivante, véritables « incarnations de Juda ». Appelé à se justifier de ces ignobles accusations, il dit : « Ce qui me coûte le plus est d’entendre que je suis un ennemi du peuple. » Et il ajouta : « Quelle que soit votre sentence, je tourne mes yeux vers le ciel et, faisant mon signe de croix, je dit : “Gloire à Toi pour tout, Seigneur, mon Dieu !” » Malgré le soutien manifeste du peuple, le tribunal condamna à mort le métropolite, ainsi que l’archimandrite Serge et les prêtres Georges Novitsky et Jean Kavsarov ; ils furent fusillés le 13 août. Les bolcheviques, craignant une insurrection, avaient fait croire que le métropolite avait été transféré à Moscou ; et dans le petit peuple, la rumeur se répandit que leur père n’avait pas disparu, mais qu’il se cachait pour revenir une fois la tourmente apaisée.
(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire du dimanche, 2ème ton
Lorsque Tu descendis dans la mort, Toi, la Vie immortelle, Tu anéantis l’enfer par l’éclat de la Divinité. Lorsque Tu ressuscitas les morts des demeures souterraines, toutes les Puissances
Tropaire des Nouveaux Martyrs, ton 4
O fleurs du pré spirituel de la Russie, qui avez surgi admirablement au temps des amères persécutions, Nouveaux Martyrs et Confesseurs innombrables, vous qui avez souffert la passion : pontifes, souverains et pasteurs, moines et laïcs, hommes, femmes et enfants, vous qui avez apporté au Christ le bon fruit de votre patience, priez-Le comme votre divin Semeur afin qu’Il libère Son peuple des athées et des hommes mauvais, afin que s’affermisse l’Église Russe par votre sang et vos souffrances pour le salut de nos âmes.
Kondakion du dimanche, ton 2
Sauveur Tout-Puissant, Tu es ressuscité du Tombeau : l’enfer, voyant ce prodige, est saisi de stupeur et les morts ressuscitent. À cette vue, la création se réjouit avec Toi; Adam partage l’allégresse, et le monde, ô mon Sauveur, ne cesse de Te louer !
Kondakion des martyrs et confesseurs de Russie, ton 2
Ô Nouveaux Martyrs qui avez parcouru le chemin terrestre en confessant le Christ, par vos souffrances vous avez acquis de la hardiesse, priez Celui qui vous a fortifiés, afin qu’à l’heure où l’épreuve viendra sur nous, nous recevions le divin don du courage. Vous êtes un exemple pour ceux qui vénèrent votre exploit, car ni l’affliction, ni le tourment, ni la mort, n’ont pu vous séparer de l’amour de Dieu.
Kondakion du fils prodigue, ton 3
M’étant écarté, comme un insensé, de Ta gloire paternelle, j’ai dilapidé en mal la richesse que Tu m’avais transmise. C’est pourquoi je crie vers Toi la parole du Prodigue : « J’ai péché contre Toi, Père miséricordieux : accueille-moi, repentant, et traite-moi comme l’un de Tes journaliers ».
ÉPITRE DU JOUR
1Co VI, 12-20
Frères, « tout m’est permis », mais tout n’est pas profitable. « Tout m’est permis », mais j’entends, moi, ne me laisser dominer par rien. Les aliments sont pour le ventre, et le ventre pour les aliments, et Dieu abolira nourriture et digestion. Mais le corps n’est pas pour la fornication : il est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Et Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, en sa puissance nous ressuscitera nous aussi. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ ? Vais-je donc prendre les membres du Christ pour en faire ceux d’une prostituée ? En aucun cas ! Ou bien ne savez-vous pas que celui qui s’unit à la prostituée ne fait avec elle qu’un seul corps ? Car il est dit : « Les deux ne seront qu’une seule chair. » Mais celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit. Fuyez la fornication ! Tous les péchés que l’homme peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais celui qui fornique pèche contre son propre corps. Ignorez-vous aussi que votre corps est le temple de cet Esprit saint qui est en vous et que vous tenez de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas, vu le prix auquel vous avez été rachetés ? Alors, glorifiez Dieu dans votre corps et dans votre esprit, puisqu’ils appartiennent à Dieu.
Rm VIII, 28-39 (Sts nouveaux martyrs)
Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères. Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. Que dirons-nous donc à l’égard de ces choses? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Lui, qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui? Qui accusera les élus de Dieu? C’est Dieu qui justifie! Qui les condamnera? Christ est mort; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous! Qui nous séparera de l’amour de Christ? Sera-ce la tribulation, ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l’épée? Selon qu’il est écrit: C’est à cause de toi qu’on nous met à mort tout le jour, Qu’on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie. Mais dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur.
ÉVANGILE DU JOUR
Lc XV, 11-32
Le Seigneur dit encore : Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père: Mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les pourceaux. Il aurait bien voulu se rassasier des carouges que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. Étant rentré en lui-même, il se dit: Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai: Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. Le fils lui dit: Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs: Apportez vite la plus belle robe, et l’en revêtez; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu’il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c’était. Ce serviteur lui dit: Ton frère est de retour, et, parce qu’il l’a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras. Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d’entrer. Mais il répondit à son père: Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c’est pour lui que tu as tué le veau gras! Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi; mais il fallait bien s’égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu’il est revenu à la vie, parce qu’il était perdu et qu’il est retrouvé.
Lc XXI, 12-19 (Sts nouveaux martyrs) Mais, avant tout cela, on mettra la main sur vous, et l’on vous persécutera; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous mènera devant des rois et devant des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous arrivera pour que vous serviez de témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit de ne pas préméditer votre défense; car je vous donnerai une bouche et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront résister ou contredire. Vous serez livrés même par vos parents, par vos frères, par vos proches et par vos amis, et ils feront mourir plusieurs d’entre vous. Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom. Mais il ne se perdra pas un cheveu de votre tête; par votre persévérance vous sauverez vos âmes.