« Prière pascale », par Mgr Georges Khodr
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Cette prière a été écrite en arabe par Mgr Georges Khodr. Elle est parue dans l’hebdomadaire An Nahar. Elle a été traduite en français par Raymond Rizk cette année. Avec la bénédiction de Mgr Georges, il est le traducteur de la plupart de ses articles et homélies.

Ô doux Jésus

Toi seul qui es libre des liens de la mort,

Toi seul, « Image de Dieu invisible, Premier-né de toute créature » !

Toi seul, par et pour qui « tout a été créé… et en qui tout subsiste » !

Donne-moi de Te contempler, aujourd’hui, en Ta glorieuse victoire !

Toi seul, que le Père a élevé de la mort vers Lui, et fait asseoir à Sa Droite comme le Seigneur du temps « ne cache pas loin de moi Ta face, car je serai comme ceux qui descendent à la fosse » !

Par Toi seul, j’ai compris que je ne suis pas condamné à vivre dans la détresse, car Tu peux me libérer de mes péchés !

Tu m’as fait réaliser que la divinité fait Sa demeure en moi, en mon corps même, qu’Elle s’offre à moi par l’amour, non point par des commandements. Qu’Elle est en moi, et non dans un ciel quelconque, ni dans aucune des quatre dimensions. Qu’Elle n’est même pas au plus profond de mon désir. Elle est ici et maintenant. Elle ne s’élève au-dessus de mon âme que pour mieux y rester, pour mieux la purifier, la faire gagner en profondeur et la faire demeurer dans le Royaume !

Avant Toi, nous pensions que Dieu était loin de nous, qu’Il était dans un hypothétique en haut !

Qu’Il habitait le tonnerre !

Qu’Il était une indomptable énergie, un arbitre entre des puissances obscures !

Qu’Il était une sorte de conquérant exerçant Son pouvoir sur des innocents !

Qu’Il se complaisait à soumettre les puissants et tous ceux qu’ils opprimaient !

Nous croyions qu’Il enrichissait certains et en appauvrissait d’autres !

Qu’Il distribuait maladies, opprobres, servitudes et calamités, rien que pour affirmer Sa toute-puissance !

Nous allions même jusqu’à dire qu’Il donnait indifféremment la vie et la mort, et que rien ne Lui échappait !

Qu’Il gardait le registre des péchés de tous les hommes !

Qu’Il punissait sans distinction nouveau-nés et criminels !

Les enfants le craignaient comme un loup-garou. Il était, pour eux, non seulement un méchant loup, mais aussi un super gendarme, légitimant à Sa guise la seigneurie des uns et l’esclavage des autres !

Contrôlant tout, ce Dieu nous apparaissait comme tenant dans Ses mains les fils de marionnettes que nous sommes, dans un théâtre qui n’était autre que le monde, qu’Il avait créé simplement pour Le divertir et L’amuser !

Ce Dieu, régi par la passion du pouvoir, ne pouvait traiter qu’avec ceux qui détenaient une puissance égale à la Sienne. Il n’avait donc que faire des simples mortels, comme nous ! De même, ceux qui l’égalaient en richesse devaient forcément être plus riches que nous, les pauvres ! Nous n’avions donc aucun accès à Lui !

Nous pensions aussi que ce Dieu nous interdisait toute joie, comme si la joie des autres le vexait, comme si elle amoindrissait Sa propre félicité !

Avec Lui, les cieux étaient loin, comme fermés ! Or, nous n’avions que faire des cieux qui seraient clos ! D’ailleurs, cela ne nous aurait guère avancés, s’ils se faisaient plus proches, car ils restaient toujours loin de nous, en dehors de notre âme attristée ! Si le Dieu des cieux se contentait de nous regarder de loin ou de haut, nous n’avions que faire de Lui !

