Le métropolite du Monténégro Amphiloque : « Personne n’exige de l’Église orthodoxe de Macédoine qu’elle devienne serbe ou grecque, mais que du schisme elle revienne à une situation canonique »
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Dans une interview exclusive au quotidien macédonien « Sloboden Pečat », le métropolite du Monténégro Amphiloque a déclaré : « L’Église orthodoxe serbe est ouverte à un dialogue fraternel pour la résolution du statut de l’Église en Macédoine, mais sans coercition ou pressions politiques, quelles qu’elles soient. Nous attendons des organes gouvernementaux de Macédoine qu’ils en fassent la démonstration en actes, à savoir par la cessation de la persécution de l’archevêque d’Ohrid Jean, emprisonné pour sa fidélité à l’unité de l’Église orthodoxe, et par sa libération le plus rapidement possible ». L’article a été publié le 26 février dernier mais reste actuel et fournit un éclairage supplémentaire au communiqué de l’Église orthodoxe serbe que nous avons publié ici.

Monseigneur, il n’y a pas si longtemps que vous agité toute l’opinion publique par une violente opposition à la création d’une Église orthodoxe du Monténégro, mais aussi à l’indépendance du Monténégro. Je sais qu’il est inopportun de comparer la situation au Monténégro et en Macédoine, mais votre « dossier » provoque un malaise chez les gens qui évaluent la personne [i.e. le métropolite Amphiloque] qui, dans les années à venir, influencera de manière cruciale les négociations entre l’Église orthodoxe serbe et l’Église orthodoxe de Macédoine. Aussi, je dois dès maintenant poser la question-clé : l’Église orthodoxe serbe et vous-même personnellement acceptez-vous le fait que les Macédoniens soit un peuple particulier, qui souhaite avoir son Église, à l’instar des peuples serbe, bulgare, russe et les autres encore dans le monde orthodoxe ?

– Le rôle de l’Église du Christ, depuis sa fondation jusqu’à aujourd’hui et jusqu’à la fin du monde et la consommation des siècles, n’est pas de créer des nations, des peuples, mais de créer, à partir de tous les peuples (nations) terrestres un peuple de Dieu, « une race élue, une nation sainte, un peuple acquis, afin d’annoncer les vertus de Celui (le Christ) qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (I Pierre 2,9). Dieu a « fait que tous les hommes, sortis d’un seul sang, habitent sur toute la surface de la terre… afin qu’ils cherchent le Seigneur… » (Actes 17, 26-27). Parmi ces peuples, il existe aujourd’hui aussi un peuple qui se considère, et qui est appelé, macédonien. C’est un fait que l’Église orthodoxe serbe, et moi-même aussi, acceptons et reconnaissons, de même que l’Église reconnaît et respecte tous les peuples de la terre. Ce faisant, le rôle de l’Église n’a jamais été de diviniser quel peuple que ce soit ou de s’identifier à lui (pas plus que ce n’était le cas avec ce premier peuple juif élu), mais de faire « de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Matth. 28,19), transfigurant et unissant les hommes et les peuples. Aussi, l’appartenance nationale n’a jamais été une propriété de l’Église et, pour cette raison, nous orthodoxes, ne croyons pas en une Église grecque, russe, serbe, bulgare, macédonienne ou autre, qui reçoit de telles appellations selon la majorité de ses fidèles, membres d’une nation, ou selon son territoire géographique, mais nous croyons : « en l’Église une, sainte, catholique et apostolique » du Christ. C’est et ce fut la raison pourquoi les anciennes Églises portaient le nom et l’appellation, non pas en fonction de la nation, mais de la ville ou du lieu où se trouvait le siège principal de l’évêque (ou de l’archevêque, du métropolite) d’une Église locale (autocéphale, autonome) : l’Église de Jérusalem, d’Antioche, de Constantinople, d’Ohrid, de Peć, de Kiev, de Moscou etc. Ce n’est qu’à l’époque récente, en premier lieu chez les peuples slaves, au moment du réveil des nations individuelles, que certaines Églises ont commencé de s’appeler d’après leurs nations. Tant que cette appellation ne devient pas une propriété de l’Église, mais désigne le peuple majoritaire qui appartient à celle-ci, ou l’appellation géographique d’après l’État, le nom historique du territoire etc., cela peut être et est assurément acceptable. Cependant, l’identification de la nation avec l’Église, particulièrement au XIXème siècle, il s’est créé et est né un danger dans l’orthodoxie, celui de la maladie spirituelle de « l’ethnophylétisme » (1872) appelée, à juste titre hérésie, « dangereux venin de serpent ».

