Mi-Pentecôte
Jour de jeûne
Saint Job le Juste, prophète ; saints martyrs Barbare, Bacchus, Callimaque et Denis (vers 362) ; saint martyr Barbare, l’ancien bandit ; sainte Avoye (ou Aurée), vierge, martyre à Paris (IIIème s.) ; saint Germain de la Mer, évêque et martyr (480) ; saint Hatta, abbé de Saint-Vaast, à Arras (699) ; transfert des reliques de saint Sava, premier évêque de Serbie (1236) ; saint Michée de Radonège (1385) ; saint Job de Potchaïev (XVIIème s.)
SAINT JOB
Bien longtemps avant la venue du Christ et la proclamation par Lui des promesses de la vie éternelle, vivait dans le pays d’Ausitide, aux confins de l’Idumée et de l’Arabie , un homme intègre et droit, qui craignait Dieu et se gardait de tout mal, nommé Job. Il était le plus fortuné de tous les fils de l’Orient et possédait quantité de troupeaux et de serviteurs, mais mettait ces richesses au service de Dieu. Un jour, Satan se présenta devant Dieu, en revenant de flâner sur la terre, où il avait cherché qui dévorer et entraîner dans sa déchéance. Comme Dieu lui montrait Job, en exemple d’un serviteur juste et droit, le diable répondit avec une ironie malveillante, qu’il était facile à ce riche de rester fidèle à Dieu. Répondant à cette provocation, le Seigneur remit tous les biens de Job en son pouvoir. Quelque temps après, des messagers vinrent annoncer au patriarche la perte de ses troupeaux et la mort violente de tous ses fils et de ses filles. Job déchira ses vêtements et se rasa la tête en signe de deuil, puis il se prosterna à terre et prononça ces paroles mémorables : « Nu je suis sorti du sein maternel, nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, que le Nom du Seigneur soit béni ! » (1, 21).
Dieu montra alors à Satan que son serviteur Job avait conservé sa foi dans le malheur, mais le diable ne s’avoua pas vaincu pour autant et dit : « Touche à ses os et à sa chair, et je te jure qu’il te maudira en face ». Bien qu’Il ne soit pas l’auteur du mal et qu’Il ne désire point la souffrance, Dieu permit donc que son serviteur fût affligé d’un ulcère, des pieds à la tête, afin d’éprouver sa vertu. Le riche et puissant patriarche, mis au rebut par tous, prit un tesson de poterie pour gratter ses plaies et il s’assit sur un tas de fumier, en dehors de la ville. À sa femme qui l’engageait à maudire Dieu, il répondit : « Tu parles comme une insensée. Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur ! » (2, 10).
La nouvelle de l’infortune de Job parvint jusqu’à trois de ses amis, sages et nobles de villes d’Orient : Éliphaz de Téman, Bildad de Shuah et Sophar de Naamat. Ils vinrent pour le consoler, mais en le voyant sur son fumier, ils éclatèrent en sanglots et, pendant sept jours, ne purent prononcer une seule parole. Finalement ce fut Job qui prit la parole, pour maudire le jour de sa naissance et souhaiter la mort, qui marquera la fin de ses maux . À cette plainte du juste souffrant, Éliphaz opposa le commun argument de la raison humaine pour expliquer les afflictions : Le malheur et la souffrance sont envoyés par Dieu en châtiment des péchés commis au préalable. Que Job n’avance donc pas l’intégrité de sa conduite pour se justifier devant Dieu, mais qu’il confesse ses péchés et qu’il se repente, pour obtenir le pardon et recouvrer santé et prospérité. S’il se révolte contre son sort, il n’en tirera qu’un surcroît de maux. L’homme, ajouta le sage, naît pour la souffrance, et les péchés et les injustices que nous commettons doivent de toute manière être châtiés en cette vie. Au lieu de consoler Job, ces paroles le troublèrent et ravivèrent sa souffrance. Il reprocha à ses amis leur dureté à son égard — car ceux qui ne sont pas éprouvés ne peuvent comprendre qu’elle est la souffrance de l’innocent soumis à la tribulation — et il confirma son innocence. Sans se révolter contre Dieu ni demander à être délivré de ses maux, Job exprimait seulement le souhait d’en voir la fin par la mort, sa seule consolation serait alors de ne s’être jamais opposé à la parole de Dieu (6, 10).
Bildad l’interrompit, pour reprendre le même argument que son compagnon, et évoquer une loi générale et abstraite sur la rétribution des actes mauvais, qui toutefois ne s’appliquait pas au cas de Job : Dieu est absolument juste, Job ne doit donc pas protester de son innocence, mais implorer sa miséricorde. Job lui répondit que, certes, on peut admettre que les malheurs qui nous adviennent sont châtiments de nos péchés, mais de toute manière quel être créé pourrait être trouvé foncièrement juste devant le Dieu Tout-Puissant ? Même l’homme qui, comme lui, ne voit en lui-même rien à se reprocher, ne peut prétendre se justifier, et se voit donc livré aux tribulations comme l’inique. Et il ajouta, en s’adressant à Dieu : « Tu sais bien que je n’ai pas commis d’iniquité. Mais qui peut échapper à tes mains ? Cesse donc de me fixer, pour me permettre un peu de joie, avant que je ne m’en aille sans retour au pays des ténèbres et de l’ombre épaisse, où jamais la lumière ne pénètre, où l’on ne voit pas la vie des humains » (10 ; 7, 20-22).
