Les femmes-apôtres ?

Dans les Actes, après avoir énuméré les noms des onze apôtres, Luc dit : Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, Mère de Jésus, et avec les frères de Jésus (Ac. 1:14). La mort et la résurrection de Jésus ont réuni ceux qui étaient liés à Lui de Son vivant en une seule communauté d’environ cent vingt personnes (Ac. 1:16). Cette communauté comprenait les apôtres, les parents de Jésus selon la chair, dont Sa Mère, et ces mêmes « certaines femmes » qui L’avaient assisté en Galilée.

Ces femmes ne sont plus mentionnées dans la suite du récit des Actes, et le premier discours de Pierre, bien qu’il soit prononcé en présence de femmes, commence par les mots Hommes frères (Ac. 1:16) adressés à des apôtres de sexe masculin.

Dans la science biblique contemporaine, l’opinion selon laquelle il y avait des femmes parmi les disciples de Jésus est très répandue. Richard Bauckham (Bauckham, R., Gospel Women: Studies of the Named Women in the Gospels), par exemple, considère que Jeanne était une femme apôtre.

Du fait de la similitude de consonance des deux noms, l’exégète identifie Jeanne à Junia que mentionne l’apôtre Paul :

Saluez Andronicus et Junia, mes parents et compagnons de captivité, qui jouissent d’une grande considération parmi les apôtres, et qui même ont été en Christ avant moi (Rm. 16:7).

La reconstitution du personnage de Jeanne-Junia entreprise par le Bauckham n’est pas dénuée de perspicacité, mais relève davantage de la fantaisie scientifique que d’une analyse des sources.

Les données fournies par les Évangiles ne permettent pas de conclure que la mission apostolique confiée par Jésus à douze hommes s’étendait également à quelque femme que ce soit.

Cependant, nous savons que par la suite, dans l’histoire de l’Église, certaines femmes ont reçu le titre d’« égales aux apôtres » et sont entrées comme telles dans le calendrier de l’Église. La première d’entre elles fut justement Marie de Magdala de laquelle Jésus avait chassé sept démons (Mc. 16:9). Parmi les femmes qualifiées d’« égales aux apôtres » on compte également l’impératrice et mère de l’empereur Constantin, Hélène (†327), sainte Nino, illuminatrice de la Géorgie (†335) ; sainte Olga (†969), la grand-mère du prince Vladimir qui a baptisé la Russie.

Aucune femme ne s’est vu confier le ministère sacramentel qui s’est transmis des apôtres aux générations suivantes d’évêques, et des évêques aux prêtres : cette ligne de succession a toujours concerné exclusivement les hommes. Cependant, les femmes ont pris part au ministère de la prédication et de la catéchèse.

Le rôle des femmes dans l’entourage de Jésus, quoi qu’en disent les chercheurs contemporains, correspondait dans l’ensemble à celui que jouaient les femmes dans la société israélite au temps de Jésus.

Les femmes étaient en retrait : elles étaient au service des hommes pendant que ces derniers s’occupaient d’affaires importantes. La communauté apostolique était une congrégation composée exclusivement d’hommes.

Mais si nous parlons de l’Église dans son ensemble, il convient de dire que dès l’étape primitive de son existence elle fut rejointe par des hommes et des femmes (Ac. 5:14 ; 8:12 ; 17:4, 12, 34). Et dès la première génération de chrétiens a résonné la parole de l’apôtre Paul, adressée à toute la communauté des disciples de Jésus :

Vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ (Ga. 3:27-28).

L’étude des femmes dans l’entourage de Jésus révèle leur rôle essentiel dans Son ministère, tout en mettant en lumière les distinctions entre leur fonction et celle des apôtres. Si elles n’ont pas été intégrées dans la mission apostolique de manière équivalente aux Douze, leur présence fidèle, leur soutien matériel et spirituel, ainsi que leur rôle après la résurrection de Jésus, montrent leur place unique dans l’histoire chrétienne. L’Église primitive a rapidement intégré des femmes parmi les premiers croyants, illustrant ainsi un principe d’universalité qui résonne encore aujourd’hui.

Cet article fait partie de la série basée sur les six volumes de Jésus-Christ. Vie et Enseignement par le métropolite Hilarion (Alfeyev). Retrouvez-nous chaque vendredi pour une nouvelle réflexion, ou procurez-vous le premier volume sur le site des Éditions des Syrtes.

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