Aux éditions de l’Université orthodoxe Saint-Tykhon de Moscou est paru un livre de l’archiprêtre Nicolas Emelianov, vice-recteur de l’Institut de Théologie de cette université et collaborateur du laboratoire scientifique « Sociologie de la religion ».

Combien y a-t-il de chrétiens orthodoxes qui fréquentent régulièrement l’Église en Russie et pour quelle raison ?
  • Facebook
  • Twitter
  • Email
  • Vkontakte
  • Messanger
  • Telegram
  • WhatsApp
  • Twitter
  • Pinterest

Son livre, intitulé « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux » présente une étude scientifique, dans laquelle l’auteur émet l’hypothèse expliquant pourquoi, en Russie, le nombre des gens fréquentant effectivement l’Église n’augmente pas, étant resté pratiquement le même au cours de plus de deux décennies. Le site Pravoslavie.ru a évoqué avec l’auteur les raisons de cet état de choses et le problème des relations des prêtres et des fidèles dans la Russie actuelle. 

– Père Nicolas, quel est le problème qui constitue le point de départ de votre étude ?

– Depuis longtemps, je me suis occupé de la raison pour laquelle, dans notre pays, alors que 80% des croyants sont orthodoxes – c’est-à-dire ceux qui dans les différents sondages sociologiques se disent tels – 3% seulement sont effectivement des gens qui fréquentent régulièrement l’Église.

– Mais d’où viennent ces données selon lesquelles 3% de la population du pays est effectivement « pratiquante », tandis que 80% des sondés se disent orthodoxes ?

– Ce sont plus ou moins des données sociologiques générales. Au cours de toute la période suivant la libération de l’Église, tous les sondages montrent que nous avons environ 3 à 5% de personnes pratiquantes. On a ici en vue ceux qui communient une fois par mois ou plus souvent. C’est un groupe de personnes assez étroit.

– Mais 3% de toute la population de la Russie, ce n’est pas aussi peu.

– C’est possible. À ce sujet, lorsqu’à Jérusalem fut créée la première communauté de croyants, comme cela est dit dans les « Actes des apôtres », le nombre des personnes qui y ont adhéré immédiatement après la Résurrection, c’était peut-être 3% de la population totale de cette ville. À Jérusalem, selon les estimations des savants, vivaient alors environ 100.000 personnes, tandis que dans le livre des Actes des Apôtres, on parle la première fois de 3’000 personnes qui se sont jointes à la communauté des apôtres (cf. Actes 2,41), et ensuite il est encore question de 5’000 personnes qui ont cru (cf. Actes 4,4). D’une façon ou d’une autre, aujourd’hui, les instituts de sondage FOM, VtsIOM et Centre analytique Levada présentent des données quasiment similaires. Il est vrai que ce dernier institut donne habituellement des chiffres de pratique ecclésiale et de religiosité quelque peu inférieurs aux autres, et nous les retenons pour des raisons de fiabilité. Mais, en règle générale, les trois instituts de sondage donnent des chiffres concordants.

Statistiques Église orthodoxe russe

Toutefois, lorsque nous parlons de ceux qui communient une fois par mois ou plus souvent, nous retenons un groupe étroit de personnes, même parmi celles que l’on peut appeler, de façon plus large, des croyants pratiquants. Si l’on étend le concept de pratiquant à ceux qui communient plusieurs fois par an, mais plus rarement qu’une fois par mois, cette quantité s’élève à environ 10 – 12%. En même temps, selon les données des mêmes instituts, le nombre de ceux qui ont répondu positivement à la question « vous considérez-vous orthodoxe » augmente de façon constante depuis 1992. Précisément, le FOM, ces dernières années, donne un indicateur autour de 80%, « Levada Center » 65 à 70%. Il faut reconnaître que, dans l’ensemble, cela semble assez paradoxal : ce chiffre de 3% de ceux qui communient une fois par mois, ou plus souvent, reste stable, tandis que celui de ceux qui s’appellent orthodoxes croît constamment. Ce phénomène a été discuté plus d’une fois dans la communauté scientifique, parmi les sociologues et spécialistes en religion. Ce faisant, en règle générale, cela a été discuté d’une façon assez critique envers l’Église. Cela, au demeurant, est tout-à-fait compréhensible, en raison de certaines traditions, qui prédominent jusqu’à maintenant dans le milieu scientifique.