L’orthodoxie du XXème siècle n’est-elle pas, comme vous le dites, empoisonnée par le « venin de serpent » ? Êtes-vous prêt à reconnaître la vérité selon laquelle les Macédoniens orthodoxes ne voient pas de motifs valables de rejoindre l’Église serbe, grecque ou bulgare, comme ils l’ont fait dans le passé ?

– Que la nation et l’État, malgré de tels dangers, ne soient pas devenus un facteur essentiel et une condition préalable à la création d’Églises autocéphales est témoigné par le fait que, par exemple, un peuple – le peuple grec – dispose de cinq Églises autocéphales (Constantinople, Jérusalem, Alexandrie, Chypre, Athènes), et qu’une Église locale, par exemple l’Église russe, est constituée de quinze nations et ce sur les territoires de différents États. Ce faisant, d’autres Églises locales (l’Église serbe et d’autres), nonobstant leur appellation nationale, ont en elles d’autres nationalités, qu’elles respectent et qui sont répandues dans de nombreux États. L’Église qui est appelée à être un facteur d’unité de tous les peuples, oserait-elle devenir une pomme de discorde et une cause de haine parmi les peuples ? L’Église oserait-elle être la dot et la servante de quelle nation ou État que ce soit, d’autant plus à notre époque, lorsque les nations deviennent de moins en moins chrétiennes et les États de plus en plus sécularisés ? Aussi, je pose la question tant à moi-même qu’aux autres : Avec tout mon respect envers le peuple macédonien et l’État indépendant de Macédoine, est-ce que notre Patriarcat de Peć, alors qu’il réexamine lui-même le bien-fondé canonique de son appellation récente (il a reçu le nom d’Église orthodoxe serbe en 1931 à l’occasion de l’adoption de ses statuts d’alors), peut-il et ose-t-il accepter, si facilement, sans accord des autres Églises orthodoxes, l’indépendance, l’autocéphalie de l’une de ses parties canoniques, identifiant le glorieux Archevêché d’Ohrid, qui n’a jamais été délimité par les frontières d’une nation ou d’un État (il a été tant byzantino-grec, que bulgare et serbe, et maintenant, sur son territoire, le peuple macédonien n’est que peuple majoritaire, mais non unique), avec une nation et un État sous l’appellation la plus récente d’Église orthodoxe de Macédoine ? Et ce sous l’appellation qui, comme cela est connu de tous, est justement la pomme de discorde, tant entre États que parmi les peuples voisins ! Il est connu de tous que l’Église serbe, malgré ces problèmes et encore d’autres, a accordé l’autonomie à l’Église orthodoxe de Macédoine (1959) ; elle lui a ordonné, ce qui est essentiel pour la reconnaissance d’une Église, son épiscopat ; et le patriarche Germain signait même « de Serbie et de Macédoine », jusqu’à la proclamation arbitraire de son « autocéphalie » (1967). Ainsi, personne ne demande à l’Église orthodoxe de Macédoine qu’elle revienne dans l’Église serbe, grecque ou bulgare, mais seulement qu’elle abandonne le schisme pour revenir à une situation canonique, afin qu’alors l’Église puisse proposer une voie canonique pour la pleine indépendance de l’Église orthodoxe de Macédoine.

