Séjournant à Kiev en tant que représentant de la Faculté orthodoxe de Belgrade à une conférence de l’Académie ecclésiastique de Kiev, le 26 mars 2019, Nikolaj Sapsaj a interviewé le métropolite de Kiev Onuphre, qui aborde les événements qui ont marqué jusqu’à présent son ministère, les relations avec le Patriarcat de Serbie et la situation en Ukraine.

Interview exclusive du métropolite de Kiev Onuphre, publiée sur le site de l’Église orthodoxe serbe
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– Votre Béatitude, nous vous prions de bénir tous ceux qui liront cette interview.

– Je souhaite à tous les lecteurs la bénédiction de Dieu, la santé. Que la miséricorde de Dieu soit toujours avec chacun de nous !

– Votre Béatitude, quels ont été les changements dans l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou au cours de votre ministère primatial ?

– Au cours de l’accomplissement de mon obédience ecclésiale en tant que primat de l’Église orthodoxe d’Ukraine, il n’y a pas eu de changements. L’Église vit traditionnellement de sa vie de prière, elle a un rôle actif dans la société et s’occupe d’œuvres caritatives. Toutefois, je considère que dans cette période, la prière s’est renforcée en raison de ces fortes souffrances que le Seigneur a permis que nous subissions, comme le sont la guerre et les changements politiques. De telles situations nous contraignent à nous concentrer davantage sur la prière. À notre époque, le monde est très complexe et la prière lui est nécessaire. Aujourd’hui, il est devenu habituel que les hommes se condamnent et se disputent, mais il y en a très peu qui prient, qui par leur amour réunissent tous autour d’eux et entre eux. Cela est indispensable à la société d’aujourd’hui, parce que le péché divise, et le manque de prière fait que le péché soit vainqueur. C’est pour cette raison que notre Église a multiplié ses prières. Chacun de nous a renforcé ses prières en cette période afin que par elles et par le repentir soit anéanti et éradiqué le mal qui se trouve dans nos cœurs et parmi nous et qui nous éloigne à la foi de Dieu et des autres. Aussi, nous nous tournons toujours vers la prière, particulièrement à l’époque actuelle. De même, nous aidons ceux qui souffrent, particulièrement ceux qui ont souffert pendant la guerre. Nous nous efforçons de les aider matériellement, mais encore plus de leur fournir un soutien psychologique et l’aide spirituelle, car cela est le ministère de notre Église et ce à quoi nous a appelés le Seigneur.

– Quel est l’événement que vous identifiez comme le plus important au cours de votre ministère en tant que primat de l’Église orthodoxe d’Ukraine ?

– Je pourrais dire que l’un de ces événements est la procession que nous avons organisée entre l’Est et l’Ouest de l’Ukraine, au moment difficile de la guerre civile. La procession a commencé dans l’Est, depuis la Laure de Sviatogorsk, dans la région du Donetsk, et de l’Ouest, depuis la Laure de Potchaïev dans la région de Ternopol. Ces deux processions ont traversé tout le territoire de l’Ukraine et se sont réunies à Kiev. C’était très touchant, parce que ces gens sont allés à pied, en été, dans la chaleur, beaucoup ont rejoint en route la procession, ils sont venus avec les enfants, même des invalides, selon leurs possibilités, ont participé à la procession, c’est-à-dire que tous ont apporté leur petite pièce (Lc 21, 2-3), dans la prière, à cet événement qui a uni le peuple dans notre État. Et lorsque les participants à la procession se sont retrouvés à Kiev sur la colline Saint-Vladimir, on ne pouvait sans verser de larmes regarder comment les gens fatigués du voyage, mais comblés spirituellement et heureux s’étreignaient mutuellement et se réjouissaient de se voir et d’être ensemble.

– Avez-vous eu l’occasion de visiter la Serbie pendant votre ministère primatial ?

Je souhaiterais visiter la terre serbe fraternelle et le peuple fraternel orthodoxe serbe. Ils nous ont toujours été proches et chers à notre cœur, comme orthodoxes, comme Slaves et comme des gens qui sont également passés par de nombreuses épreuves dans des circonstances et des temps difficiles.

– Récemment, l’Église orthodoxe serbe a publié sa position officielle sur la crise ecclésiale en Ukraine. Comment le Synode de l’Église orthodoxe d’Ukraine a-t-il estimé ce geste ?

