Hier, les primats des Églises orthodoxes présentes à Crète ont célébré la liturgie de Pentecôte en l’église métropolitaine Saint-Minas d’Héraklion. La liturgie a été présidée par le patriarche Bartholomée, en présence du président de la République hellénique M. Prokópis Pavlópoulos. A cette occasion, la patriarche oecuménique a prononcé une homélie :

divine_liturgie« Béatitudes très-saints frères primats des Églises orthodoxes locales, Théodore d’Alexandrie, Jean d’Antioche, Théophile de Jérusalem, Cyrille de Moscou, Irénée de Belgrade, Daniel de Bucarest, Néophyte de Sofia, Elie de Géorgie, Chrysostome de Chypre, Jérôme d’Athènes, Sava de Varsovie, Anastase de Tirana, Rastislav de Presov, et les vénérables membres des délégations qui vous accompagnent,

Monsieur le président de la République,

Éminence archevêque Irénée, entouré des bien-aimés frères, Leurs Éminences les membres du saint-synode provincial de l’Église de Crète,

Éminences et Excellences saints frères,

clergé et peuple orthodoxes bénis partout sur terre,

Aujourd’hui s’est levé un jour joyeux, où nous célébrons la manifestation historique de l’institution de l’Église que l’Esprit très-saint rassemble tout entière. Tous les frères orthodoxes représentant les Églises autocéphales locales, nous sommes réunis en assemblée liturgique pour accomplir le devoir et la tâche incombant à l’Église orthodoxe Une envers le monde et nos contemporains, en convoquant notre saint et grand Concile.

Aujourd’hui c’est un jour d’unité, étant tous unis dans la foi et les sacrements, grâce à notre assemblée liturgique en un même lieu et notre rencontre « dans la fraction du pain ». La divine eucharistie confirme vraiment l’unité et la catholicité de notre Église orthodoxe.

La Pentecôte, qui a eu lieu à Jérusalem, fut l’événement marquant le début du parcours historique de l’Église et posa les fondements pour la sanctification de l’histoire de l’humanité. Les apôtres et les trois-mille chrétiens baptisés par eux en ce temps ont constitué la première Église qui est une réalité divino-humaine du Christ présente dans tous ses membres. Aujourd’hui, nous sommes aussi comblés par le très-saint Esprit de ce même souffle de langues de feu ; nous sommes une Église, un corps, bien qu’issus de traditions nationales, linguistiques et culturelles différentes. Christ Dieu-homme, « le premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8, 29), est présent en chacun de nous, ses membres.

Aujourd’hui, le plan entier de la divine économie est accompli. Car, dans et après la Pentecôte « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5). Le Christ est Un et nous en sommes tous les articulations et les membres : « Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui le met en œuvre, accordant à chacun des dons personnels divers, comme il veut » (I Co 12, 11).

Dans notre diversité, chaque Église orthodoxe, mais aussi chaque croyant, sommes unis en un corps, possédant chacun ses propres charismes ; charismes qu’il ne faut pas envier chez les autres, mais nous en réjouir comme s’ils étaient les nôtres : « Le trésor que mon frère acquiert (…) je le possède aussi », affirme Macaire d’Égypte (Homélies spirituelles 3, 2, ΒΕΠΕΣ, 41, 156).

Chaque Église orthodoxe locale possède son propre trésor et l’offre au Christ. Les yeux ne peuvent pas dire aux mains, ni la tête aux pieds : « nous n’avons pas besoin de vous ». Au sein de l’Église, il n’y a pas d’Église locale qui n’aurait son importance, de sorte que l’Église une, sainte, catholique et apostolique n’ait pas besoin de chacun de ses membres ni qu’aucun membre n’existe de manière autonome et indépendante, comme ceux du dehors tentent de le faire, notamment en ces temps apocalyptiques. L’Église orthodoxe militant dans le monde perpétue la « chambre haute » de la Pentecôte que sont nos Églises locales que nous tous, très-vénérables frères, représentons ici aujourd’hui. Nous composons le corps mystique du Christ, prolongé dans le siècle et délestant le genre humain des tourments multiples et sans issue. Nous nous conformons au plan de l’économie de Dieu, à l’œuvre du salut accomplie en notre faveur, unissant les cieux et la terre (cf. Kontakion de l’Ascension). C’est là que réside précisément la mission de notre Église orthodoxe.

Aujourd’hui, c’est aussi un jour de cri vers le Paraclet de bonté le suppliant de venir et demeurer en nous, nous garder dans Sa vérité et Sa sanctification, selon la prière douloureuse du Seigneur dans le jardin de Gethsémani. Cette demande dominicale – accomplie ici en ce jour de la solennité de Pentecôte – est et reste la demande primordiale de l’humanité dans un monde divisé et entre-déchiré en quête d’unité pour laquelle le Fils de Dieu s’est livré pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance.

Ayant été gratifiée de la bénédiction suprême de posséder le trésor de vérité et de sauvegarder intégralement le don du très-saint Esprit « qui remplit la terre » (Sg 1, 7), notre Église orthodoxe doit livrer au monde un témoignage d’amour et d’unité, lui révéler l’espérance gardée comme un trésor secret. Certes, nous ne nous flattons pas de la vérité de notre Église. Nous ressentons sa majesté unique, mais aussi notre faiblesse et incapacité personnelle. Pourtant, ce n’est pas suffisant si cela reste au niveau théorique. Cela exige de nous y conformer au niveau du vécu, sur lequel force est de constater que malheureusement nous sommes très en retard.

