Grand Carême
Liturgie des Présanctifiés
Saint Auxence, ermite en Bithynie (vers 470) ; saint Lienne, disciple de saint Hilaire, prêtre, confesseur à Poitiers (308) ; saint Maron, ermite en Syrie (Vème s.) ; saint Abraham, évêque de Carrhé en Mésopotamie (Vème s.) ; saint Paulien, évêque du Puy (VIème s.) ; saint Louans, ermite près de Chinon (VIIème s.) ; saint Cyrille, apôtre des Slaves, égal aux apôtres (869) ; saint Isaac, reclus des Grottes de Kiev (vers 1190) ; translation des reliques de saint Michel de Tchernigov et de son conseiller Théodore (1245) ; saints Nicolas de Corinthe (1554) ; Damien de Philothéou (1568) et Georges le tailleur (1695), néomartyrs grecs ; saint Raphaël, évêque de de Brooklyn (1915) ; saints néomartyrs de Russie : hiéromartyr Onisime, évêque de Toula (1937) et Triphon (Radonejsky), diacre (1938).
SAINT AUXENCE
Persan d’origine, saint Auxence était né en Syrie, où son père s’était réfugié sous la menace de la persécution de Sapor (Shâpûr) II. Au temps de Théodose le Jeune (408-450), il vint s’installer à Constantinople et obtint un grade dans la garde impériale. Estimé de l’empereur et apprécié par tous pour sa piété et pour la pureté de ses mœurs, il se lia d’amitié avec des hommes illustres pour leurs vertus et leur ascèse, comme saint Marcien, le futur Économe de la Grande Église [10 janv.], Anthime et Sittas, avec lesquels il passait ses jours dans le jeûne et la prière, et la nuit dans de saintes veilles, le visage baigné de larmes. Aussi souvent qu’il le pouvait, ils se rendaient ensemble à l’église Sainte-Irène, qui avait été bâtie par les soins de Marcien, pour y prendre part aux vigiles. Ils allaient aussi fréquemment dans le quartier de l’Hebdomon, pour recevoir l’enseignement d’un stylite réputé, Jean.
Comme la sainteté de vie d’Auxence et les miracles qu’il commençait déjà d’accomplir l’avaient rendu célèbre, il quitta la confusion du monde, et même ses amis, démissionna de l’armée terrestre pour s’enrôler dans les rangs de l’armée angélique et se retira au mont Oxeia, près de Chalcédoine, où il vécut, ignoré des hommes, revêtu d’une peau de poil, à l’exemple de saint Jean-Baptiste. Il fut cependant bientôt découvert par des enfants qu’il aida par miracle à retrouver leur troupeau égaré. Désireux de manifester leur reconnaissance, les parents des petits bergers bâtirent pour l’ascète une cellule près du sommet. Auxence fit cependant installer à l’extérieur une cage étroite, où il s’enfermait pour vaquer à la prière intérieure sans accorder aucun confort à son corps.
Les visiteurs affluèrent, de jour en jour plus nombreux, vers la cellule du saint, en vue de recevoir ses instructions ou pour obtenir par sa prière la guérison de leurs maux. Auxence n’entrait en communication avec eux qu’à certaines heures, au travers d’une petite fenêtre, et il commençait toujours l’entretien en les incitant à rendre gloire à Dieu. Le reste du temps, il invitait ses visiteurs à écouter du dehors les prières ou les lectures qu’il faisait à l’intérieur. Lui-même éprouvé par une lutte quotidienne et sans merci contre les démons, il avait acquis le pouvoir de les chasser des possédés qui venaient demander le secours de ses prières. C’est ainsi qu’il délivra, au bout de trois jours de combat soutenu, une jeune fille qui avait été possédée à la suite de l’incrédulité de son père. Une autre fois, il guérit une dame de Nicomédie aveugle en lui touchant les yeux et en disant : « Que le Christ, la vraie Lumière, te guérisse ! » Et quantité de miracles semblables étaient ainsi accomplis par Dieu à la prière de son serviteur.
