Livre : « L’exploit de toute une vie. Saint Luc de Crimée (Valentin Voïno-Iassenetski), professeur, médecin, archevêque, confesseur » par Anton Odaysky

157

Saint Luc de Crimée - orthodoxie.comVient de sortir le livre « L’exploit de toute une vie. Saint Luc de Crimée (Valentin Voïno-Iassenetski), professeur, médecin, archevêque, confesseur » écrit par le père Anton Odaysky.

Saint Luc de Crimée (Voïno-Iassenetski) : un médecin qui soignait des gens ordinaires, parmi lesquels beaucoup peuvent encore témoigner ; un professeur qui donnait des cours à des étudiants aujourd’hui devenus médecins. Un détenu politique qui connut l’exil, la prison, les tortures et… fut lauréat du prix Staline. Un chirurgien et un prêcheur de talent, qui parfois hésitait entre ces deux vocations, médicale et sacerdotale. Un chrétien doué d’une énorme force de volonté, d’honnêteté, de foi intrépide, et qui cependant n’évita pas de sérieuses erreurs sur son chemin. Un être pleinement humain. Un pasteur. Un savant. Un saint… Le père Anton Odaysky est recteur de la paroisse Saint Michel Archange à Cannes et représentant du primat de l’Église orthodoxe russe hors frontières. Il est ingénieur informatique à Sophia Antipolis. Outre sa formation d’ingénieur, il a suivi des études de philosophie et de théologie à l’Institut Saint-Jean le Théologien à Moscou et d’histoire à l’École pratique des hautes études à Paris. Marié, il est père de quatre enfants.
Nous vous invitons à lire dessous la préface du livre.

Préface

L’expérience tragique du siècle dernier, qui fut unique à bien des égards, a montré que la plus grande richesse de notre pays ne consistait pas dans ses richesses matérielles – argent, marchandises ou ressources naturelles -, ni dans sa démocratie avec ses institutions, ni même dans son territoire immense avec son armée et ses armes, mais bien dans ses hommes. Et en premier lieu, les personnes qui se sont montrées capables de rester humaines dans les conditions les plus barbares. Lorsque l’homme commence à se dégrader, son cœur et son âme se détournent de Dieu, devenant froids et incapables de compassion ou d’abnégation. Dès lors, aucune organisation sociale dotée des « droits de l’homme » n’est en mesure de soutenir un État ni de lui rendre sa grandeur passée.

Nous savons que le héros n’est pas celui qui, saisissant l’air du temps, fait d’habiles déclarations ou des gestes éloquents, mais celui qui porte en lui un axe inébranlable, qui ne se soumet pas aux nécessités du moment. Or, dès l’instant où cet axe, se tournant vers le ciel, entre en contact avec la grâce divine qui illumine l’âme et le corps, l’homme devient participant de l’éternité. Aussi, ce qui compte, ce n’est pas ce que possède la personne – ses biens, son intelligence ou ses capacités physiques, mais la capacité qu’elle a, ignorant les interdits et les obstacles, à être en relation avec le Christ par toute sa vie. C’est ainsi qu’était saint Luc, confesseur du Christ et grand thaumaturge de notre temps. A cet égard, les nouveaux martyrs et confesseurs russes ont été pour le monde un exemple étonnant et des plus édifiants. Au moment des persécutions les plus cruelles et les plus prolongées de l’histoire du christianisme, le pays, durant une longue période, ne connut plus de clergé par profession, il ne resta que le clergé par vocation qui était aussi persécuté, misérable et sans-logis que l’étaient les disciples du Sauveur. Ceux-ci témoignaient audacieusement au monde de la valeur éternelle de la vie en Christ et avec le Christ, de la joie céleste qui habite toujours celui qui, quoi qu’il arrive, demeure avec Lui, de l’empressement à Lui être fidèle tout entier, jusqu’à la mort, et de ce que, par son Nom, l’homme reçoit la Vie éternelle. Et que ceux qui participent au sacrifice du Christ et à la gloire de Sa Résurrection deviennent de véritables confesseurs de l’Évangile.

