Jésus et Jean-Baptiste dans la lignée de la tradition prophétique de l’Ancien Testament



Jésus et Jean-Baptiste sont souvent perçus dans le Nouveau Testament comme des figures prophétiques, en continuité directe avec la tradition prophétique de l’Ancien Testament. Le terme « prophète », fréquemment employé dans les Évangiles, renvoie aux grandes figures de l’Ancien Israël, qui annonçaient la volonté divine et prédisaient l’avenir, tout en évoquant le retour imminent du Messie.

Le prophète dans les Évangiles : continuité avec l’Ancien Testament

Le terme « prophète » se rencontre fréquemment dans les pages des quatre Évangiles, aussi bien dans sa partie narrative que dans le discours rapporté de Jésus. Ce terme apparaît le plus souvent lorsque les évangélistes font référence à des prophéties vétérotestamentaires qui s’accomplissent dans la vie et dans le ministère de Jésus.

Jésus est plusieurs fois appelé prophète par ceux qui assistent à ses miracles ou entendent ses enseignements.

Enfin, Jésus lui-même se réfère plusieurs fois aux prophètes vétérotestamentaires et cite des exemples de leurs vies. En outre, il emploie le terme « prophète » pour l’appliquer à Jean-Baptiste (Mt 11:9, 13-14) et à lui-même.

Jésus a parlé plusieurs fois de sa mission comme continuation de celle des prophètes. Dans le Sermon sur la montagne, Il affirme qu’Il est venu non pour abolir la loi ou les prophètes : Je suis venu non pour abolir, mais accomplir (Mt 5:17), c’est-à-dire poursuivre et compléter. À propos de la persécution à venir de ses disciples, il dit : c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant nous (Mt 5:12). Dans une autre de ses paraboles, Jésus compare son destin à celui des prophètes, indiquant ainsi qu’il s’inscrit dans cette même lignée.

Les prophètes de l’Ancien Testament

Le terme hébreu נָבִיא nâbî’, généralement traduit par « prophète », signifie littéralement « celui qui a été appelé ». Dans l’ancien Israël, on désignait par ce terme des personnes que Dieu avait spécialement appelées pour un ministère particulier. Les prophètes bibliques avaient la capacité de communiquer directement avec Dieu : ils recevaient des révélations de Dieu et les transmettaient aux hommes.

L’activité de certains prophètes, tels qu’Élie, Élisée ou Samuel est décrite dans les livres historiques de la Bible. D’autres prophètes, tels qu’Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, et ceux qu’on appelle les douze « prophètes mineurs », ont laissé des livres à leur nom. On appelait les Nevi’im (נְבִיאִים nəḇî’îm, les Prophètes) l’ensemble constitué par ces derniers livres et les livres historiques ; ils étaient lus et commentés dans les synagogues au même titre que la Torah.

Une des principales caractéristiques des prophètes était leur capacité à prédire l’avenir. Le mot grec προφήτης employé dans la Septante et dans le Nouveau Testament pour rendre le mot hébreu נָבִיא nâbî’ exprime cet aspect de leur activité : προφήτης signifie littéralement « celui qui parle à l’avance », « qui prédit ».

Les livres des prophètes sont remplis de prédictions sur le destin du peuple d’Israël, celui d’autres peuples, celui de terres et de villes particulières. De terribles présages, avertissements et annonces de calamités, résultant de la désobéissance à Dieu et de la transgression de ses commandements, alternent avec des promesses liées à l’attente de la venue du Messie. C’est cet élément messianique qui retenait avant tout l’attention des auteurs néotestamentaires dans les livres des prophètes.

L’attente d’un prophète avant la venue du Messie

L’époque des prophètes couvre une période considérable de l’histoire d’Israël : elle s’étend du XIe siècle av. J.-C., lorsque vivait Samuel, au Ve siècle av. J.-C. lorsque mourut Malachie, le dernier des « prophètes mineurs » dont les livres soient entrés dans l’Ancien Testament.

Durant environ quatre siècles avant la naissance de Jésus, il n’y a pas eu de prophètes en Israël, du moins de prophètes dont l’influence fût comparable à celle des prophètes anciens.

Cependant, une attente très répandue était celle du retour de l’un des prophètes. On pensait notamment qu’Élie était susceptible de revenir sur terre car, selon le second livre des Rois, il n’était pas mort, mais avait été élevé au ciel. L’attente de la seconde venue d’Élie reposait en particulier sur les paroles du prophète Malachie :

Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, avant que le jour de l’Éternel arrive, ce jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères, de peur que Je ne vienne frapper le pays d’interdit.

Mal 4:5-6

Ces paroles étaient bien connues au temps de Jésus. L’attente du « dernier prophète » était tout aussi répandue que celle du Messie. Certains identifiaient ce prophète au Messie promis, d’autres, à Élie, dont la venue devait, selon eux, précéder celle du Messie.

C’est la raison pour laquelle l’apparition de Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain suscita une grande effervescence dans le peuple, et c’est aussi pourquoi le nom d’Élie était souvent mentionné à propos de Jean. Jésus dit lui-même de lui : Et, si vous voulez le comprendre, c’est lui qui est Élie qui devait venir (Mt 11:14). Ces paroles sont à comprendre dans le sens que Jean, bien qu’il ne soit pas Élie (Jn 1:21), accomplit la mission que devait remplir Élie avant la venue du Messie (Mt 11:14).

Pour la même raison certains croyaient que Jésus était Élie.

Cet article fait partie de la série basée sur les six volumes de “Jésus-Christ. Vie et Enseignement” par le métropolite Hilarion Alfeyev, disponible tous les vendredis sur cette page. Pour obtenir votre exemplaire du premier volume, “Début de l’Évangile”, visitez le site des Éditions des Syrtes.

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