Comme vous l’avez dit vous-même, l’Église orthodoxe de Macédoine a reçu en 1959 le statut d’autonomie de l’Église orthodoxe serbe, et le métropolite Dosithée et l’évêque Nahum ont été ordonnés par le patriarche serbe. C’était une décision politique et non canonique de l’Église orthodoxe serbe et, pour autant que je le sache, il n’existe pas de tomos à ce sujet. Huit ans plus tard, sous l’influence des circonstances politiques, l’Église en Macédoine a renoncé à ses liens avec le patriarche serbe et a proclamé l’autocéphalie. Et même dans l’hypothèse que l’Église orthodoxe de Macédoine aurait réellement commis un délit canonique, je ne comprends pas l’obstination avec laquelle, durant quatre décennies entières, l’Église orthodoxe serbe insiste sur la « pénitence » pour ce « péché », sur le retour de l’Église de Macédoine au sein de l’Église serbe, et à la répétition de cette procédure à nouveau. Cela est-il réellement indispensable ? Qu’est-ce qui empêche l’Église orthodoxe serbe d’accepter simplement la situation telle quelle est actuellement et d’appeler l’Église orthodoxe de Macédoine à l’unité canonique ?

– Le tomos d’autonomie de 1959 n’existe pas, c’est exact, car à cette époque c’est le Patriarcat de Constantinople qui délivrait toujours des tomos d’autonomie et d’autocéphalie. Par les toutes dernières décisions panorthodoxes à Chambésy, le tomos d’autonomie est accordé par « l’Église-Mère » (en l’espèce le Patriarcat de Peć – Belgrade), avec information à Constantinople et à toutes les autres Églises orthodoxes. Le statut d’autonomie de l’Église orthodoxe de Macédoine de 1959 a été effectivement réalisé sous la pression du pouvoir athée de Macédoine et de Yougoslavie, mais il était néanmoins canonique par la décision du saint concile des évêques et par l’ordination d’évêques, ce par quoi était rendu possible l’organisation canonique et légale de l’Église en Macédoine. Ce qui a été demandé depuis presque 50 ans est la cessation du schisme et le retour dans une situation canonique, afin que notre Église puisse alors prendre les mesures destinées à l’obtention de l’autocéphalie acceptée par toutes les Églises orthodoxes avec, à leur tête, le Patriarcat de Constantinople. J’espère que, finalement, cela deviendra clair pour tous en Macédoine : l’Église orthodoxe serbe n’accorde et ne peut accorder l’autocéphalie ; elle ne peut que proposer à Constantinople et à toutes les Églises orthodoxes d’accorder l’autocéphalie, mais seulement lorsque l’Église orthodoxe de Macédoine reviendra à une situation canonique. L’archevêque Stéphane et tous les évêques de ladite Église savent bien cela, nous en avons parlé à plus d’une reprise. C’est ce que leur ont confirmé au cours de conversations, tant le patriarche de Constantinople que le patriarche de Moscou (ce dernier lors d’un entretien récent avec M. Ivanov, président de la République de Macédoine). C’était au demeurant le fondement de l’accord de Niš. Mais au lieu de s’engager sur cette unique voie canonique, ils [les hiérarques macédoniens] ont, malheureusement, maintenu avec obstination leur statut autoproclamé « d’autocéphalie », demeurant dans le schisme, en dehors du plérôme de l’Église orthodoxe, comme leur a dit le défunt évêque de Choumadie Sava, lorsqu’il les rencontra au monastère de St Nahum : « Je ne te donne rien, mais garde-le fermement ! »

Il me semble, comme laïc, cher Monseigneur, que l’Église orthodoxe serbe insiste excessivement sur la question d’être « l’aînée » à savoir que dans la période de l’indépendance de l’Église orthodoxe de Macédoine, l’Église serbe avait le statut d’ « Église Mère ». Toutes les Églises orthodoxes les plus importantes ne sont devenues autocéphales qu’au XXème siècle. Que sont ces différences en comparaison avec la conscience que sur le territoire de la Macédoine actuelle, la vie ecclésiale existe depuis des siècles ? Y a-t-il, disons, un sens à bâtir toute une histoire, comme le font certains d’entre nous, sur la base du fait historique que l’archevêché d’Ohrid est plus ancien que le Patriarcat de Peć ?