Il apparut dès lors à Job qu’il ne pouvait guère escompter sur la compréhension de ses amis, qui prétendaient se faire les défenseurs de la justice divine par des accusations mensongères à son sujet ; et, prenant sa chair entre ses dents et sa vie en ses main (13, 14), il interrogea Dieu avec angoisse : « Combien de fautes et de péchés ai-je commis ? Dis-moi quelles ont été mes transgressions et mes péchés. Pourquoi caches-tu ta face ? » (13, 22-24). Après une nouvelle intervention d’Éliphaz, l’accusant de s’élever contre la Providence, Job, voyant que ses amis devenaient ses persécuteurs, s’écria : « Pitié, pitié pour moi, ô vous mes amis ! Car c’est la main de Dieu qui m’a frappé. Pourquoi vous acharner sur moi comme Dieu Lui-même ? » (19, 21). Puis, interrompant sa plainte, il confessa son espérance qui était celle, encore confuse, de tous les justes de l’Ancien Testament : « Je sais moi, que mon Rédempteur est vivant, que Lui, le dernier, se lèvera de la poussière. Après mon éveil, il me dressera près de lui et, de ma chair, je verrai Dieu » (19, 25-26).
Insensibles et implacables dans leur zèle à défendre leur conception de la justice divine, les trois sages revinrent une fois de plus à la charge contre le juste, en ne se contentant plus de généralités, mais en énumérant, cette fois dans le détail, les fautes que Job avait dû commettre au temps de sa prospérité pour encourir un tel châtiment. Gardant toutefois, envers et contre tous, le bon témoignage de sa conscience, Job demanda à comparaître devant Dieu pour être jugé, convaincu que sa cause triompherait et que c’est de Dieu seul qu’il tirerait sa consolation (23, 4-7). Puis, dans un admirable discours, il confessa que si la sagesse de Dieu dans la création est inaccessible à la connaissance humaine, il n’est pas possible de connaître les motifs de l’affliction du juste ; mais celui-ci n’en cessera pas cependant d’aimer Dieu et de se confier en Lui (28, 28). Il poursuivit par une longue apologie de sa conduite et proclama qu’il était prêt à rendre compte de toutes ses actions et à porter publiquement l’acte d’accusation qu’on rédigerait contre lui.
Comme les trois sages se taisaient, à bout d’arguments, Élihu, qui s’était tenu jusque-là sur la réserve, à cause de son jeune âge, s’enflamma de colère contre Job, qui prétendait avoir raison contre Dieu et ajoutait ainsi la rébellion à son péché. Élihu s’étant tu, Dieu prit la parole au sein de la tempête, comme Il l’avait fait jadis au sommet du Sinaï, pour mettre un terme au débat. Dans un discours grandiose sur les mystères de la création et le gouvernement de la Providence, qui soumet même les monstres et les catastrophes naturelles à son dessein bienveillant, Dieu donna à son serviteur Job la clé de l’énigme que la sagesse humaine n’avait pas été capable de résoudre. Ces épreuves ne lui avaient pas été envoyées comme châtiment d’une faute, mais par un dessein gratuit et insondable, afin de manifester sa justice : « Ne rejette pas mon juste jugement. Penses-tu donc que j’ai agi autrement que pour manifester ta justice ? » (40, 8 LXX). Réalisant que ses tribulations elles-mêmes avaient été une révélation du Dieu « incompréhensible, insondable et inaccessible », Job déclara finalement : « Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu. C’est pourquoi, plein de confusion, je me consume et me considère comme terre et cendre » (42, 5). Cet aveu d’une extrême humilité fut pour Job le couronnement de sa vertu et lui ouvrit l’accès à la vraie connaissance de Dieu, laquelle n’est autre que « la sensation de son incompréhensibilité » (S Grégoire de Nysse). Triomphant de l’épreuve, il fut comblé de bénédictions dès que, sur l’ordre de Dieu, il eut intercédé pour obtenir le pardon du péché commis par ses amis à son égard. Le Seigneur restaura sa fortune, Il lui donna le double de tout ce qu’il possédait auparavant et lui accorda une nombreuse descendance. Job vécut encore cent quarante ans et mourut, chargé de jours, à l’âge de deux cent quarante ans .
Le livre de Job occupe dans la sainte Écriture une place toute particulière et fut de tout temps la grande consolation des serviteurs de Dieu soumis à l’épreuve.
(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire de la Mi-Pentecôte, ton 8
Au milieu de la fête, abreuve mon âme assoiffée des eaux de la piété, car, ô Sauveur, Tu as clamé à tous : Celui qui a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Source de notre vie, ô Christ Dieu, gloire à toi.
