Dans une lettre ouverte à l’Assemblée des évêques orthodoxes d’Allemagne, l’archevêque Marc (Église russe hors frontières) propose de continuer le dialogue inter-ecclésial orthodoxe en Allemagne de façon informelle malgré la crise ukrainienne
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L’archevêque de Berlin et d’Allemagne Marc (Église russe hors-frontières) a adressé la lettre ouverte suivante aux membres de l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques d’Allemagne :

« Munich, le 30 janvier / 12 février 2019

Synaxe des Trois Hiérarques, Jean Chrysostome, Grégoire le Théologien et Basile le Grand

Vos Éminences, Vos Excellences, En tant qu’archevêque du diocèse de Berlin et d’Allemagne (Église orthodoxe russe hors-frontières), je souhaiterais, avec un cœur lourd, contribuer par cette lettre à clarifier notre point de vue et la position de notre diocèse relativement aux développements actuels au sein de l’orthodoxie. La reconnaissance de la nouvelle structure pseudo-ecclésiale en Ukraine et l’octroi, par le patriarche de Constantinople, d’un tomos d’autocéphalie à celle-ci, est considéré par nous comme un pas menant à de nombreuses confusions, troubles et souffrances, et ce pour de longues années. Le but déclaré du Patriarcat de Constantinople de créer l’unité ecclésiale en Ukraine n’est pas atteint, mais a été reporté à un avenir encore plus lointain. L’agissement mentionné a non seulement approfondi le fossé entre les fidèles orthodoxes en Ukraine et cimenté leur division, mais, comme cela est avéré, a mené à des perturbations extrêmes au sein de toute l’Église orthodoxe. Les troubles déclenchés par cette mesure unilatérale dans les relations entre les Églises de notre famille orthodoxe sont énormes. Ils nous accompagneront assurément longtemps. En même temps, la situation ecclésiale en Ukraine est de plus en plus alarmante. L’Église orthodoxe canonique d’Ukraine, qui se trouve sous la direction de son primat, reconnu par toutes les Églises orthodoxes locale, S.B. le métropolite Onuphre de Kiev et de toute l’Ukraine, se voit contrainte, par la législation, de changer son appellation. Le but est de contraindre toutes les paroisses au réenregistrement et d’accomplir la révision de tous les accords et contrats entre les structures de l’État et de l’Église (imaginons que le gouvernement allemand exige de l’Église catholique-romaine en Allemagne de changer son appellation, tandis que son appellation existante serait attribuée à une nouvelle organisation venant d’être créée !). Si l’Église refuse de changer son appellation – ce qui serait logique, étant donné que dans des circonstances normales, les organisations choisissent leur propre appellation, et ne reçoivent pas celle-ci de l’État – elle devra faire face à des conséquences imprévisibles – extrêmement négatives, avec la perte du statut de personne juridique. En même temps, les évêques et les prêtres sont convoqués par les Services secrets ukrainiens (SBU), sont incités et poussés à quitter l’Église orthodoxe d’Ukraine canonique et à se réunir à la nouvelle structure. Les monastères font face au harcèlement de l’État et sont menacés d’être transférés à de tierces personnes. Cela concerne en premier lieu les deux monastères les plus traditionnels et connus mondialement : les laures des Grottes de Kiev et de Potchaïev (dont notre monastère à Munich tire son origine). Les nouvelles lois proposées (№ 5309 et № 4128) sont destinées à s’en emparer et à les transférer à d’autres. En outre, il résulte de l’époque soviétique que les monastères et les églises continuent à appartenir à l’État et non à l’Église. Aussi, l’État veut définir à ses propres fins quels en sont les « utilisateurs », sans tenir compte de la tradition authentique. Une campagne d’intimidation a déjà commencé plus tôt : le 29 novembre 2018, une perquisition a eu lieu dans les locaux se trouvant sous le contrôle du métropolite Paul, supérieur de la laure de Kiev. Le 5 décembre 2018 ont suivi des « visites » semblables dans les bureaux diocésains à Jitomir, Korosten, Ovroutch et Kiev. Les radicaux occupent des églises par la violence. Leurs anciens fidèles sont expulsés et contraints à célébrer les offices dans des maisons privées. Dans mon message de Noël, je l’ai déjà souligné : cette politique d’intidimidation devrait émouvoir chaque chrétien et, en général, chaque homme de bonne volonté. Pour ce qui concerne toute l’orthodoxie, il est difficile de trouver un précédent plus nuisible, à moins que les