Décès de l’archimandrite Jean (Radosavljević), une figure éminente de l’Église orthodoxe serbe
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Le 8 avril 2021, à l’âge de 94 ans, est décédé l’archimandrite Jean (Radosavljević) des suites du coronavirus. Humble et discret, il fut la mémoire historique de l’Église orthodoxe serbe au XXème siècle, décrivant dans ses livres les grandes figures spirituelles qu’il avait rencontrées, notamment S. Nicolas Velimirović, S. Justin Popović, le patriarche Paul et de nombreuses autres personnalités. Outre les personnes, il décrivit les événements, depuis la vie au monastère de Studenica pendant la seconde guerre mondiale, jusqu’aux bombardements, jour par jour, de l’OTAN en 1999. Il naquit le 19 mai 1927 au village de Lelić, dans une famille de sept enfants, qui vivait modestement, mais dans la prière. On lui donna au baptême le prénom de Milisav. Il se rappelait comment toute la famille se rassemblait pour la prière devant les icônes « ce qui me laissa un souvenir d’une paix emplie de grâce », disait-il. Après quatre ans à l’école primaire de son village natal, il partit à l’âge de onze ans auprès de S. Nicolas Velimirović. Il y resta peu de temps, puis le saint évêque l’envoya au monastère de Žiča, à l’école du monastère, où il devint novice. La relation spirituelle avec S. Nicolas restera la pierre angulaire de la vie monastique du futur archimandrite Jean. Mais la guerre éclata et, en 1941, les Allemands bombardèrent et incendièrent le monastère de Žiča. « Je regardais cela et je pleurais. C’était la chose la plus terrible que j’aie jamais vue », disait-il. Resté sans monastère, sans abri, il s’enfuit – il avait à peine 14 ans – avec treize autres moines et novices sur le Mont Stolovi, dans la région de Kraljevo, en Serbie centrale et, pendant un mois, erra dans la montagne avec eux, s’abritant dans des cabanes de bergers abandonnées, sans toit. « En novembre 1941, alors que tombaient les premières neiges, il devint clair pour nous que nous devions trouver un abri plus sûr pour passer l’hiver. Avec la bénédiction de l’évêque Nicolas, captif des Allemands au monastère de Ljubostinja, nous partîmes depuis le Mont Stolovi, quasiment sans vêtements et presque pieds nus – tout avait brûlé à Žiča – au monastère de Studenica », écrivit-il dans ses mémoires. Là, il se trouva avec des moines réfugiés des différentes régions de Yougoslavie, depuis la Slavonie jusqu’à la Macédoine. Tous les moines de Žiča reçurent de l’higoumène une obédience monastique. Milisav – alors le plus jeune membre de la communauté – se vit confier le réfectoire et l’accueil des hôtes. Mais les épreuves ne s’arrêtèrent pas là. Des combats violents eurent lieu dans la région du monastère entre résistants serbes et occupants bulgares. « La terrible explosion des munitions et des bombes faisait trembler le monastère, et l’école, qui se trouvait non loin de là a été rasée » se souvenait-il. Le lundi de la première semaine du Grand Carême, alors que les résistants avaient capturé 11 Bulgares, le père Jean écrivit : « Nous étions comme toujours effrayés et inquiets. Chaque bruit de moteur nous coupait le souffle. Or, ce jour-là, les avions circulaient dans le ciel comme jamais, et nous craignions les bombardements ». « Soudain, les Bulgares firent irruption… Ils nous rassemblèrent… nous poussèrent avec les baïonnettes, et nous frappèrent violemment sur l’épaule avec les crosses de fusils… Lorsqu’ils frappèrent ainsi un moine âgé de plus de 80 ans… je me demandais ce qu’ils feraient de nous. Comme enfant de cette époque, je réfléchissais souvent comment il était possible que l’on frappe et tourmente un homme qui est innocent… Nous tombâmes tous à terre des suites des terribles coups. Certains des moines priaient à voix haute, d’autres faisaient leurs adieux aux autres frères… Après qu’ils nous aient battus autant qu’ils le voulaient, un capitaine bulgare arriva et nous dit qu’hier onze de ses compatriotes avaient été capturés et que s’ils n’étaient pas retrouvés, 110 Serbes, dont nous les premiers, seraient fusillés, et le monastère incendié, puis ensuite les villages voisins avec leur population ». L’higoumène proposa alors d’aller trouver les résistants et d’intercéder pour les prisonniers. Entre-temps, environ un millier de Bulgares passèrent par le monastère, à la recherche de leurs onze compatriotes. Mais nous eûmes beaucoup de chance. On nous envoya un bataillon de Russes blancs qui avait été enrôlés de