Au bout de dix années, lorsque l’empereur Marcien réunit le ive Concile Œcuménique à Chalcédoine pour condamner l’hérésie d’Eutychès (451), il ordonna au célèbre ermite de se joindre à l’assemblée des saints Pères pour l’examen de la foi et la compréhension exacte des saints dogmes. Par humilité, Auxence refusa de se rendre au concile, en disant que l’enseignement doctrinal est l’affaire des évêques et non des moines. Comme il refusait de suivre les envoyés de l’empereur, ceux-ci commencèrent à mettre en doute son orthodoxie et envoyèrent des ouvriers pour ouvrir de force sa cage. Mais ceux-ci travaillèrent en vain. Après avoir fait une ferme confession de foi, le saint leur demanda de se mettre en prière. Il fit le signe de la Croix et, après qu’il eut répété à trois reprises : « Dieu soit béni ! » la cage s’ouvrit sans peine, et il accepta de les suivre. Son corps était cependant si exténué par les austérités qu’il fallut le transporter sur un chariot. En chemin, il délivra plusieurs possédés.
Quand ils parvinrent au monastère de Philée, Auxence fut enfermé dans une cellule comme un criminel. De là, il fut transféré au monastère de saint Hypatios [17 juin], dans les faubourgs de Chalcédoine, où les moines le reçurent avec une extrême allégresse. L’empereur le convoqua au palais de l’Hebdomon, il le traita avec le plus grand respect et le pressa de donner son adhésion au Concile de Chalcédoine. Auxence, qui ignorait de quoi il avait été précisément question au Concile, lui promit de l’approuver s’il n’avait rien de contraire à la Foi des Pères de Nicée et s’il avait proclamé correctement le mystère de l’Incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, de la Toute-Sainte et toujours Vierge Mère de Dieu. À ces mots, l’empereur plein de joie lui baisa la tête et l’envoya avec de grands honneurs à la Grande Église, où le patriarche lui fit lire les décisions du Concile. Le saint les approuva de tout cœur, en louant Dieu, puis il retourna au monastère des Roufianes.
De là, il ne revint pas au mont Oxeia, mais alla s’installer sur une montagne plus sauvage et plus retirée, le mont Skopa, qui reçut par la suite le nom de Mont Saint-Auxence, et devint un centre réputé du monachisme byzantin. Ses disciples lui construisirent une nouvelle cage de planches avec seulement une petite fenêtre pour s’entretenir avec les visiteurs qui ne tardèrent pas à affluer. Les démons, craignant la puissance de sa prière, se rassemblèrent eux aussi là en masse, et l’assaillaient en le frappant jusqu’à lui en faire perdre la voix. Mais le bienheureux leur ripostait sans trouble, avec le signe de la Croix, et brillait ainsi de jour en jour davantage, comme un luminaire placé sur la montagne.
Aux visiteurs qui venaient à lui du monastère des Roufinianes ou de plus loin, il prescrivait de chanter quelques hymnes forts courts de sa composition, qui joignaient la beauté de l’expression poétique à l’utilité de l’âme. Il exhortait souvent ses visiteurs jusqu’au soir sur la pratique des vertus et le renoncement aux vains plaisirs du corps ; puis, la nuit venue, après leur avoir offert une sobre réfection, il les renvoyait en paix. Il n’acceptait pas d’emblée les pèlerins qui demandaient à se consacrer, sous sa direction, à la vie monastique, mais il leur offrait une tunique de crin ou de peau qu’il avait portée, en leur disant : « Va, frère, là où le Seigneur te conduira ! » Pour les autres chrétiens, il les encourageait à passer la nuit qui précède le dimanche en veille et à chômer, non seulement le jour du Seigneur, en honneur de la Résurrection, mais à passer aussi le vendredi dans le jeûne et la prière, en mémoire de la Passion vivifiante.
Un samedi, alors qu’il ouvrait la fenêtre de sa cage, il annonça à ceux qui étaient présents la mort de saint Syméon Stylite, la colonne de l’Église. Ses disciples notèrent le jour et l’heure, et ils purent constater par la suite que le fameux stylite était effectivement mort à ce moment précis, près d’Antioche.
Une pieuse femme, dame de compagnie de l’impératrice Pulchérie, venait souvent auprès du saint pour le supplier de la revêtir de l’Habit monastique. Auxence finit par se soumettre à la volonté de Dieu et lui indiqua un endroit, au pied de la montagne, pour mener la vie ascétique. D’autres femmes de toutes conditions ne tardèrent pas à se joindre à elle, jusqu’à atteindre le nombre de soixante-dix. Le saint se vit contraint de leur faire bâtir une église et d’organiser un monastère qui reçut le nom de Trichinaréa, probablement à cause des grossières tuniques de crin qu’Auxence leur faisait revêtir. Chaque vendredi et chaque dimanche, il faisait venir les moniales pour les exhorter à persévérer dans les combats de la virginité, non seulement du corps mais surtout de l’âme. Il se rendait parfois lui-même auprès d’elles parcourant, malgré sa vieillesse et ses infirmités, le chemin escarpé qui menait au monastère avec la sveltesse d’un jeune homme.