Églises orthodoxes réfutent cet agissement, ce qui clarifierait les choses. Celui qui, au début des années 1990, fut réduit à l’état laïc et ensuite anathématisé, tout en se donnant le titre de « patriarche », à savoir Philarète Denisenko, dont la destitution a été reconnue à plusieurs reprises et confirmée par le Patriarcat de Constantinople et par le patriarche Bartholomée lui-même, a été « rétabli » trente ans plus tard, sans plus attendre, par une disposition administrative unilatérale, non convenue avec les autres Églises locales (bien que ce ne soit pas en qualité de « patriarche », mais il est caractéristique que Denisenko lui-même se présente publiquement avec le président Petro Porochenko, exclusivement en tant que « patriarche », comme précédemment). Le soi-disant « rétablissement » a ses conséquences : il s’étend à toutes les ordinations non canoniques « d’évêques » et de « prêtres », effectuées en dépit de la sanction ecclésiale reconnue par toutes les Églises orthodoxes. Et d’un seul coup, les ordinations invalides deviennent valides ! C’est là une dérision de toute saine approche du droit ! C’est une violation des règles, qui nous ont été transmises par les saints Pères. C’est une gifle au visage des Églises orthodoxes sœurs, dont les pratiques sont fondées sur la reconnaissance réciproque des actes administratifs ! C’est actes constituent la porte grande ouverte au chaos. Cela concerne aussi la reconnaissance de Macaire Maletich, qui non seulement n’a jamais reçu de sacre épiscopal canonique mais qui fut interdit, en 1989 déjà, par le métropolite Philarète (Denisenko) alors que celui-ci était le métropolite légal de Kiev. Il se déclara ensuite « indépendant ». Toute l’orthodoxie doit-elle accepter de telles « autonomies » et « indépendances », voire déclarer qu’elles sont la norme ? Et que dire de la pression politique qui est exercée afin de faire adopter une telle reconnaissance anti-canonique et destructive ? Nous avons reçu l’information suivante du Patriarcat de Géorgie : le chef du service de presse du Patriarcat, l’archiprêtre Andria Djamaidze a qualifié « d’inacceptable » le fait qu’une pression soit exercée sur l’Église orthodoxe de Géorgie de la part de certains politiciens du pays et d’organisations non gouvernementales afin de reconnaître la nouvelle Église d’Ukraine. « Sur notre Église et notre clergé est exercée une pression constante dans le but de reconnaître la formation de la nouvelle Église en Ukraine », a-t-il dit. « Ceux qui ne sont pas d’accord sont immédiatement accusés de russophilie » (22.1.2019). C’est de cette façon qu’est créée une structure quasi-ecclésiale en Ukraine. L’attitude de celle-ci envers l’État ukrainien actuel ne peut, malheureusement, être qualifiée autrement que de servilité. Son « primat » s’est vu officiellement attribué, dans le cadre de ce processus, l’ancien titre de « Béatissime métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine ». C’est ainsi que celui qui porte régulièrement ce titre, S.B. Mgr Onuphre, avec ses 95 évêques, 258 monastères (dont le nombre des moines et moniales s’élève en tout à 4501 personnes), et plus de 12.000 paroisses qui sont desservies par 11.421 prêtres et 988 diacres, d’un seul coup, disparaissent dans l’air, comme s’ils n’étaient pas du tout ukrainiens, et même comme s’ils n’avaient jamais existé. À nos yeux, cela est égal à une fraude portant sur l’appellation. C’est un scandale sans précédent. Il est étonnant à quel point tout cela est ignoré en Europe, laquelle se targue de politique de défense des droits de l’homme. On entend ici à l’unisson : « Il n’y avait pas d’Église d’Ukraine, finalement elle existe, et Moscou est en colère ! » Cette déformation des faits n’a rien à faire avec la vérité. Dans nos régions, il conviendrait de faire la remarque suivante: pourquoi, depuis 1945, n’y a-t-il pas eu de guerre ? En raison de la compréhension mutuelle des peuples. Cela n’aurait en aucun cas été atteint par une politique d’exclusion et de séparation radicale des nations comme elle est en cours maintenant en Ukraine, processus dans lequel l’Église est encore attirée. Bien sûr, à notre très grand regret, ces événements affectent pleinement l’orthodoxie en Allemagne. Or, il serait inacceptable que les paroisses du Patriarcat de Moscou et de l’Église russe hors-frontières en Allemagne, en tant que partie autonome de l’Église orthodoxe russe, ferment les yeux et continuent à vivre, comme si rien n’était. Peut-on dans de telles circonstances agir