Métropolite Épiphane : « L’État russe fait tout pour empêcher notre évolution ». « Je me suis entretenu avec Pompeo ; en effet, l’aide de nos partenaires étrangers occidentaux est décisive, car l’Église soutient la marche de l’Ukraine vers l’Union européenne et l’Otan ».

Métropolite Épiphane : « C’est le privilège du patriarche œcuménique Bartholomée d’accorder l’autocéphalie »
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Le site internet  grec Prothema.gr a mis en ligne une interview avec le métropolite Épiphane de la nouvelle Église orthodoxe en Ukraine dans laquelle il donne son analyse de la situation en Ukraine, un an après l’octroi de l’autocéphalie par le Patriarcat de Constantinople.

Béatitude, qu’est ce qui a changé pour la nouvelle Église ukrainienne autocéphale et vous-même en tant que premier responsable, un an après la proclamation de l’autocéphalie et votre élection comme primat ?
Ce fut une année difficile mais nous sommes parvenus à maintenir l’unité. En outre, après l’octroi de l’autocéphalie du patriatcat œcuménique nous avons été reconnus par deux autres Eglises (de Grèce et du patriarcat d’Alexandrie) et à l’intérieur le nombre de nos adeptes augmente et nous obtenons davantage de prestige et de soutien de la part du peuple ukrainien. 72 % des Ukrainiens se considèrent comme chrétiens orthodoxes et 52 % soutiennent la nouvelle Église autocéphale.  


Parmi ces derniers, seuls 13 % appartiennent à l’Église du Patriarcat de Moscou qui agit sur le territoire de l’Ukraine. Cela est important car trois branches de l’orthodoxie qui existaient auparavant sont réunies. Nous étions différents avant le concile d’union : nous n’avions pas de contacts entre nous et en une année nous nous sommes unis et sommes devenu une seule communauté. Mais une seule année, c’est bien peu pour l’Église. L’Église est une institution conservatrice et certains événements évoluent durant des siècles, mais le plus important c’est que nous avons préservé l’unité, car beaucoup -et surtout notre voisin du nord- disaient que l’Église ne parviendrait pas à se consolider.

L’autocéphalie de l’Église ukrainienne a été caractérisée comme moment historique, également dans le sens d’un éloignement par rapport à la Russie. Comment voyez-vous les nouvelles perspectives qui s’ouvrent ?

Nous, nous nous sommes éloignés de l’Église russe depuis trente ans. L’an dernier, nous avons fêté les trente années du cheminement de l’Église ukrainienne. Le début se situe en 1989. Durant toute cette période, nous avons ressenti l’animosité de la part de l’Église russe.

Durant l’année qui s’est écoulée, 600 paroisses sont entrées dans le giron de la nouvelle Église dUkraine. Et selon des recherches sociologiques, la plupart des Ukrainiens soutiennent l’Église nouvellement établie. Notre mot d’ordre est de construire une Église ouverte à tous afin d’unir tous les Ukrainiens et d’attirer aussi ceux qui disent qu’ils sont croyants mais non pratiquants. Donc, le combat se poursuit et se poursuivra. Quant aux régions de l’Est, nous avons à faire à une guerre non déclarée. Nous constatons que la Russie ne veut pas abandonner l’Église qui se trouve sur le territoire de l’Ukraine et via cette Église ils (les Russes NdT) influencent considérablement la société ukrainienne.

Nous voyons souvent des gestes de fureur de la part de Moscou. A ce propos, le président  Poutine fait des déclarations, tandis que certains prêtres ukrainiens demeurent fidèles au patriarcat de Moscou. Comment traitez-vous la question ?

Même après l’octroi de l’autocéphalie, Poutine a convoqué le Conseil de Défense nationale. Actuellement, l’État russe, en la personne de l’Église russe, fait tout pour empêcher notre évolution. Nous le voyons avec les tentatives d’empêcher d’autres Églises de nous reconnaître et les autres Églises en sont aujourd’hui témoin. Mais malgré toutes ces pressions la vérité vaincra. Nous voulons notre propre État indépendant et notre Église locale indépendante autocéphale, à l’instar de la Grèce qui a sa propre Église. C’est ce que nous voulons nous aussi.

Avant-hier, vous avez à nouveau rencontré Mike Pompeo, ministre des Affaires étrangères des États-Unis. Je sais qu’il vous a déjà honoré pour les droits de l’homme et la défense des libertés religieuses. La question des violations des libertés religieuses vous préoccupe. Pouvez-vous ajouter quelque chose relativement à cette rencontre ?