– Quelles sont donc les explications qui ont été données ?

– La plus connue et la plus simple d’entre elles est que cette conscience d’être orthodoxe, n’a généralement rien à voir avec une quelconque religiosité. S’appellent orthodoxes ceux qui de cette façon s’efforcent de désigner leur appartenance ethnique ou nationale, comme Russes et citoyens de Russie. Il y a eu d’autres hypothèses, liées à la supposition répandue selon laquelle la tendance mondiale à la sécularisation se fait sentir, et la Russie se meut dans cette direction. Or la sécularisation enfante un type spécial de religiosité qui est extra-ecclésiale, vague, et ne peut plus, pour cette raison, être appelée classique, institutionnelle dans le plein sens de ces mots. De telles interprétations ont commencé à se répandre également parmi les fonctionnaires de l’État. Aux questions et demandes relatives, par exemple, à l’influence de l’Orthodoxie, son importance sociale, on peut entendre maintenant : « Et pourquoi devrions-nous soutenir cela ? Ce ne sont que 3% de la population de notre pays ! Est-ce socialement significatif ? » D’autre part, lorsque nous avons nous-même procédé à des recherches dans les paroisses et les communautés ecclésiales, nous nous sommes aperçus d’un phénomène intéressant. Si l’on prend en compte les indicateurs les plus simples en Russie, le nombre d’enfants, le taux de divorces ou des maladies sociales telles que le tabac ou l’alcoolisme, l’affiliation (prétendue) à l’Orthodoxie n’a pratiquement aucune influence sur ces indicateurs. Parmi ceux qui se considèrent orthodoxes, il y a le même pourcentage de divorces ou, disons, d’alcooliques. Mais dès que nous prenons en considération les mêmes indicateurs pour le groupe de 3%, c’est-à-dire ceux qui communient une fois par mois, ces indicateurs deviennent autres et se différencient qualitativement dans le bon sens.

– Que voulez-vous dire ?

– Par exemple, à Moscou, en 2004, seules 3.5% des femmes âgées de plus de 18 ans avaient trois enfants ou plus. Dans les paroisses, ce chiffre s’élevait à 19%. Une différence évidente est de même visible chez les fumeurs. Étant donné que fumer est un vice condamné par l’Église, nous ne comptons que 4% de fumeurs dans le noyau des communautés. En même temps, en Russie, cette quantité était de 38%. Vous voyez qu’il y a une différence de qualité. Et de tels indicateurs et leur différence en faveur des pratiquants se produisent pour les problèmes que nous lions à des problèmes sociaux définis. Nous avons également posé des questions sur les relations envers la Patrie et le patriotisme. Ce faisant nous avons proposé différents concepts de patriotisme, dont un est contre-productif. À nouveau, dans le noyau de la paroisse, le concept de patriotisme s’avère être le plus adéquat. Le patriotisme est compris en tant qu’amour envers la patrie et la disposition à travailler et agir pour la prospérité du pays, mais ces gens ne considèrent pas que leur pays est toujours et sous tous les rapports meilleur que les autres, etc. Il ressort de tout cela que la thèse selon laquelle la vie ecclésiale, dans une mesure significative, est comprimée et s’inscrit dans ces 3%, contient une certaine vérité. Mais à un certain moment a surgi en moi l’hypothèse, qui vient simplement de mon expérience pastorale de la confession, ce dont je parle dans mon travail. Si nous parlons des églises urbaines, le prêtre sent constamment qu’il est dans un état de hâte continuelle. Il a constamment le sentiment que quelqu’un veut lui parler, et il n’y parvient pas : ou bien à ce moment quelqu’un d’autre veut déjà lui parler, ou encore il doit partir en vitesse quelque part.

– À quel point, à votre avis, ce problème est-il important ?

