Saint Jean Climaque, abbé du Mont Sinaï (VIIème s.) ; saints apôtres Sosthène, Apollos, Céphas, César, Épaphrodite (Ier s.) ; saint Joad, prophète ; sainte Eubulie, mère de saint Pantéleimon (vers 303) ; saint Rieul, évêque de Senlis (IIIème s.) ; saint Mamertin, abbé à Auxerre (462) ; saint Jean, ascète en Arménie (VIème s.) ; saint Zosime, évêque de Syracuse (vers 662) ; saint Sophrone, évêque d’Irkoutsk (1771).
SAINT JEAN CLIMAQUE
Cet homme divin naquit vraisemblablement vers la fin du VIe siècle ; mais on ignore tout de sa patrie et de ses origines, car dès le début de son renoncement, il prit grand soin de vivre en étranger. « L’exil volontaire, écrit-il, est la séparation de toute chose pour rendre notre pensée inséparable de Dieu » (III, 3). On sait seulement que, dès l’âge de seize ans, après avoir acquis une solide formation intellectuelle, il renonça à tous les attraits de cette vie de vanité, par amour de Dieu, et se rendit au Mont Sinaï, au pied de cette montagne sainte où Dieu avait autrefois révélé sa gloire à Moïse, et il s’offrit d’un cœur ardent au Seigneur comme un holocauste d’agréable odeur.
Repoussant dès son entrée dans le stade de la vertu toute confiance en lui-même et toute complaisance par une humilité sans feinte, il se soumit corps et âme à un ancien, nommé Martyrios, qui demeurait dans une cellule non loin du monastère, et s’engagea, libre de tout souci, dans l’ascension de cette échelle spirituelle (klimax) au sommet de laquelle Dieu se tenait et l’engageait à ajouter « jour après jour, feu sur feu, ferveur sur ferveur, désir sur désir et zèle sur zèle » (I, 46). Il regardait son pasteur comme l’icône vivante du Christ (cf. IV, 29) et, convaincu que celui-ci devrait rendre compte pour lui devant Dieu (IV, 55), il n’avait qu’un seul souci : celui de rejeter sa volonté propre et de « renoncer à tout discernement par plénitude de discernement » (IV, 3), de sorte qu’il n’y avait aucun intervalle de temps entre les ordres que Martyrios lui donnait, même apparemment sans raison, et l’obéissance de son disciple. Malgré cette parfaite soumission, Martyrios le garda néanmoins quatre ans dans l’état de novice et ne le tonsura qu’à l’âge de vingt ans, après avoir éprouvé son humilité. Un des moines présents ce jour-là, nommé Stratège, prédit que ce nouveau moine était appelé à devenir un jour un des grands luminaires du monde. Lorsque, par la suite, Martyrios et son disciple rendirent visite à Jean le Sabaïte, un des plus fameux ascètes de ce temps, celui-ci, négligeant l’Ancien, alla laver les pieds de Jean. Après leur départ, il déclara qu’il ne connaissait pas ce jeune moine, mais que, sous l’inspiration du Saint-Esprit, il avait lavé les pieds à l’higoumène du Sinaï. La même prophétie fut confirmée par le grand Anastase le Sinaïte [21 av,], chez lequel ils s’étaient également rendus.
Malgré sa jeunesse, Jean montrait la maturité d’un vieillard et un grand discernement. C’est ainsi qu’un jour, alors qu’il avait été envoyé dans le monde pour une mission et se trouvait à table avec des séculiers, il préféra céder un peu à la vaine gloire, en mangeant fort peu, plutôt qu’à la gourmandise ; car de deux maux, il vaut mieux préférer celui qui est le moins dangereux pour les nouveaux venus dans la vie monastique (XXVI, 53).