Puis, on nous a dit que ce Dieu parlait, mais que Ses paroles étaient comme autant d’épées au-dessus de nos têtes ! Il nous fallait les comprendre au risque d’être fermés à jamais à tout entendement ! Cela n’était guère facile, car si nous arrivions à en saisir quelques-unes, nous sentions qu’il nous était impossible d’obéir et de les appliquer ! Ces paroles s’avéraient n’être donc qu’un moyen de plus pour nous rappeler note détresse et nous faire réaliser que nous étions dans une grande prison ! Ces paroles semblaient donc servir seulement à nous faire mieux comprendre que nous étions irrémédiablement dans une vallée de larmes, où personne ne pouvait nous essuyer les yeux, car une fois nos yeux essuyés, nous serions amenés à pleurer à nouveau !

Il ne nous restait donc d’autre choix que d’essayer de faire au mieux avec notre corps, compagnon d’infortune ! Puisque nous allions mourir demain, autant manger et boire à satiété ! Autant nous complaire des belles choses de la vie ! Autant tenter de nous en enrichir ! Autant rire afin d’éloigner la mort ! Autant faire montre d’autorité sur les autres pour nous donner l’impression de fuir la mort !

Nous faisions tout cela, avant Ta venue !

Tu es venu enfin, dans les entrailles d’une femme, pour nous faire comprendre que le corps, malgré sa détresse, pouvait être un temple pour Toi, que l’homme pouvait devenir Ta demeure et son cœur Te servir de trône !

Tu nous as dit que Dieu n’est ni en haut ni en bas, mais que Tu es, Toi-même, ici-bas, avec nous, et non pas seulement à nos côtés !

Avant Toi, il y avait des paroles et des livres. Quand à Toi, Tu es l’unique Parole de Dieu !

En Toi seul ont afflué toutes les paroles prononcées avant Toi, et qui venaient de Toi, ainsi que celles qui ont été dites après Toi !

Tu es devenu la liberté de l’esclave, la joie de l’opprimé, la santé du malade, la beauté du répugnant, l’ouïe du malentendant, la voix du muet, la lumière de l’aveugle, le soutien du paralysé et la jeunesse du vieillard !

Tu es devenu l’espace de toute vie ! En Toi, hommes et femmes jouissent d’une même dignité, lettrés et ignorants d’une même connaissance, et l’étranger devient un proche !

Se découvrant Tes bien-aimés, les pauvres T’ont aimé à leur tour ! Par Toi seul ils ont pu se défaire de l’envie, car ils ont su que Tu es venu pour inaugurer le royaume des pauvres !

Quant à ceux qui se sont fourvoyés dans la folie de leur cœur, Tu leur as révélé, qu’en aimant, ils pouvaient devenir blancs comme neige à Tes yeux ! Et qu’en leur pardonnant, Tu les rendais proches de Ton Père !

Tu as donné à Dieu un Nom au-dessus de tout nom, le beau nom de Père ! Les hommes ont alors réalisé qu’ils n’étaient plus des esclaves, ni même des serviteurs, mais qu’ils avaient, en tant que fils, une privauté auprès de Lui ! Or celui qui a une privauté gagne en assurance ! Celui qui gagne de l’assurance se permet de s’asseoir sur le Trône de Dieu !

En acceptant d’aimer, l’homme est devenu, par Toi, semblable à Dieu ! Quand le ciel découvrit que Tu avais choisi de faire de la terre Ta demeure, il nous rendit possible d’en déchirer le voile et de le prendre d’assaut !

Tu es devenu notre compagnon de route ! Tu as vécu avec nous, sans que nos faiblesses rejaillissent sur Toi ! Tu as compati à nos misères et T’es penché sur nous jusqu’à nous laver les pieds !

Tu nous as appris que Ta grandeur est dans Ton humilité, l’humilité la plus extrême ! Tu as sévi seulement envers les menteurs et les orgueilleux ! Pourtant, Tu ne les as même pas jugés ! Ils se sont jugés eux-mêmes, en préférant les ténèbres à la lumière ! Tu nous as dit toute notre vérité, tout en restant compatissant ! Tu nous as aimés, en Ton abaissement, pour nous donner l’existence ! Tu as été, à chaque instant de Ta vie parmi nous, lumineux et miséricordieux à la fois, pour ne pas nous laisser d’excuse à ne pas Te suivre !

