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Saint Jean le Miséricordieux
Saint Jean le Miséricordieux, patriarche d’Alexandrie (VIIIème s.)

Saint Jean le Miséricordieux, patriarche d’Alexandrie (VIIIème s.) ; saint Nil l’ascète, du Mont-Sinaï (430) ; saint prophète Achija ; saint Evode, évêque du Puy (IVème s.) ; saint Hésychius, évêque de Vienne (VIème s.) ; saint Paterne, moine, martyr en Normandie (vers 730) ; bienheureux Jean le chevelu, de Rostov (1580) ; saint Nil le Myroblite, du Mont Athos (1651) ; saint Sabas de Nigdi (1726) et saint Nicolas de Marmaras (1732), néo-martyrs grecs ; saints martyrs et confesseurs de Năsăud (Roumanie) : Athanase (Todoran) de Bichigiu, Basile de Mocod, Grégoire de Zagra et Basile de Telciu (1763) ; saints néo-martyrs de Russie : Constantin (Ouspensky), Vladimir (Krasnovsky), Alexandre (Arkhanguelsky), Matthieu (Aloïne), Dimitri (Rozanov), prêtres (1937).

SAINT JEAN LE MISÉRICORDIEUX, PATRIARCHE D’ALEXANDRIE

Saint Jean était le rejeton d’une illustre famille d’Amathonte à Chypre. Sous la pression de ses parents, il se maria et eut plusieurs enfants qui, par permission de Dieu, moururent en bas âge, en même temps que son épouse. Voyant dans cette douloureuse privation l’occasion de se libérer de tous les soucis du monde, il se consacra complètement à Dieu.

En 610, il fut consacré patriarche de l’Église d’Alexandrie, sous le nom de Jean V. Le jour même, il réunit tout le clergé et le personnel de la riche métropole d’Égypte et les envoya faire le recensement exact de ceux qu’il appelait ses « maîtres », c’est-à-dire les pauvres et les mendiants que Dieu place auprès de nous pour que nous gagnions le Royaume des cieux en pratiquant l’aumône. Comme il en avait été dénombré plus de sept mille cinq cents, saint Jean ordonna qu’on leur fournisse chaque jour la nourriture et le couvert. Il disait souvent à Dieu dans sa prière : « Nous verrons bien, Seigneur, lequel de nous deux sera victorieux dans ce combat : ou Toi en me pourvoyant toujours de ce qui est nécessaire à la charité, ou moi, en ne cessant pas de distribuer tes biens aux pauvres. Car je reconnais n’avoir rien que je ne tienne de ta miséricorde et que c’est elle qui soutient ma vie. » De fait, la miséricorde du saint prélat à l’égard des pauvres était inépuisable ; ses aumônes étaient aussi abondantes que les eaux du Nil, lesquelles recouvrent périodiquement les terres d’Égypte pour les rendre fertiles. C’est pourquoi on le surnomma « le Miséricordieux », à l’image du Christ, son maître, qui est la source de toute miséricorde.

Saint Jean ne pouvait voir un pauvre ou un affligé s’approcher de lui sans pleurer abondamment et sans prendre sur lui sa peine. Il donnait sans compter, en puisant dans le trésor de l’Église. Comme le Christ l’a enseigné (Lc 6, 35), en pratiquant l’aumône, il ne faisait aucune distinction entre les bons et les méchants, les dignes ou les indignes. Un jour, un pauvre qui avait déjà reçu de lui une obole se présenta trois fois de suite en se camouflant sous des déguisements différents. Comme on le faisait remarquer au patriarche, celui-ci ordonna de lui donner le double, en disant : « C’est peut-être Jésus, mon Sauveur, qui vient à dessein de m’éprouver ? » Plus il répandait l’aumône, sans se soucier de la quantité ou de ce que serait le lendemain, plus Dieu multipliait les donations destinées à l’Église ; si bien que le peuple recevait confirmation de la promesse faite par notre Sauveur : Ne vous inquiétez pas pour votre existence de ce que vous aurez à manger ou de ce que vous aurez à boire, ni pour votre corps de ce que vous aurez pour vêtement… Cherchez en premier lieu le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît (Mt 6, 33). Un des clercs chargé des aumônes (d’où le nom d’aumôniers) n’avait remis à un riche dans le besoin qu’un tiers de la véritable fortune que le saint lui avait ordonné de distribuer, jugeant qu’il était déraisonnable de vider le trésor pour une seule personne. Mais il se vit confondu par saint Jean qui lui révéla qu’une noble femme, qui s’était résolue à faire une importante donation à l’Église, n’avait finalement donné que le tiers de la somme prévue.

