20/10/2017
Actualités
Page d'accueil > A la Une > L’archevêque Marc de Berlin et d’Allemagne : « Nous, chrétiens, ne sommes pas de ce monde, et nous ne devons pas nous adapter à lui »
L’archevêque Marc de Berlin et d’Allemagne : « Nous, chrétiens, ne sommes pas de ce monde, et nous ne devons pas nous adapter à lui »

L’archevêque Marc de Berlin et d’Allemagne : « Nous, chrétiens, ne sommes pas de ce monde, et nous ne devons pas nous adapter à lui »

Dans une interview au site Pravoslavie.ru, l’archevêque de Berlin et d’Allemagne Marc (Église orthodoxe russe hors-frontières), a donné son opinion sur la façon de vivre et d’éduquer les enfants dans un monde pénétré d’un esprit anti-chrétien, et aborde les défis qui se dressent devant le monachisme contemporain, les « gadgets » électroniques et les ordinateurs dans le cadre de l’Église, ainsi que le concept chrétien de la joie et du bonheur.

Monseigneur, vous êtes le président de la commission de la conférence inter-conciliaire pour les questions du droit canon. Aujourd’hui, on aime parler pratiquement de tout quant à ses droits, mais pour ce qui concerne les obligations, on a l’habitude de les oublier. Quelles sont avant tout nos obligations ?

– Il y a une obligation – être chrétien orthodoxe. Chaque jour, et non pas seulement le samedi et le dimanche. À toute heure. Il convient de témoigner sa foi partout et au cours de toute la vie.

Les époques sont différentes, les périodes du temps diffèrent les unes des autres. Qu’y a-t-il de caractéristique pour notre temps ? À quels défis sérieux se heurtent, à votre avis, les chrétiens aujourd’hui ?

– Je nommerais avant tout les problèmes liés à l’éducation de la jeunesse. Aujourd’hui, beaucoup de choses pénétrées d’un esprit non orthodoxe font irruption dans notre vie, avec lesquelles chaque enfant est en contact, et ce déjà dès les premières années de sa vie. L’Église et les parents doivent, bien sûr, protéger les enfants de cela. Mais les protéger, c’est insuffisant, il faut donner encore quelque chose de positif. Il faut que, dès le plus jeune âge, les enfants participent aux sacrements de l’Église, afin de prendre conscience, peut-on dire, de leur caractère particulier. Nous sommes chrétiens, nous ne sommes pas de ce monde. Et nous ne devons pas nous adapter à ce monde. Oui, nous vivons dans ce monde, mais nous vivons selon nos notions, selon nos lois. Nos enfants doivent comprendre la valeur de leur foi, savoir qu’ils ont quelque chose de particulier que n’ont pas les autres. Les enfants en âge scolaire sont confrontés, de façon très aigue, à l’opposition au monde, particulièrement chez nous, en Occident, où dans une classe peut se trouver un seul enfant orthodoxe. Celui-ci, naturellement, est contraint à défendre ses positions. Mais pour cela, il doit avoir conscience de son originalité, de sa particularité. Il doit savoir que le chrétien ne peut agir comme tout le monde, penser comme tout le monde, se conduire comme le font ses camarades d’école. Il doit comprendre que sa foi est précieuse, savoir qu’il a quelque chose de particulier, que n’ont pas les autres. La seule participation aux Sacrements l’élève au-dessus du niveau général. Et même son emploi du temps, qui commence par la prière du matin et se termine par la prière du soir est différend de celui des autres. Et lorsque l’enfant prend conscience de cela, il peut vivre tranquillement. Mais s’il n’en prend pas conscience, il sera constamment déprimé, ou encore se fondra simplement dans la masse. Faire la même chose que tous, suivre le courant avec tous, est le propre de la jeunesse dans n’importe quel pays, non pas seulement en Occident. Céder à cela est très dangereux pour le chrétien orthodoxe, parce que l’on peut facilement perdre sa personnalité, son authenticité. Et ce n’est que lorsque l’on comprend de quelle richesse on est dépositaire : la foi orthodoxe, la tradition ecclésiale orthodoxe, que l’on peut vivre sa vie. Et en Occident, cette situation se complique encore par le choix : être russe ou non, pratiquer cette langue ou non, etc. C’est ainsi que la vie pose à la jeune génération des questions qui ne sont pas simples. Et il est important qu’elle connaisse les réponses justes.

