6a00d83451c30d69e200e54f409dd98834-800wiSur le défunt patriarche russe Alexis II : un premier bilan

Alexis II est passé à Dieu. Mémoire éternelle, donc ! Le temps viendra du portrait plus intime, de la méditation sur la personne et la destinée. D’autres ne manqueront pas de le faire, ailleurs, singulièrement dans toutes ces « Russies » dont il fut le primat et qui sont sous le coup de sa disparition. Mais l’heure  réclame aussi, en dépit de l’émotion, de dresser un état, même rapide, de son action. Jusque dans sa mort, trop précoce comme toute mort mais aussi eu égard aux urgences du présent, celui qui fut le premier patriarche de Moscou de l’après-communisme continue de déterminer l’avenir de l’orthodoxie au troisième millénaire. En voici une esquisse menée à grands traits, acquis et horizons mêlés.

1. Né en 1929, dans les pays baltes avant l’invasion soviétique, Alexis II fut l’homme d’un double héritage : l’esprit du concile de 1917, annonçant le renouveau théologique  du XXe siècle et la conscience aiguë, qui marqua sa jeunesse, de la persécution. L’Eglise ne peut vivre hors de l’ouverture au monde dont elle est la vie ; toute Eglise historique peut faire face, un jour, à la possibilité de sa fin. Son engagement devait balancer entre ces deux intuitions fondamentales. Pour le dire autrement, il partageait l’appel crucial à la Tradition créatrice que les pères Alexandre Schmemann et Jean Meyendorff, issus de la même noblesse de service que lui, allaient incarner dans l’émigration ; et il savait, d’expérience, la solidarité extrême à laquelle voue le peuple souffrant. Fait intime, souvent passé sous silence dans les biographies officielles, son père, lui- même homme d’Eglise, connut les camps. D’où, certainement, un sens aiguisé et plénier de la responsabilité pour les autres, placé sous le signe de l’unité de tous.

2. Cette unité, pour ce qui est du Patriarcat de Moscou, Alexis II, tout au long de son pontificat, la verra menacée de toutes parts. Il est élu en 1990, un an avant l’ultime putsch communiste qu’il condamnera immédiatement, mais qui entraînera l’inéluctable désagrégation de l’empire soviétique et le complet chavirement de la société russe. A partir de là, il lui faudra contrer deux dangers aussi imminents que récurrents : l’explosion du patriarcat, la seule institution qui continue à couvrir l’ancien territoire de l’URSS, morcelé sous le jeu  des indépendances politiques, au risque d’autocéphalies à base ethnique ou nationaliste ; l’implosion de ce même patriarcat sous la tension antagonique des camps progressistes et traditionalistes, agitant  le risque de schismes en chaîne. Il y répondra par un exercice du pouvoir, patient dans le principe, prudent dans la pratique, qui visera à la préservation de l’essentiel. Le statut quo finalement adopté en Estonie avec Constantinople, les larges autonomies accordées à l’Ukraine et à la Biélorussie relèvent de cette position d’attente. De même que la recherche d’équilibre  entre les tendances les plus radicales, les mises au pas successives du très réformiste père Kotchetkov et de du  très intégriste évêque d’Ekaterinbourg, signalent une identique volonté d’apaisement, au centre. Enfin, l’union proposée aux communautés de l’étranger  issues de la Révolution de 1917, relève de ce même souci de l’unité. Cette union sera rejetée par l’Archevêché d’Europe occidentale d’autant plus tourné vers sa vocation propre que certaines ingérences diplomatiques malvenues, à caractère politique plus que religieux, brouilleront le tableau et finiront par l’en dissuader.  Mais elle sera acceptée par l’Eglise russe hors-frontières qui se condamnait sinon à une forme de dérive sectaire.  
Préserver l’unité de l’orthodoxie d’héritage russe là où elle existait, la restaurer là où c’était possible ou souhaitable : tel était le pari essentiel du pontificat d’Alexis II. Il faut faire crédit au patriarche d’avoir su, pour l’essentiel, le gagner.

