Homélie du père Placide (Deseille) pour le dimanche de la Samaritaine
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Si l’Église nous fait lire le récit de l’entretien du Seigneur avec la Samaritaine en ce dimanche du temps pascal, c’est sans aucun doute parce que l’allusion à l’eau vive que nous y trouvons, nous renvoie au baptême, dont la place la plus traditionnelle dans l’année liturgique était la nuit pascale. Aussi bien le carême que le temps pascal gravitent ainsi autour du mystère du baptême : baptême des catéchumènes qui le reçoivent en ce temps de Pâques, mais aussi notre propre baptême dont ce temps liturgique nous est donné comme un mémorial, pour que nous en revivions plus pleinement le mystère. Car le baptême, d’une certaine manière, est toute la loi de notre vie chrétienne. Notre vie chrétienne doit n’être qu’une longue fidélité à notre baptême, une longue œuvre de purification et de sanctification qui s’accomplit par l’action de notre liberté, par notre consentement à la grâce initiale du baptême. Et c’est bien à cette grâce du baptême que le Seigneur fait allusion quand il parle de l’eau vive qu’il vient donner aux hommes.

L’eau est ce qui étanche la soif de  bonheur ou de prospérité terrestre. Il y a dans le cœur de tout homme une autre soif, qui ne peut être étanchée que par la communion avec Dieu, qui ne peut être étanchée que par le don des énergies du Saint-Esprit, lesquelles, quand nous les accueillons avec tout l’élan de notre liberté, nous font vraiment participer à la Vie. C’est cette soif que le Christ vient étancher, et non pas la simple soif matérielle à laquelle pensait la Samaritaine.

La lecture de ce passage de l’Évangile de saint Jean doit nous faire prendre davantage conscience de cette soif qui nous habite. Il y a en nous un désir de bonheur qui ne peut être assouvi que par le don de Dieu. Il faut toujours revenir à la parole de saint Augustin : « Tu nous as fait tournés vers Toi, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose pas en Toi. » Notre cœur est assoiffé tant qu’il ne reçoit pas cette eau vive que Tu peux seul lui donner.

Je me souviens d’un épisode assez dramatique que j’ai vécu un jour. Avec un autre Frère de notre monastère, nous avions été invités à déjeuner dans une famille qui aimait notre monastère, mais qui n’avait pas cependant une vie chrétienne fervente, ardente. Cet homme et sa femme avaient perçu quelque chose en venant au monastère, et c’est pour cela qu’ils nous avaient demandé de venir chez eux et de nous entretenir avec eux. Ils avaient une fille d’environ dix-sept ans, qui était présente. Au cours du repas, nous parlions de notre vie monastique et du sens de la vie chrétienne ; et soudain, leur fille a éclaté en sanglots, se plaignant d’être horriblement malheureuse, dramatiquement malheureuse. Ses parents ont essayé de la consoler en lui disant : « Mais que te manque-t-il ? Nous t’avons tout donné ; tout ce que tu pouvais souhaiter, nous te l’avons offert. Tu n’as jamais manqué de rien. Nous t’avons permis de faire de bonnes études, où tu réussis ; tu as devant toi une carrière qui te plaira ». Et leur fille pleurait de plus belle en disant : « Oui, vous m’avez tout donné, mais vous ne m’avez pas donné l’essentiel, ma vie n’a aucun sens. »

Le risque que nous courons ici-bas, c’est d’oublier le sens véritable de notre vie, de donner plus de valeur à une multitude de choses qui, certes, peuvent avoir leur importance, mais une importance tout de même très relative, une importance uniquement terrestre, et de laisser inassouvie, à cause de cela, cette soif profonde qui nous habite. Et quand nous en prenons conscience, nous ressentons une grande tristesse à travers toutes choses, nous éprouvons un malaise qui nous fait perdre le goût de tout ce qui nous entoure, parce que nous n’avons pas prêté attention à cette soif qui cependant nous travaillait, nous n’avons pas accueilli et fait fructifier ce don de l’Esprit, qui seul pouvait l’étancher.

Oui, nous n’avons pas besoin seulement de biens terrestres, d’une prospérité terrestre. Nous avons besoin de cette communion avec Dieu, qui, elle, ne s’achèvera pas avec notre vie d’ici-bas, mais qui jaillit en vie éternelle, comme le disait le Christ à la Samaritaine, cette vie éternelle pour laquelle nous sommes créés.

Trop souvent, nous bornons notre souci – et cela peut arriver même à des moines et à des moniales – à la vie terrestre. Nous ne pensons pas assez que nous sommes immortels, que la mort physique ne sera qu’un épisode de notre existence, et pas le plus important. Ou plutôt, au contraire, le plus important, en ce sens que c’est notre mort terrestre qui nous introduira pleinement dans la vie éternelle, si nous avons été fidèles au don de Dieu, si nous avons fait fructifier la grâce de notre baptême.