– Je peux dire que, pour le prêtre paroissial, c’est une expérience très pénible. Je suis personnellement convaincu que la moitié des problèmes qui sont liés aux situations de conflit à l’église, dont je prends souvent connaissance sur Facebook ou dans la presse, sont liées avec ces circonstances. Disons que l’homme raconte qu’il est venu à l’église, et le prêtre s’est conduit brutalement à son égard. En analysant ces situations, je comprends parfaitement, que dans la moitié des cas, voire plus, cela s’est passé parce que le prêtre était pressé, devait aller quelque part. C’est pourquoi il n’avait pas simplement pas eu la possibilité de lui parler, de compatir. Le manque d’attention en raison de la hâte constante devient partie d’une habitude qui s’est installée. Il y a l’habitude de se presser, et elle enfante presque automatiquement le manque d’attention et une attitude hautaine, qui, bien sûr, n’est absolument pas permise pour le prêtre. Du fait même que c’est une réaction de défense, elle ne peut que repousser les gens, elle ne peut que produire une impression pénible. Une situation typique est celle, où pendant un office festif, devant le prêtre se présente près d’une centaine de personnes dans une file pour se confesser, et il doit parler avec tous en une heure ! Or, parmi ces personnes peuvent se trouver, hormis ceux qui simplement demandent la prière d’absolution, ceux qui sont venus la première fois à l’église dans le mois, voire dans l’année. Dans une telle situation, aucun contact profond ne peut, en principe, avoir lieu avec le prêtre. Et tout prêtre qui vit la vie paroissiale et pour lequel la confession constitue une partie importante de son ministère, vit difficilement ce problème. Moi-même, je n’ai pas servi tant que cela comme prêtre, en fait depuis un peu plus de 20 ans, mais même pendant cette période, on sent clairement la différence entre ce qui était alors et maintenant. La différence est très simple : cette attention que l’on pouvait porter alors aux gens, on ne peut plus l’accorder aujourd’hui. Le temps manque de façon catastrophique. Les gens qui vous connaissent bien et viennent régulièrement vers vous, deviennent si nombreux qu’ils ne peuvent se caser dans le temps que vous pouvez réserver à la confession. Cette simple observation et les expériences douloureuses qui y sont liées m’ont amené à me poser encore une simple question : combien de personnes puis-je recevoir ? Quelle communauté le prêtre peut-il avoir ? Ces 3% stables durant toute la période post-soviétique ne signifient-ils pas que la quantité de membres du clergé existants, malgré tous leurs souhaits, ne peuvent recevoir plus de paroissiens ? C’était mon hypothèse initiale, qui s’est confirmée en totalité, empiriquement, par la suite. Au cours de mes recherches, je me suis efforcé de calculer approximativement la taille d’une communauté dont un seul prêtre peut se charger. Et bien que nous ne soyons pas parvenus à une étude à grande échelle, nous sommes parvenus à une conclusion sur la base des discussions avec des prêtres et l’analyse de documents, à savoir que la taille d’une communauté desservie par un seul prêtre, est assez petite : en tout 200, au maximum 500 personnes.

– Et comment saint Jean de Cronstadt a-t-il fait, alors que des milliers de personnes venaient à lui ?

– Ici, il faut bien comprendre que beaucoup venaient à lui une fois, peut-être quelques fois dans la vie. Aussi, c’est une quantité de gens fort limitée qui était en contact permanent avec lui. Pour cette raison, l’exemple du prêtre charismatique, du staretz pneumatophore, n’est pas typique et n’est pas caractéristique pour le prêtre qui a sa communauté, vivant régulièrement la vie d’Église, ses paroissiens permanents, qu’il connaît tous, qui sont en contact régulier avec lui et se confessent régulièrement chez lui pendant de nombreuses années. Nous avons aussi réussi à établir des données intéressantes. Dans un sondage au niveau de toute la Russie, nous avons posé la question : « Connaissez-vous un prêtre auquel vous pouvez vous adresser dans une situation de crise ? » En collectant des données à ce sujet, nous en sommes arrivés à la conclusion qu’autour de chaque prêtre il y a environ 1500 personnes qui le connaissent et peuvent s’adresser à lui pour recevoir son aide. C’est-à-dire qu’autour du prêtre, il y a une communauté qui lui est proche, d’environ 200 à 500 personnes, et, peut-être un autre cercle ou réseau de relations, avec une moyenne d’environ 1500. Et c’est en fait une sorte de limite. Tout homme est limité et ne peut faire plus. En outre, nous savons que les prêtres peuvent être différents. Il y a ceux qui s’occupent prioritairement de direction spirituelle. Il y a les prêtres de campagne qui célèbrent dans des villages et des hameaux où il n’y a que trois, cinq, personnes qui assistent aux vigiles, et ils ne savent pas ce qu’ils doivent faire, etc. Mais notre étude ne s’est pas arrêtée à cela. Nous avons ensuite tenté d’analyser le processus de la confession. L’un des dimanches, lorsqu’il n’y avait pas une grande fête, nous avons compté simplement dans une cinquantaine d’églises de Moscou, combien de temps durait la confession et combien de personnes parvenaient à se confesser. Ce faisant nous avons perçu un éventail assez large du temps moyen de la confession.