Il passa ainsi dix-neuf ans dans la bienheureuse insouciance que procure l’obéissance, débarrassé de tout combat par la prière de son père spirituel et naviguant sans danger, comme en dormant, vers le port de l’impassibilité (cf. IV, 3). À la mort de Martyrios, il résolut de poursuivre dans la solitude son ascension, genre de vie qui ne convient qu’au petit nombre de ceux qui, affermis sur la pierre de l’humilité, s’éloignent des hommes afin de n’être pas un moment privés de la suavité de Dieu (XXVII, 29). Il ne s’était pas engagé dans cette voie pleine d’embûches en se confiant à son propre jugement, mais sur les recommandations d’un saint vieillard, Georges Arsilaïte, qui l’avait instruit du genre de vie propre aux hésychastes. Il choisit comme terrain d’exercice un lieu solitaire, appelé Thola (aujourd’hui Wadi el-Tlah), situé à cinq milles du grand monastère, où d’autres ermites demeuraient non loin les uns des autres. Il y resta pendant quarante ans, consumé par un amour de Dieu sans cesse croissant, sans souci pour sa propre chair, libre de tout contact avec les hommes, n’ayant pour seule occupation que la prière sans relâche et la vigilance sur son cœur, en vue de « circonscrire l’incorporel dans une demeure corporelle » (XXVII, 7), tel un ange revêtu d’un corps.
Il mangeait de tout ce que permet la profession monastique, mais en très petite quantité, domptant ainsi la tyrannie de la chair sans offrir de prétexte à la vaine gloire. Par la solitude et la retraite, il avait mis à mort la fournaise du désir d’accumuler, qui, sous prétexte de charité et d’hospitalité, entraîne les moines négligents à la gourmandise, la porte de toutes les passions (XIV, 38), et à l’amour de l’argent, fille du manque de foi et adoration des idoles (XVI, 2). De l’acédie, cette mort de l’âme qui assaille en particulier les hésychastes (XIII, 4), et du relâchement, il triomphait par le souvenir de la mort (XVII, 6) ; et par la méditation des biens promis il brisait le lien de la tristesse. Il ne connaissait qu’une seule tristesse : cette « affliction qui procure la joie » et nous fait courir avec ardeur sur le chemin du repentir (VII), et qui purifie l’âme de toutes ses souillures.
Que lui restait-il pour parvenir à l’impassibilité (apatheia) ? La colère, il l’avait vaincue depuis longtemps par le glaive de l’obéissance. La vaine gloire, cette épine à trois pointes, qui se tient toujours dressée contre les combattants de la piété, et qui se mêle à toutes les vertus comme une sangsue (XXI, 5), il l’avait étouffée par la réclusion et plus encore par le silence. Et, pour prix de ses labeurs, qu’il assaisonnait toujours du blâme de soi, le Seigneur lui avait accordé la reine des vertus, la sainte et précieuse humilité : « cette grâce ineffable dans l’âme, ce trésor, dont le nom n’est connu que par ceux qui l’ont appris par expérience, et qui porte le Nom de Dieu Lui-même (Mt 11, 29) » (XXV, 3).
Comme sa cellule était trop proche des autres, il se retirait souvent dans une grotte éloignée, au pied de la montagne, et il en faisait l’antichambre du ciel par ses gémissements et les larmes qui coulaient de ses yeux, comme une source abondante, sans effort, et transfiguraient son corps en une robe nuptiale (VII, 8, 44). Par l’effet de cette bienheureuse affliction et de ces larmes continuelles, il vivait chaque jour comme une fête (VII, 41) et gardait la prière perpétuelle dans son cœur devenu semblable à une forteresse inviolable aux assauts des pensées. Il lui arrivait parfois d’être ravi en esprit au milieu des chœurs angéliques, sans savoir s’il était en son corps ou hors de son corps, et avec grande liberté il demandait alors à Dieu de l’instruire sur les mystères de la théologie (XXVII, 48). Lorsqu’il sortait de la fournaise de la prière, il se sentait tantôt purifié comme par le feu, tantôt tout resplendissant de lumière (XXVIII, 54). Quant au sommeil, il ne lui accordait que la mesure nécessaire pour garder son esprit vigilant dans la prière et, avant de s’endormir, il priait longtemps ou écrivait sur des tablettes le fruit de ses méditations des Écritures inspirées.
Malgré le grand soin qu’il prit, pendant toutes ces années, de garder ses vertus cachées aux yeux des hommes, lorsque Dieu jugea que le temps était venu pour lui de transmettre aux autres la lumière qu’il avait acquise pour l’édification de l’Église, Il porta vers Jean un jeune moine, nommé Moïse, qui, grâce à l’intervention des autres ascètes, parvint à fléchir la résistance de l’homme de Dieu et à se faire admettre comme son disciple. Un jour que Moïse était allé chercher au loin de la terre pour leur petit jardin et qu’il s’était allongé sous un gros rocher pour la sieste, Jean reçut dans sa cellule la révélation que son disciple était en danger. Il saisit aussitôt l’arme de la prière, et quand Moïse revint, le soir venu, il lui raconta que dans son sommeil il avait soudain entendu la voix de son Ancien l’appeler, au moment même où le rocher se détachait et menaçait de l’écraser.
