20/10/2017
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Recension : Olga Lossky "Vers le jour sans déclin. Une vie d'Élisabeth Behr-Sigel (1907-2005)"

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Olga Lossky, Vers le jour sans déclin. Une vie d’Élisabeth Behr-Sigel (1907-2005), Éditions du Cerf, Paris, 2007, 464 pages, Collection « L’Histoire à vif ».

Élisabeth Behr-Sigel, décédée en 2005 à l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans, a joué pendant près de cinquante ans un rôle important dans la vie de l’Église orthodoxe en France, et son rayonnement s’est étendue bien au-delà de nos frontières, grâce notamment à la réflexion, peu courante dans le monde orthodoxe, sur la place de la femme dans l’Église, qu’elle diffusa par sa participation à de nombreux colloques internationaux et de multiples publications.
Olga Lossky a fourni un gros travail pour réaliser sa volumineuse biographie qui vient de paraître aux éditions du Cerf, non seulement en mettant en forme les souvenirs qu’elle a recueillis auprès d’E. B.-S. presque chaque samedi de la dernière année de sa vie, mais aussi en dépouillant son abondante correspondance et en interrogeant ses parents et ses proches. Le résultat est passionnant. On peut seulement reprocher à l’auteur certaines longueurs et quelques excursus peu utiles, ainsi que  certaines considérations relevant de la vie strictement personnelle d’E. B.-S qu’il eût été préférable de ne pas mentionner au nom du respect de son intimité. Nous avons noté aussi quelques oublis, mais l’ouvrage est globalement remarquablement informé.
Le volume comporte quatre parties qui correspondent à quatre étapes bien distinctes de la vie d’E. B.-S.

La première concerne « les rencontres formatrices » (1907-1932). Y sont décrites : les origines familiales, protestantes et juives, l’enfance et l’adolescence en Alsace, les études à la faculté de théologie protestante de Strasbourg entrecoupées d’une année d’études à Paris, la découverte de l’Église orthodoxe grâce à des étudiants russes puis à la rencontre du P. Serge Boulgakov et du P. Lev Gillet, la réception dans l’Église orthodoxe par chrismation le 13 décembre 1929, et, après un stage de formation dans une paroisse protestante, la prise de fonction de pasteur desservant la paroisse luthérienne de Villé-Climont en 1932. E. B.-S. se trouvait alors dans une situation analogue à celle de celui qui était déjà son père spirituel, le P. Lev Gillet qui, comme elle le dit maintes fois dans la biographie qu’elle lui a consacrée et comme lui-même se plaisait  à le répéter (voir ici encore p. 231), était entré dans la communion de l’Église orthodoxe sans jamais avoir cessé d’être catholique.
La deuxième période est celle des années passées à Nancy (1933-1969) où son mari André Behr avait trouvé un emploi. Ce sont, surtout après la guerre, des années difficiles tant sur le plan matériel (où E. B.-S., obligée de compléter les ressources du foyer, s’engage dans l’Éducation nationale sans parvenir à y trouver un emploi stable) que sur le plan familial (en raison de l’état de santé de son mari) et liturgique (la paroisse orthodoxe de Nancy étant peu desservie). E. B.-S. trouve un soutien dans le groupe œcuménique local, dans les voyages qu’elle fait, autant qu’elle peut, à Paris, dans sa participation aux réunions annuelles du Fellowship of St Alban and St Sergius en Angleterre, et dans une abondante correspondance avec le P. Lev Gillet. Sur le plan éditorial, elle publie « Prière et sainteté dans l’Église russe », le mémoire de maîtrise, largement inspiré des travaux de Fédotov, qu’elle a soutenue à l’issue de ses études à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, et qui reste jusqu’à ce jour l’une des meilleures introduction à la spiritualité de l’Église russe en ses formes variées. Elle publie aussi un excellent article sur la prière de Jésus, dont la biographe nous révèle qu’il fut alimenté par une pratique intense de cette prière par E. B.-S. à un moment particulièrement difficile de son existence. À partir de 1959 où la revue « Contacts » connaît un changement d’orientation sous l’égide d’O. Clément, E. B.-S., qui participe à sa refondation, y collabore d’une manière régulière par des articles et de nombreuses recensions.
La troisième période (1969-1980) est celle de l’installation d’E. B.-S. à Paris après le décès de son mari. E. B.-S. poursuit sa collaboration intense à la revue « Contacts », s’investit dans la vie de la paroisse francophone de la Crypte de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, contribue à la fondation  et à l’animation de la Fraternité orthodoxe (qui milite à travers ses médias, Contacts et le S.O.P., et à travers l’organisation régulière de congrès, à la fois pour la fondation d’une Église orthodoxe locale et pour l’effacement des frontières entre les différentes confessions chrétiennes), et inaugure, par sa participation au congrès d’Agapia en 1976, sa réflexion théologique et ecclésiologique sur la place de la femme dans l’Église.
La quatrième période, celle du « rayonnement et de la maturité » (1980-2005) continue à faire place aux activités précédentes, mais se caractérise par de nombreux voyages à l’étranger pour participer à divers colloques et réunions. E. B.-S. y traite de ce qui est désormais ses deux thèmes de prédilection : le ministère de la femme dans l’Église et l’œcuménisme. Le premier de ces thèmes donnera lieu à la publication de deux ouvrages majeurs d’E. B.-S. : « L’ordination de femmes dans l’Église orthodoxe » et « Le ministère de la femme dans l’Église ».
On retrouvera constamment en arrière-fond de ce livre la figure passablement ambiguë du P. Lev Gillet, qui fut pendant plus de soixante-quinze ans le père spirituel, le mentor puis l’ami intime d’E. B-S., avec de nombreux extraits de leur correspondance.
La biographie qui fait place, selon l’ordre chronologique de leur parution, à une brève analyse des principaux écrits d’E. B.-S. est suivie d’une liste complète de ses publications.
Cet ouvrage intéressera tous ceux qui s’intéressent au destin singulier et à la personnalité exceptionnelle d’E. B.-S. mais aussi à l’histoire de l’Église orthodoxe en France.

Jean-Claude Larchet

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Jovan Nikoloski