Malgré le fait que les gens peuvent se confesser de différentes façons et à divers moments, la durée varie généralement de 3-5 jusqu’à 15-20 minutes. Bien qu’il y avait des églises où quelques personnes se confessaient chez le prêtre bien plus longtemps, il y en avait d’autres, au contraire, où les gens se confessaient encore plus vite. En outre, cet indicateur ne dépendait pas du fait qu’il y ait beaucoup ou peu de gens à l’office, si c’était le samedi ou le dimanche, si un prêtre jeune ou âgé confessait.

– Combien, en moyenne peut et doit durer la confession ?

– C’est un sujet séparé, qui n’est pas banal. La confession est un phénomène très compliqué. C’est une chose lorsqu’à la confession vient quelqu’un bien connu du prêtre. Dans ce cas, la confession a son caractère spécifique. La personne sait très bien ce qu’elle fait et pourquoi elle est venue, la participation du prêtre peut parfois être ici minime, parce qu’il y a déjà une compréhension mutuelle totale. Et pour une telle confession, en règle générale, il ne faut pas beaucoup de temps, il est question ici de quelque chose d’autre. La confession, ce n’est pas une conversation, mais un sacrement dont la composante principale est la prière.

– La prière ?

– Lors de la confession, le prêtre ne parle pas autant avec l’homme, qu’il prie pour lui tout le temps pendant que celui-ci lui dit quelque chose.

– Mais le prêtre, pendant la confession, doit quoi qu’il en soit converser, faire entendre raison, poser des questions.

– Bien sûr, mais le principal pour le prêtre, ce n’est pas discuter, faire entendre raison, mais prier Dieu pour celui qui se confesse à cet instant. Mais maintenant, s’il vient à la confession un homme qui voit pour la première fois un prêtre, et même s’il n’a pas quelques problèmes particuliers, il faut parler avec lui longuement et donner des explications. Il faut tout simplement l’amener à la réalité de la vie ecclésiale et spirituelle. Et ce ne peut en aucun cas être une courte conversation de 10, 15 minutes. Il en est de même si l’homme a quelque problème réel, s’il est venu avec un chagrin ou a subi une offense grave, le fait même que l’on ne se hâte pas peut jouer un rôle décisif. Mais dès que la personne sent que l’on se presse, la conversation n’a plus aucun sens. À ce sujet, un bon évêque m’a dit un jour : « Je dis à mes prêtres que lorsqu’ils parlent avec une personne, ils doivent cacher leur montre et ne plus la regarder». Cela m’a beaucoup plu. En outre, nous devons comprendre, qu’à ce jour ne s’est pas constituée une culture ecclésiale large et de masse. Comme par le passé, il est très difficile de trouver pour l’enfant une école orthodoxe adéquate, et nous n’avons que deux universités et demie pour tout le pays. En fait, nous n’avons pas de formes sociales communes répandues, par lesquelles on peut entrer dans l’Église. Par exemple, nous n’avons pratiquement pas d’associations et de mouvements chrétiens. Or, en Europe occidentale, malgré toute la complexité de la situation dans laquelle se trouve là-bas le christianisme maintenant, il y en a une quantité colossale par rapport à nous, ce qui appelle un vif étonnement. Il n’y a rien de semblable chez nous, et lorsqu’il y en a, c’est à une échelle infime. Dans ces conditions, le prêtre reste le seul point d’entrée dans l’Église pour une personne. Les prêtres sont comme ce chas d’une aiguille ou un goulot d’étranglement par lequel doit passer toute notre vie ecclésiale contemporaine. Mais il s’avère qu’elle ne peut en totalité y passer ou pénétrer, seules peuvent le faire les 3% de ceux qui se trouvent dans le cercle rapproché du prêtre et qui de ce fait à la possibilité heureuse de communier pas moins d’une fois par mois. L’un des cas les plus complexes, ce sont les grandes églises, les cathédrales, par lesquelles passe un flux ininterrompu de gens. Le prêtre doit recevoir tout cette vague, ce qui prend toutes ses forces. Construire, dans de telles conditions, s’avère très difficile. On tente, même dans ces conditions, de construire une communauté, je connais des exemples, mais celle-ci se trouve, en règle générale, sous le rouleau compresseur de la quantité de gens qui sont entièrement étrangers à l’esprit d’Église, qui viennent de la rue, et qu’il faut rencontrer. Habituellement, dans de telles conditions, toute la communauté est occupée d’un ministère absolument particulier avec un seul but, simplement rencontrer et accueillir ces gens. Tout cela, dans une mesure significative, s’avère destructif pour la vie paroissiale. Si le prêtre vient à l’église dès le matin, dans une cité-dortoir de 100’000 personnes et qu’il trouve derrière le tiroir une liste des offices privés à célébrer, même s’il entreprend, par exemple, de bénir tous les appartements, il n’y parviendra pas jusqu’à sa mort.