Un jour qu’il était parti inspecter les nouvelles constructions du couvent, il éleva d’ardentes prières à Dieu pour la bénédiction de la communauté et, de retour à sa cellule, il fut atteint d’une maladie qui l’emporta vers la patrie céleste en peu de jours (14 février 470). On accourut en grande foule, des villes et des déserts, pour ses funérailles. Les moines de Saint-Hypatios voulurent conserver ses précieuses reliques porteuses de grâce, mais elles revinrent finalement à ses filles spirituelles.
(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire de saint Auxence, ton 1
Le désert fut ta cité, dans la chair tu fus un ange, * tes miracles te signalèrent, Père Auxence porteur-de-Dieu; * par le jeûne, les veilles et l’oraison * tu as reçu les charismes du ciel * pour guérir les malades et les âmes des fidèles qui accourent vers toi. * Gloire à celui qui t’a donné ce pouvoir, * gloire à celui qui t’a couronné, * gloire à celui qui, par tes prières, opère en tous le salut.
Kondakion de saint Auxence, ton 2
Toi qui fis de la tempérance ta volupté * et refrénas les appétits de la chair, * tu as montré ta croissance dans la foi * et comme un arbre tu as fleuri au milieu du Paradis, * vénérable Auxence, Père aux-divines-pensées.
Lectures de l’Ancien Testament
Isaïe III, 1-14
Voilà que le Dominateur, Dieu des armées, va enlever de la Judée et de Jérusalem le puissant et la puissante227, la force du pain et la force de l’eau ; le grand, le fort et l’homme de guerre, le juge, le sage et l’ancien ; le chef de cinquante hommes et le conseiller vénérable, l’habile architecte et l’auditeur intelligent. Et Je ferai des jeunes gens leurs princes et des railleurs les gouverneront. Et le peuple en viendra aux mains, homme contre homme, ami contre ami; l’enfant frappera sur le vieillard, l’infâme sur l’honnête homme. L’homme prendra son frère ou son proche parent dans la famille de son père, et il lui dira : Tu as un manteau, sois notre prince, et que ma nourriture soit dans ta main. Et ce jour-là l’autre répondra : Je ne serai pas ton prince, car il n’y a en ma maison ni pain ni manteau ; je ne serai pas le prince de ce peuple. Car Jérusalem est ruinée et Juda est tombé ; et leurs langues sont avec l’iniquité, et ils n’obéissent point au Seigneur. C’est pourquoi leur gloire est maintenant abaissée, et la confusion de leur visage porte témoignage contre eux; et, comme Sodome, ils ont montré et proclamé leur péché. Malheur à leurs âmes ! Car ils ont pris une funeste résolution contre eux-mêmes, disant : enchaînons le juste, parce qu’il nous est insupportable. Aussi goûteront- ils les fruits de leurs œuvres. Malheur à l’impie ! Il lui arrivera mal à cause des œuvres de ses mains. Mon peuple, tes exacteurs rapinent et des usuriers te maîtrisent; mon peuple ceux qui te déclarent heureux t’égarent, et ils bouleversent le sentier où tu marches. Mais maintenant le Seigneur va siéger pour juger et il entrera en jugement avec son peuple. Le Seigneur en personne entrera en jugement avec les anciens et les princes du peuple. Vous donc, pourquoi avez-vous mis le feu à ma vigne? Pourquoi la dépouille du pauvre est-elle en vos maisons?