Les moyens contemporains d’information donnent l’accès immédiat à tous les événements possibles, dont la vie privée des gens. Chacun a des caméras vidéo, ne serait-ce que dans un téléphone mobile, tout ce que l’on voit est mis en ligne immédiatement sur internet. Cela ne laisse pas de côté l’Église. Nous voyons combien il y a de films vidéo sur les membres du clergé, sur leur conduite qui, peut-être, n’est pas toujours considérée sous un angle partial. Vous, en tant qu’archipasteur, que donneriez-vous comme conseil : comment réagir et que devons nous faire tous, tant la hiérarchie que les prêtres et les paroissiens, lorsque de telles choses se produisent ? Que faire, si, admettons, quelqu’un a vu une vidéo peu flatteuse pour son prêtre ?

– Pour nous tous, il s’agit là d’un facteur éducatif très précieux. Un rappel à ne pas oublier quelle responsabilité pèse sur nous, à quel point notre vie doit être une mission permanente. Nous ne devons pas nous laisser aller à quelques passions ou faiblesses, mais à tout moment, notre vie doit correspondre à ce qu’enseigne notre foi. Les prêtres, avant également, étaient vus de tous, de telle façon que rien n’a changé là – mais les choses ont changé de façon quantitative : si jadis, disons dans quelque bourgade, célébrait un prêtre qui n’était pas spécialement exemplaire, seuls ses paroissiens le savaient, tandis qu’aujourd’hui beaucoup de monde a la possibilité de voir des choses désagréables, d’en prendre connaissance. Le prêtre, et non pas seulement le prêtre, mais chaque chrétien – porte toujours la responsabilité pour tout, pour tous : et pour l’ensemble de son troupeau et pour tous les autres chrétiens. Nous ne saurions oublier, pas même une minute, la catholicité de notre Église. Et comme des chrétiens conscients de cette catholicité, nous agissons toujours avec tous les autres. Et ce que fait l’un d’entre nous, se répercutera sur tous – tant le positif que le négatif. Hormis cela, il faut, bien sûr, se rappeler à soi-même et aux autres que certains épisodes individuels, certains événements, sortis de leur contexte, ne peuvent témoigner de l’ambiance générale. Aussi, il faut dire clairement aux laïcs, à ceux de l’extérieur : ce n’est pas l’image de notre Église, une seule personne est tombée. Et cela peut arriver à n’importe quel homme, c’est inscrit dans la nature humaine. Et si quelque chose de semblable s’est produit, nous ne saurions nous concentrer sur cela et d’autant plus mettre cet homme sur un piedestal, mettre cela en relief : nous devons toujours savoir que c’est la chute d’un seul homme. Il n’y a rien de spécial à creuser ici. De la même façon, il ne faut jamais le faire, lorsque l’affaire concerne d’autres domaines de la vie, d’autant plus lorsque l’on vit dans l’Église.

Les téléphones, les smartphones, les tablettes sont utilisés par beaucoup de personnes dans les églises pour, par exemple, regarder le commentaire de l’épître, de l’Évangile ou lire les prières avant la Communion ? Quelle est votre attitude envers cela ?