– Quelles sont les conclusions auxquelles vous parvenez dans votre étude ? Comment peut-on remédier à cette situation ?

– Les conclusions auxquelles je parviens sont, à première vue, absolument décevantes. Par exemple, prenons le rapport entre le nombre de prêtres et la quantité de paroisses dans l’Église orthodoxe russe. Elle s’avère d’une grandeur catastrophique : environ 6050 personnes se disant orthodoxes pour un prêtre, en Russie. Étant donné qu’en Europe (dans les pays catholiques – la Pologne et la France – ou orthodoxes, Grèce, Roumanie etc), ce rapport est de plusieurs fois inférieur : de 1050 personnes pour un prêtre en Grèce, à 2688 en France. C’est donc une image complètement différente. Donc, afin que notre pénible situation change, afin qu’une pratique absolument autre devienne possible, il faut une croissance du corps du clergé de trois à cinq fois.

– Est-ce réaliste ?

– C’est, bien sûr, irréaliste, c’est là la question. Maintenant, le clergé orthodoxe sur le territoire de la Fédération de Russie est constitué d’environ 20.500 personnes. J’ai écrit justement que même le recrutement le plus efficace au séminaire ne donnera pas la quantité requise. Et puis, nous tous comprenons que la quantité n’est pas un facteur déterminant. Lors de la croissance du nombre de clercs, la qualité devient primordiale. Les mécanismes formels ne donnent rien de bien. En outre, chaque prêtre, ce n’est pas simplement un prêtre, mais c’est encore sa famille qui doit avoir le sens de l’Église, sinon un tel prêtre ne vaut pas un sou etc. Mais ici, n’importe quel manager demandera comment entretenir tous ces gens ? C’est là également une question judicieuses et opportune. Il est impossible de lui donner quelque réponse immédiate. Et ce n’était pas, à proprement parler, le but de mon livre. Le but était d’identifier le problème, de le montrer de façon fondée et substantielle. Le fait que les limitations existantes de la vie ecclésiale ne sont pas, précisément, liées à la sécularisation. Au contraire, j’ai cité des exemples selon lesquels, dès qu’un prêtre apparaît, il s’en suit la construction d’une église, puis d’une paroisse. C’est-à-dire que tout agit exactement dans le sens contraire. La demande ne crée pas l’offre. La situation est semblable à celle décrite par la loi de Say dans l’économie politique : toute offre créé rapidement la demande, et nous pouvons citer une multitude d’exemples semblables. Ce n’est pas la propagande, ce n’est pas la cléricalisation de la société, mais plutôt, au contraire, il se produit une réunion des gens dans les communautés locales, on surmonte ainsi l’atomisation de la société générée par la révolution de 1917 et la seconde guerre mondiale. Ces dernières années, nous voyons une croissance rapide de l’Église : une croissance rapide de la quantité de clercs, du nombre des diocèses. L’Église, de toute évidence, croît, se développe et parfois surgit le sentiment que nous ne pouvons faire plus, nous avons déjà ordonné un très grand nombre de prêtre, et il sera difficile de compléter cette quantité. Il est de plus en plus difficile de trouver des candidats pour l’ordination, car on en a besoin de plus en plus. Et, comme toujours lors d’une croissance active, surgit le sentiment qu’il faut s’arrêter quelque part, parce que nous ne pouvons entretenir ces églises, nous ne pouvons en construire de nouvelles, tout cela coûte cher etc. En fait, il faut très bien comprendre que nous nous trouvons au début même de la route. Cette compréhension, me semble-t-il, est très importante. Si on la perd, tant la perspective importante de la vision de l’Église, que l’image religieuse de notre pays, sera très altérée. On aura l’impression qu’il n’y a qu’une quelconque Église marginale avec en tout 3% de toute la population et un espace restant absolument incompréhensible, qui est soit sécularisé, soit qui dispose d’une religiosité spécifique étrange, ou bien qui se trouve en recherche d’une identité civique spécifique.

