Discours du patriarche de Roumanie Daniel sur « L’importance de la coopération Église-État dans le contexte européen »
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À l’occasion de la Conférence internationale sur les relations entre l’État et les confessions religions dans l’Union européenne au palais patriarcal de Bucarest, le 7 juin, le patriarche de Roumanie Daniel a prononcé le discours d’ouverture suivant, intitulé « l’importance de la coopération Église-État dans le contexte européen » :

« Conformément au traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), amendé par le traité de Lisbonne de 2007, « L’Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres » (art. 17, 1 TFUE). Ainsi, « reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations » (art. 17,3 TFUE). Aussi, dans l’Union européenne, il n’y a pas de « modèle européen » pour la relation entre les communautés religieuses et l’autorité politique, mais les systèmes législatifs en vigueur dans les États membres de l’Union européenne varient depuis la séparation radicale jusqu’à une quasi-identification entre une communauté religieuse particulière et un État. Simultanément, l’Union européenne se propose d’engager un dialogue avec les confessions religieuses de telle façon à ce qu’elles puissent exprimer leur contribution spécifique à la construction européenne. Aujourd’hui, il y a quatre États membres dans l’Union européenne (Grèce, Chypre, Roumanie et Bulgarie) dont la population orthodoxe est majoritaire et où des Églises autocéphales sont organisées et fonctionnent, tandis que dans d’autres États membres il y a d’importantes communautés orthodoxes organisées de façon autocéphale (Pologne, République tchèque et Slovaquie) ou autonome (Finlande et Estonie). Dans d’autres États membres également, il y a des communautés orthodoxes conséquentes, organisées ethniquement en tant que diaspora (Italie, Espagne, France, Allemagne, Belgique et Autriche). La Roumanie, avec une population de 16’307’000 fidèles orthodoxes est le plus grand État de l’Union européenne ayant une population orthodoxe majoritaire. Dans les pays à majorité orthodoxe, la relation Église-État suivait à l’origine le principe byzantin de « symphonie », c’est-à-dire l’harmonie, la compréhension et la coopération entre les deux institutions distinctes qui sont unies par la vie sociale commune du peuple, dans son double statut de citoyen de l’État et de fidèle de l’Église. Dans la perspective byzantine sur la société, il y avait deux système hiérarchiques, l’un de l’Église, et l’autre de l’empire, coexistant dans le même espace, confessant une seule foi dans le Seigneur Jésus-Christ, le Sauveur du monde, et poursuivant le même but : l’union du monde visible avec le Dieu invisible. Cependant, les deux systèmes hiérarchiques de l’Église et de l’État ont été conçus et compris comme différents et distincts, et toute tentative de les mélanger s’est avéré malheureux. À ce sujet, un bon exemple de la relation entre les deux systèmes hiérarchiques a été donné par l’Epanagogué ou l’Eisagogué (une codification de la loi byzantine promulguée en 886), dans laquelle les législateurs ont juxtaposé distinctement les deux systèmes, sans les mélanger. Aussi, dans l’Empire byzantin, bien que l’Église ait coopéré étroitement avec l’autorité impériale, elle a gardé son autonomie concernant les activités ecclésiastiques. Néanmoins, la symphonie Église-État n’a jamais été symétrique dans le sens d’égalité entre les deux institutions, mais presque toujours asymétrique, parce que l’Église a toujours été organisée et a fonctionné dans l’État, et a prié constamment pour les autorités de l’État. Ce fait historique illustre l’enseignement orthodoxe selon lequel l’Église se manifeste dans la société humaine qui est organisée en une communauté politique, c’est-à-dire que la place de l’Église est toujours dans l’État. La relation entre l’Église et l’État est fondée sur la doctrine selon laquelle l’Église est à la fois une réalité spirituelle, sacramentelle ou mystique, et une réalité institutionnelle, sociale. L’homme, sujet de l’histoire appartient à la fois au royaume des cieux et à celui de César (Matth. 