Genèse II, 20 – III, 20
Adam donna des noms à tous les bestiaux, et à tous les oiseaux du ciel, et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne se trouvait pas pour Adam d’aide semblable à lui. Alors Dieu fit tomber Adam en extase et l’endormit ; puis Il prit une de ses côtes, qu’il remplaça par de la chair. Et de cette côte qu’Il avait prise à Adam, Il forma une femme et Il la conduisit a Adam. Et Adam dit : Ceci maintenant est un os de mes os et une chair de ma chair. Celle-ci sera appelée femme, parce qu’elle a été prise de la chair même de l’homme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il restera fortement attaché à sa femme, et ils seront deux en une seule chair. Ils étaient nus tous deux : Adam et sa femme ; et ils n’en avaient point honte. Or, le serpent était le plus rusé de tous les animaux qu’avait créés sur la terre le Seigneur Dieu. Et le serpent dit à la femme : Pourquoi Dieu a-t-il dit : Ne mangez pas de tous les arbres du paradis ? La femme dit au serpent : Nous pouvons manger des fruits des arbres du paradis. Quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du paradis, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, afin que vous ne mouriez point. Le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point de mort. Car le Seigneur Dieu sait, au contraire, que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. La femme vit que l’arbre était bon comme aliment, qu’il était plaisant à voir au regard, et magnifique à contempler. Et, ayant pris de son fruit, elle en mangea ; de plus, elle en donna à son mari, et ils mangèrent. Aussitôt leurs yeux à tous les deux s’ouvrirent ; ils reconnurent qu’ils étaient nus ; ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des ceintures. Et ils entendirent la voix du Seigneur Dieu, se promenant l’après- midi dans le paradis, et Adam et sa femme se cachèrent de la face du Seigneur Dieu, dans l’ombrage des arbres du paradis. Le Seigneur Dieu appela Adam, et il lui dit : Adam, où es-tu? Celui-ci répondit : J’ai entendu Ta voix, comme Tu te promenais dans le paradis, et j’ai eu peur parce que je suis nu, et je me suis caché. Dieu lui dit : Qui t’a fait savoir que tu es nu, si tu n’as mangé de l’arbre, de celui-là seul dont je t’avais défendu de manger ? Adam reprit : la femme que Tu m’avais donnée pour être avec moi m’a donné elle-même du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. Le Seigneur Dieu dit alors à la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? Et la femme dit : Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. Le Seigneur Dieu dit au serpent : parce que tu as fait cela, maudit sois-tu parmi tous les bestiaux et les bêtes fauves de la terre ; tu marcheras sur la poitrine et le ventre, et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie. J’établirai une haine entre toi et la femme, et entre ta race et sa race. Il surveillera ta tête, et tu guetteras son talon. Puis le Seigneur dit à la femme : Je multiplierai et multiplierai tes gémissements et tes douleurs ; tu enfanteras dans les douleurs, tu attendras le commandement de ton époux, et il te maîtrisera. Quant à Adam, Dieu lui dit : Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l’arbre, du seul dont je t’avais défendu de manger, maudite sera ta terre en tes travaux. Tu t’en nourriras dans les douleurs tous les jours de ta vie. Elle produira pour toi des épines et de l’ivraie, et tu mangeras l’herbe des champs. C’est à la sueur de ton front que tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre d’où tu as été tiré, parce que : Tu es terre, et tu t’en iras dans la terre. Adam donna à la femme le nom d’Ève, parce qu’elle-même est mère de tous les vivants.
Proverbes III, 19-34
Dieu a fondé la terre par la Sagesse ; Il a affermi le ciel par la Prudence. Grâce à sa prévoyance, les abîmes ont été rompus, et les nuages ont répandu la rosée. Mon fils, que ces choses ne s’éloignent pas de toi ; garde mes conseils et ma science, afin que ton âme vive, et que la grâce demeure autour de ton cou, la santé sera en ta chair, et le bien-être en tes os ; afin que tu marches, en toutes tes voies, plein d’assurance et de paix, et que ton pied ne trébuche pas. Si tu reposes, tu seras sans crainte ; si tu sommeilles, tu dormiras doucement229. Tu ne redouteras ni les alarmes soudaines, ni les attaques des impies. Car le Seigneur sera sur toutes tes voies, et Il affermira ton pied de peur que tu ne chancelles. Ne t’abstiens pas de faire du bien à l’indigent, sous prétexte que ta main ne peut le secourir. Ne dis pas, quand tu pourras bien faire : Va et reviens, demain je te donnerai; car tu ne sais ce qu’amènera le jour suivant. Ne pense pas à mal contre ton ami qui vit près de toi, et se fie à toi. Ne prends pas en haine un homme sans motif, de peur qu’il ne vienne à te nuire. Ne t’attire pas les outrages d’hommes méchants; ne porte point envie à leurs voies. Car tout pervers est impur devant le Seigneur, et il ne siégera point dans l’assemblée des justes. La malédiction de Dieu est sur la maison des impies; mais les chaumières des justes sont bénies. Le Seigneur résiste aux orgueilleux; mais Il donne Sa grâce aux humbles.