– Mais la croissance du nombre des prêtres entraîne-t-elle pas nécessairement la croissance du nombre des paroissiens ?

– Non, bien sûr. C’est une question judicieuse et importante. Dans mon livre, je stipule que toute croissance du clergé n’entraîne pas automatiquement la croissance du nombre de ceux qui vont régulièrement à l’église. On peut dire que cette condition est nécessaire, mais insuffisante. Bien plus, notre histoire des dernières vingt années le montre : le nombre de membres du clergé a augmenté de cinq fois tandis que durant la même période, les 3% de pratiquants est resté inchangé. Mais il y a là une considération très importante. Oui, durant cette période, le nombre des gens qui communient une fois par mois ou plus souvent n’a pas augmenté. Mais il y a des données tout à fait suffisantes pour affirmer que durant la même période le groupe des paroissiens qui communient plusieurs fois dans l’année a augmenté de plusieurs fois dans l’année. C’est une croissance évidente et elle n’est pas moindre. Il n’est pas difficile de deviner que ce groupe nécessite bien plus d’attention et de temps. C’est un processus d’ecclésialisation à grande échelle qui demande de communiquer avec les gens, de catéchiser, de tenir des conversations détaillées etc. Mais pour que ce processus aille plus loin, l’Église, de toute évidence, n’a pas suffisamment de moyens, et ce notamment en raison du nombre extrêmement limité de temps chez les prêtres. Quoi qu’il en soit, on peut dire que cette condition est nécessaire tout en étant insuffisante. Sans la croissance du nombre des membres du clergé, on ne peut attendre de changement des pratiques pastorales qui se sont établies lorsque le prêtre est inaccessible. C’est la tâche qui se présente devant l’Église. Comment elle peut être résolue, c’est un sujet séparé. J’écris à nouveau à ce sujet dans mes conclusions pratiques. Le point nodal, de toute évidence, pour la prochaine étape du développement de l’Église, ne sera pas la construction d’églises, bien qu’elle reste primordiale. Chaque nouvelle église dans les cités dortoirs ajoute 2000 paroissiens réguliers au cours de la période de son ouverture. C’est un fait objectif et vérifié. La prochaine étape sera la construction de communautés paroissiales. À ce sujet, il faut dire que le patriarche Cyrille en parle constamment, et il a commencé à le faire il y a très longtemps, même avant qu’il soit patriarche. On fixe peu son attention sur cela. Mais lorsque j’ai commencé à m’occuper de ce sujet, j’ai recherché spécialement et j’ai trouvé que cela résonne constamment dans les discours du patriarche, et même très souvent, ces derniers temps. Sans communautés agissantes et vivantes, premièrement, il n’y aura pas d’élargissement de la vie ecclésiale, en ce sens que ceux qui viennent ne trouveront pas de lieu où entrer. Deuxièmement, seule la communauté peut produire une quantité suffisante de clergé. Aucun recrutement, fondé sur d’autres principes, ne sera ni naturel, ni logique et ne donnera pas cette échelle de candidats au sacerdoce, qui est nécessaire. Je pense que la construction de nouvelles communautés peut être réalisée bien plus facilement, si le prêtre provient lui-même de la communauté et s’il maintient un lien constant avec elle. En ce sens, il me semble que l’une des solutions possibles du problème qu’un père spirituel éduque les futurs prêtres, les envoie recevoir une formation spirituelle. Ils reviennent ensuite, célèbrent dans sa paroisse, dans sa communauté ou dans des paroisses qui lui sont attribuées. Ce serait également une pratique très efficace, si la vie ecclésiale et le ministère sacerdotal, comme par relais, soit transmis de génération en génération. Toutes ces considérations sont très importantes du point de vue de la préparation des futurs prêtres. L’Institut théologique Saint-Tikhon auprès de l’Université orthodoxe du même nom, dont je suis le vice-recteur, prépare des candidats à l’ordination sacerdotale depuis plus de 25 ans. L’étude effectuée permet d’avoir un regard nouveau sur le processus même de préparation pastorale, de comprendre plus clairement la situation actuelle de l’Église, de se demander de quel genre de prêtres nous avons besoin aujourd’hui, comment et à quoi il faut les préparer. Je suis certain que l’Église donnera sa réponse au problème du manque de prêtres. Des pierres, Dieu « peut susciter des enfants à Abraham » (Lc 3,18), mais en même temps, il me semble que sans notre compréhension du problème même et sans notre participation à cette œuvre, le Seigneur Dieu ne manifestera pas Sa miséricorde. C’est pourquoi j’ai écrit ce livre.

