À l’occasion du projet de loi du président Djukanović sur « la liberté religieuse » visant à nationaliser tous les biens de la Métropole du Monténégro de l’Église orthodoxe serbe antérieurs à 1918, dans la probable intention de les céder à un groupe schismatique, la Métropole du Monténégro a publié le communiqué suivant :

La Métropole du Monténégro proteste contre le projet de loi du président Djukanović sur la « liberté religieuse »
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« Le président Djukanović a raison lorsqu’il dit que la question de la liberté religieuse concerne la stabilité de l’État, la structure démocratique et toute l’identité monténégrine. C’est pourquoi il aurait été important que lui-même et le gouvernement monténégrin fassent préalablement l’effort de procéder aux consultations les plus larges possible avec tous les concernés (tous s’accorderont sur le fait que l’Église orthodoxe est la plus importante, car la loi la concerne pour sa plus grande part) et que dans un tel processus, on arrive à un consensus acceptable par tous, qui serait conforme à la Constitution du Monténégro, mais aussi à tous les documents internationaux qui régissent la question de la liberté religieuse. La Métropole, pour la énième fois, répète qu’elle n’est pas opposée à la promulgation de la nouvelle loi, mais qu’elle se prononce et se prononcera contre les agissements unilatéraux des autorités monténégrines dans cette question. Le président Djukanović sait que la loi en question, telle qu’elle est maintenant, est dirigée contre l’Église orthodoxe. Ce n’est un secret pour personne et il ne le dissimule pas lui-même dans une interview, à laquelle nous réagissons. En outre, il ignore, comme ceux qui l’ont mal conseillé, et il le répète, que l’Église au Monténégro qu’il appelle eronnément « CPC » [Église orthodoxe monténégrine, ndt], n’a jamais été autocéphale, ni n’a été abolie par un décret du régent Alexandre Karageorges. Cette manipulation s’est tellement implantée dans les esprits qu’elle est utilisée comme un fait acquis, alors qu’il s’agit d’un mensonge manifeste. Le régent Alexandre n’a fait qu’accepter, en tant que souverain du Royaume de Serbie, Croatie et Slovénie, la décision de tous les hiérarques (y compris, en premier lieu de ceux du Monténégro par une décision du Saint-Synode dans le Royaume du Monténégro) qui de leur propre volonté, sans aucune voix contre, on rétabli le Patriarcat de Peć, sous le nom de Patriarcat de Serbie, ce qui a été reçu avec enthousiasme par le clergé et le peuple fidèle au Monténégro, de telle façon que la vie ecclésiale a été poursuivie dans une parfaite continuité. Même le gouvernement en exil, dans « La voix du Monténégrin » a salué le rétablissement du Patriarcat, regrettant simplement que son siège soit fixé à Belgrade, et non au Patriarcat de Peć, où le roi Nicolas avait nommé, comme premier métropolite de Peć après l’abolition du Patriarcat (1766), Mgr Gabriel Dožić. L’espoir du président, à savoir que le Patriarcat de Constantinople reconnaisse l’autocéphalie au Monténégro, est vain. À qui la reconnaîtrait-il ? À un homme qui est défroqué par le Synode du même Patriarcat [i.e. Constantinople]. Mais avant tout, cela ne saurait être la préoccupation du président d’un État séculier qui en outre se déclare athée, non baptisé. Si, pour lui, les questions religieuses sont des « bagatelles », il serait convenable qu’au moins il ne s’y ingère pas. Il a le droit d’exprimer son opinion, même si elle est erronée et infondée, mais il n’a pas le droit d’utiliser les mécanismes institutionnels de l’État pour régler ses comptes avec l’Église et faire ressembler celle-ci à lui-même et son idéologie, ou pour créer de nouvelles « églises ». Le patriarche Irénée, comme le métropolite Amphiloque, mais aussi tous les fidèles, comme des personnes et des citoyens libres, ont le droit de se déterminer par rapport aux décisions des autorités, mais ne disposent en aucun cas des mécanismes institutionnels par lesquels ils pourraient influer sur l’ordre public, le choix du président ou de l’État. En d’autres termes, celui qui a le pouvoir et la force d’État devrait s’abstenir