Réflexions du métropolite de Volokolamsk sur le « concile de réunification » de Kiev
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Le livre des Psaumes commence par ces paroles : « Bienheureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des impies, Qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, Et qui la médite jour et nuit ! … Il n’en est pas ainsi des méchants: Ils sont comme la paille que le vent dissipe » (Ps. I, 1-2, 4). Les siècles passent, tandis que les paroles du Psalmiste des temps anciens ne perdent pas leur actualité. Des 90 hiérarques de l’Église orthodoxe d’Ukraine, 88 se sont abstenus de participer au « concile de réunification » destiné à détruire l’Église canonique et créer à sa place une certaine structure ecclésiastique nouvelle avec un fort degré de dépendance du Patriarcat de Constantinople. Deux [évêques] seulement sont allés au « conseil des impies ». Dans l’histoire de l’Église, il y a eu des conciles œcuméniques et des conciles locaux. Et il y a eu des conciles qui sont entrés dans l’histoire comme « brigandages ». Bien entendu, ils n’ont pas reçu cette appellation au moment de leur déroulement. Tant par leur aspect extérieur que par la composition de leurs participants ils pouvaient ne pas se différencier des conciles habituels. Mais l’Église, post factum, a rejeté leurs décisions, anathématisé leurs participants, et ces réunions se sont vu attribuer l’appellation de « brigandages » ou autres désignations humiliantes. C’est en particulier ce qui s’est passé avec le concile de 499. 127 évêques y participaient, mais deux ans après, ce concile a été condamné par le IVème concile œcuménique comme étant un brigandage, alors que, parmi les hiérarques qui avaient signé cette condamnation, il y en avait un certain nombre qui avaient participé au « brigandage ». Le concile de Ferrare-Florence, en 1439, a connu un sort semblable. C’est lors de ce concile que le patriarche de Constantinople avait signé l’union avec Rome. Or, trois ans après, les patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem ont reconnu ce concile « malpropre », « anti-canonique » et « tyranique ». Par la suite, le patriarche de Constantinople lui-même dut renoncer à l’union. Mais durant cette période, il réussit à réaliser un acte important : la création à Kiev d’un diocèse métropolitain, séparé de Moscou. Cette métropole a existé près de 200 ans, et en 1686, elle fut réunie à l’Église russe, laquelle, depuis ce temps, a eu un statut de patriarcat reconnu par tous. Il est opportun de rappeler ici le « concile » « rénové » [groupe schismatique moderniste, créé avec l’appui du régime bolchevique, ndt] de 1923, qui s’est déroulé à Moscou sous la surveillance constante de la Guépéou [police politique soviétique] et avec son soutien direct. Le « concile » a été convoqué dans le but de liquider l’Église canonique, présidée par le saint patriarche Tikhon, et créer à sa place une nouvelle structure ecclésiastique. Le « concile » était fort représentatif : selon le rapport du collaborateur de la Guépéou E.A. Toutchkov, qui supervisait son déroulement, environ 500 personnes, dont 67 évêques. Antonin Granovski, « métropolite de Moscou » fut élu président d’honneur du concile et Pierre Blinov, « métropolite de Sibérie », fut élu président. Les deux étaient de faux évêques, se trouvant en schisme. Le Patriarcat de Constantinople, en la personne de son représentant, l’archimandrite Basile (Dimopoulo), soutenait ce pseudo-concile. Les événements qui se produisent aujourd’hui à Kiev rappellent de façon étonnante ce qui se produisit à Moscou, il y a 95 ans. Dans un cas comme dans l’autre, le soutien de Constantinople est clairement exprimé. Dans un cas comme dans l’autre, il y a un soutien actif du gouvernement. Dans un cas comme dans l’autre, il y a les superviseurs du pouvoir (alors Toutchkov, maintenant, Pavlenko). La seule différence est que maintenant, ce n’est pas un archimandrite qui est venu de Constantinople, mais un métropolite. Au lieu de la Guépéou, c’est le SBU [services spéciaux ukrainiens], qui a tenté d’obtenir la participation de certains hiérarques. L’un d’entre eux a été enlevé et amené de force à Kiev, mais malgré cela, il n’est pas allé au « conseil des impies ». La participation de deux hiérarques de l’Église canonique à une entreprise visant à la détruire, bien entendu, ne peut ne pas affliger. Mais n’oublions pas que parmi les douze apôtres, il y avait un Judas. S’il y avait 90 apôtres, on aurait pu s’attendre à ce qu’il y en ait 6 ou 7 et non deux. Les photos du « concile » impressionnent. Philarète Denissenko qui, récemment, déclarait qu’il était patriarche et le resterait jusqu’à la mort, est assis sans la coiffe patriarcale, mais aussi sans le klobouk de métropolite, la tête nue. Les autres, avec des skoufias. Comme s’il ne s’agissait pas d’un concile mais d’une sorte de rassemblement secret. L’un des deux hiérarques canoniques est venu avec une soutane violette revêtue d’une pèlerine noire. L’extravagance des tenues ne fait que souligner le caractère notoirement illégitime de ce conciliabule. Aucune Église locale n’a envoyé de message à celui-ci, de même qu’aucune n’a soutenu les agissements du patriarche Bartholomée au cours de la période préparatoire. Ce matin, les médias ont publié une information sur l’arrivée à Kiev du patriarche Bartholomée lui-même à Kiev, mais elle a été démentie plus tard par le Phanar. Quelle que soit l’issue du « concile », quel que soit celui qui sera élu chef de la structure créée, c’est déjà évident : le plan du patriarche Bartholomée, consistant à persuader l’Église canonique d’Ukraine à participer à la création de nouvelle structure, a échoué, et l’épiscopat (à l’exception des deux traîtres) a manifesté son unanimité, sa fermeté, et son courage. Le sort du « pseudo-concile » de ce jour est une répétition d’autres conciliabules semblables qui ont eu lieu dans l’histoire. Ses participants seront effacés de la mémoire historique de l’Église, ce sera « la paille que le vent dissipe ». Tandis que l’Église canonique, malgré la pression exercée sur elle, malgré l’enlèvement de ses hiérarques, les convocations de ses prêtres au SBU, la saisie de ses églises, les menaces d’aliénation des biens ecclésiastiques de ses monastères les plus importants, existe et le continuera. « Et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Matth. XVI, 18).

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