La prière de Jean avait aussi le pouvoir de guérir les blessures visibles et invisibles. C’est ainsi qu’il délivra un moine du démon de la luxure qui l’avait poussé au découragement. Une autre fois, il fit tomber la pluie. Mais c’était surtout par le charisme de l’enseignement spirituel que Dieu manifestait en lui sa grâce. Se fondant sur son expérience personnelle, il instruisait libéralement tous ceux qui venaient le trouver, sur les embûches qui guettent les moines dans leur combat contre leurs passions et contre le Prince de ce monde. Cet enseignement spirituel suscita toutefois la jalousie de certains, qui répandirent alors contre lui des calomnies, le traitant de bavard et de vaniteux. Bien qu’il eût la conscience en paix, Jean ne chercha pas à se justifier et, pour enlever tout prétexte à ceux qui en cherchaient un, il arrêta pendant une année entière le flot de ses enseignements, convaincu qu’il valait mieux porter un léger préjudice aux amis du bien plutôt que d’exacerber le ressentiment des méchants. Tous les habitants du désert furent édifiés par son silence et par cette preuve d’humilité, et ce ne fut que sur les instances de ses propres calomniateurs repentants qu’il accepta de recevoir à nouveau des visiteurs.
Comblé de toutes les vertus de l’action et de la contemplation, et parvenu au sommet de l’échelle sainte par la victoire sur toutes les passions du vieil homme, Jean rayonnait comme un astre sur la péninsule du Sinaï et était admiré par tous les moines. Il ne s’en estimait pas moins encore un débutant et, avide de recueillir des exemples de conduite évangélique, il entreprit un voyage dans divers monastères d’Égypte. Il visita en particulier un grand monastère cénobitique, dans la région d’Alexandrie, un véritable « ciel terrestre », qui était dirigé par un admirable pasteur doté d’un infaillible discernement. Cette communauté était unie dans le Seigneur par une telle charité, exempte de toute familiarité et de toute parole vaine, que les moines avaient à peine besoin des avertissements de leur supérieur et, de leur propre mouvement, ils s’excitaient mutuellement à une vigilance toute divine. De toutes leurs vertus, la plus admirable, selon Jean, étaient qu’ils s’exerçaient surtout à ne blesser en rien la conscience d’un frère (IV, 15-17). Il fut aussi fort édifié par la visite d’une dépendance de ce monastère, nommée « la Prison », où vivaient, dans une ascèse extrême et dans les démonstrations les plus extraordinaires de repentir, des moines qui avaient gravement péché et qui s’efforçaient de gagner par leurs labeurs le pardon de Dieu. Loin de lui paraître dure et intolérable cette prison était au contraire pour le saint le modèle de la vie monastique. « L’âme en effet qui a perdu sa confiance première, qui a brisé le sceau de sa pureté et s’est laissée ravir les trésors de la grâce, qui est devenue étrangère aux consolations divines, qui a violé son alliance avec le Seigneur, et qui est blessée et transportée de chagrin au souvenir de tout cela, cette âme, dis-je, non seulement se soumettra volontiers à tous ces labeurs, mais sera fermement résolue à se donner pieusement la mort par l’ascèse, si du moins il lui reste encore une étincelle d’amour et de crainte du Seigneur » (V, 24).
Lorsque le saint eut accompli ces quarante années de séjour au désert, tel un autre Moïse, il fut chargé par Dieu de prendre la tête de ce nouvel Israël et devint higoumène du monastère (vers 650) , au pied de la Montagne sainte. On raconte que, le jour de son intronisation, six cents pèlerins étaient présents et, pendant que tous étaient assis pour le repas, on put voir le prophète Moïse lui-même, vêtu d’une tunique blanche, allant et venant, et donnant des ordres avec autorité aux cuisiniers, aux économes, aux cellériers et autres domestiques.