– Je suis arrivé à la conclusion qu’il ne faut pas utiliser ces appareils à l’église. Avant, je lisais moi-même les prières secrètes sur un téléphone, jusqu’à ce qu’un évêque me dise : « Vous savez, on pense tout le temps que vous envoyez et que vous recevez des sms ». C’est alors que j’ai mis cet appareil dans la poche et ai décidé : je ne le ferai plus, afin de pas scandaliser les gens. Or, malheureusement, même les prêtres utilisent les téléphones dans le sanctuaire… Lorsque je vois cela, je les fais toujours sortir. J’admets, dans le pire des cas, que l’on puisse regarder quelque chose d’utile sur le téléphone. Je me déplace souvent pour visiter les paroisses, et c’est l’usage chez nous de chanter dans le sanctuaire le dernier kondakion après « Venez, adorons… », suite à la petite Entrée. Et il arrive que je n’ai pas le texte sur moi en version imprimée, ce que je prépare habituellement, ou encore que je n’ai pas choisi le même kondakion, alors je le prends sur le téléphone. Mais c’est rare. Je le répète, je sais par expérience : pour certains, cela peut constituer un scandale. Je sais aussi que si on le fait souvent, cela devient une habitude dont il est difficile de se libérer. Les moyens contemporains développent réellement nos possibilités, mais nous ne devons pas tout rejeter sur eux, oublier le travail de notre propre mémoire, de notre propre pensée.

Monseigneur, ceux qui ont choisi la voie monastique ressentent aujourd’hui la pression du monde. Quels sont les défis que vous considérez comme les plus sérieux ?

– Avant tout, c’est la numérisation du monde et de l’homme. Bien sûr, bien des choses sont facilitées par elle dans notre vie, mais il en ressort que l’homme où bien est enclin, ou bien contraint, de prendre sur lui encore plus d’activités. On pense ainsi : tu as un ordinateur, tu peux faire ton travail rapidement, aussi je te donne encore deux autres tâches. Dans une telle situation, le moine « perd du terrain » et reste finalement sans prière. Quelles étaient nos obédiences monastiques ? Elles ont toujours été de telle sorte qu’en les effectuant on pouvait prier. On tissait des corbeilles… On s’occupait du jardin… Nos moines, par exemple, fabriquent des cierges. Ils font cela et prient. Il est déjà plus difficile de prier dans la typographie, et le plus laborieux est de préparer des documents pour l’impression : de tels travaux provoquent une tension de l’esprit, et alors on ne peut plus prier. Seul un moine expérimenté peut le faire, il peut garder la prière dans le cœur. Aussi, je demande que les moines qui accomplissent ces obédiences, s’interrompent chaque demi-heure afin de faire dix métanies, réciter vingt-cinq prières de Jésus, et revenir ensuite à leur travail. Je sais par expérience, que c’est très efficace. Nombreux sont ceux qui craignent de se détacher de leur travail : ils pensent être distraits et perdre le fil de leur pensée, mais il n’en est pas ainsi. Au contraire, après la prière on pense plus clairement, de nouvelles pensées apparaissent. Je faisais ainsi déjà lorsque j’étais à l’université : chaque demi-heure, je m’interrompais et je commençais à prier, et le travail se passait ensuite plus en douceur que précédemment. Bien sûr, il faut aussi de la discipline intérieure. Un autre défi est constitué par le fait que les moines sont souvent forcés de communiquer plus avec le monde que dans les temps anciens. Particulièrement si le monastère ne se trouve pas dans un endroit éloigné, mais dans une ville ou une banlieue, il y a alors plus de tentations liées à la nécessité d’être en contact avec le monde : faire les achats, sortir pour quelques autres affaires… Et si le moine n’apprend pas à avoir une attitude juste envers cela, à se préparer, à maintenir la prière, à ne pas regarder des choses non nécessaires, alors tous ces contacts avec monde peuvent faire grand tort à son âme. Et bien sûr, il faut les réglementer. Il faut les limiter. C’est très difficile, mais nous devons faire cela. En outre, l’utilisation des ordinateurs et des différents « gadgets » doit par principe être limitée : en aucun cas, on ne doit les garder dans la cellule, seulement sur la place de travail. Encore une chose : les gens qui entrent au monastère apportent avec eux des habitudes du monde bien établies. La plus répandue d’entre elles, est de suivre les nouvelles, être au courant des événements dans le monde. Mais cela n’est absolument pas nécessaire pour le moine. Cette habitude est tant enracinée aujourd’hui chez les gens, que l’on peut s’en libérer seulement par une forte contrainte sur soi-même. Hélas, je dois connaître certains événements, mais je ne regarde pas ou je ne lis pas les nouvelles chaque jour. Je le sais : si quelque chose d’important se produit, nos paroissiens me téléphoneront et me le raconteront. Et si effectivement, quelque chose est important pour nous, alors moi-même ou l’higoumène du monastère le transmettons à nos moines. Mais courir après les nouvelles, comme cela est tant répandu dans le monde, cela doit être exclu au monastère : cela détache des œuvres monastiques. Un grand problème est constitué par la famille des moines. Ce problème est résolu bien plus difficilement que durant les années passées. Ces rencontres avec la famille doivent également être limitées, afin que le moine ne s’immerge pas dans le monde qui, même sans cela, fait irruption dans le monastère et il faut s’assurer systématiquement de ne pas succomber à cela. Dieu soit loué, il y a le Mont Athos, où l’on peut vivre dans l’ascèse en était éloigné du monde. Il me semble que ce sont les défis auxquels est confronté le monachisme contemporain. Oui, la discipline, l’obéissance, c’est très, très dur. Avant, il était plus facile de se soumettre à la discipline, parce que l’obéissance était naturelle dans la famille, on l’inculquait dès l’enfance. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, et l’homme qui entre au monastère alors qu’il vient du monde, apporte avec lui l’esprit de désobéissance et d’orgueil, il lui faut se libérer de beaucoup de choses auxquelles il était habitué. Il y a beaucoup de choses à casser en morceaux. Par exemple, il est souvent difficile pour les jeunes moines de se lever tôt le matin pour l’office. En fait, cela était plus facile du temps où tous les jeunes passaient par l’armée : ils s’y habituaient à se lever tôt, et cela, au monastère, ne se présentait pas comme quelque chose d’exceptionnel. Or, aujourd’hui, nombreux sont ceux qui n’accomplissent pas le service militaire, et pour eux, se lever tôt, constitue un grand problème. Le problème de la désobéissance se rencontre dans tous les monastères, c’est le mal de notre époque. L’insubordination est une chose terrible.