22,21). D’un point de vue pratique, cette relation a lieu entre certaines limites et est basée sur des conditions mutuellement invoquées. Pour cette raison, le modèle orthodoxe de la relation Église-État comprend à la fois l’autonomie de l’Église dans sa relation à l’égard de l’État et leur coopération distincte et limitée dans un esprit de respect mutuel. Conformément à l’ecclésiologie orthodoxe, l’Église universelle est définie comme la communion d’Églises autocéphales qui sont en unité dogmatique, sacramentelle et canonique les unes avec les autres. En pratique, l’autocéphalie constitue le statut canonique d’une Église locale qui bénéficie d’une pleine autonomie ecclésiastique et a le droit d’élire son primat (πρῶτος – primus) par son propre Synode d’évêques sans aucune interférence extérieure. En conséquence, l’autocéphalie d’une Église locale est aussi une expression du concept de la liberté dans la communion, c’est-à-dire la liberté des Églises locales les unes envers les autres, tout en préservant simultanément l’unité de foi, de vie sacramentelle et de discipline canonique. Cette conception ecclésiologique est basée sur l’expérience profonde dont dispose l’orthodoxe par rapport au mystère de la très sainte Trinité, comprise comme une communion suprême de vie et d’amour éternel entre les personnes divines, égales et distinctes. Aussi, l’unité de l’Église est la communion de la vie trinitaire emplie de grâce, communiquée par le Saint-Esprit à ceux qui croient dans le Christ, afin d’atteindre la communion avec le Père. À cet égard, la vie trinitaire est en même temps une source et un modèle de communion ecclésiale (Jn 17, 21-22). Du fait que les personnes de la très sainte Trinité sont égales, distinctes et consubstantielles, l’Église est également comprise comme une communion d’Églises autocéphales locales et consubstantielles, ce qui signifie que chacune d’entre elles séparément et toutes ensemble partagent la même plénitude dans la vérité de la foi, dans la vie sacramentelle et la discipline ecclésiale. Cela veut dire que chaque Église autocéphale a le droit d’établir sa relation avec l’État dans lequel elle est organisée et fonctionne. Dans le contexte européen, cependant, chaque Église autocéphale doit cultiver la coopération pratique et la solidarité chrétienne afin d’unir la liberté nationale et la co-responsabilité européenne de l’Église. Cinq jours seulement avant l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne, la loi N°489/2006 a été promulguée, laquelle réintroduisait le système de confessions religieuses reconnues, complété par certains éléments d’origine byzantine, concernant particulièrement les modalités pratiques de la coopération Église-État. Cette nouvelle loi garantit l’autonomie des confessions religieuses dans leur relation envers l’État et régit la coopération distincte entre l’État et les religions reconnues, de même que leur soutien par l’État. La nouvelle loi mentionne également les 18 confessions religieuses reconnues en Roumanie, leur conférant la personnalité juridique d’utilité publique et reconnaissant leur rôle spirituel, éducatif, socio-caritatif, culturel dans la vie de la société, de même que leur statut comme « facteurs de paix sociale » en partenariat avec l’État. Aussi, la législation roumaine actuelle sur la relation Église-État reflète dans une certaine mesure le fait que la Roumanie est le seul pays avec une majorité néolatine de tradition orthodoxe, appartenant à l’Orient chrétien par sa vie ecclésiale, mais aussi à l’Occident par sa linguistique latine. Cette spécificité unique représente la responsabilité personnelle de la Roumanie pour contribuer spirituellement et culturellement à la promotion de la coopération dans l’Union européenne, particulièrement en ce qui concerne la bonne coopération entre l’État et les confessions religieuses. Nous félicitons les organisateurs de cette conférence internationale et nous bénissons tous ses participants, exprimant notre espoir que ses résultats contribueront à une compréhension plus profonde de l’importance de la coopération entre l’État et les confessions religieuses dans l’Union européenne ».

Source : Basilica

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