Julija Vidovic : « Nous sommes déjà dans l’éternité »

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Le journal La Croix a mis en ligne un entretien avec Julija Vidovic sur le sens de la fête de la Résurrection du Christ d’après la tradition orthodoxe.

Croire : Qu’est-ce que la « résurrection de la chair » ? Pourquoi n’utilise-t-on pas le terme de « corps » ?

Julija Vidovic : Dans l’Évangile, lorsque saint jean dit que « le Verbe s’est fait chair », l’accent est mis sur l’entièreté de la personne. Selon la tradition patristique et biblique, la chair, dans ce contexte du symbole de la foi, correspond à la personne humaine en entier, qui comprend l’esprit, l’âme et le corps, autrement dit la condition humaine. La notion de « corps » (comme lorsque Jésus présente l’eucharistie : « Ceci est mon corps ») souligne plus particulièrement l’importance de la matière dans la résurrection. Le corps est fixé sur les lois naturelles et la chair comprise comme « condition humaine » est appelée à ouvrir son existence corporelle et spirituelle au surnaturel, à l’Esprit. Chez saint Paul, lors de la résurrection, le corps physique meurt pour renaître en corps spirituel (qui n’exclut pas le matériel) lorsqu’il est unit à l’esprit du Christ et en Christ.

Pourquoi Paul utilise-t-il ce terme ?

J. V. : Paul cherche à s’adresser aux païens, aux grecques, aux philosophes, pour qui la matérialité est mauvaise en soi, comme une dégradation de la divinité.  Chez Platon par exemple, seule l’idée compte et le matériel n’en est qu’une faible image. Les religions ont par ailleurs à l’époque une perception cyclique de l’Histoire : l’âme immortelle revient sans cesse dans un corps matériel considéré comme une prison, comme une tombe. Cet enfermement charnel l’empêche d’exister. Paul n’a pas cette vision cyclique : la naissance va jusqu’à la résurrection et la vie éternelle. Notre condition humaine s’ouvre à quelque chose qui la constitue et qui la dépasse : la relation avec un Dieu personnel.

Le christianisme ouvre une nouvelle dimension sans rejeter la matière ?

J. V. : Oui, la relation personnelle avec Dieu transfigure tout notre rapport à nous-même : notre chair, notre âme, notre corps, notre vie…Par Lui note condition humaine et le sens de notre existence prennent une autre dimension. Par lui, notre corps sera transfiguré. Mais cela n’empêche pas notre matière d’être totalement bonne en soi. Le Christ s’est incarné et la corporalité dans la foi chrétienne est primordiale. Ce n’est pas une foi dématérialisée. La création est chaotique en soi, car tirée du néant, mais comme Dieu qui l’a fait vivre et qu’elle existe en Lui, elle est bonne. Le matériel tient sa valeur du regard de Dieu, qui a créé le monde. Simplement l’homme, en se coupant de Lui lors de sa chute, reste parfois trop attaché à la matière, qui n’a pas cette capacité de lui procurer la vie. Il entre alors dans ce chaos et ne le gère plus.

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Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.