17/10/2017
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Recension : «Les Odes de Salomon»

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«Les Odes de Salomon». Traduction par J. Guirau et A.-G. Hamman. Introduction et notes de A.-G. Hamann, éditions Migne, Paris, 2008, 108 p. («Les Pères dans la foi»).
Ce petit livre est la réédition (avec une légère mise à jour réalisée par Guillaume Bady) d’un volume paru en 1981 dans la collection «Quand vous prierez» (DDB), qui lui-même améliorait le texte publié par le P. Hamman en 1957 dans le premier volume de sa collection «Lettres chrétiennes» intitulé «Naissance des lettres chrétiennes». À cette époque, le grand public découvrait ce très beau recueil de 42 poèmes spirituels composés vers le début du IIe siècle par un chrétien de Syrie.
Les «Odes de Salomon» ne font pas partie du Canon des Écritures et sont donc classées parmi les Apocryphes, mais dans les premiers siècles, elles faisaient partie d’une liste d’ouvrages extratestamentaires lus aux catéchumènes, selon ce que rapporte la «Synopse des Écritures Saintes» (PG 28, 284-437) et s’y trouvaient associées aux Psaumes de Salomon.

Ces textes comportent beaucoup de tournures bibliques et sémitiques et
un certain nombre de réminiscences empruntées aux Psaumes. Pour cette
raison la question de savoir si l’auteur était juif ou chrétien a été
posée, mais les nombreuses affirmations trinitaires et le
christocentrisme du recueil excluent la première hypothèse. Plusieurs
des odes ont été intégrées à un recueil gnostique, la «Pistis Sophia»,
et certains philologues ont donc aussi pensé à une possible origine
gnostique, mais les arguments pour étayer cette hypothèse restent
faibles. Certains thèmes rapprochent aussi les Odes des documents
découverts à Qumrân, mais par ailleurs leur auteur prend clairement
position contre des thèmes esséniens caractéristiques. En revanche,
l’existence de parallèles nombreux et frappants entre les Odes et les
textes (surtout les épîtres et l’Apocalypse) de saint Jean, fait que
l’on retient généralement aujourd’hui l’hypothèse que les Odes
dépendent des textes johanniques et pourraient être issues du même
milieu culturel.
Les thèmes qui reviennent régulièrement dans ces très beaux poèmes sont
l’amour, la joie, la paix, la vérité, le repos. Mais beaucoup d’autres
thèmes sont abordés, d’une façon tantôt lyrique, tantôt dramatique,
avec parfois une sensualité spirituelle qui évoque le «Cantique des
cantiques». La sobre présentation du P. Hamman en présente une bonne
synthèse.
Ce texte qui constitue la 3e Ode donnera un aperçu du style de l’auteur :

«L’amour du Seigneur je le revêts.
Ses membres sont près de moi;
je les enlace et il m’étreint.
Je n’aurais pas su aimer le Seigneur,
si lui même ne m’avait aimé le premier.
Qui peut comprendre l’amour,
si ce n’est celui qui est aimé ?

J’étreins l’aimé et mon âme l’aime.
Où est son repos,
là je me trouve.
Je ne serai plus un étranger,
miséricordieux est le Très Haut.

Je suis uni à lui,
car l’Amant a trouvé celui qu’il aime.
Parce que j’aime le Fils,
je deviendrai Fils.

Oui, qui adhère à celui qui ne meurt pas
sera lui même immortel.
Celui qui se complait en la Vie
sera vivant à son tour.

Tel est l’esprit du Seigneur sans mensonge,
qui apprend aux hommes à connaître ses voies.
Soyez sages, comprenez et soyez vigilants.
Alléluia!»

Jean-Claude Larchet

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Jovan Nikoloski