– Vous avez raison, l’archevêché d’Ohrid est plus ancien que le Patriarcat de Peć. Il tire son origine de la Justiniana Prima (VIème siècle). Son territoire canonique, jusqu’en 1219 recouvrait aussi alors les diocèses de l’archevêché de Žiča de l’époque, c’est-à-dire le patriarcat de Peć. L’archevêché d’Ohrid a repris les évêchés du Patriarcat de Peć, lorsque celui fut abrogé anti-canoniquement et par la force (1459), et ce jusqu’à son premier rétablissement (1557). Alors, sous la juridiction du Patriarcat de Peć se sont retrouvés non seulement ses propres évêchés, mais un grand nombre d’autres, tant celui de l’archevêché actuel d’Ohrid (Église orthodoxe de Macédoine) que du Patriarcat de Tarnovo (l’actuelle Église orthodoxe de Bulgarie). Ces deux derniers ont été abrogés presqu’en même temps (1776-1777), alors que le Patriarcat de Peć était rétabli par le tomos patriarcal (1920-1922), comprenant également des diocèses du Patriarcat de Constantinople situés dans l’actuelle République de Macédoine, de même que les diocèses actuels de Ras et Prizren et de Dabro-Bosna et d’autres. Qui sont là « la mère » et la « fille » ? Les deux ont été l’un et l’autre. En fait, si nous utilisons cette langue (depuis longtemps dépassée) : les deux sont des « filles » du Patriarcat de Constantinople ! Ce qui est ici essentiel, n’est pas cela, mais l’ordre canonique reconnu par tous et le territoire de chacun d’entre eux à des intervalles de temps définis : conformément à cet ordre canonique reconnu de façon panorthodoxe, il y a presque 100 ans que les évêchés de l’archevêché historique d’Ohrid dans les régions de l’actuelle République de Macédoine appartiennent à nouveau au Patriarcat de Peć, à savoir l’Église orthodoxe serbe. Toutes ces transformations historiques et changements de juridiction de l’un et de l’autre confirment ce faisant quelque chose qui est particulièrement important : le facteur national et étatique est devenu décisif, pour la première fois dans l’histoire de cette Église, dans la demande de formation et de rétablissement de l’archevêché d’Ohrid sous le nom d’Église orthodoxe de Macédoine (en 1959 seulement). Car à travers les siècles, elle a eu en son sein, sur le plan national (et aussi étatique) ceux qui aujourd’hui sont grecs, bulgares, serbes, valaques et arbanasses (albanais) (comme le Patriarcat de Peć), de même bien sûr, que les actuels Macédoniens. Aussi, ce n’est pas un hasard que son appellation la plus adéquate soit : archevêché orthodoxe d’Ohrid.

Par le célèbre accord d’Ohrid de 2002 que, pour dire la vérité, les signataires macédoniens ont pratiquement renié plus tard, il était entendu que l’Église orthodoxe serbe « reconnaissait » l’Église orthodoxe de Macédoine sous le nom d’ « archevêché d’Ohrid », mais que celle-ci maintenait son nom d’Église orthodoxe de Macédoine pour ainsi dire « à usage interne ». Récemment, le patriarche russe Cyrille a renouvelé cette proposition qui, dans les hautes sphères de l’Église orthodoxe de Macédoine, à l’étonnement de tous, a été accueillie avec une approbation euphorique. N’est-ce pas justement ce sur quoi insiste l’Église serbe – à savoir que l’Église orthodoxe de Macédoine revienne dans le sein de l’Église orthodoxe serbe, faisant ainsi « pénitence » pour son « péché », et l’Église orthodoxe serbe délivrerait ensuite un tomos d’autocéphalie à l’archevêché d’Ohrid ? Ou n’est-ce pas aussi simple ?

