19/10/2017
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L’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) : « Je suis certain que le dialogue sur Stepinac continuera »

L’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) : « Je suis certain que le dialogue sur Stepinac continuera »

Dans une interview au quotidien belgradois « Politika » datée du 20 juillet, l’évêque de Bačka Irénée s’est exprimé sur les suites du dialogue de l’Église orthodoxe serbe et de la Conférence épiscopale croate au sujet de la canonisation par l’Église catholique-romaine du cardinal Stepinac. Nous publions ci-après in extenso l’interview de l’évêque Irénée, précédée du commentaire de « Politika ».

Le communiqué commun de la Commission mixte  qui a examiné la personne et les actes d’Aloïs Stepinac a provoqué différents commentaires. Ce document, publié après la sixième, à savoir la dernière, session au Vatican, est interprété dans une partie de l’opinion publique comme une complaisance des représentants de l’Église orthodoxe serbe [à l’égard de la partie croate], car en sont éludées les formulations qui feraient ressortir pourquoi la canonisation d’Aloïs Stepinac est inadmissible pour la partie serbe. Le détail le plus controversé est que le communiqué commun a été publié dans deux versions. Dans « la rédaction croate », il est mentionné que Stepinac « a vécu et exercé son ministère lors d’une période historique particulièrement difficile », tandis que dans la traduction serbe de l’original en italien, cette période est appelée « particulièrement problématique ». Dans la version du communiqué de la Conférence des évêques croates, Stepinac est « un éminent pasteur catholique », tandis que dans le communiqué publié par l’Église orthodoxe serbe, celui-ci est « un important pasteur catholique ». L’évêque de Bačka Irénée, porte-parole de l’Église orthodoxe serbe, membre de la Commission mixte, s’est entretenu avec « Politika » de la façon dont s’est déroulée la dernière session au Vatican et sur ce que l’on peut attendre à l’avenir sur le sujet.

– Les médias croates affirment que le texte du communiqué final a été composé par le père Bernard Ardura, président du président du Comité pontifical pour les sciences historiques. Cela est-il exact ou le texte a-t-il été mis au point par les représentants des deux Églises ?

– Comme le dit le titre même du texte dont il est question, le Communiqué est commun. Les deux parties, comme cela est la règle, ont participé à sa rédaction. Naturellement, le modérateur, le père Bernard Ardura a apporté une contribution significative. Au demeurant, je considère – c’est ce que vous avez dit quelque part – que le texte est équilibré, qu’aucune des parties, ni nous, ni nos interlocuteurs de l’Église catholique-romaine de Croatie, ne peut affirmer que dans le Communiqué, dans son esprit ou dans sa lettre, la position des uns ou des autres est prédominante. Nous n’avions pas de telles ambitions. Il est suffisant que ce qui suit ait été mentionné : « On en est arrivé à la conclusion que les différents événements, interventions, silences et prises de position sont toujours l’objets d’interprétations différentes. Dans le cas du cardinal Stepinac, les interprétations qu’ont données en substance les catholiques croates et orthodoxes serbes restent toujours différentes [dans le texte original italien « divergentes », ndt]». Les affabulations subséquentes sur l’auteur du texte, ensuite la tentative de changer le sens du communiqué commun par une traduction erronée tendancieuse, pour ne pas dire une falsification, une fausse interprétation comme on le dirait à Zagreb, et les pronostics basés sur de telles interprétations, ont pour but d’encourager les apologètes croates de la canonisation, voire peut-être d’influencer le Vatican. Dans ma conception, tout cela est à courte durée, pour ne pas dire insensé. Bien sûr, pour ce qui concerne la responsabilité envers notre partie de la Commission et nos collègues de Croatie, envers les thèmes dont nous nous sommes occupés durant les douze mois écoulés, ce que certains font à Zagreb par leurs commentaires n’est pas correct. En outre, je ne peux affirmer que le contenu de leur triomphalisme et de leurs pronostics est égal au contenu et à la durée d’un ballon gonflable d’enfant, mais je peux affirmer que les arguments de la partie serbe de la Commission étaient fondés sur des documents et des faits irréfutables, quoi qu’en écrivent ou disent certains à Zagreb.

– Quels sont les arguments qui ont été communiqués par les représentants de l’Église orthodoxe serbe et les historiens serbes sur le rôle controversé d’Aloïs Stepinac durant la Seconde Guerre mondiale et sont-ils suffisants, si l’on prend en compte le fait que le Vatican n’a pas permis l’ouverture de ses archives sur Stepinac ?