L’un des maux de notre époque est la consommation immodérée. Et pour consommer toutes sortes de biens, il faut de l’argent, et si l’argent est insuffisant, il faut acheter à crédit. Il est apparu récemment que les Russes ont emprunté des montants dont le total représente environ le budget d’un pays moyen d’Europe centrale. La vie à crédit amène à de graves conséquences spirituelles : la paix de l’âme se détruit, les gens cessent de penser à autre chose que le remboursement des intérêts. Comment estimez-vous cette situation, et quel conseil donneriez-vous à ceux qui y succombent ?

– Je n’ai jamais pris de crédits et je ne veux pas en prendre. Parce que j’ai toujours peur de tomber dans quelque piège et ensuite, je ne saurais pas comme en sortir. Bien que, naturellement, nos paroisses soient parfois obligées de prendre un crédit pour payer un édifice religieux ou quelque propriété pour la paroisse. Je pense qu’à ce niveau, cela est acceptable. Quant à la vie privée, je ne peux l’accepter parce que cela me place dans une certaine dépendance, dont je ne veux pas. Mais c’est là mon approche personnelle, je ne dis pas que tous doivent vivre de cette façon. Dans une certaine mesure, probablement, cela est nécessaire, même parfois avantageux : je sais que, parfois, on choisit le leasing, parce que c’est moins cher que d’acheter. Mais, je répète, une telle approche n’est pas la mienne. Mais si quelqu’un d’autre le veut – je l’en prie.

Je reviens à l’éducation des enfants et de la jeunesse : ces derniers temps des feuilletons sont populaires, dans lesquels on vante comme quelque chose de familier et d’habituel la débauche, la dépravation, l’absence de principes, tout ce qui est négatif. On peut dire la même chose également des jeux auxquels s’adonne la jeunesse. À quoi cela mène, à quoi doivent réfléchir les parents ?