Le chemin de vie de saint Luc fait penser à l’image d’un homme qui grimpe sur une échelle. Chaque pas lui coûte un effort et en même temps l’élève au niveau supérieur. D’une manière étonnante, les pierres d’achoppement sur lesquelles trébuchaient ses contemporains constituèrent pour lui des marches le menant vers les cimes de la perfection spirituelle.

Saint Luc avait une rare capacité, quelles que soient les situations et leur difficulté, à se déployer, par le cœur et l’esprit, dans la bonne direction, à sentir infailliblement ce que le Seigneur prévoyait pour lui, ce qu’Il attendait de lui à un moment concret. Cette profonde intuition spirituelle, cette soif absolue d’éternité tournaient son intelligence et sa grande force d’esprit vers la patrie d’en-haut. Seule la poussière, se détachant de la terre, ne monte jamais au Ciel, quelle que soit la force du vent de l’histoire.

La vie du saint fut particulièrement éprouvante. Pourtant, si les menues souffrances nous mettent hors de nous, les grandes nous ramènent à nous-même et, à la fin, nous conduisent au Christ. Indubitablement, la façon dont l’homme considère son destin est plus importante que son destin lui-même. Or, saint Luc considérait les circonstances de sa vie comme un don d’en haut, avec une légèreté qui ne peut naître que dans un cœur humble. Tout ce qu’il a fait dans sa vie de labeur, il l’a fait sérieusement, avec un sens aigu de sa responsabilité et la conscience de l’importance de ses actes. Tous ceux qui venaient à lui, – et il y avait des gens de toutes sortes -, il les recevait avec empressement et avec le réel souci de toujours faire son possible pour secourir autrui.

« Ce ne sont pas les grandes œuvres qui plaisent à Dieu, – dit saint Basile le Grand, – mais l’amour avec lequel elles sont faites. Il n’y a rien de grand quand on aime peu, et il n’y a rien de petit quand on aime beaucoup ». De ce point de vue, saint Luc était un grand évêque, un grand médecin et un grand homme.

Il se réjouissait toujours lorsque des malades s’adressaient à lui en tant que médecin, mais il soulignait aussi que si ces gens venaient à lui en tant qu’évêque, ce serait une joie encore plus grande pour lui. Le plus important pour lui était son ministère d’évêque, pour lequel il supporta d’immenses souffrances, la persécution et l’emprisonnement. Face à la mort, il confessait sa foi sans hésiter.

L’expérience du combat pour son âme et pour l’âme de ses ouailles enseigna beaucoup de choses à saint Luc. En premier lieu, il apprit à aller résolument à la rencontre de ses peurs, de ses souffrances et de la possibilité de mourir. Il a écrit avoir aimé les souffrances derrière lesquelles il voyait distinctement le visage aimant et miséricordieux du Christ. La souffrance, en elle-même, n’a rien de positif, elle est absurde et détruit l’homme. Toutefois, dès lors qu’elle est acceptée par amour pour le Christ, elle transforme celui qui souffre et devient créatrice – plus que cela, elle devient source de joie. La douleur n’en n’est pas amoindrie, mais elle change le croyant, le faisant participant du Christ. Nul ne peut nous imposer la croix tant que nous ne la prenons pas nous-mêmes. La souffrance n’est création et la mort n’est offrande que dans la mesure où elles sont acceptées librement.

L’homme qui se confie tout entier à Dieu, expérimente et découvre cette vérité et cette joie : toute perte, par amour pour le Christ, est un gain. Voilà pourquoi la mort de chaque martyr, l’exploit de tout confesseur de la foi comme l’a été saint Luc, est la victoire de Jésus Christ s’accomplissant éternellement, lui qui « par sa mort a vaincu la mort » et nous a offert la vie éternelle.

Protopresbytre Nikolaï Donenko

  1. Oreanda, Yalta, Crimée
Print Friendly, PDF & Email

  Notre lettre d'informations hebdomadaire gratuite  

Chers lecteurs,

Vous êtes de plus en plus nombreux à lire Orthodoxie.com, et nous nous en réjouissons. Nous souhaitons qu’une grande partie des articles de notre site soit accessible à tous, gratuitement, mais l’information de qualité a un coût. Et pour cette raison, votre soutien nous est plus que nécessaire. Nous vous invitons à vous y abonner, ou bien à faire un don de soutien !