Dans une interview au quotidien belgradois « Kurir » publiée le 30 décembre 2019, le patriarche Bartholomée aborde les questions des récents événements au Monténégro, des relations du Patriarcat œcuménique et de l’Église orthodoxe serbe, le problème ukrainien, et les relations avec l’Église catholique-romaine. Nous publions ci-après la traduction du texte intégral, précédée des commentaires du quotidien :

Interview du Patriarche Bartholomée au quotidien belgradois « Kurir », sur le Monténégro, l’Ukraine et les relations avec l’Église catholique-romaine
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« Le patriarche, lors de l’entretien, parle ouvertement de son soutien à la lutte de l’Église orthodoxe serbe au Monténégro, sur les raisons de l’octroi de l’autocéphalie à l’Église orthodoxe ukrainienne, sur le patriarche Paul, sur le soutien du Patriarcat œcuménique à la Serbie relativement au Kosovo : « Le Patriarcat œcuménique et moi-même, pour ce qui concerne le Kosovo, serons toujours aux côtés des Serbes, soyez-en certains. Je rappellerai que le peuple grec a toujours aidé les frères serbes au Kosovo et en Métochie. Nous exprimons particulièrement notre grande tristesse pour les déprédations des sanctuaires, monastères et églises serbes au Kosovo et en Métochie, que j’ai personnellement visités en 1993 avec ma délégation, et nous prions Dieu pour le peuple serbe. J’étais alors au Kosovo et en Métochie avec le patriarche Paul. J’ai prononcé une homélie lors de ses funérailles », nous a dit le patriarche œcuménique Bartholomée et, au début de l’interview, celui-ci a ajouté qu’il se réjouissait d’accueillir des journalistes « de la Serbie qui est sœur selon la foi ». La veille de la fête de S. Nicolas, nous avons parlé avec lui dans son bureau, situé dans le bâtiment du Patriarcat œcuménique à Istanbul, alors que l’on entendait, bien que la fenêtre fût fermée, la voix du muezzin qui, du minaret des nombreuses mosquées des alentours, s’appelait les fidèles musulmans à la prière. Au-dessus du patriarche se trouve une icône du saint prophète Élie avec, à sa droite une photo commune avec le pape François et à sa gauche une photo avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan. Dans le bureau se trouve aussi une photo de Mustafa Kemal Atatürk, le réformateur et le fondateur de l’État turc moderne, obligatoire dans toutes les institutions en Turquie. Bien que joliment décoré de draperies luxueuses, le bureau respire la simplicité. La table de travail est jonchée de papiers et documents importants que ce vital octogénaire parcourt quotidiennement.

– Vous avez connu le patriarche Paul. Que pouvez-vous nous dire à son sujet ?

– Le patriarche Paul est un saint contemporain. L’amour qu’il avait envers tous, son engagement envers tous, tout cela nous amène à dire avec certitude qu’il est un saint de notre temps. Certains Européens souhaitaient le faire passer pour un nationaliste et l’ont accusé d’avoir soutenu ceux qui sont nationalistes et ont commis des crimes. Le patriarche était seulement aux côtés de son peuple, qu’il a défendu. Toutes ces accusations contre lui sont insensées.

– Quelle est l’attitude du Patriarcat œcuménique envers l’Église orthodoxe serbe ?

– Ce qui est fondamental est que le Patriarcat œcuménique, en tant qu’Église-mère, aime toujours ses enfants, comme toute mère aime les siens. Cela signifie que toutes les Églises ont reçu l’autocéphalie, leur naissance spirituelle, du Patriarcat œcuménique. Celui-ci a ordonné saint Sava en tant qu’archevêque. Nous avons donné l’autocéphalie à l’Église orthodoxe serbe. Nous aimons et nous préoccupons toujours de l’Église orthodoxe serbe, comme une mère s’occupe de ses enfants. Et parfois, certains enfants n’écoutent pas leur mère, ou dans le cas présent, l’Église-mère, mais elle continue d’aimer même ses enfants ingrats.

– Et qui sont ces enfants ingrats ?

– Le Patriarcat œcuménique, en tant qu’Église-mère aime tous les hommes, tous les peuples et a beaucoup donné, mais souvent les peuples ne savent pas rendre la pareille. Ainsi, il existe dans l’Église orthodoxe serbe des évêques qui d’une certaine façon sont ingrats envers le Patriarcat œcuménique pour tout ce qu’il a fait. Nous, en tant qu’Église-mère, sommes attristés par le fait que certains évêques de l’Église orthodoxe serbe n’acceptent pas certaines choses, mais en tant qu’Église-mère, en tant que leurs parents, nous leur pardonnons et leur faisons savoir, avant les fêtes de Noël, que nous les aimons, que nos portes leur sont ouvertes et que ma bénédiction s’adresse tant à eux qu’au peuple serbe dans son intégralité. Mon message est que l’Église-mère continue d’aimer ses enfants ingrats.

– Comment commentez-vous la situation au Monténégro après l’adoption du projet de loi sur la liberté religieuse qui prévoit la spoliation des biens de l’Église orthodoxe serbe ?

– Je soutiens absolument le métropolite Amphiloque, sur la demande duquel j’ai écrit une lettre au président monténégrin Milo Djukanović dans laquelle je lui ai recommandé de ne pas entreprendre de nouvelles mesures visant à adopter et appliquer la loi sur les communautés religieuses. Cette loi n’est pas juste. Pour ce qui concerne le Patriarcat œcuménique, la seule Église canonique au Monténégro est le diocèse métropolitain du Monténégro et Littoral de l’Église orthodoxe serbe et le seul archevêque canonique au Monténégro est le métropolite Amphiloque.