– Cela mène au diable ! Mais ces parents qui se contentent d’interdire ces films et ces jeux enfants n’agissent pas correctement : nous ne saurions bâtir la vie sur les interdits ! Il faut offrir aux enfants à la place des jeux et séries dépravants ce qui donne à leur vie un fondement. Ayant ce fondement, ils s’orienteront, ils comprendront eux-mêmes, en les regardant une ou deux fois ce que valent ces films. Ils comprendront que c’est la saleté, la laideur, dont l’homme se détourne de façon naturelle, parce qu’il aspire à la pureté. Parce qu’il aspire à la résurrection, il aspire à la vie éternelle, là où est la pureté, la joie, la lumière. Tandis que ces films et ces programmes emplissent l’âme de ténèbres. À ce sujet, déjà dans les années 1950-1960, un psychologue américain a établi que les enfants en âge préscolaire ont connu, de leur temps, toutes les émotions que nos grands-parents avaient vécues au cours de toute leur vie. Parce qu’ils restent collés à la télévision. Si l’on réfléchit bien, tous ces programmes télévisés nous chargent d’informations qui sont inutiles. Absolument inutiles ! Ni aux enfants, ni aux adultes ! De retour de l’Athos, où j’étais parti pour deux-trois mois, j’avais trouvé un tas de journaux sur la table et j’avais regardé le dernier numéro et le premier : c’était la même chose ! Et tout cela ne concerne pas ma vie, ne me concerne pas. Et chacun doit en prendre connaissance nettement. J’en ai déjà parlé plus haut : aujourd’hui, les gens sont très dépendants des nouvelles. J’en connais qui, quatre ou cinq fois par jours regardent les informations. Quelle utilité en retirer ? Aucune. Si on se met à prier, ne serait-ce que réciter un psaume ou vingt prières de Jésus, ce serait déjà utile. Récitez les prières. Récitez le Psautier. Et si vous êtes un adulte, lisez aussi les commentaires du Psautier. Bien sûr, le Psautier est un livre très difficile, mais il abreuve tous nos offices. Aussi, il est utile de connaître chaque verset, l’étudier, regarder ce que les saints Pères écrivent à ce sujet et vivre de cela. C’est là la paix véritable, tandis que ce qui se passe maintenant en Amérique ou en Afrique… En quoi suis-je concerné ! Cela ne fait qu’exciter et remplir d’informations inutiles l’esprit et le cœur. Moyennant quoi, cette information inutile commence ensuite sa vie autonome dans le cœur de l’homme. Elle encombre son cœur de telle façon qu’il ne puisse plus prier. Il va voir le prêtre, en larmes : « Mon père, la prière ne vient pas en moi ! » Et la raison de cela, en règle générale, est qu’il a un cœur encombré et qu’il n’y a pas de place pour la prière : cette information inutile, superflue, occupe tout. Si vous placez trop d’informations dans l’ordinateur, il « chauffe », il refuse de travailler. Or le cœur de l’homme, hélas, ne chauffe pas, il est rassasié à l’extrême, il ne veut tout simplement plus rien recevoir, et tout cela nuit à l’homme. Il nous faut constamment choisir. Nous savons bien que l’homme ne peut simultanément, par exemple, jouer du piano ou du violon et couper du bois pour le poêle. Il ne peut faire qu’une chose à la fois. Or, il pense qu’il peut en même temps faire plusieurs choses. Et il n’en fait pas une seule. Je dis souvent aux gens : « Assigne, ne serait-ce que cinq minutes, à une chose, et fais cela seulement. Et ensuite, quelque chose d’autre. Fais une liste de choses, pense : est-ce utile ? – Absolument. Mais cinq minutes sont suffisantes pour le faire. Et prie le reste du temps ». C’est une approche systématique du temps. Or, le temps c’est un talent qui nous est donné. Et nous devons travailler avec lui, comme il est dit dans la parabole des talents : nous devons utiliser le talent. Et lorsque nous nous occupons à nous asseoir en emplissant notre cœur de toutes les nouvelles possibles, qui sont inutiles, nous enterrons alors ce talent.