Ayant pénétré dans la nuée mystique de la contemplation, ce nouveau Moïse y avait été initié aux secrets de la Loi spirituelle et, redescendant de la montagne, impassible, le visage glorifié par la grâce, il put devenir pour tous le Pasteur, le médecin et le maître spirituel qui, portant en lui-même le livre écrit par Dieu, n’avait pas besoin d’autres livres pour enseigner à ses moines la « science des sciences ».
L’higoumène de Raïthou (auj. El-Thor), nommé lui aussi Jean, ayant été informé de la merveilleuse manière de vivre des moines du Sinaï, écrivit à Jean pour lui demander d’exposer, de manière méthodique et brièvement, ce qui est nécessaire à ceux qui ont embrassé la vie angélique pour obtenir le salut. Celui qui ne savait pas contredire grava alors, du stylet de sa propre expérience, les « Tables de la Loi spirituelle » . Il présenta son traité comme une Échelle de trente degrés, que Jacob, c’est-à-dire « celui qui a supplanté les passions », contempla tandis qu’il reposait sur la couche de l’ascèse (cf. Gn 28, 12). Dans cette Somme orthodoxe de la vie spirituelle , qui reste à travers les siècles, tant pour les moines que pour les laïcs, le guide par excellence de la vie évangélique, saint Jean n’institue pas des règles, mais, à partir de recommandations pratiques, de détails judicieusement choisis, d’aphorismes ou d’énigmes souvent pleins d’humour, il initie l’âme au combat spirituel et au discernement des pensées. Sa parole est brève, dense et effilée, et elle pénètre, tel un glaive, jusqu’au profond de l’âme, tranchant sans compromis toute complaisance de soi et poursuivant jusque dans leurs racines l’ascèse hypocrite et l’égoïsme. Semblable à celle de saint Grégoire [25 janv.] dans le domaine théologique, cette parole est l’Évangile mis en pratique, et elle conduit sûrement ceux qui s’en imprègnent par une lecture assidue, jusqu’à la porte du Ciel où le Christ nous attend.
Parvenu à un âge avancé, le bienheureux Jean désigna son frère Georges, qui lui aussi avait embrassé la vie hésychaste dès le début de son renoncement, pour lui succéder à la tête du monastère. Lorsqu’il fut sur le point de mourir (entre 650 et 680), Georges lui dit : « Ainsi tu m’abandonnes et tu pars ! Pourtant, j’ai prié pour que tu m’envoies vers le Seigneur en premier, car sans toi il n’est pas en mon pouvoir de paître cette communauté. » Mais Jean le rassura et lui dit : « Ne t’afflige pas et ne te fais pas de souci. Si je trouve grâce devant Dieu, je ne te laisserai même pas achever une année après moi. » Effectivement, dix mois après le repos de Jean, Georges partit à son tour vers le Seigneur.
(Tiré du Synaxaire du hiéromoine de Simonos Petras)
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire de St Jean Climaque, ton 1
Habitant du désert et ange dans le corps, tu fus thaumaturge, ô Jean, notre père théophore ; par le jeûne, les veilles et la prière, tu as reçu des dons célestes ; tu guéris les malades et les âmes de ceux qui accourent vers toi avec foi. Gloire à Celui qui t’a donné la force, gloire à Celui qui t’a couronné, gloire à Celui qui par toi accomplit pour tous des guérisons.
Kondakion de St Jean Climaque, ton 4
En vérité, le Seigneur t’a placé au sommet de la tempérance, comme un astre fixe qui éclaire les confins de l’univers, ô Jean notre guide et notre père.
