img_4614Des primats et hiérarques de différentes nationalités se sont réunis pour consacrer une nouvelle cathédrale à Podgorica (photographie ci-contre), capitale du Monténégro. De nombreux sites ont couvert ce grand événement, mais je voudrais donner des réflexions ici sur l’édifice lui-même et son agencement.

La construction de la cathédrale a commencé en 1993. Sa surface est d’environ 1300 m2. La cathédrale dépend du Patriarcat orthodoxe serbe. L’architecte, Predrag Ristić, est une figure de proue de l’Église serbe. Âgé maintenant de 80 ans, il a construit environ une centaine d’églises dans sa carrière, dont quatorze ont été détruites durant les guerres des années 1990. P. Ristić a grandi à Belgrade, qui était remplie d’artistes de la Russie impériale. Sa famille avait combattu dans les guerres de libération sur le front de Salonique, et plus tard, a grandement souffert de son opposition au régime communiste. La vie a instillé chez P. Ristić un sens rare de l’objectif à atteindre et de détermination dans son service à Dieu, lequel consiste à remédier aux dommages d’un siècle de guerres et d’incroyance. M. Ristić dit ce qui suit, en ce qui concerne l’architecture : « Il est impossible de bâtir une église… sans jeûne, sans repentir et sans la descente de l’Esprit Saint. Même là, l’église n’est pas bâtie, mais descendue du ciel sur terre, de la même façon que le pain et le vin de la liturgie ne sont plus pain et vin, mais le corps et le sang du Christ… Aussi, l’église doit avoir la caractéristique d’une parfaite harmonie du royaume des cieux, car c’est seulement dans un tel espace qu’il convient de placer des icônes et des fresques. C’est un espace que nous préparons pour la descente de l’Esprit Saint et la venue du Christ. Nous les accueillons comme Abraham a accueilli la sainte Trinité à sa table ».

La cathédrale de la Résurrection à Podgorica est certainement l’une des églises orthodoxes les plus intéressantes parmi celles qui ont été construites à notre époque. Contrairement à d’autres nouvelles cathédrales que nous avons vues récemment, l’extérieur ne cherche pas à refléter la haute perfection byzantine. C’est plutôt un design délicieusement excentrique. Il a les qualités légèrement maladroites de toute véritable cathédrale, exprimant les tensions culturelles entre du style impérial de haut niveau et les limites des artisans locaux. L’aspect général de la façade occidentale, avec ses tours jumelles et  son immense voûte, est clairement calqué sur la cathédrale Saint-Triphon à Kotor, un monument médiéval qui mélange de styles roman, italien, et byzantin. P. Ristić a retenu ce style très monténégrin et lui a donné, de façon inattendue, une nouvelle vie dans la cathédrale de Podgorica.

L’extérieur est bâti de blocs grossiers de pierre blanche. Les textures sont typiques des anciennes églises monténégrines, mais ici la rugosité est étonnamment exagérée. Si tout l’édifice était si grossier, il pourrait prêter aux moqueries. Mais la pierre est de plus en plus lisse lorsque l’on monte, et elle est ensuite richement sculptée avec des ornements fins et élégants vers le haut. Cela s’harmonise de quelque façon, et ce très bien. Je ne peux pas m'empêcher de penser que seul un architecte très vieux et accompli aura tenté une telle audace!

img_4675Il y a d’autres singularités dans le design. Les blocs bruts à la base comportent des icônes sculptées. Elles sont placées au hasard, apparaissant presque comme l’œuvre non autorisée d’un sculpteur de graffitis. Il semble presque impossible que ces sculptures puissent coexister avec les blocs bruts autour d’eux et avec les ornements byzantins raffinés juste dessus, et, là encore, cela marche bien. Une autre particularité est constituée par les sept croix du toit. Elles varient non seulement en style, mais même en orientation.

L’intérieur est un espace grandiose et complexe, adapté à la grande échelle de l’église. Il est richement ornementé avec un sol en marbre, des peintures murales et des aménagements. Malheureusement, ce programme intérieur n’a pas le même charme médiéval que l’extérieur. Les peintures iconographiques murales ont un fond or, une pratique qui était à la mode en Russie dans les années 1900. C’est un choix singulier pour cette église en pierre brute, vu que les peintures murales sont trop précieuses et délicates pour une telle architecture. Le lustre central a un aspect russe tardif et il est agressif et déplaisant dans sa forme. Un chœur médiéval de style serbe aurait été bien plus approprié. Il semble douteux que M. Ristić puisse être responsable de certains de ces choix concernant l’intérieur.

La cathédrale de Podgorica est un rare exemple d’une nouvelle église reflétant réellement les traditions et l’histoire locales. Et il est peut-être plus remarquable encore qu’elle offre quelques idées nouvelles et innovatrices qui sont complètement harmonieuses avec la tradition. Il y a certains éléments dans la maçonnerie qui, dans un autre contexte, pourraient être considérés comme modernistes. Or, cet édifice, dans son ensemble, n’a pas la moindre touche de modernisme. C’est une vision entièrement médiévale, mais son audace et son imperfection délibérée sont des traits qui sont maintenant communs dans l’architecture moderniste et malheureusement rares dans l’architecture traditionnelle.

Source (dont photographies): Orthodoxartsjournal, traduit de l'anglais pour Orthodoxie.com

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