Mais quand même, il nous arrive de regarder les informations…

– Regarder les nouvelles une seule fois par jour est amplement suffisant, il ne faut pas plus. Et beaucoup sont dépendants à ce point qu’ils tremblent d’impatience, lorsqu’ils sont retenus, par exemple, par une conversation, parce qu’ils doivent regarder la dernière édition des nouvelles. Cela se produit également avec les prêtres.

Monseigneur, et c’est probable que cela existait depuis le début de l’Église, il y a un stéréotype selon lequel l’Orthodoxie est quelque chose d’ennuyeux, sans joie, lié à quelques limitations qui rendent l’homme malheureux. Comment montrer au monde et aux gens non pratiquants ou incroyants, que le christianisme est la religion de la joie et qu’elle donne des possibilités illimitées pour le perfectionnement de l’homme ?

– Comment le montrer ? C’est simple : par notre vie. Plus nous vivrons de façon ecclésiale, plus nous nous réjouissons de ce que nous avons, et plus ce sera facile d’en convaincre les autres. Par principe, je ne reconnais pas cette idée selon laquelle l’Église nous limite en quoi que ce soit. Au contraire : elle nous libère, avant tout de nos passions. La vie dans l’Église, c’est la libération et non la limitation. Et s’il est question, par exemple, du jeûne, je dis : « Lorsque le médecin vous prescrit quelque diète, cela est pire, bien pire, que le jeûne. Mais vous observerez strictement cette diète, parce qu’elle a été prescrite par le médecin. Aussi, il ne faut pas non plus considérer les paroles du prêtre sur la nécessité du jeûne comme non importantes ou non sérieuses.

Actuellement, en Russie, les séminaires ou les formations qui enseignent à être heureux et réussir connaissent une grande popularité. Ils sont fréquentés également par des gens pratiquants avec le même but : apprendre à réussir. Que répondre à ces gens : que faut-il pour, du point de vue du chrétien, être heureux et réussir ?

– Que ces gens lisent les vies de saints, et ils verront que les saints martyrs se réjouissaient lorsqu’ils allaient au supplice. Parfois même, ils se disputaient entre eux, ils rivalisaient pour être les premiers. C’est une approche de la vie totalement différente de celle de ceux qui sont hors de l’Église. C’est fondamentalement une autre approche, on peut dire qu’en grande partie, elle se trouve aux antipodes. En effet, nous cherchons précisément le bonheur dans l’accomplissement des commandements de Dieu. Et nous le trouvons là, si nous accomplissons tout correctement. Or, les gens qui ne fréquentent pas l’Église, tout simplement, ne le voient pas – et ne peuvent le voir – parce qu’ils ne sont pas éduqués dans cette direction. Mais il faut aussi dire que les chrétiens, souvent, ne reçoivent pas pleinement ce bonheur de la vie dans l’Église, parce que chez nous beaucoup de choses sont faites subconsciemment ou inconsciemment. Et nous, membres du clergé, sommes coupables, dans une certaine mesure, parce que, parfois, nous privons les fidèles de beaucoup de choses, lorsque, par exemple, nous lisons l’office de façon négligente, avec précipitation… Je dirais même : c’est une propagande anti-ecclésiale, qui est menée dans l’Église – lorsque pendant l’office on lit négligemment ou de telle façon que personne ne peut comprendre ce qu’on lit. Et la question n’est pas celle de la langue mais comment on prononce les paroles de la prière, comme ils sont transmis. Or, chacun de nos offices constitue une véritable école théologique. Ne serait-ce par exemple que les canons des offices de chaque jour, tout y est ! Quelle école ! Il suffit d’entendre et d’écouter.

Source

Print Friendly, PDF & Email
Revenir en haut de la page
Jovan Nikoloski