Lectures de l’Ancien Testament
Isaïe XLVIII, 17- XLIX, 4
Voici ce que dit le Seigneur, qui t’a délivré, le S4aint d’Israël : Je suis ton Dieu, Je t’ai montré comment tu trouverais la voie où tu dois marcher. Et si tu avais été docile à mes commandements, ta paix aurait été comme un fleuve, et ta justice comme les vagues de la mer. Et ta race aurait été comme le sable, et les fruits de tes entrailles comme la poussière des champs; et maintenant tu ne seras pas entièrement détruit, et ton nom ne périra pas devant moi. Sortez de Babylone, fuyez loin des Chaldéens; poussez un cri d’allégresse; écoutez ces paroles, publiez-les jusqu’aux extrémités de la terre, et dites : Le Seigneur a délivré son serviteur Jacob. Et s’ils ont soif, Il les guidera à travers le désert; Il fera jaillir pour eux l’eau des rochers; la pierre s’ouvrira, des eaux en couleront, et mon peuple boira. Mais pour les impies, il n’y a point de joie, dit le Seigneur. Iles, écoutez-moi; nations, soyez attentives : Après un long temps, ceci arrivera, dit le Seigneur; dès les entrailles de ma mère, le Seigneur m’a donné mon nom. Il a rendu ma bouche aiguë comme un glaive541 ; Il m’a caché en m’abritant de sa main ; Il a fait de moi sa flèche d’élite, et Il m’a caché dans son carquois. Et Il m’a dit : Tu es mon serviteur, Israël, et par toi je serai glorifié. Et j’ai dit : En vain je me suis fatigué; j’ai vainement et sans fruit déployé ma force ; c’est pourquoi j’attends mon jugement du Seigneur, et mon labeur est devant moi.
Genèse XXVII, 1-41
Or, il arriva qu’Isaac ayant vieilli, ses yeux s’affaiblirent, et il appela son fils aîné Ésaü, disant: Mon fils ; et celui-ci répondit : Me voici. Voilà que j’ai vieilli, dit Isaac, et j’ignore le jour de ma fin. Maintenant donc, prends ton équipement, ton carquois et ton arc, sors dans la plaine, chasse pour moi du gibier. Prépare-moi le mets que j’aime, et apporte-le-moi, afin que je mange et que mon âme te bénisse avant de mourir. Or, Rébécca entendit Isaac, comme il parlait à son fils Ésaü ; et pendant que celui-ci allait dans la plaine chasser du gibier pour son père, Rébécca dit à son fils puîné Jacob : J’ai entendu ton père, comme il parlait à ton frère Ésaü, disant : Apporte-moi du gibier, et prépare-moi un mets, afin qu’après avoir mangé je te bénisse devant le Seigneur avant de mourir. Maintenant donc, mon fils, obéis-moi et fais ce que je vais te prescrire. Va aux menus troupeaux, apporte-m’en deux beaux chevreaux tendres, je préparerai pour ton père le mets qu’il aime. Et tu le lui porteras, afin qu’il mange et qu’il te bénisse avant de mourir. Jacob dit à sa mère : Ésaü, mon frère, est velu, et j’ai l’a peau unie. Je crains que mon père ne vienne à me toucher ; il lui semblera que je le méprise, et j’attirerai sur moi sa malédiction au lieu de sa bénédiction. Sa mère lui dit: Je prends sur moi cette malédiction-là, mon enfant ; obéis seulement à mes ordres, pars et apporte-moi ce que j’ai demandé. Il partit donc, et il apporta les deux chevreaux à sa mère, et celle-ci prépara le mets qu’aimait son père. Ensuite, Rébécca ayant pris la belle robe d’Ésaü son fils aîné, qu’elle- même gardait en la maison, elle en revêtit Jacob, son plus jeune fils. Elle entoura de la peau des chevreaux ses avant-bras et les parties nues de son cou ; Elle remit dans les mains de son fils Jacob les pains et le mets qu’elle avait préparé. Puis, il les porta à son père, et il dit : Père ; celui-ci répondit : Me voici ; qui es-tu, enfant ? Jacob reprit : Je suis Ésaü ton premier-né544 ; j’ai fait ce que tu m’as dit : lève-toi donc, mets-toi sur ton séant, mange de mon gibier, et que ton âme me bénisse. Isaac dit à son fils : Comment donc en as-tu trouvé si vite, ô enfant ? Et il répondit : C’est le Seigneur ton Dieu qui l’a procuré et amené devant moi. Isaac dit à Jacob : ‘Viens près de moi, que je te touche, enfant, pour connaître si tu es ou non mon fils Ésaü. Jacob s’approcha d’Isaac son père ; et celui-ci le toucha et il dit : D’une part la voix de Jacob, d’autre