d’attaquer les gens qui n’ont rien de tout cela, et se servir uniquement de la parole. Cela serait noble et monténégrin. En outre, il faudrait que le président se décide : la Métropole a-t-elle commis un délit contre le Monténégro ou a-t-elle, comme il l’a dit dans sa propre lettre au patriarche Paul de bienheureuse mémoire « une signification pour le Monténégro et le rôle historique dans la lutte pour la liberté des Monténégrins, des Serbes et des autres peuples balkaniques » ? Il convient d’ajouter qu’il n’est pas honnête de parler du début de l’Église orthodoxe en 1918 et passer sous silence que, sur le territoire actuel du Monténégro, saint Sava avait fondé quatre évêchés, il y a de cela huit siècles, lesquels ont juridiction ici aujourd’hui aussi. La conclusion que le président tire de la prétendue « CPC » [Église monténégrine] est encore moins exacte, à savoir que ses biens étaient biens d’État. En Serbie, à la différence du Monténégro, depuis la fin du XIXème siècle, existait une Église orthodoxe autocéphale par le tomos reçu du Patriarcat œcuménique (1879). Ses biens n’étaient pas la propriété de l’État, ni alors ni maintenant (bien que certains répètent le mensonge que les biens ecclésiastiques en Serbie sont la propriété de l’État). Le fait qu’il y avait des limites à la disposition des biens, du fait que l’Église orthodoxe était religion d’État, mais d’un État chrétien, ne signifie pas que l’État était propriétaire de ces biens. C’est justement pour préserver son identité ecclésiale historique au Monténégro que l’Église a le devoir de résister à ceux qui veulent la changer et souhaitent soumettre l’Église à leurs nouvelles idéologies séculières et leur nouvelle identité. Est-ce que la Métropole et tous les autres diocèses doivent renoncer à leur fondateur sur ces espaces, saint Sava, afin d’être acceptables ? Doivent-ils renoncer à saint Basile d’Ostrog, ordonné par le patriarche serbe de Peć, ou à saint Pierre de Cetinje, ordonné par le patriarche serbe de Karlovci ? Doivent-ils mépriser la lettre du métropolite Sava Petrović qui écrivit au métropolite de Moscou Platon « de la part de tous les hiérarques slavo-serbes » ou celle du jeune archimandrite Pierre Petrović, futur saint Pierre de Cetinje, envoyée au palais de Vienne, dans laquelle lui-même, le gouverneur Ivan Radonjić et le sergent Ivan Petrović déclaraient souhaiter que « le métropolite du Monténégro dépende du patriarche de Peć en Serbie », ajoutant qu’ils l’enverront à Karlovci pour l’ordination, « mais tant que les Turcs domineront la Serbie, étant donné que nous ne pouvons l’envoyer librement à Peć » ? Doivent-ils effacer de la mémoire « l’ode à Nemanja » du métropolite Basile Petrović avec l’inscription sur sa tombe à Saint-Pétersbourg « exarque du trône patriarcal serbe », ou à l’instar de certains individus insensés au Monténégro aujourd’hui, effacer saint Sava du calendrier ecclésiastique, son père Syméon et Étienne de Dečani, dont les seigneurs de Zeta, les Crnojević, ont fait figurer les noms dans les premiers calendriers ecclésiastiques imprimés au Monténégro ? La Métropole serait dans ligne de la vision de l’identité monténégrine du président, en méprisant les paroles du premier ministre du Royaume du Monténégro, le Dr Lazar Tomanović, prononcées à l’occasion de la proclamation du Royaume du Monténégro (1910) : « En outre, la Métropole de Cetinje est la seule cathèdre épiscopale de saint Sava qui est préservée jusqu’à ce jour sans interruption… » Il y a encore une énorme quantité de tels exemples que l’Église devrait renier pour devenir telle que le président l’imagine, à savoir la servante des intérêts idéologiques de son parti et de ses partisans. L’Église ne sera la servante ni du Monténégro, ni de la Serbie, ni du serbisme, ni du monténégrisme, ni de quelque autre idéologie que de soit, de quelque projet ou « infrastructure » étatique, car elle ne serait plus l’Église. Elle ne peut oublier ce qu’on dit et fait ses meilleurs fils dans son histoire, afin de les imiter, dans la mesure de ses forces, en paroles et en actes, pour défendre ses lieux saints et son existence deux fois millénaire. Le président mentionne