Homélie du père Placide (Deseille) pour le dimanche de la Pentecôte
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Hier soir, aux grandes vêpres de l’agrypnie, nous lisions le passage du livre des Nombres où l’on voit des hommes venir apprendre à Moïse au désert que, dans le camp, des hommes s’étaient mis à prophétiser, eux aussi. Moïse était le prophète par excellence, et ces hommes venus vers Moïse étaient en quelque sorte choqués et scandalisés que d’autres prétendent avoir reçu l’Esprit-Saint et parler sous l’inspiration de l’Esprit. Et Moïse répond : « Serais-tu jaloux pour moi? Ah ! Puisse tout le peuple de Dieu être prophète, le Seigneur leur donnant son Esprit ! » (Nombr., 11, 29). Par ces paroles, Moïse nous laisse entrevoir que, d’une certaine manière, il prévoyait que la Loi, que Dieu donnait au peuple au Sinaï par son intermédiaire, n’était pas la loi divine sous sa forme définitive ; l’alliance conclue sur le Sinaï n’était pas l’alliance définitive de Dieu avec son peuple, mais que, dans l’avenir, à l’époque messianique, interviendrait une autre alliance, ou plutôt, comme le traduiront les auteurs de la version grecque des saintes Écritures, un Nouveau Testament, c’est-à-dire un don libre et entièrement gratuit accordé par Dieu aux hommes pour les unir à lui. Mais c’est surtout les prophètes qui ont parlé de cette nouvelle alliance, et notamment le prophète Joël, que les apôtres ont cité dans leur discours au jour de la Pentecôte: « Mais c’est bien ce qu’a dit le prophète : ‘Il se fera dans les derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Alors leurs fils et leurs filles prophétiseront’ » (Act., 2, 16-17). Prophétiser, ce n’est pas nécessairement prévoir l’avenir, ce n’est pas non plus dire des choses extraordinaires, mais c’est être inspiré intérieurement par l’Esprit-Saint, c’est vivre et parler sous ce souffle, sous cette emprise de l’Esprit-Saint. C’est ne plus agir et ne plus parler par une conviction rationnelle, une conviction cérébrale et volontaire, mais c’est agir sous une impulsion intérieure, c’est agir sous le souffle de l’Esprit-Saint. Et aujourd’hui, au jour de la Pentecôte, c’est ce don définitif de l’Esprit-Saint qui est la loi nouvelle donnée par Dieu à son peuple afin de l’unir définitivement à lui ; c’est cela, plus profondément que jamais, que nous célébrons. On peut agir de deux façons. On peut agir par simple obéissance à l’autorité, on peut agir d’une manière déterminée parce que c’est le seul moyen pour nous de nous sentir en règle, on peut agir en se disant : « Il faut bien que je fasse comme cela, c’est la loi ». À ce moment là, nous agissons encore selon l’esprit de l’ancienne alliance. Mais on peut aussi pratiquer tous les préceptes de l’Évangile, pratiquer tout ce que l’Église nous demande, non pas seulement parce que c’est une loi extérieure à laquelle nous nous sentons contraints d’obéir, – en ressentant toujours la crainte de ne pas avoir le droit de faire ceci ou cela, de ne pas être en règle, d’être puni , – mais parce que cette loi éveille un écho profond dans notre cœur, parce que nous avons le goût de ce qui nous est demandé, parce que nous sentons accordés intimement à ce qui nous est ainsi prescrit par le Christ dans l’Évangile, par les saints apôtres et par toute la tradition de l’Église. Le Christ, dans l’Évangile, ne nous enseigne pas une morale que nous aurions à pratiquer par nos propres forces : il nous révèle ce que le Saint-Esprit accomplira en nous si nous lui sommes dociles ? On peut jeûner simplement parce que c’est la loi et que l’on a le souci d’être en règle. On peut jeûner par souci de sa santé. Mais on peut jeûner aussi parce que, comme le dit saint Benoît – le Père des moines d’Occident – nous aimons le jeûne, parce que, attentifs à ce que le Saint-Esprit suscite dans notre cœur, nous en avons le goût, nous en percevons le sens. Nous réalisons alors tout ce que jeûner selon l’esprit du Christ nous apporte. Nous assistons de même à la Liturgie le dimanche non pas parce que c’est une coutume, une tradition de l’Église avec laquelle il faut être en règle, mais parce que c’est une exigence vitale pour nous. Nous en avons soif, nous en avons un besoin profond, que le Saint-Esprit suscite en nous. Nous aimons notre prochain, nous supportons toutes ses contradictions, nous supportons toutes les difficultés de notre vie quotidienne, non pas en gémissant et en nous traînant, parce qu’on ne peut pas faire autrement, mais avec un saint enthousiasme intérieur, parce que l’Esprit Saint nous fait sentir que c’est là la volonté de Dieu, que c’est par là que nous ressemblons à notre Père céleste, que nous deviendrons saints comme notre Père est saint. C’est cela le rôle de l’Esprit-Saint : de nous donner le sens, le goût, l’élan intérieur pour réaliser tout cela. Et avant tout, la charité envers le prochain, sous toutes ses formes. Il faut que notre vie chrétienne ne consiste pas en un simple accomplissement de devoirs que l’on subit, mais qu’elle soit pénétrée de cette joie d’accomplir ce dont nous avons le sens, ce dont l’Esprit-Saint éveille en nous l’attrait. C’est cela la Loi nouvelle, c’est cela La loi de l’Esprit, qui, sous le Nouveau Testament, se substitue à la loi ancienne. Elle ne vient pas la détruire, mais elle l’accomplit, c’est-à-dire l’achève, lui donne sa perfection, parce que tout ce que l’homme accomplissait simplement par devoir, par obligation d’obéir à Dieu, il le fait maintenant parce qu’il se sent profondément en harmonie avec cette volonté de Dieu. Et c’est là qu’il trouve sa joie, c’est là qu’il trouve sa paix intérieure et son épanouissement véritable. Oui, c’est cela vivre en chrétien. Bien sûr cela demande tout un progrès, toute une lutte, tout un combat spirituel qui est normal, mais il faut bien comprendre que c’est vers cela que nous tendons. C’est cela prophétiser dans l’Esprit-Saint. Ce n’est pas parler ou agir à tort et à travers en se fiant à de prétendues inspirations, de prétendues intuitions intérieures. Mais c’est agir dans cette lumière de notre conscience transfigurée par la présence de l’Esprit Saint. C’est faire les choses avec goût, avec, je dirais, un saint enthousiasme. Oui, c’est cela que le Saint-Esprit nous a donné en ce jour de la Pentecôte, qui se prolonge dans l’Église à travers les siècles.

On lira avec profit l’ensemble des homélies du P. Placide dans les deux volumes intitulés, édités par le monastère Saint-Antoine-le-Grand.

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