part les mains d’Ésaü ! Et il ne reconnut pas Jacob, car les mains de Jacob étaient velues comme les mains d’Ésaü, son frère ; et il le bénit. Et il dit : Tu es mon fils Ésaü ; et Jacob dit : je le suis. Sers-moi, dit Isaac, et je mangerai de ton gibier, afin que mon âme te bénisse. Son fils le servit aussitôt, et il mangea ; il lui apporta du vin, et il but. Et Isaac dit : Approche, enfant, et embrasse-moi. Et s’étant approché, il l’embrassa ; son père sentit le parfum de ses vêtements, et il le bénit en disant: Voilà que le parfum de mon fils est comme le parfum d’un champ couvert de fleurs que le Seigneur a béni. Que le Seigneur te fasse part de la rosée du ciel et de la graisse de la terre, qu’il te donne abondance de pain et de vin. Que les nations te soient soumises, et que les princes se prosternent devant toi ; sois le seigneur de ton frère, et que les fils de ton père se prosternent à tes pieds, maudit soit celui qui te maudira, béni celui qui te bénira. Or, ceci arriva : comme Isaac cessait de bénir Jacob son fils, au moment même où celui-ci s’éloignait de la face d’lsaac son père, Ésaü son frère revint de la chasse. Il prépara pareillement le mets, le porta à son père, et lui dit : Père, lève-toi, et mange du gibier de ton fils, afin que ton âme me bénisse. Isaac lui dit alors : Qui es-tu ? Je suis, répondit-il, ton fils premier-né, Ésaü. Isaac fut saisi d’une très grande stupeur et il dit : Qui donc est celui qui, ayant chassé, m’a apporté de son gibier, et m’a fait manger avant que tu sois revenu ? Je l’ai béni, et il sera béni. Or, Ésaü, ayant ouï ces paroles, jeta un grand cri plein d’amertume, et il dit : Bénis-moi donc aussi, père. Isaac répondit : Ton frère est venu, employant la ruse, et a pris ta bénédiction. Sur quoi Ésaü s’écria : C’est justement qu’il a reçu le nom de Jacob, car il m’a supplanté encore cette fois. Il m’avait d’abord pris mon droit d’aînesse, et maintenant il vient de prendre ma bénédiction. Et s’adressant à Isaac, il ajouta : Père, n’as-tu point réservé une bénédiction pour moi ? Isaac lui répondit : Je l’ai fait ton seigneur, j’ai fait ses serviteurs tous ses frères, je l’ai affermi par le pain et le vin, que puis-je encore pour toi, enfant ? Et Ésaü dit à son père : N’as-tu qu’une seule bénédiction, père ? Bénis-moi donc aussi, père. Et Isaac étant troublé, Ésaü jeta un grand cri et pleura. Isaac reprit: C’est la graisse de la terre qui sera ton partage avec la rosée du ciel. Tu vivras, de ton glaive, et tu seras soumis à ton frère, jusqu’à ce que tu ôtes et délies son joug de ton cou. Or, Ésaü était profondément irrité contre Jacob à cause de la bénédiction que lui avait donnée son père ; et Ésaü dit en sa pensée : Viennent les jours du deuil de mon père, et je tuerai mon frère Jacob. Ces paroles d’Ésaü furent rapportées à Rébécca ; elle envoya chercher Jacob, son plus jeune fils, et elle lui dit : Ton frère Ésaü menace de te tuer.
Proverbes XIX, 16-25
Garder les commandements, c’est sauver son âme ; se négliger en sa voie, c’est courir à sa perte. Celui qui est miséricordieux envers les pauvres prête à usure au Seigneur ; Dieu le rétribuera selon ce qu’il aura donné. Corrige ton fils ; c’est ainsi qu’il sera ton espérance. Ne sois pas exalté en ton âme jusqu’à l’orgueil. L’homme malveillant sera puni sévèrement s’il nuit à autrui, il nuit aussi à son âme. Écoute, ô mon fils, les instructions de ton père pour être sage jusqu’à ta dernière heure. De nombreuses pensées roulent dans le cœur de l’homme ; le conseil du Seigneur demeure dans tous les siècles. La miséricorde est un fruit pour l’homme ; mieux vaut un mendiant juste qu’un riche trompeur. La crainte du Seigneur est la vie de l’homme ; celui qui n’a pas cette crainte habitera des lieux où la doctrine est inconnue. Celui qui cache ses mains sous son manteau, avec de mauvais desseins, n’aura garde de les porter à sa bouche. Les coups qui le flagellent rendent l’insensé plus réfléchi, mais si l’on reprend le sage, il comprend aussitôt la réprimande.
