Lettre pastorale pour la Pâque 2026 à tout le clergé, à la communauté monastique et à tous les fidèles de l’archevêché d’Europe occidentale.
Celui qui pénètre le mystère de la Résurrection apprend également le but pour lequel Dieu a créé toute chose dans le principe et pour l’éternité.
Saint Maxime le Confesseur, Ambigua
Très-Révérends et Révérends Pères,
Très-Révérendes Sœurs,
Frères et sœurs bien-aimés,
Le Christ est ressuscité !
Le fondement de notre foi chrétienne n’est ni une idée, ni une morale, ni une simple tradition, mais un fait : la Résurrection de notre Seigneur Jésus Christ. L’Apôtre Paul nous le dit clairement : Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et votre foi aussi (1 Co 15, 14). Or le Christ est ressuscité ! Et cette réalité change non seulement l’histoire, mais également la vie de chacun d’entre nous. La résurrection n’est pas un simple événement du passé, elle est le commencement d’une vie nouvelle. Par elle, Dieu ne se contente pas de nous révéler sa puissance, mais Il nous ouvre la voie vers cette vie nouvelle qu’Il ne nous impose pas, mais nous propose. Si quelqu’un est en Christ, il est une créature nouvelle ; les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles (2 Co 5, 17).
Nous vivons – peut-être sans nous en rendre pleinement compte, par oubli – dans l’ombre de la peur de la mort. Toutes nos inquiétudes, toutes nos angoisses, tous nos combats intérieurs sont, au fond, liés à cette peur. Mais la Résurrection du Christ vient précisément répondre à cette peur fondamentale. Je suis la Résurrection et la Vie ; celui qui croit en Moi, même s’il meurt, vivra, dit le Seigneur (Jn 11, 25). Ainsi, la mort n’est plus un mur, mais une porte ; elle n’est plus une fin, mais un passage, elle est notre pâque. Saint Jean Chrysostome exprime cette réalité avec une force singulière : « Que personne ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous en a délivrés »¹. À la lumière de la Résurrection, la mort n’est plus celle qui domine, mais qui est vaincue. Or la Résurrection n’est point afférente à la seule fin de notre vie, mais également au présent. Elle s’amorce dès ici-bas, dans notre cœur. Que de fois ne sommes-nous pas accablés par les difficultés, péchés et échecs ? Que de fois n’avons-nous pas l’impression de ne plus pouvoir aller de l’avant ? C’est alors que la Résurrection devient une réalité vivante : Dieu nous relève. Saint Athanase le Grand dit : « Dieu s’est lui-même fait homme, pour que nous soyons faits Dieu »² par la grâce. Cela signifie que notre vie est appelée à changer, c’est-à-dire à se renouveler, à s’illuminer, à se transfigurer. Le Seigneur a également mis ce renouveau en notre pouvoir, par l’intermédiaire des apôtres, puis par celui de l’évêque et du prêtre, renouveau qui devient réel et effectif par le pardon des péchés dans le sacrement de la Confession, doublé du sacrement de la Communion au Corps et au Sang du Christ ; par ces dons, nous sommes rendus participants de sa Résurrection et de son amour pour nous, amour qui est poussé jusqu’à la crucifixion et à la mort, par lesquelles Il nous restaure continûment.
La Résurrection constitue bien le fondement d’une vie nouvelle, d’une vie où l’homme ne vit plus seulement pour lui-même, mais en communion avec Dieu et avec son semblable.
Fidèles bien-aimés,
Pourtant, bien souvent, nous ne vivons pas cette réalité. Nous nous comportons comme si le Christ n’était pas ressuscité. Nous nous laissons submerger par la peur, le désespoir et les tracas. L’Évangile nous offre une image très évocatrice : les disciples Luc et Cléopas se rendent à Emmaüs, tristes et déçus, et le Christ se tient à leurs côtés, mais ils ne Le reconnaissent pas (Lc 24, 13-35). Cela reflète aussi un état dans lequel nous nous trouvons souvent vers le Christ, nous comprenons que la véritable puissance n’est pas la domination, mais le don de soi. Non pas l’égoïsme, mais l’amour. Non l’amour du pouvoir, mais la puissance de l’amour.
La Résurrection du Christ est le fondement de la vie nouvelle, car le Saint-Esprit Lui-même, qui rend témoignage au Christ et nous enseigne tout (cf. Jn 15, 26), nous offre une autre perspective sur le monde et sur la volonté de Dieu pour chaque homme, révélée dans son Fils. Nous ne vivons désormais plus seulement pour ce monde, mais pour le Royaume de Dieu. Notre cité est dans les cieux, nous dit le saint Apôtre Paul (Ph 3, 20). Cela ne signifie pas que nous fuyons le monde, mais que nous y vivons d’une autre manière, sous une autre lumière. Cela signifie que nous pouvons pardonner, même quand cela nous est difficile. Que nous pouvons aimer, même lorsque nous ne sommes pas aimés. Que nous pouvons avoir l’espérance même dans la souffrance. Car nous savons que la mort n’a pas le dernier mot. Le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort (1Co 5, 26). Telle est notre foi. Telle est notre force.
Fidèles bien-aimés,
Nous sommes appelés non seulement à dire : « Le Christ est ressuscité », mais également à manifester par notre vie que le Christ est vivant. Devenons des hommes de la Résurrection : c’est-à-dire des hommes de lumière, de paix – quand bien même les guerres frapperaient à nos portes –, de pardon, d’amour. Laissons la lumière de la Résurrection pénétrer nos âmes. Par les sacrements de l’Église, en particulier la Confession et la Communion au Corps et au Sang du Seigneur qui est notre Pâque véritable, cette Lumière vient guérir nos meurtrissures, nous relever de nos chutes, nous donner la force de reprendre sans cesse et sans nous décourager le chemin qui, tracé par le Christ, mène au salut. C’est alors que toute notre vie deviendra témoignage. Un témoignage que la mort a été vaincue, que les ténèbres ont été anéanties, que le Christ est vivant ! Et, parés de cette foi, de cette allégresse et de cette espérance, confessons de tout notre cœur la vérité salvatrice : Le Christ est ressuscité ! En vérité le Seigneur est ressuscité !
De votre serviteur et intercesseur auprès du Christ ressuscité,
† Joseph,
archevêque d’Europe occidentale
et métropolite d’Europe occidentale et méridionale
Paris, Pâque 2026.
¹ Homélie pour la Pâque.
² Sur l’Incarnation du Verbe, chap. 9, SC 199, Paris, Cerf 1973, p. 459.