que dans les années 1990, on s’est déclaré sans y avoir droit propriétaire des biens ecclésiastiques, faisant allusion à la Métropole et aux autres évêchés du Patriarcat de Serbie au Monténégro – disant que cette « soustraction » des biens était un délit contre le Monténégro. Il s’agit encore d’un « coup manqué ». Le président ne dit pas la vérité à ce sujet. Comment l’Église pouvait-elle dérober sa propriété ? Qui est la victime de ce délit mentionné par le président ? Ce que dit et fait le président à ce sujet est triste. Au demeurant, nous n’avons pas tous autant la mémoire courte. Est-ce que lui et son parti, n’étaient pas à cette époque les détenteurs des mêmes pouvoirs qu’ils ont maintenant ? Dans ce discours du président, on peut observer encore une inconséquence. Après la privatisation de tout et de n’importe quoi, dont les biens soustraits à l’Église et aux communautés religieuses après la seconde guerre mondiale, ce qui montre que l’État avait reconnu ne pas être en mesure de gérer ses ressources et ses biens, on planifie maintenant la nationalisation – ni plus, ni moins – du reste des biens ecclésiastiques, et encore plus, de ses églises ! On arriverait à une situation – que Dieu ne permettra pas – dans laquelle tout est propriété privée dans cet État séculier, à l’exception des objets religieux « nationaux ». En quoi les objets religieux intéressent-ils l’État ? Qu’en fera-t-il ? Pourquoi s’en empare-t-il, si ce n’est pour les donner à d’autres ? L’intention du président et de tous ceux qui participent à cette œuvre impie est plus que connue. Cette intention dépasse ses pères idéologiques qui étaient plus sensés sur cette question et ne dérobaient pas les objets religieux. Ils sont encore des persécuteurs de l’Église plus violents que ne l’étaient leurs prédécesseurs. La calomnie du président Djukanović est terrible et inadmissible, selon laquelle l’Église orthodoxe serbe se caractériserait plus comme une organisation politique que comme une organisation religieuse. En tant qu’incroyant, il est absolument incompétent pour en parler. L’Église orthodoxe serbe est respectée et reconnue par toutes les Églises orthodoxes et constitue une partie importante de la famille de l’Église universelle. Qu’il ne le reconnaisse pas n’enlève rien à l’Église, mais cela est éloquent pour ce qui est de la nouvelle attitude du président envers la liberté de l’Église. Il est également inexact que l’organisation de l’Église orthodoxe suit celle de l’État, et que tout ce qui s’oppose à ce principe contredirait le droit canon. Prenons seulement ces Églises locales qui sont les premières dans l’ordre des Églises orthodoxes : Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem et Moscou : aucune d’entre elles n’est réduite au territoire d’un seul État ! L’Église orthodoxe serbe n’est-elle pas reconnue dans les États issus de l’ex-Yougoslavie et dans toute l’Europe, les Amériques et l’Australie ? Chacune des Églises mentionnées a sa juridiction sur plusieurs États. Ou bien le président s’est soit appuyé sur l’ignorance de ceux qui le conseillent ou trompe consciemment le public. Quoi qu’il en soit, nous lui conseillons, alors qu’il accuse l’Église de faire de la politique, qu’il ne s’occupe pas de créer des Églises au Monténégro. Le président devrait écouter la voix de l’Église et du peuple de Dieu, retirer son projet de loi et s’engager, au nom de l’unité de nos ancêtres qui ont combattu ensemble pour la liberté et l’avenir du Monténégro, à ce que les représentants de l’État, de l’Église et des autres communautés religieuses, se mettent d’accord, dans un véritable dialogue, sur l’acte législatif qui sera utile à tous les citoyens monténégrins sans distinction. Nous prions pour le Monténégro et pour le progrès de ses citoyens sans distinction et nous souhaitons au président et tous ceux qui le soutiennent, à renoncer à leur pillage et ne pas exercer de violence contre l’Église et la foi en général, mais reviennent à l’amour de Dieu et de leurs frères ».

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À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

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