3. L’unité interorthodoxe, bouleversée par la chute du Mur de Berlin et le retour sur la scène mondiale d’Eglises sorties, tout comme elle, de la glaciation  communiste, représente une part plus complexe du dossier. Il comporte des sous- chapitres malheureux, mais d’autres aussi plus heureux, à mesure des ébranlements qui traversent alors le plérôme orthodoxe.  
Constantinople, d’abord.  Le réveil  de l’ancestrale confrontation avec le Patriarcat œcuménique, conditionnée par un long héritage de malentendus et de méfiances subitement réanimés, était-il évitable ? Mais y allait-il seulement du   sempiternel débat entre la deuxième et la troisième Rome qui est, pour beaucoup, une invention de l’historiographie occidentale ?  Les difficultés internes à chacune des institutions, leurs fragilités respectives, plus encore que le caractère problématique de la relation, ont joué leur rôle. Surtout, la stratégie de la Maison Blanche, explicitée comme telle, de diffraction de l’Est et d’encerclement de la Russie d’un côté, la volonté de restauration d’une grandeur évanouie de la part du Kremlin de l’autre, n’ont pu qu’aggraver la pente. Des gestes graves s’en sont ensuivis, de la rupture momentanée de communion de 1996 au sujet de d’affaire d’Estonie au départ de la délégation russe du comité de dialogue catholique et orthodoxe, à Ravenne, en 2007. On peut les regretter. On ne saurait pour autant mésestimer les gestes, parallèles, de bonne volonté, dont le front commun, face à Rome, contre le regain de l’uniatisme, scellé dés 1991, répété en 2001, et accompli par la présence d’Alexis II auprès de Bartholomée Ier, lors de la rencontre des primats de 2008. On ne saurait, surtout, minimiser le fait que la question de la primauté tout comme la question de la modernisation des structures de concertation sont des questions réelles et représentent un chantier ouvert pour les deux patriarcats, mais aussi pour toutes les Eglises, et pour l’ensemble des orthodoxes. Le patriarche, tout en appuyant ses positions, a su éviter l’irrémédiable.
Pour autant, Alexis II a su réactiver le rôle traditionnel de l’Eglise russe dans les relations interorthodoxes : le soutien aux Églises de culture slave, dont le Patriarcat de Serbie dans les guerres d’ex- Yougoslavie, le  maintien bienveillant des liens d’amitié et de protection avec les patriarcats d’Antioche et de Jérusalem, la mise à profit de la présence d’un million de russophones en Israël pour réaffirmer une présence historique en Terre Sainte, le renouveau des missions en Asie, la  coopération  exemplaire avec le catholicosat de Géorgie lors de la guerre de l’été 2008 entre Moscou et Tbilissi, et ce à rebours de tous les pronostics sur les emportements nationalistes de l’orthodoxie, sont à porter à son crédit. Dont, là aussi, acte.

4. Quant aux autres confessions chrétiennes ainsi qu’aux autres corps religieux, qu’en a-t-il été de l’action d’Alexis II ? Retrouve-t-on là une identique posture de prudence et de fermeté, soucieuse des équilibres existants comme des équilibres à trouver ou à retrouver ?
Le dialogue œcuménique, forcément tributaire des circonstances propres à la Russie et des tribulations sans précédent de l’ordre international qui ont marqué le pontificat d’Alexis II, laisse voir une image contrastée. Subitement offerte aux missions sauvages et aux entreprises sectaires venues de l’étranger, la Russie, dans un premier temps, se ferme. Elle ne va néanmoins, sous l’égide du patriarche, cessé d’évoluer.
D’où la nature difficultueuse, d’abord, des relations  avec Rome. Alors qu’il s’efforce de combler le trou noir du communisme, Alexis II doit se confronter à une Eglise romaine dont la dernière posture connue, à l’orée du XXe siècle, visait à la « conversion » de la Russie. Certes, le concile de Vatican II est passé par là, le catholicisme a changé. Mais l’horizon géopolitique  favorise les ambiguïtés. La nouvelle forme de papauté planétaire au service des droits de l’homme que promeut alors Jean-Paul II, de même que plusieurs initiatives offensives de la Curie, menées au nom des idéaux de liberté, dont l’appui aux Unis d’Ukraine et la création de divers diocèses dans le ressort de Moscou, renforcent la tentation du repli, entretiennent un flou toujours plus inconfortable sur les intentions réelles de la seconde «évangélisation de l’Europe ». Symbole, et plus que symbole, la Russie demeurera interdite au pape polonais. C’est que les actions menées au nom du catholicisme dans l’ex- URSS sont peut-être moins délibérées et agressives qu’on ne veut le croire à Moscou, mais certainement plus objectives et malencontreuses qu’on n’entend l’admettre à Rome. La théorisation, certes insatisfaisante, de la notion de « territoire canonique » doit se comprendre comme une réponse, momentanée, à ce sentiment de désarroi.  Le mélange de détermination inébranlable et de hauteur stoïque, non sans une pointe d’humilité, qu’affichera Alexis II au cours de cette crise, ne sera pas pour rien dans la réassurance symbolique d’une Russie alors malmenée au plan international.  
Tout change, cependant, dés l’élection de Benoît XVI. Il faut y voir le signe de la profonde attente, sans doute, qu’il y avait à voir enfin réunies les conditions d’un dialogue respectueux des droits de l’orthodoxie russe. Le nouveau
pape est allemand, ce qui ne saurait déplaire au germaniste qu’est Alexis II, mais surtout il s’agit d’un pape théologien, liturgiste, et préoccupé de refonder la part proprement latine du catholicisme romain. Dans la clarté qui se fait jour, on ira même jusqu’à évoquer la Vienne du cardinal Schönborn et de Mgr Hilarion Alfeyev comme un possible lieu de rencontre, neutre, entre les deux chefs d’Eglise. Bakou se portera à son tour candidate. Le projet n’aboutira pas. Mais le voyage d’Alexis II à Paris, où il sera reçu par le cardinal Vingt- Trois dans Notre-Dame, comble de catholiques et d’orthodoxes français manifestement heureux d’être réunis, restera comme l’heureux dénouement d’une situation de crise larvée  devenue intolérable aux deux parties.
Quant au protestantisme, les divisions, que causent alors en son sein l’adaptation de sacrements majeurs comme  les ministères ou le mariage aux revendications sociologiques contemporaines, ne peuvent qu’affecter le climat œcuménique dans son ensemble. Fidèle au dialogue avec les Églises historiques de la Réforme, Alexis II, sans surprise, se range du côté de la Tradition indivise et n’en condamne que plus les innovations du néo-protestantisme qui, de fait, bousculent les acquis de l’oecuménisme.
Enfin, pour ce qui est du domaine inter-religieux, le patriarche reprend et amplifie l’attitude constante de l’orthodoxie russe, habituée à co- exister avec le judaïsme, l’islam, et le bouddhisme. Alexis II anathématise, à plusieurs reprises, l’antisémitisme comme un antichristianisme et établit des liens suivis avec les grands rabbins de Moscou  comme avec ceux de Jérusalem. A l’acmé des guerres de Tchétchénie, il délivre des messages de paix civile en compagnie du Conseil musulman et des muftis de Russie. En organisant des instances régulières de concertation, en provoquant des rencontres internationales, il montre la sensibilité du patriarcat au rôle ambivalent du fait religieux au sein de la mondialisation. Il le fait peut-être dans le cadre d’une culture qui, vue d’ici, paraîtra encore trop post-soviétique. Mais il le fait, et ce faisant favorise la mutation,  en profondeur,  de cette même culture par la transformation des mentalités.

