Six années se sont écoulées depuis l’enlèvement du métropolite d’Alep Paul qui, avec le métropolite syro-jacobite Johanna Ibrahim, a été enlevé alors qu’il revenait à Alep depuis la Turquie. Depuis lors, leur sort est inconnu.

Mgr Silouane de Byblos : « Le ‘Maître de l’éloquence et du silence’ entre le silence de l’homme et le silence de Dieu »
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Le 22 avril dernier, fut le 6e anniversaire de l’enlèvement du métropolite d’Alep Paul et le métropolite syro-jacobite Johanna Ibrahim. À cette occasion, Mgr Silouane de Byblos (Patriarcat d’Antioche) nous a envoyé un texte que vous pouvez lire ci-dessous :

« Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu’il avait faite : et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite » (Genèse 2, 2)

« Le métropolite Paul (d´Alep) dans une mission ecclésiastique » est une expression qui m’est survenue dans les premiers jours qui ont suivi le lundi 22 avril 2013 (jour où il a été enlevé), une expression qui a ouvert une fenêtre à travers laquelle j’ai essayé d’explorer le mystère de ce grand jour, un jour de l’œuvre de Dieu dans l’histoire de l’humanité.

Parvenant au seuil de la septième année de cette « mission ecclésiastique » invisible, on remarque que l’infertilité et le dessèchement nous encercle ; l’infertilité de l’espérance et le dessèchement de l’inspiration. Alors, tu crois que le temps enlève de toi l’espérance et que tu n’as point d’inspiration pour défendre l’œuvre de Dieu entre nous et en nous. Comment alors est-ce possible défendre ton espérance et ta foi, et de quoi parler dans ce cas précis ? Une réponse te vient : « Le silence » ! Mais, comment alors pourrais-tu défendre avec le silence ton espérance et ta foi en ce qui concerne cette « mission ecclésiastique » ?

En cherchant la réponse satisfaisante à cette question, tu te réjouis de ce que la Bible te révèle sur l’œuvre de Dieu le Créateur, quand, à la fin de l’œuvre des six jours de la création, elle nous dit, avec majesté et pudeur, que « Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu’il avait faite : et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite » (Genèse 2, 2). Ce fait te fait plonger dans l’œuvre de Dieu le Créateur, alors que nous sommes au seuil de la septième année de ce grand jour, tout en y contemplant, avec révérence et perspicacité, le mystère de l’œuvre de Dieu même en nous – puisqu’Il dit : « Mon Père agit jusqu’à présent ; moi aussi, j’agis » (Jean 5, 17) -, et comment cette œuvre s’est manifestée d’une manière paradoxale : tant dans l’expression que dans l’absence d’expression ; tant dans la révélation que dans l’absence de révélation. C’est le secret du « silence » qui est apparu au septième jour, lorsque le Créateur Dieu s’est reposé de toute œuvre, un silence que l’écrivain ne pouvait exprimer, – et comment pourrait-il y parvenir ? En effet, depuis que l’expression « Dieu vit que cela était bon » (Genèse 1, 4 ; 10 ; 12 ; 18 ; 21 ; 25) nous faisait compagnie durant les premiers jours de la création, et même l’expression « cela était très bon » (Genèse 1, 31) à la clôture de celles-ci, cependant le « silence » sacré de Dieu se fait présent au septième jour comme un sceau béni apposé sur Ses paroles des jours précédents.

Cette réalité biblique vous amène à la dynamique de la Bible où le « silence » de Dieu affronte l’homme qui marche dans les méandres de la vie pour l’abreuvoir de l’espérance, une espérance démesurée. La difficulté de l’homme réside dans son manque de tolérance envers ce silence, surtout si ce silence se prolonge à nos yeux, et si on n’est pas suffisamment imbu de l’Esprit Saint. Dieu soit loué que Son silence n’est pas stérile. De même, celui qui est rempli de l’Esprit, son silence n’est pas stérile non plus. Il est clair que la source de ce silence est une, de laquelle la Sainte Écriture nous a parlé au début de la création, quand Elle nous a révélé la présence du « maître du silence », si c’est permis de s’exprimer ainsi, je veux dire le Saint-Esprit : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux » (Genèse 1, 1-2). Et nous nous sommes rendu compte qu’Il est aussi le « maître de l’éloquence », car Il est celui qui inspire et qui donne la parole, comme nous l’a expliqué le Seigneur dans des circonstances semblables à celles dont nous parlons : « Quand on vous emmènera pour vous livrer, ne vous inquiétez pas d’avance de ce que vous aurez à dire, mais dites ce qui vous sera donné à l’heure même ; car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit Saint » (Marc 13, 11).

Est-il possible que tu sois fâché et dégoûté du silence, le silence de l’homme stérile, un silence que nous sommes habitués à décrire comme un « silence des tombes », un silence que ses créateurs ont su maîtriser, lorsque nous nous référons à ce grand jour ? Ou est-il possible que tu te réjouisses du silence de Dieu, un silence qui s’avère être très éloquent, un silence qui est le « langage du siècle à venir » selon notre saint Éphrem le Syriaque, un langage qui vient vers toi du siècle à venir, de la part de Celui qui est « le Maître du silence » Lui-même, qui survolait toute la création depuis l’aube de sa création et qui alimente son existence et lui donne la faculté de parler, d’écouter et de comprendre Son travail dans cette création jusqu’à présent ?

En fait, au seuil de ce « septième jour », ou plutôt de la septième année, tu dois te tenir avec vénération devant l’œuvre de Dieu le Créateur pendant ces six années écoulées, et regarder la manifestation de Son œuvre dans le repos du Seigneur de tout œuvre, dans un silence remarquable qui ne peut être déchiffré pour une quelconque parole de notre part, mais plutôt par un silence qui parle dans les cœurs de ceux qui acceptent le « Maître de l’éloquence et du silence » en eux, dans un acte de prière, de foi ou de service ; dans une situation de vie ou de mort ; dans un état de souffrance ou de libération ; dans une attente désespérée ou d’une demande rapidement exaucée ; dans une absence cruellement ressentie mais une présence plus forte et plus éloquente que l’absence même.

La difficulté du septième jour est le « silence » qui l’entoure et la longueur de la durée qui l’accompagne. Dans ce cas, nous ne pouvons faire mieux que compter sur le « Maître de l’éloquence et du silence » pour nous guider dans notre passage entre le silence de l’homme et ce silence de Dieu concernant cette « mission ecclésiastique » invisible aux yeux des hommes, mais vivante dans l’esprit de Dieu et Sa providence pour nous. Je remercie le Seigneur de m’avoir permis d’écrire ces lignes, lesquelles j’ai écrites « d’ici », de « prés » (pour certains), auparavant je les écrivais de « là-bas », de « loin » (pour d’autres), tout en priant le Seigneur de nous affirmer tous ensembles dans l’œuvre de l´Esprit qui nous unit dans l’adversité et l’épreuve pour qu’Il soit glorifié en nous, et que, par la suite, celui qui est devenu le « maître de l’éloquence et du silence » soit présent parmi nous.

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À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

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