Lorsqu’en 614 les Perses envahirent la province de Syrie et prirent de manière sanglante la ville de Jérusalem, un grand nombre de réfugiés afflua vers Alexandrie. Saint Jean les reçut comme ses frères, les consola, fit construire des hôpitaux et d’immenses hôtelleries, et il épuisa toutes les ressources de l’Église pour les nourrir et les pourvoir en argent. Il fréta aussi, à destination de la Palestine, des navires chargés de grains et de vivres, et envoya des ouvriers pour reconstruire les églises détruites. Lui-même visitait les malades et les nécessiteux, et leur montrait en sa personne un reflet de la présence du Christ. Lorsqu’on voulait le remercier de ses bienfaits, il interrompait soudain son interlocuteur en disant : « Tais-toi, mon frère, car je n’ai pas encore répandu mon sang pour toi, ainsi que le Seigneur le demande!»

Chaque mercredi et samedi, il se tenait à la porte de son église et attendait qu’on vînt s’adresser à lui, pour trancher les différends et réconcilier les ennemis. Jamais on ne l’entendait prononcer une parole vaine ou condamner qui que ce fût, même devant les preuves les plus évidentes du péché. Il ne voyait en effet que le bien ou les bonnes intentions. Supposant que les pécheurs avaient fait pénitence en secret, il se gardait bien de s’approprier le jugement qui appartient à Dieu seul. Il remerciait ceux qui le calomniaient ou l’injuriaient pour lui avoir rappelé ses propres péchés, et il leur faisait distribuer de plus larges aumônes qu’aux autres.

Pour corriger les pécheurs, les orgueilleux ou les durs de cœur, le saint patriarche s’adressait toujours à eux en s’attribuant à lui-même les péchés qu’il voulait reprendre et en demandant aux coupables de prier pour qu’il se repente. Il exhortait avec patience ses fidèles à l’humilité et au repentir, en leur rappelant les merveilles que Dieu a faites pour nous en créant le monde, en prenant patience devant nos innombrables fautes et en envoyant son propre Fils pour nous sauver. Mais, plus que par la parole, il préférait transmettre l’enseignement de la sainte Écriture par ses propres actes, comme les saints prophètes. Ainsi, un dimanche, alors qu’il célébrait la Divine Liturgie dans la cathédrale, entouré de son clergé et de tout le peuple, le patriarche s’arrêta soudain avant de prononcer les paroles de la consécration, il demanda au diacre de répéter les litanies et envoya chercher un de ses clercs qui lui portait rancune et ne s’était pas présenté à l’église. Lorsque ce dernier arriva, l’évêque se prosterna devant lui avec larmes et lui demanda pardon. Ce n’est qu’après s’être réconcilié avec lui et l’avoir embrassé, qu’il remonta à l’autel et continua la célébration, ayant appliqué à la lettre le précepte du Seigneur (Mt 5, 23).

Bien qu’il eût été marié, saint Jean aimait les moines et les dépassait de beaucoup par l’austérité de sa vie. Il avait réuni près de sa cathédrale deux communautés monastiques dont il assumait l’entretien. En échange, il leur avait demandé d’intercéder pour lui et pour l’Église au cours des offices liturgiques, et de prier pour leur propre salut tout le reste du temps dans leurs cellules, dégagés de tout souci grâce à sa sollicitude. En tant que patriarche, il habitait un riche palais, mais ne possédait rien en propre. Sa cellule était dépourvue de tout confort ; ce qui amena un notable de la ville à lui offrir un jour une luxueuse couverture. La nuit suivante, le saint ne put trouver le repos et ne cessait de se condamner en pensant que tant de pauvres souffraient du froid et de la faim à sa porte, alors que lui s’entourait d’un tel luxe. Le lendemain, il fit vendre la couverture et en distribua le produit. Or, son bienfaiteur vint à la retrouver à l’étalage du marchand. Il la racheta et contraignit Jean à l’accepter. Mais celui-ci la vendit à nouveau pour faire l’aumône. Comme ni l’un ni l’autre ne voulait céder, la couverture passa ainsi un grand nombre de fois entre leurs mains, et devint pour Jean l’occasion de contraindre indirectement ce riche personnage à distribuer une importante fortune aux indigents.