– Existe-t-il la possibilité que la soi-disant Église orthodoxe du Monténégro reçoive l’autocéphalie ?

– Miraš Dedeić [soi-disant primat de « l’Église autocéphale du Monténégro, ndt] ne pourra jamais recevoir quelle autocéphalie que ce soit pour sa pseudo-Église. Et comment pourrions permettre quelque chose de semblable à quelqu’un que nous avons réduit à l’état laïc ? Comment pourrais-je donner l’autocéphalie à quelqu’un que j’ai moi-même réduit à l’état laïc ? Pour nous, Dedeić n’est qu’un prêtre défroqué, qui est excommunié de l’Église. Je le répète, nous ne donnerons jamais l’autocéphalie à la soi-disant « Église orthodoxe du Monténégro ».

– Et si quelqu’un d’autre venait à la tête de cette Église ? Que se passerait-il si, alors, si les Monténégrins demandaient l’autocéphalie ?

– Non, non et non ! L’Église au Monténégro est l’Église orthodoxe serbe et il n’y aura jamais là aucun changement.

– Mais les Ukrainiens n’avaient pas l’autocéphalie et l’on néanmoins reçue !

– La question de l’Église ukrainienne est une chose très simple et là notre position ne changera pas. De la même façon que les Serbes, les Grecs, les Tchèques et les autres ont obtenu l’autocéphalie, le temps a mûri pour que les Ukrainiens la reçoivent. Selon tous les canons, ils avaient le droit d’obtenir une Église. Comme tous les autres l’ont obtenue, ils l’ont obtenue aussi.

– Pourquoi alors cela ne s’est-il pas produit avant ?

– Lorsque l’Ukraine est devenue un État indépendant en 1991, les évêques et prêtres ukrainiens se sont adressés aux Russes pour leur demander l’autocéphalie. Les Russes ne leur ont pas donnée et leur ont dit simplement qu’ils ne leur la donneraient en aucun cas. Leur réponse est allée jusqu’à la révocation du métropolite Philarète pour la seule raison qu’il avait demandée l’autocéphalie. Les Russes ont signé une pétition contre les évêques qui demandaient l’autocéphalie. [Les Ukrainiens] ont attendu fort longtemps et ils se sont maintenant adressés à l’Église-mère.

– Cela ne mène-t-il pas au schisme dans l’Église orthodoxe ?

– Le métropolite Philarète, que les Russes appellent un métropolite auto-proclamé est un homme qui est très respecté et aimé du peuple et un nombre énorme de paroisses l’ont alors suivi, tandis que la partie russe n’a rien fait en 30 ans pour remédier à ce schisme en Ukraine. Et où est l’amour dans le schisme ? Il n’existe pas. Contrairement à ce qu’ils disent maintenant, les Russes sont ceux qui ont fait le schisme, et non pas le Patriarcat œcuménique ou bien les Ukrainiens. Donc, les Russes ont fait le schisme et pendant trente ans n’ont pas accompli un seul pas pour y remédier.

– Mais pourquoi, à ce moment, l’autocéphalie de l’Église a-t-elle été donnée aux Ukrainiens ?

– Il est important que vous sachiez que nous, en tant qu’Église-mère, nous devions nous préoccuper de l’unité canonique de millions d’Ukrainiens qui ne voulaient pas être dans la même Église que les Russes. Il n’est pas question de milliers, mais de millions de fidèles. Ils se sont adressés à nous. Que pouvions-nous faire ? Rejeter des millions de personnes qui ne seraient nulle part, qui n’appartiendraient à personne ? Nous avons amené des millions de personnes dans l’unité de l’Église. En tant qu’Église-mère, nous les avons pris dans nos bras, et en ce qui concerne les autres Églises : que celles qui souhaitent les reconnaître, les reconnaissent, et celles qui ne le souhaitent pas ne sont pas forcées de le faire. Et il faut encore savoir une chose. L’Église ukrainienne a toujours été sous la juridiction du Patriarcat œcuménique. L’Église russe n’a jamais eu en Ukraine quelque chose d’autocéphale. Elle avait seulement le droit d’ordination, par le patriarche russe, du métropolite de Kiev et ce seulement en raison de la proximité géographique. Ils ont toujours fait partie du Patriarcat œcuménique. 

– Quelle est la relation du Patriarcat œcuménique avec l’Église catholique ?

– Nous avons une bonne collaboration et nous menons un dialogue théologique global, auquel participent toutes les Églises, dont votre Église orthodoxe serbe. Nous collaborons particulièrement avec le pape dans le domaine de la défense de la protection de l’environnement. Nous sommes les premiers à avoir soulevé cette question importante, et le pape nous accompagne. Il l’a clairement souligné : « le patriarche œcuménique a commencé, et je continue ». Je voudrais souligner qu’en 2016, nous avons organisé le concile en Crète auquel a participé l’Église orthodoxe serbe et, dans le cadre de ce concile, a été pris la décision de poursuivre le dialogue avec l’Église catholique-romaine, le but étant l’unité des deux Églises,  orthodoxe et catholique-romaine. À ce dialogue participent toutes les Églises orthodoxes, y compris le Patriarcat œcuménique.

– Quel est votre message au peuple serbe à Noël ?

– À Noël, nous envoyons au peuple serbe un message d’amour, pour endurer toutes les épreuves. Le Patriarcat œcuménique vous aime et pense toujours au peuple serbe. Publiez tout cela avec beaucoup d’amour en tant que message de Noël, par lequel nous souhaitons une bonne fête à tous en Serbie avec mon message : « La Mère aime toujours ses enfants ».

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