– Si le synode de l’Église orthodoxe de Macédoine était resté fidèle à son acceptation de l’accord de Niš (par lui, l’archevêché d’Ohrid – l’Église orthodoxe de Macédoine a reçu son « caractère propre ») on n’en serait pas venu à la fondation de l’archevêché d’Ohrid avec à sa tête l’archevêque Jean actuellement emprisonné, qui était alors membre du Synode ayant accepté l’accord et l’unité avec le patriarcat de Peć. En outre, il est certain que de cette façon, la possibilité aurait été donnée à l’Église orthodoxe serbe d’accomplir sa promesse et de soulever la question, par l’intermédiaire du Patriarcat œcuménique, de l’obtention par l’archevêché d’Ohrid de l’autocéphalie, au moyen de l’accord de toutes les Églises locales, lesquelles uniquement sont habilitées à cet acte, cette voie étant également indiquée par le patriarche de Moscou Cyrille. Au lieu de cela, l’Église orthodoxe de Macédoine a cédé à la pression politico-idéologique électorale en Macédoine à ce moment, et a commencé et soutenu la persécution de l’archevêque Jean, des évêques, des prêtres et moines de l’archevêché d’Ohrid, le seul en Macédoine qui soit reconnu canoniquement et par toute l’orthodoxie … Ainsi, la situation de l’Église en Macédoine est devenue encore plus complexe et s’est trouvée plus encore dans l’impasse. Je le regrette, mais je dois le dire : la haute hiérarchie actuelle de l’Église orthodoxe de Macédoine se montre immature pour faire face de façon responsable et indépendante à ce problème ecclésial ; elle continue à permettre, comme ses prédécesseurs, que les politiciens et les idéologues lui imposent leurs décisions, la menant à l’impasse. Ce faisant, elle accuse l’Église serbe de tout, elle s’enferme de façon autiste dans l’autosatisfaction de son schisme, refusant la main fraternelle qui lui est tendue et l’appel à s’engager sur la seule voie, qui ait fait ses preuves par une expérience séculaire, de réalisation de l’unité de l’Église et de la dignité indépendante de l’archevêché d’Ohrid, par son intégration organique dans le plérôme de l’universalité orthodoxe.

L’opinion existe, selon laquelle il ne sert en général à rien à l’Église orthodoxe de Macédoine de discuter, car l’Église orthodoxe serbe n’est prête en aucun cas à « offrir » l’autocéphalie à l’Église de Macédoine, mais seulement l’autonomie. Cela est-il exact ? L’Église orthodoxe serbe a-t-elle l’ambition d’élire les évêques de l’Église de Macédoine et de dicter pour une longue durée la vie ecclésiale en Macédoine ?

– Il ressort de ce qui a été dit plus haut qu’il est absolument clair que l’Église orthodoxe serbe est pleinement ouverte au dialogue réellement fraternel pour régler le statut canonique de l’Église en Macédoine, mais sans coercition et pression politique aucune. Elle est ouverte à un dialogue entre Églises, comme seule véritable voie, sans immixtion de la politique et des politiciens, et c’est exactement ce que m’a rappelé l’un des leaders les plus intelligents de la vie politique macédonienne : un homme qui croit et qui sait ce qu’est l’Église et à quel point a été désastreuse l’immixtion de facteurs extérieurs, particulièrement politico-idéologiques, dans sa structure et sa vie. Nous attendons des autorités civiles de Macédoines qu’elles manifestent cela aussi dans les faits, par la cessation de la persécution de l’archevêque d’Ohrid Jean, qui a été emprisonné pour sa fidélité à l’Église orthodoxe, et par sa libération le plus promptement possible.

L’impression générale est qu’en filigrane de la controverse entre l’Église orthodoxe serbe et l’Église orthodoxe de Macédoine se trouve la question du nom de celle-ci et de la nation macédonienne, précisément la question posée par l’État hellénique et l’Église orthodoxe de Grèce. Ne s’agit-il pas ici beaucoup plus d’un conflit politique plutôt que d’un conflit canonique ?

