Une lettre de l’archevêque d’Athènes au Premier ministre grec Alexis Tsipras au sujet de la Macédoine (FYROM)

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Dans une lettre datée du 10 janvier, l’archevêque Jérôme d’Athènes, primat de l’Église de Grèce (photographie ci-contre) s’est adressé au Premier ministre Alexis Tsipras pour rappeler les données historiques de l’aspect ecclésiastique du nom de l’Ancienne république yougoslave de Macédoine (FYROM). Il souligne que l’Église ne souhaite aucune immixtion dans les démarches du ministère des Affaires étrangères, mais rappelle qu’elle ne peut abandonner « le témoignage séculaire de la parole et du sang du clergé et du peuple pour l’hellénicité de la Macédoine, qui lui interdit d’accepter l’utilisation du nom « Macédoine » par qui que ce soit d’autre [que les Grecs]. La lettre analyse également les dangers d’une éventuelle reconnaissance de l’Église schismatique d’État au FYROM avec le terme « Macédoine », ou ses dérivés. Nous publions ci-dessous le texte intégrale de la lettre :

« Monsieur le Premier ministre,

À l’aune du nouveau cycle de l’année de la bonté du Seigneur et dans le cadre de notre premier échange pour 2018, nous nous empressons d’exprimer nos vœux les plus chaleureux pour votre bonheur familial et personnel, ainsi que le succès de votre travail hautement responsable, pour le profit du peuple grec entier. Nous nous adressons à vous par la présente lettre, afin de vous faire part de notre juste préoccupation dans le cadre de la responsabilité historique de l’Église de Grèce. L’intense activité diplomatique de ces derniers jours autour de la question de l’appellation de l’État de Skopje ne nous a pas échappé. Cette activité a lieu parallèlement au processus ecclésiastique récent autour de la question de « l’Église de Macédoine » auto-proclamée et schismatique. À la suite de ce processus, le Saint-Synode permanent de l’Église de Grèce a fait paraître un communiqué en date du 15 décembre 2017. Relativement à la gestion de la question par le gouvernement hellénique qui est ici, par excellence, compétent, nous voulons souligner que le problème de Skopje a un aspect ecclésiastique, que nous considérons très sérieux, et qui reflète la tactique de certains peuples des Balkans consistant à s’organiser d’abord autour d’un certain organisme ecclésiastique (canonique ou schismatique), et ensuite à créer leur entité étatique. Adoptant cette tactique, le président de la Yougoslavie unie, le croate Tito, s’est empressé, parallèlement à la création politique de l’État de Skopje, selon les circonstances politiques de l’époque, de provoquer et d’encourager la sécession de la région (1958 et 1967) par rapport au Patriarcat de Serbie, région qui est considérée jusqu’à ce jour comme étant le territoire canonique de celui-ci par la famille des Églises orthodoxes, et à créer une Église schismatique avec exactement le même nom que celle que portait « la République socialiste de Macédoine ». Malgré la reconnaissance de cette Église par aucune autre Église orthodoxe, l’intention reste et nous pensons qu’elle est manifeste. L’Église de Grèce, sans souhaiter une quelconque immixtion dans les actions du ministère des Affaires étrangères, rappelle qu’il ne peut abandonner « le témoignage séculaire de la parole et du sang du clergé et du peuple pour l’hellénicité de la Macédoine qui lui interdit d’accepter l’utilisation du nom « Macédoine » par qui que ce soit d’autre [que les Grecs], a décidé lors de sa session du 9 janvier de mentionner le danger du déplacement probable du problème de l’appellation de l’État voisin depuis le niveau politique vers le niveau ecclésiastique et la survie d’un irrédentisme particulier dans l’État voisin au moyen du titre de l’Église schismatique de Skopje. Considérant cela, nous demandons ardemment que soit pris en considération ce qui précède, de telle façon que dans le cadre de l’accord portant sur l’appellation de l’État de Skopje, soit prise en compte également l’appellation de l’Église schismatique, dans le titre de laquelle doivent être supprimés le terme « Macédoine » et ses dérivés. Connaissant votre respect et votre sensibilité pour les questions de notre Église et confiant dans votre examen bienveillant des observations susmentionnées, nous implorons la bénédiction de Dieu sur vos bonnes œuvres et particulièrement du succès dans la normalisation des différends existant depuis des années au sujet du problème de Skopje, et nous vous faisons part de nos vœux et de notre considération.

† Jérôme, archevêque d’Athènes, président du Saint-Synode »

Source : Amen, traduit du grec pour Orthodoxie.com

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