– Du point de vue orthodoxe, et je crois du point de vue chrétien en général, nous tous absolument dans notre partie de la Commission, évêques et historiens experts, avons agi de façon responsable et selon notre conscience, sans haine ni parti pris. Les arguments que nous avons présentés, tant historiques que théologiques, sont selon nous plus que suffisants. Par ailleurs, nous comprenons l’intérêt justifié de notre opinion publique et des médias quant aux preuves et arguments que nous avons présentés. Mais il est nécessaire qu’il soit clair pour notre opinion publique et nos médias qu’exposer notre argumentation maintenant serait contre-productif.

– Pourquoi cela serait-il contre-productif, alors que le dialogue est terminé ?

– Parce que nous respectons l’accord selon lequel, jusqu’à l’achèvement du processus, le contenu des discussions ne sera pas publié, et le processus n’est pas terminé, mais dure toujours ! Lorsque viendra le temps, tout le matériel de la Commission sera publié et accessible. L’immixtion médiatique dans toute cette affaire ne peut provoquer que la confusion. Mais néanmoins, si nos partenaires croates au dialogue continuent à publier, parfois fort unilatéralement, le contenu des discussions avant le temps, ce que, malheureusement, certains d’entres eux ont commencé à faire, nous devrons aussi réagir de façon appropriée.

-Donc, l’Église orthodoxe serbe attend la suite des discussions entre les deux Églises ?

– Sur un plan général, l’Église orthodoxe serbe ne vit pas dans une réalité parallèle, ni dans l’isolation par rapport à l’orthodoxie universelle et au monde chrétien dans son intégralité. Nous sommes témoins du dialogue vivant, et dans de nombreux domaines, fructueux, de l’Église orthodoxe avec le catholicisme-romain à différents niveaux, du local jusqu’à l’universel. En septembre prochain, par exemple, se tiendra la session suivante des délégations pour le dialogue théologique officiel entre les deux Églises, auquel participent trente théologiens de toutes les Églises orthodoxes locales et trente théologiens de toute l’Église catholique-romaine. Ce dialogue a pour fonction l’examen des questions clés de l’enseignement sur la sainte Trinité et sur l’Église. Par conséquent, le dialogue des deux Églises n’est pas et ne peut être achevé. Lorsqu’il est question en particulier de la question de Stepinac et du rôle de celui-ci, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale, je considère qu’il doit être, dans un cadre institutionnel ou un autre, poursuivi, élargi et approfondi. J’espère qu’il en sera ainsi.

– Le Vatican canonisera-t-il Aloïs Stepinac, ou pensez-vous que le pape François s’en abstiendra, du fait que cela porterait atteinte aux relations non seulement des deux Églises, mais aussi de la Serbie et de la Croatie, ainsi que de la Serbie et du Saint-Siège ?

– Si Stepinac sera « proclamé saint », c’est-à-dire canonisé, je ne le sais pas, de même qu’actuellement nul autre ne le sait. La décision est du ressort du pape François. Ce que pense de cela notre Église, et donc moi personnellement, cela est clair d’après les lettres officielles de notre Église au pape et de la décision étonnante de celui-ci, partant du rejet de la possibilité de la canonisation de Stepinac par l’Église orthodoxe serbe, que celle-ci soit reportée, et que la problématique qui la concerne soit examinée de façon responsable dans le dialogue des évêques et historiens serbes et croates dans le cadre de la Commission mixte. Rappelons qu’en Europe et dans le monde, il existe aussi des catholiques-romains, même un certain nombre de catholiques croates, qui pour des raisons de principe morales s’opposent à cette canonisation, ce qui est en général ignoré chez nous. Les documents d’archives et la littérature scientifique sur ce thème sont pratiquement inépuisables et le délai d’un an est trop court. En outre, cela vaut la peine d’attendre également l’ouverture de toutes les archives vaticanes et autres jusqu’à maintenant fermées. Aussi, je suis certain que le dialogue commencé sera poursuivi, soit sous la forme de la prolongation du mandat de la Commission, soit sous une autre forme. Quoi qu’il en soit, nous verrons. Dans ce cas, il ne faudrait pas que ce soit les relations entre États ou entre nations qui soient décisives. C’est la vérité historique qui compte et seule la vérité. Personne d’autre et rien d’autre !

Source : Église orthodoxe serbe

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Jovan Nikoloski