Source

Chers lecteurs,

Ceci est l’un des cinq articles que nous vous donnons à lire gratuitement.

Pour accéder à un nombre illimité d’articles complets, veuillez :

  • Facebook
  • Twitter
  • Email
  • Vkontakte
  • Messanger
  • Telegram
  • WhatsApp
  • Twitter
  • Pinterest

À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

Lettre d’informations

Ne manquez pas les mises à jour importantes. S'inscrire à notre lettre d'informations gratuite.



Divider

Articles populaires

Le métropolite de Kiev Onuphre : « Le tomos était celui de l’asservissement et non celui de l’aut... À la Une 111970

Le métropolite de Kiev Onuphre, dans une émission de la chaîne TV ukrainienne « Newsone » a déclaré ce qui suit au sujet du Tomos octroyé par le Pa...

Pour la première fois, les reliques des saints princes Pierre et Fébronie, protecteurs de la fami... Actualités 111965

Pour la première fois, les reliques des saints princes Pierre et Fébronie ont été transportées de Mourom à Moscou.

L’évêque de Huși Ignace (Patriarcat de Roumanie) : « Cette année, Wimbledon est devenu orthodoxe » Actualités 112002

« Cette année, Wimbledon est devenu orthodoxe » a écrit l’évêque de Huși Ignace, au sujet de Simona Halep et Novak Djoković qui sont devenus les ch...

Après avoir rencontré un représentant de la nouvelle Église orthodoxe d’Ukraine, le métropolite d... À la Une 112000

Le 24 juin, le métropolite du Monténégro et du Littoral Amphiloque a rencontré l’archevêque Eustrate (Zoria) de la nouvelle Église autocéphale d’Uk...

July 5 (old calendar) / July 18 (new) 111933

July 5 (old calendar) / July 18 (new) Ven. Athanasius, Founder of the Great Lavra and Cœnobitic Monasticism on Mt. Athos, and his six disciples (10...

July 18  111931

July 18 Martyr Emilian of Silistria in Bulgaria (363). Martyr Hyacinth of Amastridea (4th c.). Ven. John the Long-suffering of the Kiev Caves (Near...

5 juillet (ancien calendrier) / 18 juillet (nouveau) Vivre avec l'Église 111929

5 juillet (ancien calendrier) / 18 juillet (nouveau) Saint Athanase du Mont-Athos (1000) ; saintes Anne et Cyrilla, martyres à Cyrène (304) ; saint...

18 juillet Vivre avec l'Église 111927

18 juillet Saint Émilien de Durostorum en Scythie, martyr (363) ; saint Hyacinthe de Paphlagonie, martyr (IVème s.) ; saint Pambo, ermite au désert...

Serbian Orthodox Cemetery of Lipljan (Kosovo) desecrated for the seventh time 111989

For the seventh time, graves in the Serbian Orthodox Cemetery of Lipljan (Kosovo) were desecrated. The desecration took place in the night from Fri...

An icon of the Theotokos is exuding fragrant oil in the Lviv region (Ukraine) 111986

On July 9, the day of the commemoration of the  Lviv Tikhvin Weeping Icon of the Mother of God, a copy of this icon exuded a scented oil (myron) in...

« I am looking forward to a substantial collaboration with the Church », said the Greek Prime Min... 111984

On July 16, Greek Prime Minister Kyriakos Mitsotakis met with Archbishop Ieronymos of Athens at the Maximos Mansion.

The Ecumenical Patriarchate denies receiving « compensation » in return for the granting of the t... 111982

The director of the Ecumenical Patriarchate Press and Communication Office, Nikos Papachristou, issued the following communiqué: “Allegations or in...