Tropaire du saint prophète, ton 1
De Job voyant la richesse en vertus, * l’ennemi des justes essaya de l’en spolier: * ayant fait brèche dans l’enceinte de son corps, * il ne put lui ravir le trésor de l’esprit, * car il trouva si bien protégée * l’âme de cet homme irréprochable; * quant à moi, il m’a dépouillé et réduit en captivité; * mais, accourant avant ma fin, délivre-moi * de ses perfides pièges, Sauveur, et sauve-moi.
Kondakion du saint prophète, ton 8
Illustre et véritable serviteur de Dieu, * tu t’es montré sincère, juste et pieux, * irréprochable et plein de sainteté; * par ta patience tu as instruit le monde entier, * toi qui eus tant à souffrir, vénérable Job; * c’est pourquoi tous ensemble nous célébrons ton souvenir.
Kondakion de la Mi-Pentecôte, ton 4
Au milieu de la fête prescrite par la loi, Créateur et Maître de toutes choses, Tu as dit à ceux qui se tenaient auprès de toi : Venez puiser l’eau de l’immortalité. Aussi nous prosternons-nous devant toi et disons-nous avec foi : Accorde-nous ta compassion, ô Christ Dieu, car Tu es la source de notre vie.
ÉPITRE DU JOUR
Actes XIV, 6-18
Paul et Barnabas, en ayant eu connaissance, se réfugièrent dans les villes de la Lycaonie, à Lystre et à Derbe, et dans la contrée d’alentour. Et ils y annoncèrent la bonne nouvelle. À Lystre, se tenait assis un homme impotent des pieds, boiteux de naissance, et qui n’avait jamais marché. Il écoutait parler Paul. Et Paul, fixant les regards sur lui et voyant qu’il avait la foi pour être guéri, dit d’une voix forte : Lève-toi droit sur tes pieds. Et il se leva d’un bond et marcha. À la vue de ce que Paul avait fait, la foule éleva la voix, et dit en langue lycaonienne : Les dieux sous une forme humaine sont descendus vers nous. Ils appelaient Barnabas Jupiter, et Paul Mercure, parce que c’était lui qui portait la parole. Le prêtre de Jupiter, dont le temple était à l’entrée de la ville, amena des taureaux avec des bandelettes vers les portes, et voulait, de même que la foule, offrir un sacrifice. Les apôtres Barnabas et Paul, ayant appris cela, déchirèrent leurs vêtements, et se précipitèrent au milieu de la foule, en s’écriant : Ô hommes, pourquoi agissez-vous de la sorte ? Nous aussi, nous sommes des hommes de la même nature que vous ; et, vous apportant une bonne nouvelle, nous vous exhortons à renoncer à ces choses vaines, pour vous tourner vers le Dieu vivant, qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s’y trouve. Ce Dieu, dans les âges passés, a laissé toutes les nations suivre leurs propres voies, quoiqu’il n’ait cessé de rendre témoignage de ce qu’il est, en faisant du bien, en vous dispensant du ciel les pluies et les saisons fertiles, en vous donnant la nourriture avec abondance et en remplissant vos cœurs de joie. À peine purent-ils, par ces paroles, empêcher la foule de leur offrir un sacrifice.
ÉVANGILE DU JOUR
Jn VII, 14-30
Vers le milieu de la fête, Jésus monta au temple. Et il enseignait. Les Juifs s’étonnaient, disant: Comment connaît-il les Écritures, lui qui n’a point étudié? Jésus leur répondit : Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire sa volonté, il connaîtra si ma doctrine est de Dieu, ou si je parle de mon chef. Celui qui parle de son chef cherche sa propre gloire; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, celui-là est vrai, et il n’y a point d’injustice en lui. Moïse ne vous a-t-il pas donné la loi ? Et nul de vous n’observe la loi. Pourquoi cherchez-vous à me faire mourir ? La foule répondit : Tu as un démon. Qui est-ce qui cherche à te faire mourir? Jésus leur répondit : J’ai fait une œuvre, et vous en êtes tous étonnés. Moïse vous a donné la circoncision, -non qu’elle vienne de Moïse, car elle vient des patriarches, -et vous circoncisez un homme le jour du sabbat. Si un homme reçoit la circoncision le jour du sabbat, afin que la loi de Moïse ne soit pas violée, pourquoi vous irritez-vous contre moi de ce que j’ai guéri un homme tout entier le jour du sabbat? Ne jugez pas selon l’apparence, mais jugez selon la justice. Quelques habitants de Jérusalem disaient: N’est-ce pas là celui qu’ils cherchent à faire mourir? Et voici, il parle librement, et ils ne lui disent rien! Est-ce que vraiment les chefs auraient reconnu qu’il est le Christ? Cependant celui-ci, nous savons d’où il est; mais le Christ, quand il viendra, personne ne saura d’où il est. Et Jésus, enseignant dans le temple, s’écria: Vous me connaissez, et vous savez d’où je suis! Je ne suis pas venu de moi-même: mais celui qui m’a envoyé est vrai, et vous ne le connaissez pas. Moi, je le connais; car je viens de lui, et c’est lui qui m’a envoyé. Ils cherchaient donc à se saisir de lui, et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue.