5. Si l’on se tourne vers l’intérieur de l’Eglise et de la société russe, il faut là encore jauger les acquis en regard des défis. Alexis II n’a pas été que le dépositaire de l’ordalie sans précédent qu’a connue l’orthodoxie sous le communisme ; il l’a personnellement vécue. Les accusations colportées à son encontre de liens supposés avec le KGB n’en ressortent que plus absurdes et calomnieuses. Qui n’a pas fait l’expérience du totalitarisme, et des dilemmes moraux qu’encourt tout responsable d’une communauté persécutée face à la terreur qui menace d’abord les plus petits, devrait se taire. Dés lors que le compromis historique passé par le patriarche Serge avait pour but d’assurer la survie minimale d’un christianisme encourant autrement la disparition totale sous le plus long des plus inhumains des régimes du siècle, la réponse à la seule question qui vaille est spontanée et simple : tout au long de sa carrière ecclésiastique, Alexis II entendait-il servir l’Union soviétique ou l’Eglise orthodoxe ? Elle ne souffre aucun doute. Or, ce service de l’Eglise auquel il a voué sa vie, il l’a retrouvé, certes en étant lui-même plus libre, mais en devant affronter des circonstances encore calamiteuses après la fin du communisme. Il n’y a aucune raison, hors la grâce de l’enseignement, du sacrement, et du témoignage, que structurellement, l’Eglise russe aille mieux que la société russe, rongée par les séquelles du post-soviétisme. Il n’empêche, signe de cette grâce, et de l’inspiration têtue du patriarche, qu’elle s’est mieux comportée, sans comparaison, que toute autre réalité de la nouvelle Fédération. Au sein de l’Eglise, Alexis II a orchestré un indéniable renouveau, il a conduit un exercice du pouvoir sans abus, et il a ravivé la conciliarité. Au sein de la société, il a assuré son rôle avec dignité, s’abstenant d’une personnalisation que d’aucuns pourtant encourageaient. Il a appuyé l’action caritative et est allé jusqu’à favoriser l’émission d’une « doctrine sociale », quelque peu paradoxale en contexte orthodoxe, trop inquiète et donc de tonalité  réactionnaire sur le plan des mœurs, mais qui a eu pour mérite de fixer un cap médian et d’utiles garde- fous face aux excès politiques, économiques,  et aux tangages idéologiques de la Russie contemporaine. Enfin, pour ce qui est des convergences avec le pouvoir politique, on aurait tort de les assimiler à une confusion, tout particulièrement à une confusion volontaire et recherchée. D’une part, cette convergence entre l’Eglise et l’État les deux institutions majeures en charge d’un pays abîmé, si ce n’est détruit, et elles- mêmes en pleine reconstruction, était comme naturelle et relevait, même parfois, que l’on pense seulement à la démographie noire, inversée, qui frappe la Russie, et qui symbolise son désastre moral, de l’urgence.
D’autre part, si les gouvernants, en quête d’une refondation de l’identité après la dissolution active systématiquement entreprise par le communisme, et qui s’est comptée en million de victimes, ne pouvaient que se tourner vers l’orthodoxie, première légataire de cette identité et de cette martyrologie, les échelons intermédiaires du pouvoir, relevant de l’ancien appareil, n’ont cessé de poser des obstacles dans les faits. Ainsi, la simple instauration d’une aumônerie des armées a été très tardive. Quant à la loi d’exception, encadrant l’installation de nouveaux cultes en Russie, loi souvent jugée liberticide à l’Ouest, il faut souligner qu’elle ne protège pas que l’Eglise orthodoxe, mais aussi les autres religions historiques du paysage russe que sont le judaïsme, l’islam, et le bouddhisme. Sans apprécier les faibles marges de manœuvre qui lui étaient laissées, on peut donc difficilement juger  de l’action, en ces domaines, du patriarche, parfois obligé de louvoyer. Seule certitude, il n’a cessé d’avancer afin de préciser la nouvelle donne d’une Russie en mutation en y renouvelant lui-même la place centrale de l’Eglise en termes généraux d’éthique et de culture.