force par l’occupant, et qui nous défendit contre les Bulgares… Nous attendions le jour du lendemain, le vendredi de la première semaine de Carême. Nous attendions avec une certaine angoisse chaque heure notre higoumène avec les prisonniers bulgares ou sans eux… Nous espérions que Dieu aurait pitié de nous ». Alors que les prisonniers allaient être fusillés, l’higoumène parvint à les faire libérer, et les Bulgares quittèrent tous le monastère. Mais pendant toute la guerre, le jeune novice Milisav, avec les moines de Studenica, fut exposé aux violences des Bulgares, qui revinrent au monastère. En 1944, Milisav partit au monastère Vujan, près de Čačak, en Serbie centrale, dans lequel, à la veille de la venue des partisans communistes, était arrivé le séminariste Gojko Stojčević, futur patriarche Paul, avec lequel il restera en contacts étroits durant 48 ans et au sujet duquel il écrira deux livres. Les années que Milisav passera en sa compagnie déposeront sur lui un profond sceau spirituel. Une année après, toute la communauté monastique partira au monastère de l’Annonciation, près d’Ovčar Banja, en Serbie centrale. Milisav y restera jusqu’à 1947, lorsqu’il partira effectuer son service militaire, pendant deux ans. À son retour de l’armée, il s’installa au monastère de Rača, près de Bajina Bašta, dans l’ouest de la Serbie. C’est pendant cette période que s’établira son lien spirituel avec S. Justin de Ćelije. En la fête de la Décollation de S. Jean Baptiste, en 1950, Milisav reçut l’habit monastique, avec la bénédiction du métropolite de Skoplje Joseph, qui à ce moment était administrateur du diocèse de Žiča. La cérémonie de la profession monastique fut célébrée par l’higoumène Julien (Knežević), tandis que le hiérodiacre Paul, futur patriarche, devint son père spirituel. Milisav reçut alors de nom monastique de Jean, en l’honneur de S. Jean Baptiste. Le moine Jean termina une année de collège à Rača, puis en 1957, lorsque l’archimandrite Paul devint évêque de Ras et Prizren, il termina les trois autres classes. En 1966, il s’inscrivit à la Faculté de théologie de Belgrade, où il fit connaissance du jeune étudiant Mirko Bulović, futur et actuel évêque de Bačka. Au cours de ses études, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe serbe le nomma enseignant à l’école monastique du monastère d’Ostrog, au Monténégro. Il termina ses études à la faculté de théologie en 1971, puis partit en Grèce pour effectuer des études post-universitaires. Fin 1974, sur l’invitation du Saint-Synode, il prit la direction de l’école monastique d’Ostrog, qui fut transférée plus tard au monastère de Krk, en Dalmatie. En 1978, il continua son activité d’enseignant au séminaire de Prizren, au Kosovo, puis y fut nommé professeur après avoir passé l’examen à Belgrade en 1983. Au Kosovo, à l’instar de ses compatriotes, il endura nombre d’épreuves de la part de la population albanaise, mais aussi des communistes serbes. Il resta à Prizren jusqu’aux bombardements de l’OTAN en 1999, lorsque le séminaire fut déplacé à Niš. Il prit sa retraite de professeur en 2001. Travailleur infatigable, il laissa des témoignages historiques et spirituels sur l’histoire et la vie de l’Église serbe au XXème siècle, en tout une cinquantaine d’ouvrages. L’archimandrite Jean assuma aussi la fonction de confesseur dans les séminaires de Belgrade, Karlovci et Kragujevac. De 2005 à 2015, il vécut au monastère de l’Annonciation près d’Ovčar Banja, en Serbie centrale, tandis qu’il passait les mois d’été à Novi Sad, en Voïvodine, auprès de l’évêque Irénée. Il fut transféré au monastère de Ježevica en 2015, puis, l’année suivante au monastère de Rača, près Bajina Bašta. Cependant, en raison de l’humidité, du froid et de sa mauvaise santé, il partit dans une région au climat plus favorable, en Serbie du sud, près de Vranje, au monastère Saint-Stéphane à Gornje Žapsko, où il passa les cinq dernières années de sa vie. Pendant la première semaine du Grand Carême de 2021, l’archimandrite Jean fut infecté par le covid-19 et transféré au centre clinique de Voïvodine, où il décéda le 8 avril. Le père Jean a été inhumé le 10 avril au monastère de Lelić, là où reposent les reliques de S. Nicolas Velimirović. La sainte Liturgie funèbre a été présidée par l’évêque de Vranje Pacôme, assisté de l’évêque de Kruševac David, de l’évêque de Niš Arsène et d’un grand nombre de prêtres. À l’issue de la Liturgie, l’évêque de Bačka Irénée, assisté de son vicaire l’évêque de Mohacs Hésychios