Pourtant, ayant préféré s’enfouir dans leurs ténèbres, Tes détracteurs n’ont pas pu supporter la lumière et T’ont conduit à la mort ! Ils ont cru qu’ils en finiraient ainsi avec Toi et en sortiraient indemnes ! En fait, ils se sont éliminés eux-mêmes, en faisant de Toi, à travers les siècles, l’image de tous les opprimés de la terre, et le symbole de tous ceux qui rejettent l’oppression ! Quand ils T’ont percé le flanc d’une lance, Tu as continué à les aimer et Tu leur as même pardonné ! Tu nous as fait ainsi comprendre, qu’en Toi, l’amour des ennemis était devenu possible !

En cela, Tu as dominé l’univers ! Personne n’est capable d’amour s’il ne vient, d’une façon ou d’une autre, de Toi ! N’est capable de pardon à l’infini, que celui qui vit de Ton Esprit ! Ne peut dire des paroles lumineuses que celui dont Tu as touché le cœur, jusqu’à ce qu’il se consume dans Ton amour ! Tu es l’unique inventeur de l’Amour, qui n’existait pas avant Toi !

Nous parcourons cieux et terres à la recherche de recettes pour guérir nos âmes et ne trouvons autour de nous que lois, institutions et arrangements à la mesure de l’homme, limités comme lui, futiles comme lui ! Nous restons sur notre soif jusqu’à ce que les sources jaillissent de Toi !

Tu es mort pour nous faire réaliser que Dieu Lui-même, s’Il ne s’abaisse, ne peut aider l’homme ! Qu’il n’y a, pour nous, d’accès possible au ciel, si Dieu ne demeure, Lui-même, en nous !

Avant Ta venue, notre esprit tournait autour de vues sur le Seigneur, non pas autour du Seigneur Lui-même ! Au mieux, nous parvenions à nous plier à des lois ! Avant que Tu n’aies dit que la norme, la source et la lumière résident en celui qui aime jusqu’à la mort, notre esprit n’était pas capable de se transfigurer pour devenir lui-même la loi !

Tu pouvais ne pas venir ici-bas ! Tu pouvais ne pas mourir ! Nous aurions été au mieux dans une sorte d’éblouissement aveugle face à Dieu ! Nous auraient manqués les miracles et la sagesse ! Mais, tout cela n’aurait pas représenté la vie nouvelle !

Tu es venu pour être notre vie, non pour nous faire entendre des paroles sur la vie ! Tu es venu pour nous apporter le pardon même, non la promesse du pardon ! Tu es venu pour ancrer en nous les vertus, non pour nous pousser simplement à les désirer ! Tu as accepté la Croix pour rendre tout cela possible ! Par Ta mort même, Tu nous as parlé ! La finalité de Ta parole était dans Ta mort !

Chacun d’entre nous est maintenant capable de devenir parole de vie, car Tu as donné à chacun de se transformer en lumière ! Le troisième jour après la Crucifixion, Tu as été entièrement habillé de lumière ! Ce qui était déjà en Toi, est apparu soudainement à Tes aimés, éliminant la matérialité que Tu avais assumée ! Tu as ainsi piétiné la mort et en es sorti vainqueur ! Depuis, nous Te reconnaissons dans les marques de Ta victoire que Tu as fait rejaillir sur nous !

Toi, le seul libéré d’entre les morts ! Depuis que Tu es parti dans Ta lumière vers la lumière du Père, assis dans la gloire à tout jamais, nous sommes entrés dans le Royaume de l’espérance, car « il ne reste plus de morts dans les tombeaux » !

Tu as anéanti les tombeaux à tout jamais ! Toi, notre roi pour tous les siècles, Tu nous vivifies par le moindre éclat de Tes yeux !

Monseigneur Georges Khodr

14 avril 1996

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