6. Quels sont les enjeux de la succession ? L’Eglise russe est clairement au carrefour des chemins. C’est là que l’a menée, gardant bon la barre, en dépit des tempêtes et des aléas, Alexis II. Elle doit maintenant choisir entre la fausse Tradition reconstruite et la vraie Tradition retrouvée. Entre la fermeture sur sa propre misère, la méfiance paralysante envers l’Autre, et l’ouverture à sa propre gloire, au débat sans peur avec l’Autre. Entre la tentation du ghetto et la vocation du rayonnement. Tout aussi clairement, un seul homme apparaît à même de porter un tel projet. Il y a été éduqué. Il y a été préparé. Il a accompagné tout le pontificat d’Alexis II dont il a été le fidèle soutien. Sa russité et son orthodoxie ne font aucun doute. Et pareillement, ses qualités théologiques et pastorales sont assurées. Cyrille de Smolensk, puisque c’est de lui qu’il s’agit, qui est en charge depuis deux décennies des relations extérieures du patriarcat, maîtrise la civilisation planétaire du dialogue, les règles et usages des institutions internationales, les enjeux les plus cruciaux de la mondialisation qui ne se distinguent pas des enjeux propres à l’orthodoxie, mais s’y superposent. Son rôle pourrait être éminent, aussi, dans les affaires internes de l’Eglise et pour tous les Russes eux- mêmes, croyants ou non, en tant qu’il a l’assise intellectuelle pour nouer une nouvelle alliance avec les
forces vives du pays, intellectuels, artistes, et autres membres actifs de la sphère civile, dont dépend l’avenir de la Russie. Orthodoxie et société,  monde et Russie, Eglise et politique, foi et intelligence : c’est  parce qu’il se situe lui- même à l’intersection de ces questions, comme il a la pratique d’être à la croisée  de l’intérieur et de l’extérieur, du dedans et du dehors, donc du passage, et de la nécessité d’établir des ponts, des traductions, de la compréhension mutuelle, et pour finir du lien, qu’il ressort comme l’homme du bon choix à l’heure de ce carrefour essentiel, là où il faut continuer la route, mais en poursuivant la bonne direction. 

Alexis II, aura été un grand patriarche de transition. Le mot ne saurait blesser : le secret du « transitus » est d’être d’essence pascale. La rhétorique orthodoxe n’aime que trop les images fortes. Il n’empêche. A l’instar de Moïse, le défunt patriarche a tiré son peuple de l’esclavage et lui a fait traverser le désert. A la manière Moïse, il n’était pas un discoureur mais avait ses conversations personnelles avec l’Eternel. Et, comme Moïse, il n’entrera pas dans cette Terre promise vers laquelle il a  voulu conduire les siens. Mais Alexis II a fait rentrer dans l’histoire, dans le monde, dans la société une Église qui en était sortie. Cette Église peut désormais envisager demain. Quant à lui, qu’il  trouve désormais ce repos dont seuls ceux qui ont mené jusqu’au bout une mission réputée impossible savent dans leur chair et dans leur cœur tout le prix.

Jean-François Colosimo

Print Friendly, PDF & Email


Chers lecteurs,

Vous êtes de plus en plus nombreux à lire Orthodoxie.com, et nous nous en réjouissons. Nous souhaitons qu’une grande partie des articles de notre site soit accessible à tous, gratuitement, mais l’information de qualité a un coût. Et pour cette raison, votre soutien nous est plus que nécessaire. Nous vous invitons à vous y abonner, ou bien à faire un don de soutien !