C’est cela que le Christ enseignait à la Samaritaine. Le Christ lui apportait déjà, par sa parole, par sa simple présence, un avant-goût de cette vie. Et la parole que cette femme porta ensuite aux Samaritains, dans cette ville de Sychar, leur donnait aussi un avant-goût de la vie éternelle ; et c’est à cause de cela qu’ils ont cru en lui. Dans cet entretien du Christ avec la Samaritaine, il était aussi question du lieu où l’on doit adorer. La Samaritaine faisait allusion à cette controverse qui opposait Juifs et Samaritains : faut-il rendre un culte à Dieu à Jérusalem, ou sur ce mont Garizim, où les Samaritains célébraient, et célèbrent encore, leur culte ? Le Christ, d’abord, affirme la primauté de Jérusalem, parce que, sous l’Ancien Testament, Jérusalem était l’unique lieu du culte que Dieu avait établi pour son peuple. Mais s’il en était ainsi, c’était parce que ce temple unique vers lequel convergeaient toutes les tribus d’Israël était la figure, l’annonce d’un autre unique temple qui, comme le Seigneur le dira lui-même, sera Son Corps, sera Lui-même. Car c’est dans le Christ seulement que Dieu vient vers l’homme et que l’homme peut rencontrer Dieu.

C’est dans le Christ que tout le mystère du Temple, tout le sacrement de la rencontre de Dieu avec l’homme trouve son accomplissement et sa plénitude. C’est là seulement que nous pouvons adorer en esprit et en vérité. « En vérité », cela veut dire : au-delà de toutes les figures et de toutes les promesses, parce que, dans le Christ, nous trouvons la vérité, la plénitude de cette rencontre avec Dieu. « En esprit », cela ne signifie pas un culte où seuls notre âme et notre esprit auraient une place, comme si notre corps n’avait pas à y participer ; ce n’est pas de cela qu’il s’agit, mais le véritable culte « en Esprit » est celui qui consiste dans le consentement de notre liberté à ce mouvement profond que l’Esprit-Saint, l‘Esprit que nous envoie le Christ ressuscité, éveille en nous. Cet Esprit Saint reçu au baptême, cet Esprit-Saint qui nous tourne à la fois vers le Père et vers les hommes, qui nous rassemble pour que tous ensemble, d’un même cœur, nous disions au Père notre louange et notre amour. Le culte en Esprit, c’est cela. C’est un culte qui ne provient pas seulement de l’homme, mais qui est une adhérence de l’homme à cette prière que l’Esprit-Saint éveille dans son cœur, à ce désir de Dieu, à cet amour de Dieu, qui est l’effet de la présence en nous du don de l’Esprit, qui est comme une source d’eau vive dans notre cœur, une source qui doit irriguer toute notre vie, toutes nos actions, et en tout premier lieu notre participation à la Liturgie.

L’idéal du chrétien, c’est la prière continuelle. « De même que, comme le disait un grand spirituel français, nous sommes en perpétuelle émanation et dépendance de Dieu » – c’est-à-dire que nous n’existons, tout au long de notre vie, que parce que, à chaque instant, Dieu, par amour, nous maintient dans l’existence, nous fait don de notre existence elle-même – « de même nous devons être en perpétuelle élévation et relation à Lui ». Nous devrions, à tout instant de notre vie, être dans une attitude de reconnaissance, d’action de grâces, pour ce don fondamental, auquel notre être même est entièrement suspendu.

Oui, toute la vie du chrétien doit être prière, une prière continuelle, non pas simplement une récitation incessante de formules, mais une attitude profonde du cœur, dont l’orientation effective doit être, toujours et à travers tout, vers Dieu. Qu’en toutes choses, nous ne cherchions que la volonté de Dieu, la communion avec cette sainte volonté, que ce soit là la source perpétuelle de notre joie. Oui, tels sont les enseignements que nous pouvons tirer de l’Évangile de la Samaritaine qui vient ainsi, au milieu du temps pascal, nous rappeler ce qui est l’essentiel de notre vie chrétienne. Puissions-nous vraiment connaître le don de Dieu, en être vraiment conscients ! Alors, oui, conformément à la parole du Christ, instruits intérieurement par l’Esprit Saint, nous pourrons rendre au Père le culte en esprit et en vérité qu’il désire, dans le Corps de son Fils, qui est l’Église. Au Père, au Fils et à l’Esprit-Saint soit la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

On lira avec profit l’ensemble des homélies du P. Placide dans les deux volumes intitulés « La couronne bénie de l’année chrétienne » édités par le monastère Saint-Antoine-le-Grand.

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À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

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