– En ce qui concerne le nom de l’Église, et vous l’avez vous-même remarqué dans l’accord de Niš – cela était clair pour tous depuis le début (1959) – que notre patriarcat, tout en insistant pour d’innombrables raisons sur le rétablissement de l’ancienne appellation d’archevêché d’Ohrid, n’est aucunement gêné par l’utilisation du nom d’Église orthodoxe de Macédoine. Cependant, ayant en vue la réalisation du but souhaité – l’indépendance totale de l’Église en Macédoine, au moyen de sa reconnaissance par toutes les Églises orthodoxes, nous revenons à la question déjà posée : l’Église qui est reconnue afin d’être un facteur d’unité de tous les peuples, saurait-elle être une pomme de discorde et une cause de haine entre les peuples, ne serait-ce qu’en raison d’un nom ? Pour celui qui considère que l’Église et la réalisation de sa mission chez chaque peuple en particulier et chez tous les peuples en général, est de première importance, la réponse est claire.

En supposant que l’Église orthodoxe serbe et l’Église orthodoxe de Macédoine négocient une issue canonique définitive au différend, reste la question du statut de l’archevêché orthodoxe d’Ohrid de Mgr Jean, que les autorités macédoniennes ne reconnaissent pas et persécutent. Il est connu que l’Église orthodoxe serbe exige la libération rapide de Mgr Jean, et, personnellement, je considère que cette exigence est pleinement justifiée et raisonnable. Mais le problème demeure – peut-il se produire que la Macédoine dispose de deux Églises, toutes deux « d’Ohrid », ou bien l’Église serbe insistera-t-elle malgré tout que les deux s’unissent ?

– Il est connu de tous que la reprise du dialogue et la véritable résolution de la question ecclésiale en Macédoine est impossible sans la libération de l’archevêque d’Ohrid Jean. En outre, l’archevêché canonique d’Ohrid n’est pas créé pour constituer une Église et une hiérarchie parallèles en Macédoine, une sorte d’archevêché « serbe », et celui-ci constitue encore moins un empêchement à la réalisation de l’unité, mais au contraire un pont de réconciliation mutuelle et de réalisation canonique de la pleine indépendance de l’archevêché d’Ohrid – de l’Église orthodoxe de Macédoine. Le fait que l’unité de la hiérarchie orthodoxe en Macédoine soit de première nécessité et qu’elle soit possible est confirmé par le fait que, il n’y a pas si longtemps, le schisme a été surmonté dans l’Église orthodoxe de Bulgarie et sa hiérarchie a trouvé son unité, l’unité du Patriarcat de Moscou et de l’Église russe hors-frontières a été rétablie, il en a été de même pour le schisme d’Amérique dans l’Église orthodoxe serbe etc.

Dans certains médias en Macédoine, le thème principal de ces derniers jours dans certains médias macédoniens était le prétendu conflit entre l’Église orthodoxe russe et le Patriarcat de Constantinople, qui, comme ils le disent, affaiblirait la position de l’Église orthodoxe serbe à l’égard de l’Église orthodoxe de Macédoine. Qu’y a-t-il de vrai à ce sujet ?

– Les patriarcats de Constantinople et de Moscou, comme au demeurant les autres Églises orthodoxes, se préparent de façon responsable au grand concile de l’Église orthodoxe. Dans ce but se tiendra au début du mois de mars une réunion de tous les primats des Églises orthodoxes autocéphales, à laquelle participera aussi le patriarche Irénée avec ses collaborateurs.

À la fin de cette conversation, cher Monseigneur, dites-nous que sera l’étape suivante dans la relation Belgrade – Skopje ? Jusqu’à quand les négociations seront-elles gelées ? À qui est le tour de « jouer » maintenant ?

– Je suis certain que la prompte libération de l’archevêque Jean serait saluée chaleureusement à Constantinople par les patriarches et représentants de toutes les Églises orthodoxes [i.e. lors de la synaxe des primats orthodoxes qui s’est tenue l’an passé] et que cela contribuerait à la création d’un climat positif lors de cette conférence à l’égard de l’Église orthodoxe de Macédoine. Ainsi serait réalisée une condition préliminaire à un dialogue fraternel véritable et authentique.

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À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

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