Message du patriarche de Moscou Cyrille au patriarche de Constantinople Bartholomée au sujet de l’Ukraine
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« À Sa Sainteté le patriarche de Constantinople Bartholomée,

Votre Sainteté,
Avec profonde douleur, perplexité et indignation, j’ai lu votre lettre, dans laquelle vous m’informez des derniers actes de l’Église de Constantinople : l’entrée en communion de celle-ci avec les communautés non canoniques d’Ukraine ; «la révocation» de la gramota du Patriarche de Constantinople Denys IV, qui transférait la métropole de Kiev à la juridiction du Patriarcat de Moscou ; la tenue à Kiev d’un « concile local » des communautés non canoniques reçues en communion par vous ; l’élection par celles-ci du « primat de la nouvelle Église autocéphale d’Ukraine » ; l’intention, dans les prochains jours, d’octroyer le statut d’Église locale autocéphale à la communauté instituée par vous. La réunion des schismatiques avec l’Église eût été une grande joie, tant pour les orthodoxes d’Ukraine, que pour le monde orthodoxe entier, si cela s’était produit conformément aux prescriptions du droit canon, dans l’esprit de la paix et de l’amour du Christ. Mais le processus actuel, politicisé, d’unification forcée, est loin des normes et de l’esprit des saints canons. Il est accompagné d’un monstrueux mélange de mensonges et, maintenant déjà, de violences à l’égard de l’authentique Église orthodoxe d’Ukraine. Or, celle-ci est l’Église de millions de fidèles ukrainiens, que vous avez reconnue comme canonique durant toutes les années de votre ministère, jusqu’aux temps récents, alors que vous feignez maintenant qu’elle n’existe pas, et qu’il n’y a que des diocèses individuels qui reviennent sous votre omophore. Vos conseillers vous ont persuadé que l’épiscopat de l’Église orthodoxe d’Ukraine était soi-disant prêt à soutenir le projet politique des autorités de Kiev, qu’une partie importante, des dizaines, d’évêques canoniques attendaient prétendument votre bénédiction pour quitter leur Église. Je vous ai averti à plusieurs reprises que l’on vous induisait en erreur. Maintenant, vous pouvez vous en convaincre par vous-même. Au prétendu « Concile local » que vous avez convoqué, et qui était présidé par trois personnes – votre représentant [le métropolite de France Emmanuel, ndt], le « patriarche » imposteur (appelé maintenant « patriarche d’honneur ») [Philarète Denissenko, ndt] et le chef laïc du gouvernement ukrainien [Porochenko, ndt] – n’ont participé que deux des 90 évêques de l’Église orthodoxe d’Ukraine. Ce que vous appelez « Concile local » est devenu une assemblée de schismatiques sous le couvert de la sainte Église de Constantinople. Qu’est-ce que cela, sinon la légalisation du schisme ukrainien, que vous aviez promis publiquement de ne pas permettre ? Dans vos décisions, vous vous référez à la volonté du peuple orthodoxe d’Ukraine qui soi-disant demande l’immixtion de l’Église de Constantinople. Or, c’est précisément la volonté de l’écrasante majorité du clergé et des fidèles, des gens qui ont l’authentique esprit d’Église en Ukraine, qui a incité l’épiscopat de l’Église orthodoxe d’Ukraine à ne pas répondre à vos invitations et à refuser de participer au soi-disant « concile de réunification » du schisme ukrainien. Des deux évêques de l’Église orthodoxe d’Ukraine mentionnés pas vous, que vous avez reçus dans votre juridiction au mépris des canons, un seul était évêque diocésain [le métropolite Syméon, ndt]. Mais le clergé et les fidèles de son diocèse n’ont pas accepté son acte. Après que le métropolite Syméon ait été à juste titre interdit a divinis par le Synode de l’Église orthodoxe d’Ukraine, tous les monastères du diocèse de Vinnitsia et l’écrasante majorité de ses paroisses avec leur clergé sont restés soumis au nouvel archevêque de Vinnitsia et Bar Barsanuphe. Actuellement, les autorités locales exercent une pression sur le clergé du diocèse, menacent les prêtres de répression, mais le clergé, les moines et moniales ainsi que les fidèles ne souhaitent pas se trouver en communion avec un hiérarque qui les a trahis eux-mêmes et leur Église. Le métropolite Alexandre, mentionné par vous, est également interdit a divinis par le Synode de Kiev, et n’avait sous son autorité qu’une seule église : dans sa communauté a surgi un conflit, tandis que le clergé de l’église, dans sa majorité, a refusé de concélébré avec le hiérarche déchu. La décision de principe des hiérarques de l’Église orthodoxe d’Ukraine de refuser de participer au pseudo-concile réuni par vous, s’explique non pas par une mythique « pression de Moscou » – laquelle dans les conditions politiques données serait impossible – mais par l’unité des archipasteurs avec leur clergé et leurs fidèles. Ni l’immixtion flagrante des autorités ukrainiennes dans la vie interne de l’Église, ni la pression gouvernementale qui s’est manifestée à maintes reprises durant les derniers mois et qui augmente, ne sauraient entamer une telle unité. On ne peut abolir celle-ci d’un seul coup de crayon. Dans votre lettre, vous entreprenez la tentative de réviser le sens d’une série de documents signés en 1686 par votre prédécesseur le patriarche Denys IV et le Saint-Synode de l’Église de Constantinople. Il n’y eut pas, au cours de centaines d’années, de différends entre nos Églises quant au contenu de ces documents historiques. Et maintenant, vous déclarez « la révocation» de la gramota patriarcale et synodale, étant donné que « les conditions externes ont changé ». Je vous avais proposé une discussion sur cette question à l’aide d’historiens, de théologiens et de spécialistes du droit canon faisant autorité. Vous avez refusé, en arguant du manque de temps. Je ne peux qu’exprimer le regret que vos décisions, destructrices pour l’unité commune ecclésiale, dépendent à ce point des faits « extérieurs », c’est-à-dire des conditions politiques, ce que vous ne craignez pas de déclarer ouvertement. Votre lettre contient la répétion usuelle des affirmations fort controversées sur « la reponsabilité exclusive d’octroyer l’autocéphalie » prétendument dévolue à l’Église de Constantinople et sur le droit de recevoir les appels des autres Églises locales, conformément « au contenu spirituel » des canons 9 et 17 du Concile de Chalcédoine. Toute une série d’objections émanant des commentateurs du droit canon faisant autorité vont à l’encontre de votre compréhension des droits d’appel au Trône de Constantinople. C’est ainsi que le remarquable canoniste byzantin, Jean Zonaras, écrit : « Le [Patriarche] de Constantinople est reconnu juge, en général, non sur tous les métropolites, mais seulement sur ceux qui lui sont soumis. Car les métropolites de Syrie, de Palestine, de Phénicie, d’Égypte, ne sont pas justiciables, contre leur volonté, de son jugement. En effet, les Syriens sont soumis au jugement du Patriarche d’Antioche, les Palestiniens, au jugement du Patriarche de Jérusalem, et les Égyptiens, au jugement du Patriarche d’Alexandrie, par lequel ils sont ordonnés et duquel ils dépendent». Les Églises locales orthodoxes contemporaines ne vous reconnaissent pas non plus un tel privilège. Mais en vous appropriant ainsi illégalement un tel droit, vous n’avez pas même pris la peine d’observer les normes canoniques définissant les actions de la partie recevant l’appel. C’est un fait connu que Michel Denissenko [le soi-disant « patriarche de Kiev », ndt] a continué son ministère après les sanctions ecclésiastiques l’ayant frappé et son excommunication de l’Église, ce par quoi il s’est privé du droit d’appel et, conformément aux normes fondamentales du droit canon, il s’est condamné lui-même. Vous aviez exprimé votre accord au sujet de la destitution de Denissenko, bien qu’à ce moment vous ayez déjà reçu son appel. Dans une lettre au Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis II du 31 août 1992, vous aviez déclaré : « Notre Sainte Grande Église du Christ, reconnaissant, concernant cette question, la plénitude de la compétence exclusive de Votre très sainte Église russe, accepte la décision synodale au sujet de ce qui est susmentionné, ne souhaitant créer aucune difficulté à Votre Église-sœur ». Le Saint-Synode de l’Église de Constantinople n’a pas pris en considération les multiples problèmes de succession canonique et de moralité des « hiérarques » reçus en communion. Et ce malgré le fait qu’auparavant, l’Église de Constantinople avait reconnu l’importance de la résolution de ces questions pour remédier au schisme ukrainien et qu’elle avait reçu à ce sujet l’information nécessaire au cours des discussions des délégations de nos Églises. Une telle précipitation et un tel manque de réflexion dans l’examen de l’appel des schismatiques ukrainiens sont témoignés par le fait que, par la décision de votre Synode, a été « rétabli » dans le rang épiscopal Macaire Maletitch [ancien primat de « l’Église autocéphale d’Ukraine » schismatique, ndt]. Dans les gramota patriarcales officielles, vous le nommez « ancien métropolite de Lvov », et en cette qualité, il était présent au prétendu « concile de réunification ». Or, Macaire Maletitch a rejoint le schisme en tant que prêtre de l’Église canonique, et il n’a jamais reçu de sacre épiscopal