et des autres évêques, a célébré un office de requiem. Ensuite, à l’extérieur de l’église, a eu lieu l’office des funérailles présidé par le patriarche de Serbie Porphyre avec les autres évêques et prêtres. « Par la Grâce de Dieu, le père Jean nous a réunis ici aujourd’hui, car le Seigneur, par Sa providence l’a appelé au moment où, indubitablement, il était le plus prêt pour quitter ce monde et entrer dans la maison de Son Père et Père de nous tous. Il nous a réunis afin que nous priions pour son âme, mais aussi pour que nous le priions lui-même. Par sa foi, nous savons que le père Jean a acquis la liberté envers Dieu, qu’il prie humblement, dans l’esprit de toute sa vie, pour notre salut », a déclaré le patriarche. « Il a commencé sa vie sous l’ombre spirituelle de l’évêque Nicolas et Dieu voulait qu’il se retrouvât dans les bras de Mgr Nicolas dans la maison du Seigneur notre Dieu ». Après avoir évoqué le terreau spirituel sur lequel a grandi le père Jean, à savoir celui de l’évêque Nicolas et du père Justin, le patriarche Porphyre a conclu : « Le père Jean est l’héritier de l’esprit et de la tradition orthodoxes de S. Nicolas, S. Justin et S. Sava. Parmi les qualités qui ont orné sa personnalité, ressort particulièrement l’humilité. Un grand nombre de ses disciples sont devenus prêtres, moines et évêques et de pieux chrétiens en général. Tous peuvent, sans exception, témoigner que le père Jean fut un humble serviteur de Dieu. Nombreux sont parmi nous ceux qui peuvent témoigner qu’il avait rencontré de l’incompréhension chez ses frères et ses amis, des insultes et des humiliations, et ce jusqu’au dernier jour de sa vie. Mais, peut-être comme chez personne parmi nous, il les ressentait comme une bénédiction et une joie, il était prêt à s’abaisser et à ce que les autres grandissent et croissent ». L’évêque de Backa Irénée a pris ensuite la parole, rappelant qu’il avait fait connaissance du père Jean alors qu’il était étudiant.  À cette époque, Mgr Irénée réfléchissait sur la voie monastique au cours de ses séjours d’été dans les monastères. Mais, ajouta-t-il, il prit « sa décision définitive de servir ainsi Dieu et le peuple lorsqu’il vit la Providence divine dans le fait que le père Jean l’avait amené chez le saint Abba Justin ». « Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de moines de cette ‘vieille trempe’ dont il était l’une des dernières pousses parmi nous, qui avaient disposé l’école et l’examen de la vie sur l’expérience séculaire dans la grâce, sur « l’université du Saint-Esprit » que constitue en fait notre monachisme. Aussi, il est nécessaire aujourd’hui, dans la mesure de nos possibilités, de nous inspirer et d’apprendre d’après les exemples de ces moines qui ont vécu dans l’esprit du monachisme, depuis les premiers siècles jusqu’à l’époque moderne… Le père Jean a montré dans sa personne une humilité monastique exceptionnelle, atteinte depuis qu’à l’âge de onze ans, il s’était rendu chez l’évêque Nicolas à Žiča et auprès duquel il revient aujourd’hui dans son Lelić natal. Il ne se permettait jamais une parole déplacée à l’endroit des évêques, des prêtres et du peuple. Il choisissait toujours ses mots et accueillait tous avec un sérieux respect. En cela, il était un véritable disciple de S. Justin » a ajouté l’évêque Irénée. « Lorsque nous célébrions la Liturgie ici, à Novi Sad, à Vranje et dans d’autres de nos diocèses, il venait chaque fois après la Liturgie exprimer sa gratitude pour avoir eu la possibilité de concélébrer avec des évêques de l’Église serbe. En lien avec son humilité et son respect absolu de la personne, de la liberté et de la conscience du prochain, il cultivait en lui la conscience ecclésiale la plus profonde, la conscience de l’unité et de la catholicité de l’Église. Il était un homme qui rassemblait. Il savait en même temps aimer son Église serbe, l’Église russe, grecque et toutes les Églises et peuples orthodoxes sans exception, tout en étant accueillant et en étant bien disposé envers les non orthodoxes. Ce dont témoigne le mieux le temps de son ministère au Kosovo et en Métochie. Toute sa vie s’est déroulée au signe de la Croix et de la Résurrection » a conclu l’évêque Irénée. L’archimandrite Jean est inhumé au cimetière du monastère de Lelić, près de la tombe de l’archimandrite Habacuc, décédé le même jour, il y a trois ans. On peut visionner ci-dessou une vidéo avec des extraits de l’office.

Sources : 1, 2 et 3

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