Des moines athonites ayant interrompu la commémoration du patriarche œcuménique Bartholomée en raison de leur opposition aux décisions du Concile de Crète (2016), la synaxe double de la Sainte Montagne a publié le communiqué suivant :
« La sainte synaxe double de la Sainte Montagne, convoquée pour la 206ème fois le 17/30 juin 2017 à Karyès, constituée des vingt représentants extraordinaires et vingt représentants ordinaires auprès de la Sainte Communauté, pour faire suite aux textes officiels de la Sainte Montagne déjà publiés récemment – tant au sujet de ses positions avant le Saint et Grand Concile que de l’évaluation des textes finaux du Concile – communique ce qui suit, mue par le sentiment de sa responsabilité et de respect envers notre sainte Église et son plérôme. On observe continuellement un trouble sous-jacent, provoqué par des oppositions aux décisions du Saint et Grand Concile (Crète 2016). Des suppressions et des interruptions de la commémoration de nos évêques sont proposées. Puisque nous sommes destinataires de ces manifestations d’inquiétude et que nous nous trouvons dans l’Église, nous adressons à tous la salutation du Christ ressuscité : La paix soit avec vous ! Le trouble est sans raison, puisque le Seigneur ressuscité se trouve à nos côtés. Le Concile a eu lieu après une préparation de nombreuses années. Avant le Concile, les documents préparés ont été portés à la connaissance des fidèles avec la possibilité pour eux d’exprimer quelque point de vue. La Sainte Montagne, pendant de nombreuses années a formulé clairement ses points de vue au sujet des dialogues qui ont eu lieu avec les chrétiens hétérodoxes. Lors des travaux du Concile, les hiérarques ont exprimé leurs opinions personnelles. Certains d’entre eux ont formulé leurs objections de façon correcte, sans interrompre leurs relations avec l’Église. Tout a été consigné. L’Église reste toujours « la colonne et l’affermissement de la vérité ». L’Église, selon saint Jean Chrysostome « est agitée par la tempête, mais elle ne fait jamais naufrage, elle fait face aux tourbillons, mais elle n’est pas engloutie, elle reçoit les flèches, mais elle n’est pas blessée », elle est le Dieu-homme Lui-même. Tous les saints, vivant en Christ, nous dirigent vers l’Église et nous offrent le repos. L’Esprit Saint « soude toute l’institution ecclésiale ». C’est Lui qui « soigne les faiblesses et comble les manquements ». Demeurant dans l’Église et ressentant les manquements et les faiblesses, nous recevons la guérison et la santé. Si, en tant qu’homme, nous avons dévié, la grâce de l’Esprit nous ramène sur la voie droite. C’est pourquoi toute peur est superflue, en tant que manifestation d’un manque de foi, puisque nous nous trouvons à l’intérieur de l’Église du Christ. Au demeurant, les quatre Patriarches d’Orient, par l’encyclique historique de 1848, nous tranquillisent en confessant que « ni les patriarches, ni les Conciles n’ont jamais pu introduire quelque innovation que ce soit car, chez nous, le gardien de la foi est le corps de l’Église, c’est-à-dire le peuple lui-même, qui vient préserver sa foi immuable et conforme à celle de ses Pères ». Par conséquence les troubles et le désespoir ne se justifient pas, lesquels mènent aux schismes. Nous appartenons à l’Église, Corps du Christ. Ce Corps a une telle santé, qu’il accepte toujours et assimile les éléments qu’il reçoit. De même qu’il rejette ceux qu’il considère étrangers. Nous avons confiance dans l’amour du Christ, non dans les opinions personnelles et rances qui mènent en dehors de l’Église et créent les enfers des hérésies. Par tout cela, nous ne voulons pas proposer le quiétisme de l’indifférence, mais souligner la signification de la vigilance et de la foi. Nous considérons comme une ingratitude envers Dieu et un manque d’amour envers tous les frères – ceux qui sont proches et ceux qui sont éloignés – de ne pas mettre l’accent, avec zèle et clarté, sur la richesse de la Grâce que nous recevons en vivant dans l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Et cela n’est pas notre exploit propre mais le don de notre seul Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ qui, d’une façon unique et absolue dit à Son propre sujet : Je suis la voie, la vérité et la vie. Sans Moi, vous ne pouvez rien faire. Je suis le bon pasteur qui sacrifie sa vie pour les brebis. Ceux qui sont venus avant Moi sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés. Elles ne les suivront pas car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. Ceux qui écoutaient étaient dans l’étonnement et dirent : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme » (Jn 7, 46). Il n’est pas simplement un homme, mais Il est le Dieu-homme. Il est le seul Saint, Jésus-Christ. « Il n’y a de salut en aucun autre » (Actes 4, 12). Il ne vient pas juger, mais sauver le monde. Il est crucifié pour le salut de ceux qui Le crucifient. Il porte nos péchés et souffre pour nous. Il accepte tout pour sauver l’homme. Il supporte tout pour sauver tous les hommes. Il est venu, nous L’avons vu, nous L’avons entendu et nos mains L’ont touché. Il a souffert, est ressuscité et monté aux cieux. Il a envoyé l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte et tous ont commencé à annoncer « les paroles étonnantes, les enseignements étonnants, les doctrines étonnantes de la Sainte Trinité ». L’Église est réunie avec toute la bienséance étonnante et divine. La prison du temps est détruite et nous entrons dans la liberté des choses dernières. Dans chaque sainte Liturgie brille la grâce de la Pentecôte et le Seigneur Dieu-homme est Celui qui « offre et est offert, qui reçoit et qui est distribué » pour le salut du monde entier. L’Église orthodoxe est la