selon le principe « business as usual » ? Quelle position doit adopter l’Église ici et maintenant ? Quels doivent être les repères? L’orthodoxie en Allemagne était représentée comme une seule entité par l’Assemblée des évêques (OBKD), laquelle est un bien précieux, nous y avons travaillé durant de longues années avec nos frères et sœurs orthodoxes. Comme par le passé, nous considérons que la collaboration de l’orthodoxie dans la diaspora est prometteuse, et dans certains domaines, c’est la seule voie possible. Nous devons agir ensemble auprès du gouvernement allemand, de ses structures globales et locales. Ce qui a été atteint ne peut que souffrir des développements actuels (cf. déclaration de notre conseil diocésain du 25.09.2018). Mais il ne serait pas honnête de « faire contre mauvaise grâce bon cœur », comme si nous n’étions pas concernés par la politique religieuse destructrice de l’actuel gouvernement ukrainien et par les actions non fraternelles du Patriarcat de Constantinople, qui alimentent les agissements des autorités officielles en Ukraine. Malheureusement, Son Éminence le métropolite Augustin, en tant que membre du Saint-Synode du Patriarcat de Constantinople, a apposé sa signature sous le funeste « tomos » et a montré par cela, qu’il acceptait ces développements négatifs. Avec peine dans le cœur, nous avons décidé de suspendre jusqu’à nouvel ordre la coopération des représentants de notre diocèse dans tous les organismes où l’Assemblée des évêques orthodoxes en Allemagne est compétente et dans lesquels des clercs de l’obédience du patriarcat de Constantinople exercent la présidence. En particulier, ne seront plus envoyés, pour le moment, des représentants dans la commission de théologie et de l’éducation. Notre participation aux sessions de l’Assemblée doit également être interrompue pour le moment. En outre, nous sommes contraints de mentionner qu’il y a des vues différentes entre le Patriarcat de Constantinople d’une part, lequel proclame depuis 1922 la nouvelle théorie selon laquelle toute la diaspora orthodoxe lui est soumise (ou doit rapidement lui être subordonnée), et le point de vue de toutes les autres Églises orthodoxes locales, d’autre part, qui n’ont jamais et nulle part reconnu ces prétentions de monopole et qui insistent sur les structures traditionnelles orthodoxes de dialogue et de conciliarité. À la lumière de la crise politique en Ukraine, nous comprenons que cette contradiction au sein de l’orthodoxie, que nous avons été contraints de subir nous-mêmes, pendant des décennies déjà en tant qu’Église russe hors-frontières suite à la révolution de 1917, a surgi sous une nouvelle forme. En outre, il est également évident pour nous que l’Église du Christ ne doit être instrumentalisée pour des intérêts géopolitiques, mais est appelée, dans une situation de crise, à mener un dialogue interne ouvert. Nous sommes fermement convaincus que l’échange d’informations et de points de vue entre les hiérarques orthodoxes en Allemagne, sous toute réserve, continue à être nécessaire. Aussi, nous proposons de mettre en place et maintenir un tel dialogue, mais clairement sous une autre forme, c’est-à-dire, du point de vue organisationnel, sous un autre format que jusqu’à présent, jusqu’à ce que soient tirées au clair les questions et les positions fondamentales concernant l’organisation de la diaspora orthodoxe. C’est un tel dialogue ouvert et positif, à première vue nullement contraignant, qui avait été initié par le diocèse d’Allemagne de 1993 à 1997 avec les représentants du Patriarcat de Moscou dans ce pays. En fin de compte, c’est précisément cette approche, le principe d’une discussion libre et large qui a amené, malgré toutes les oppositions, à la signature de « l’Acte canonique de communion » [entre le Patriarcat de Moscou et l’Église russe hors-frontières, ndt] du 17 mai 2007 à Moscou. C’est ainsi que s’est manifestée de façon exemplaire l’unité véritable et conciliaire de l’orthodoxie. C’est à un tel équilibre, malheureusement perturbé actuellement aujourd’hui, que l’on aspire. Puisse un processus semblable, auquel participeraient les hiérarques et les clercs exerçant leur ministère dans notre pays, ainsi que les laïcs, être fructueux avec le temps. Avec cette espérance enracinée dans notre Seigneur et Sauveur, nous restons, dans l’amour du Christ, fraternellement vôtre. Marc, archevêque de Berlin et d’Allemagne. »

Source : Église orthodoxe russe hors-frontières

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