Le Seigneur commença sa prédication dans le monde en invitant les hommes au repentir ; et la tâche du chrétien est de faire pénitence sa vie durant. Nous, les dirigeants de l’Église, devons tout spécialement donner le bon exemple et embrasser intégralement la vérité reçue. Car notre adversaire cherche à semer dans nos cœurs de fausses idées censées réfuter la vérité de notre foi. Ces idées erronées – qui se veulent modernistes et dignes d’attention – que nos semblables égarés loin de la vérité prêchent par excès de zèle et répètent habilement parmi les fidèles – parviennent souvent à séduire bon nombre d’entre eux. Dès lors, nous les évêques devons nous réunir pour délibérer de ces questions, auxquelles l’Église orthodoxe est parfois et en divers lieux confrontée, de sorte à prendre les mesures appropriées pour protéger les croyants contre les aberrations existantes. La multitude d’erreurs qui sont aujourd’hui colportées et l’argumentation très élaborée utilisée par leurs instigateurs astreignent les pasteurs de l’Église orthodoxe à un effort concerté pour informer le peuple fidèle. Ce sont par centaines que les sectes religieuses et organisations affiliées cherchent à entraîner les croyants orthodoxes. Les délibérations conciliaires et l’expérience partagée sur la façon de contrecarrer les méthodes de ces organisations profiteront énormément à l’Église orthodoxe.

Le Seigneur de l’Église qui « est le même, hier, et aujourd’hui, et pour l’éternité » coopéra pour nous permettre de parvenir à ce moment historique du saint et grand Concile, à cette assemblée liturgique et à la communion au calice commun. Sans égard pour nos différences de vues, nous Orthodoxes devons souligner que l’unique voie de notre cheminement dans le monde c’est l’unité. Certes, cette voie exige un sacrifice vivant, beaucoup de labeur et il faut durement lutter pour ne pas s’en écarter. Il est certain que notre Concile contribuera dans cette direction, établissant – par la consultation en l’Esprit saint, et le dialogue constructif et franc – un climat de confiance et de compréhension mutuelle.

Notre mission, c’est l’unité de l’Église orthodoxe et de ses fidèles. Vient ensuite le témoignage de notre Église pour que le monde voie briller « ses bonnes œuvres », nos ouvrages, qu’il soit réconforté et rende gloire à « notre Père qui est aux cieux ». Notre unité ecclésiale n’est pas une quelconque forme fédérative, ni ne résulte d’un ralliement autour d’une personne. Elle émane de notre foi commune et s’y accomplit, foi qui est identique au salut et à la vie éternelle. « Or c’est ici la vie éternelle » connaître le Père et Celui qui envoya Jésus Christ, le Roi de ceux qui règnent et le Seigneur de ceux qui dominent, tel que représenté dans notre iconographie orthodoxe.

Béatitudes très-saints frères,
Monsieur le président de la République hellénique,
orthodoxes bénis, clergé, ordres monastiques et peuple partout sur terre,

Nous sommes certains et nous déclarons en ce moment historique depuis l’autel de l’église métropolitaine de la grande île de Crète – qui est un prolongement de celle de la sainte grande Église du Christ : l’église de la sagesse, de la paix et de la puissance divine, c’est-à-dire le saint synthronon de Jean Chrysostome, Grégoire le Théologien et Photius le Grand – que ce n’est qu’en restant unis et vivant notre orthodoxie en tant qu’expérience de foi et de vie, que nous serons en mesure de traverser l’histoire dramatique du monde contemporain et de témoigner du salut devant ceux qui sont près et ceux qui sont loin.

Mettant de côté les problèmes causés par notre origine ethnique différente, nous implorons le Paraclet de descendre aussi sur nous tous, afin qu’éclairés par Lui qui est « Lumière et vie et source spirituelle vivante, Esprit de sagesse, Esprit d’intelligence (…) Esprit souverain, purifiant les péchés, Dieu et déifiant » (cf. stichère de Pentecôte) nous portions au monde entier qui en a soif un message de vérité, de pureté et d’espérance ; afin que nous proclamions que nos Églises en tant qu’institution et nous en tant que personnes en sommes les réceptacles sacrés.

Le Saint Esprit nous unit à l’Église par le « lien de la perfection », l’amour, exprimé et avéré par les personnes de la sainte Trinité qui, tout en étant une par nature, se révèle en trois personnes. De même, par analogie, étant une, l’Église orthodoxe est révélée dans le monde par ses plants locaux liés entre eux pour former un tout, une Église, un corps.

Frères, pères et enfants, aujourd’hui, notre sainte Église orthodoxe, tout entière représentée ici en Crète, s’écrie : « Nous avons vu la lumière véritable, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi en adorant l’indivisible Trinité, car c’est elle qui nous a sauvés. » D’une seule voix et d’un seul cœur, nous bénissons le Seigneur de miséricorde, de compassion et de toute consolation. Car de Lui « nous avons tous l’être, le souffle, l’intelligence, la connaissance de Dieu – le très Saint-Esprit, le Père éternel et son Fils unique-engendré – pour comprendre la beauté du ciel, le parcours du soleil, le cycle de la lune, le bon ordre des étoiles, ainsi que l’harmonie régissant leur mouvement (…) comprendre aussi la succession des heures, les changements de saisons, des vents, des années, des époques (…) espérer gagner le royaume de cieux, égaler les anges, contempler la gloire ».

Car, au tout-saint Esprit appartiennent la mystagogie des bienfaits et de la concélébration d’aujourd’hui, ainsi que le témoignage – en concile et par le Concile – livré au monde ; et c’est à Lui que nous offrons notre chant, comme il convient, avec le Père et le Fils, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. »

Source et photographie ©2016 Sean Hawkey

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Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.