manifestation de l’amour ineffable de Dieu envers l’homme. Il nous sauve et nous endette inéluctablement pour ce témoignage d’amour. Au contraire, ceux qui semblent commander les peuples (comme dirigeants religieux ou séculiers) tyrannisent et asservissent les hommes. Les faux pasteurs ne sacrifient pas leurs âmes pour les brebis, mais les brebis pour leur théorie. Ils condamnent et anéantissent les autres comme causes du mal, pour redresser le monde. D’autres dévorent ceux qui sont considérés comme hérétiques et impies. D’autres, les hommes d’origine et de race inférieures, les troisièmes dévorent les ennemis du peuple… Ils règnent tous, mais ne sont pas éternels. Ils tourmentent les hommes et passent, mais retombent dans la même maladie. Par l’incarnation du Verbe de Dieu et la venue du Saint-Esprit est créée l’Église. Et « la demeure de Dieu avec les hommes! » (Apoc. 21,3) est renouvelée, le petit troupeau avec la mission divine. La Divinité Trine et l’unité ecclésiale n’existent pas de façons différentes. « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous » (Jean 17,21).Tout est accompli par l’Esprit Saint. « Réunissant tout leur savoir spirituel par le Saint Esprit, les vénérables Père ont divinement défini le dogme de la divinité du Seigneur Jésus et du Saint-Esprit, de même que celui de la Toujours-vierge Marie comme Mère de Dieu ». Tout l’édifice vivant de l’Église est érigé sur le fondement de la foi. Toute altération dans la vérité du dogme provoque des fissures dans le domaine de la vie. Avec l’éloignement de Rome de l’Église une et sainte s’en sont suivies les altérations connues dans le monde occidental : l’Église est comprise et organisée comme un État. La théologie est cultivée comme une philosophie scolastique et la vie spirituelle comme une ascèse morale dans le monde éphémère au moyen de la grâce créée. Il se produit la séparation entre la théologie et la vie, le sacerdoce et le mariage. S’ensuit toute la série des retombées connues… L’Église orthodoxe demeure toujours dans le plérôme de la grâce liturgique. Ici, la théologie n’est pas considérée comme occupation philosophique. Pas plus que l’on n’approche intellectuellement le mystère de la vie, mais on s’immerge entièrement dans les flots de la grâce. Lorsque l’on insiste, dans la prière, à l’instar de saint Grégoire Palamas qui s’exclamait « illumine mes ténèbres !», on reçoit l’illumination divine en tant que repos spirituel et on comprend la scolie du même saint : Autre est la lumière pour les sens, autre pour l’intellect de l’homme. Mais lorsque les hommes deviennent participants à la grâce divine, ils voient par les sens et l’intellect les mystères dépassant tout sens et l’intellect. Comme Dieu le sait et ceux qui vivent cela. Vivant à la Sainte Montagne, nous nous conduisons « selon les théologies inspirées de Dieu des saints et le pieux esprit de l’Église », non pas les théologies académiques des intellectuels et les conceptions de chaque époque. La communion des saints entoure les fidèles, et le pieux esprit de l’Église les dirige. Nous obtenons miséricorde en tant qu’enfants de la Grande Église du Christ, laquelle est crucifiée et de ce fait glorifiée. Nous avons reçu d’elle tous les biens. Nous la voyons constamment ensanglantée avec la multitude de ses martyrs et de ses saints moines. Nous restons reconnaissants et vigilants, gardant les traditions. Nous recevons la grâce de la liberté de l’Esprit et la fraternité en Christ dans l’Église orthodoxe. Si l’empire chrétien est passé en tant qu’événement historique, l’empire de l’amour reste pour toujours, il ne passe jamais. Nous nous trouvons dans ce paradis. Nous confessons la grâce, nous prêchons la miséricorde, nous ne dissimulons pas le bienfait. De même que le Seigneur est unique, Ses disciples ont la mission unique d’annoncer le message joyeux que « la mort est mise à mort ». Tout le reste n’est que relatif et insignifiant pour l’homme. Ceux qui sont dans l’Église chantent, car ils le vivent : « De la mort fêtons la mise à mort, de l’enfer la destruction, le début d’une vie autre et éternelle et, bondissant de joie, chantons Celui qui en est l’auteur ». Ils ne représentent pas une conception religieuse, pas plus qu’il n’est possible qu’on les exhorte à éviter les conversions, car ils sacrifient leur vie pour annoncer au monde que « la mort est tombée aux mains de la mort ». Ce que l’Église orthodoxe a de précieux et ce qui la nourrit est la vérité de la foi. Et elle n’a pas d’autre moyen pour offrir Son amour hors de l’invitation pascale : « Venez tous jouir du banquet de la foi ». « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine ». Il nous faudrait alors que nous sortions sur les routes et les ruelles, en collaborant avec les autres condamnés du pays de l’ombre de la mort, en demandant l’amélioration des conditions du malheur. Mais, loin de nous cette pensée blasphématoire ! « Maintenant, tout est rempli de lumière ! ». Et tous attendent l’aide de ceux qui ont reçu l’expérience de la Résurrection. Nous ne sommes pas seuls. Le Seigneur ressuscité, a promis assurément d’être avec nous jusqu’à la consommation des siècles. C’est cette joie de la présence avec nous de Celui qui a anéanti la mort, qu’offre l’Église par ses innombrables saints, martyrs et moines. Et la Sainte Montagne, avec sa vie liturgique et sa présence reste toujours un témoignage de la foi orthodoxe et de l’espérance pour le monde entier. Au Christ notre Dieu ressuscité des morts, soient la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen. [signé par] Tous les représentants et supérieurs des vingt saints monastères du Mont Athos  réunis en synaxe double »

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