Sa charité et son extrême humilité n’empêchaient pas cependant le saint hiérarque de se montrer ferme à l’égard des hérétiques monophysites. Tout en leur montrant sa charité et répandant pour eux ses bienfaits, il condamnait strictement leurs erreurs et interdisait sévèrement aux orthodoxes toute participation à leur culte et à leurs prières. Lorsque la famine et les épidémies ravagèrent la ville, le saint fut le premier à assister les malades et à enterrer les morts. Il exhortait ses fidèles à prier assidûment pour les défunts, et prenait occasion de ces malheurs pour leur rappeler la fragilité de notre vie et l’urgence qu’il y a pour nous de faire pénitence.

Quelques années après la prise de Jérusalem, Alexandrie se trouva à son tour menacée par les Perses. C’est pourquoi, à la demande du gouverneur d’Égypte, Nicétas, saint Jean retourna à Chypre, où il s’endormit à l’âge de soixante-quatre ans (en 619), en rendant grâce à Dieu de ne rien lui avoir laissé des si grandes richesses dont il avait été constitué l’intendant au profit des pauvres. Un peu avant son trépas, il vit lui apparaître la même noble vierge qu’il avait déjà vue à l’âge de quinze ans. Elle lui avait dit alors être la Miséricorde en personne, qui a incité le Christ à s’incarner pour notre Salut, et lui avait promis de lui ouvrir le Royaume des cieux. Son âme étant partie rejoindre le chœur des saints, le corps de saint Jean fut enterré à Amathonte, dans le tombeau de saint Tikhon [16 juin], dont il avait écrit la Vie. Quelque temps après sa mort, une huile parfumée (myron) coula du corps du saint hiérarque pour la joie et la consolation des fidèles .

(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Jean l’Aumônier, ton 8

Vénérable Père, tu as obtenu / le salaire que tu as mérité par ta patience, / car tu fus infatigable dans l’oraison / et tu aimas les pauvres sans jamais te lasser. / Bienheureux pontife, Jean l’Aumônier, / intercède auprès du Christ notre Dieu / pour qu’il sauve nos âmes.

Tropaire de saint Nil, ton 8

Par les flots de tes larmes tu as fait fleurir le désert stérile, / par tes profonds gémissements tu fis produire à tes peines cent fois plus, / par tes miracles étonnants tu devins un phare éclairant le monde entier: / vénérable Père, saint Nil, prie le Christ notre Dieu / de sauver nos âmes.

Kondakion de saint Jean le Miséricordieux, ton 2

Tu as fait l’aumône de tes biens aux pauvres / et tu as reçu le céleste trésor; / c’est pourquoi nous te glorifions, Père Jean, / célébrant le souvenir de ta charité proverbiale.

Kondakion de saint Nil, ton 8

C’est à la racine que tu as coupé, / bienheureux Nil, par tes oraisons vigilantes / les broussailles rebelles des passions corporelles ; / par le crédit que tu possèdes auprès du Seigneur, / délivre-moi de tout péril, afin que je puisse te chanter: / Réjouis-toi, Père acclamé du monde entier.

ÉPITRE DU JOUR

2 Thess. I, 10 – II, 2

Dans l’attente du jour où le Seigneur viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru, car notre témoignage auprès de vous a été cru, nous prions continuellement pour vous, afin que notre Dieu vous juge dignes de la vocation, et qu’il accomplisse par sa puissance tous les dessins bienveillants de sa bonté, et l’œuvre de votre foi, pour que le nom de notre Seigneur Jésus soit glorifié en vous, et que vous soyez glorifiés en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ. Pour ce qui concerne l’avènement de notre Seigneur Jésus Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu’on dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là.

ÉVANGILE DU JOUR

Lc XIV, 25-35

De grandes foules faisaient route avec Jésus. Il se retourna, et leur dit : Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suis pas, ne peut être mon disciple. Car, lequel de vous, s’il veut bâtir une tour, ne s’assied d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer, de peur qu’après avoir posé les fondements, il ne puisse l’achever, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler, en disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever ? Ou quel roi, s’il va faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour examiner s’il peut, avec dix mille hommes, marcher à la rencontre de celui qui vient l’attaquer avec vingt mille ? S’il ne le peut, tandis que cet autre roi est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple. Le sel est une bonne chose ; mais si le sel perd sa saveur, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? Il n’est bon ni pour la terre, ni pour le fumier ; on le jette dehors. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

À propos de l'auteur

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Jivko Panev

Jivko Panev, cofondateur et journaliste sur Orthodoxie.com. Producteur de l'émission 'Orthodoxie' sur France 2 et journaliste.
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