canonique. Son « sacre » de même que les « sacres » d’une partie importante de son « épiscopat » de la soi-disant « Église orthodoxe autocéphale d’Ukraine » reçue en communion par l’Église de Constantinople, remontent par ses prédécesseurs à un évêque réduit à l’état laïc qui a accompli ces « ordinations » avec l’imposteur Victor Tchekaline, ex-diacre de l’Église orthodoxe russe qui n’a même jamais reçu l’ordination sacerdotale. La réception dans la communion de l’Église de telles personnes, sans examen des circonstances mentionnées, sape la succession canonique et amène à des conséquences graves et destructives pour toute l’Orthodoxie mondiale. Pendant des siècles, l’Église russe a été profondément reconnaissante à la sainte Église de Constantinople pour son apport à l’édification de l’Orthodoxie mondiale, son rôle dans l’illumination chrétienne de la Rus’ païenne, pour son aide dans le développement des traditions du monachisme et de l’instruction spirituelle. Mais maintenant, nos fidèles, tant en Ukraine que dans les autres pays, sont amèrement déçus par le fait que l’Église-Mère historique n’écoute pas leurs voix. Des centaines de milliers de signatures de fidèles ukrainiens en soutien à l’Église orthodoxe d’Ukraine, demandant de ne pas saper son unité, sont parvenues à votre résidence. Le pouvoir ukrainien a tenté d’empêcher la remise de ces lettres et vous, vous les avez ignorées. Et maintenant, vous ne voulez pas entendre la voix de l’Église orthodoxe d’Ukraine qui se tient sur le seuil de nouvelles et graves épreuves. Maintenant déjà, des archipasteurs et des clercs en Ukraine sont convoqués à des interrogatoires sous des prétextes fallacieux, des chantages sont exercés sur eux, leurs proches sont menacés, des perquisitions sont opérées dans leurs églises et leurs domiciles, des pressions sont exercées sur leurs familles et enfants. Il y a quelques jours, une loi est entrée en vigueur, dont le but est de priver l’Église orthodoxe d’Ukraine de son nom, afin de s’emparer par la violence de ses églises sous l’apparence « d’un transfert volontaire de communautés ». Est-ce ainsi que vous voyez l’union des orthodoxes d’Ukraine ? J’avais parlé avec vous en tête-à-tête, et aussi en présence de quelques témoins. Maintenant, lorsque tous ces plans sont réalisés en grande partie, je m’adresse à vous, peut-être pour la dernière fois, face à toute l’Église orthodoxe. En agissant ainsi, guidé par le commandement de notre Seigneur Jésus-Christ : « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. Mais, s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l’affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Église; et s’il refuse aussi d’écouter l’Église, qu’il soit pour toi comme un païen et un publicain » (Matth. XVIII, 15-17). Les diptyques des très saints Patriarches de Constantinople comptent des dizaines de noms de grand théologiens, ascètes et maîtres de la piété. Les saints Grégoire le Théologien, Jean Chrysostome, Procle, Flavien le Confesseur, Jean IV le Jeûneur, Taraise, Méthode, Photius et de de nombreux autres, ont glorifié par leur ministère la très Sainte Église de Constantinople. Mais il y avait aussi ceux qui l’ont déshonorée. N’inscrivez pas votre nom jusqu’ici respecté avec de tels évêques peu glorieux de Constantinople comme Nestorius, les iconoclastes Anastase, Jean VII et Théodote, les uniates Joseph II, Métrophane II le Matricide et Grégoire III Mammas. Abandonnez maintenant la communion avec les schismatiques, renoncez à la participation à l’aventure politique de leur légalisation. Et alors, l’authentique Église orthodoxe d’Ukraine avec, à sa tête, Sa Béatitude le métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine Onuphre vous bénira, tandis que l’histoire vous gardera dans sa mémoire au nombre des hiérarques du Trône de Constantinople qui, dans les circonstances politiques les plus difficiles, ont su ne pas compromettre la dignité de l’Église et préserver son unité. Si vous agissez conformément aux intentions exposées dans votre lettre, vous perdrez pour toujours la possibilité de servir à l’unité des saintes Églises de Dieu, vous cesserez d’être le Premier dans le monde orthodoxe, qui compte des centaines de millions de fidèles, alors que les souffrances que vous aurez causées aux orthodoxes ukrainiens vous suivront au Jugement redoutable du Seigneur impartial et elles témoigneront contre vous devant Lui. Je prie de tout cœur que cela ne se produise pas. Il n’est pas encore trop tard pour s’arrêter.

+ Cyrille, patriarche de Moscou et de toute la Russie ».

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