Nous avons déjà une « histoire » avec Pompeo. Lorsque je suis allé aux États-Unis en octobre 2019 j’ai rencontré Pompeo et à présent nous avons eu une nouvelle rencontre à Kiev. Les États-Unis soutiennent l’intégrité territoriale de l’Ukraine et il est manifeste que les États-Unis soutiennent les droits de l’homme dans toute l’Ukraine et surtout en Crimée et dans les parties occupée du Donbas. Nous constatons non seulement une violation mais ils ont complètement expulsé l’Église d’Ukraine de ces endroits. L’Europe et l’Amérique peuvent influencer ces procédures via des sanctions.

De manière générale, chaque orthodoxe ukrainien a le droit de choisir l’Église qu’il veut suivre. D’après la Constitution, chacun peut choisir le centre religieux auquel il veut appartenir.  

Selon la législation, La Russie est reconnue comme pays occupant et dès lors ladite Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou, qui agit doit changer de dénomination et de statut légal car Moscou est leur centre religieux. Pour cette raison, Pompeo a insisté sur les efforts pour s’opposer à l’intervention de la Russie et félicité l’Ukraine et son président pour la reconnaissance de la part de l’Église de Grèce et du Patriarcat d’Alexandrie. Il a affirmé que l’Amérique fera en sorte de contrer l’intervention de la Russie dans les affaires ecclésiastiques internes de l’Ukraine. Pour nous, actuellement, l’aide de nos partenaires étrangers d’Occident est décisive car l’Église soutient la marche de l’Ukraine vers l’Union européenne et l’Otan.

Le patriarche œcuménique Bartholomée a qualifié l’autocéphalie de l’Église ukrainienne de demande légitime et l’Église de Grèce a reconnu l’autocéphalie. Certaines Églises orthodoxes hésitent à faire le pas. Quel message adresseriez-vous à ces Églises ? Considérez-vous qu’elles ont quelque chose à voir avec votre position à leur égard ou mettent-elles en cause le droit du Patriarcat œcuménique d’accorder l’autocéphalie ?

C’est le privilège du patriarche œcuménique Bartholomée d’accorder l’autocéphalie. Historiquement, l’Ukraine constitue un territoire canonique du Patriarcat œcuménique. Le patriarche œcuménique Bartholomée a exercé ce droit, tout comme ses prédécesseurs l’ont fait en faveur d’autres Églises en accordant l’autocéphalie aux Églises de Grèce, de Bulgarie, de Roumanie, de Serbie, de Géorgie et de Russie. Dès lors, les Églises qui un jour la reçurent du patriarcat œcuménique renient aujourd’hui leur propre autocéphalie qu’ils ont reçue pour les mêmes raisons et selon la même procédure.

Peu de temps a passé et déjà deux Églises nous ont reconnus, l’Église de Grèce et le patriarcat d’Alexandrie, et nous nous attendons à ce que d’autres fassent de même.

Quelle est votre sentiment à l’égard du métropolite Onuphre ?

Onuphre est le métropolite de l’Église russe, il fait partie de l’Église russe, mais dans l’annuaire du patriarcat œcuménique pour l’année 2019 il est simplement mentionné comme « à Kiev ».  Nous ne sommes pas contre une certaine présence, sur le territoire de l’Ukraine, de l’Église russe sous une certaine forme, métropole ou exarchat. Les Russes qui vivent en Ukraine ont le droit de pratiquer leur foi. Quant à nous, en tout cas, nous soutenons dans l’amour ce qui se passe et doit se passer. Car à la fin du compte nous nous unirons dans une seule Église et il convient que nous réduisions le fossé.

Quel message adressez-vous aux croyants qui n’ont pas encore intégré la nouvelle Église autocéphale ?

Notre leitmotiv est que les portes de l’Église et de notre cœur sont ouvertes à tous.

Vous parlez très bien le grec et vous avez des publications dans des revues et des pages électroniques en Grèce et en Ukraine. Voulez-vous dire autre chose ?

Je ne parle pas bien le grec. Durant une certaine période, je me suis occupé de journalisme et lorsque j’ai été diplômé de l’Académie j’ai enseigné dans divers établissements théologiques, j’étais membres de l’Union des journalistes ukrainiens et secrétaire de presse en province. Je me sens très proche de la tradition grecque. Au séminaire mais lors de semestres d’études à Athènes, j’ai d’abord étudié le grec ancien et ensuite j’ai appris par moi-même le grec moderne. La Grèce est pour nous le pays le plus proche, dès lors il n’est aucunement surprenant que la première Église qui nous a reconnus est l’Église grecque et nous sommes reconnaissants à l’archevêque Jérôme et à la hiérarchie grecque. J’espère que c’est en Grèce et le plus tôt possible durant cette année que je ferai ma première visite officielle.

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