– Nous avons reçu une lettre avec ce communiqué de S.S. le patriarche de Serbie Irénée, et nous lui sommes extrêmement reconnaissants au sujet de la position adoptée par l’Église orthodoxe serbe. Vous savez qu’il existe des maladies spirituelles et corporelles. Dans le cas présent, nous nous occupons de maladies spirituelles qui existent dans notre peuple. Chaque maladie doit trouver le bon médicament. Une maladie ne peut être guérie par de faux médicaments. Aujourd’hui, il existe des tentatives de remédier aux schismes en les légalisant et en leur donnant une structure canonique. Les schismatiques ont été acceptés sans pénitence, sans guérison spirituelle. Ce n’est pas le bon moyen par lequel est guéri un schisme. Tous les schismes sont dus à l’orgueil et à l’ambition des gens qui souhaitent le pouvoir. Que l’on sache que, dans notre Église orthodoxe, il n’y a qu’un Primat, c’est le Christ. Nous, patriarches, métropolites, évêques, prêtres, Le servons tous : nous sommes tous les serviteurs du Christ. Dans notre Église, il n’y a pas cet amour humain du pouvoir. Nous, en tant que membres de l’Église, nous regardons le Christ et considérons ce qu’Il nous dit, et ce qu’Il souhaite que nous fassions. C’est l’approche correcte dans l’Église orthodoxe. Les politiciens nous voient comme une sorte d’organisation politique, une sorte de parti. Chez les politiciens les principes de ce monde sont les plus importants. Mais dans notre Église, le rôle principal revient aux commandements de Dieu et non pas des hommes. C’est-à-dire que les lois humaines changent, tandis que les lois de Dieu sont immuables, parce que Dieu est éternel. Ce que Dieu a créé et ce qu’Il nous a donné est aussi éternel. Aussi, nous nous efforçons d’être en communion avec tous les peuples orthodoxes dans le monde entier. J’appelle tous ceux qui se trouvent en schisme à se rappeler que le Christ est le Chef de l’Église (Éph. 5,23), à s’humilier devant Lui et à revenir dans la communion fraternelle avec tous ceux qui se trouvent dans la sainte Église orthodoxe canonique. Cela dit, nous remercions de tout cœur S.S. le patriarche Irénée, le Saint-Synode et l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe serbe pour l’attitude correcte qu’ils ont adoptée,  elle est très forte et faisant autorité. Nous considérons également que cette position officielle de l’Église serbe a contraint beaucoup de personnes à prendre conscience de la voie où elles allaient.

– Votre Béatitude, le peuple serbe connaît les souffrances de votre Église. Quelle est la véritable situation en Ukraine et dans quelles difficultés se trouve aujourd’hui l’Église orthodoxe d’Ukraine ?

– Malheureusement, les inquiétudes de l’Église orthodoxe serbe au sujet de la situation de l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou sont pleinement justifiées. Certains politiciens interfèrent beaucoup dans la vie de l’Église et s’efforcent de nous amener de leur côté, c’est-à-dire qu’ils veulent que nous devenions une partie de leur organisation politique et que nous nous occupions de politique, et, si nous le refusons, ils s’efforcent de nous ôter nos droits légitimes. C’est la raison pour laquelle de nouvelles lois sont promulguées comme, par exemple, la loi qui permet à chaque homme de décider lui-même à quelle Église il appartient. Chez nous, dans l’Église, on considère que les membres de celle-ci sont les gens qui la fréquentent assidûment, qui participent à la vie ecclésiale, qui jeûnent et communient régulièrement aux Saints Mystères du Christ – ce sont les membres de notre Église. Ceux qui viennent à l’Église une fois par an, et peut-être plus rarement, ne sont pas membres de notre Église. Selon la nouvelle loi, il est donné à la personne la possibilité de se déclarer membre de l’Église, c’est-à-dire que ce n’est pas l’Église qui détermine qui est membre de l’Église, mais n’importe qui peut dire : « Je suis membre de cette Église ! » Et en réalité, il n’est pas membre de l’Église, il n’en est pas membre d’après nos lois. En pervertissant ainsi la tradition orthodoxe, de nombreuses personnes qui en sont éloignées règlent le sort d’un bien ecclésiastique. Ils se rassemblent dans des salles de certains villages et votent pour s’approprier l’église appartenant à la structure canonique. Malheureusement, du point de vue du droit, on considère cela comme légitime, et c’est de cette façon, en réalité, que l’on saisit nos églises. Ce n’est pas correct, de cette façon on légalise la saisie des églises. Nous ne pouvons l’accepter. Il y a également une loi selon laquelle nous devons changer l’appellation de notre Église. Nous n’envisageons pas de le faire, nous ne changerons pas l’appellation de notre Église. Elle s’est toujours appelée Église orthodoxe d’Ukraine ; nous vivons sur le territoire de l’Ukraine, ce sont des Ukrainiens qui fréquentent nos églises, et elle s’appelle Église orthodoxe d’Ukraine. S’il y a un conflit entre certains politiciens ukrainiens et russes, l’Église n’en est pas responsable. L’Église orthodoxe en Russie est séparée de l’État, à l’instar de l’Église orthodoxe d’Ukraine ici. Dans le domaine religieux, nous sommes en communion, nous prions les uns pour les autres, nous nous préoccupons les uns des autres, et nous nous aidons mutuellement. C’est le testament que nous a donné le Christ, et nous l’accomplissons et l’accomplirons.

– Comment l’Église orthodoxe serbe, en tant que communion des hiérarques et du peuple fidèle, peut-elle aider l’Église orthodoxe sœur ukrainienne et son peuple fidèle ?

– Nous sommes reconnaissants à la hiérarchie de l’Église orthodoxe serbe de se préoccuper de notre Église, lui donnant son soutien canonique, en prière et en paroles. Bien entendu, nous demandons les armes les plus puissantes spirituellement, par lesquelles nous surmonterons toutes les épreuves et les tentations de ce monde : la prière et le jeûne. Nous vous demandons de ne pas nous oublier dans vos saintes prières.

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