Entretien avec le patriarche Bartholomée concernant la crise du Covid-19
  • Facebook
  • Twitter
  • Email
  • Vkontakte
  • Messanger
  • Telegram
  • WhatsApp
  • Twitter
  • Pinterest

Les chrétiens orthodoxes se préparent à célébrer cette semaine la fête la plus importante du monde chrétien : le dimanche de la Résurrection. Le caractère festif est assombri par la gravité de la situation et les restrictions de mise en confinement imposées en raison de la pandémie mondiale du Covid-19. Cette année, nous ne pouvons pas nous réunir traditionnellement pour les liturgies de la Semaine Sainte et nous saluer mutuellement et personnellement dans les églises lors des services de Pâques. Nous sommes convaincus que l’isolement, associé à notre foi profonde et à notre prière sincère, nous permettra de vaincre le mal. À la veille du dimanche de la Résurrection, Sa Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée s’est exprimé dans une interview exclusive avec Olga Budnyk d’Ukrinform sur la philosophie de l’existence en temps de crise, les leçons de la situation actuelle et sur la manière dont les croyants devraient se comporter face à la pandémie dans la vie quotidienne et lors de la célébration de Pâques.

LA « DISTANCIATION SOCIALE » CONSTITUE MAINTENANT UN MOYEN DE PRENDRE SOIN DE NOTRE PROCHAIN.

Question : Sainteté, la plus grande fête orthodoxe, Pâques, approche. Auriez-vous l’amabilité de nous rappeler les moments de l’histoire du christianisme où les croyants n’ont pas pu assister aux offices et célébrations des sacrements pour des questions matérielles ? Comment ces obstacles ont-ils été surmontés dans le passé ?

Réponse : Pâques est en effet la fête des fêtes, la nuit que saint Grégoire de Nysse décrit comme « plus brillante que tous les jours ». Elle est la source de toutes les autres fêtes et le centre de notre calendrier liturgique, la fête qui donne un sens à notre foi et à notre vie. C’est pourquoi elle est si vitale et cruciale pour les chrétiens du monde entier. Il y a eu en effet des occasions dans le passé où les chrétiens n’ont pas pu célébrer Pâques. L’histoire a connu des pandémies et des fléaux. Et le christianisme a connu la persécution et la répression. Il suffit de penser aux périodes d’oppression et de martyre, tant dans l’Église chrétienne primitive que dans des périodes plus récentes. La différence aujourd’hui est que nous sommes conscients du fait que c’est la science et la médecine, qui, dans le cas de la pandémie du Covid-19, proposent un auto-isolement pour la protection de nos vies. Dans l’Église primitive, le monachisme était décrit comme le « martyre blanc » par opposition au « martyre du sang » des martyrs. Aujourd’hui, notre décision morale en tant qu’êtres humains d’accepter la « distanciation sociale » est une façon de faire face au virus et de prendre soin de notre prochain.

Question : La question de savoir si les sacrements peuvent constituer une source d’infection fait actuellement l’objet d’un grand débat. Quelle est la meilleure façon de procéder pour la communion, la confession, le baptême, le mariage à l’église, etc. ?

Réponse : Il est tentant, mais cela constitue aussi une forme de fuite, de s’attarder sur les détails de la vie sacramentelle. Au Moyen-âge, les érudits et les croyants ont été nombreux à discuter de sujets tels que le moment exact où le pain et le vin étaient transformés en corps et sang du Christ, et la validité ou non d’une confession ou d’un baptême. Comme nous l’avons souligné dans l’un de nos messages aux fidèles, ce qui est en jeu n’est pas notre existence en tant que croyants, mais seulement notre existence en tant qu’êtres humains qui « sont porteurs de chair et habitent dans le monde » ; notre foi est une foi vivante, et aucune circonstance exceptionnelle ne peut la limiter ou la supprimer. Ce qui doit être limité et supprimé dans ces circonstances extraordinaires, ce sont les rassemblements et les grandes assemblées de personnes. Restons dans nos foyers. Soyons prudents et protégeons ceux qui nous entourent. Et là, depuis nos foyers, renforcés par la puissance de notre unité spirituelle, que chacun d’entre nous prie pour toute l’humanité.

LE MONDE A BRUSQUEMENT CHANGÉ, TOUT COMME LA RELATION DES CHRÉTIENS ORTHODOXES AVEC L’ÉGLISE

Question : En Ukraine, nous avons des exemples où certaines églises et leurs dirigeants ne respectent pas les règles générales en matière de quarantaine, exposant ainsi la vie des croyants aux risques. Le monde ecclésial est-il responsable de tels actes ?

Réponse : Oui : en tant que chrétiens orthodoxes, il est important que nous nous souvenions non seulement de nos obligations personnelles ou spirituelles, mais aussi de notre responsabilité communautaire et sociale. Le progrès de ceux qui travaillent si dur pour faire face à la crise du Covid-19 et la vaincre dépend de notre participation et de notre coopération. C’est une contribution inestimable pour l’ensemble de la société, un sacrifice qui mérite autant d’éloges et de gratitude que ceux qui mènent ce combat en première ligne.

Question : Comment les chrétiens pratiquants doivent-ils se comporter pendant le confinement ? Quels conseils pouvez-vous donner pour le maintien de la stabilité spirituelle et morale ?

Réponse : Nous parlons de cette période comme d’une crise – du mot grec κρίσις – ce qui signifie que nous serons jugés sur notre réponse aux circonstances auxquelles nous sommes confrontés. C’est l’occasion pour nous de tirer des leçons qui changeront notre vie et transformeront le monde. Nous reconnaissons tous que ce que nous considérions auparavant comme « normal » dans notre monde ou « routine » dans notre vie a été ébranlé et transformé. Ce à quoi nous étions habitués, ce à quoi nous prenions plaisir, a brusquement changé ou s’est arrêté. Nous ne pouvons plus tenir pour acquises les choses les plus simples. Pour nous, en tant que chrétiens orthodoxes, cela s’applique également à notre relation avec l’Église et, surtout, avec Dieu. Nous ne pouvons plus considérer comme allant de soi les pratiques traditionnelles ou conventionnelles comme assister à un office, allumer un cierge, embrasser les icônes, chanter avec le chœur, se mettre en ligne pour la communion. Dans cette crise, nous avons donc appris que l’église est plus qu’un simple bâtiment. Nous avons découvert que chacun de nos foyers et de nos familles est appelé à devenir et à être ce que saint Jean Chrysostome décrit comme une « petite église » (ἐκκλησία μικρά) – pas seulement de nom, mais en pratique. Nous devrions tous être reconnaissants de cette précieuse leçon donnée par notre Seigneur qui nous assure que : « là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20). En effet, Jésus-Christ est plus proche de nous que nous ne le sommes de nous-mêmes.

L’ÉGLISE NE DOIT PAS AVOIR PEUR DE FAIRE USAGE DE LA TECHNOLOGIE AU PROFIT DU PEUPLE DE DIEU

Question : Nous pouvons maintenant voir de nombreux exemples du « passage » de l’église au mode en ligne. Est-ce une pratique positive à votre avis ? Le Patriarcat œcuménique diffusera-t-il en direct le service de la fête de Pâques ?

Réponse : L’un des résultats positifs de ce grand défi universel est que nous devons maintenant réfléchir de manière réfléchie et créative à nos relations les uns avec les autres. Le fait de travailler ensemble à distance, grâce aux divers moyens de la technologie moderne, nous a donné la possibilité non seulement de nous soutenir mutuellement dans un souci de réconfort et de préservation, mais aussi de faire progresser nos visions et nos projets dans un esprit de coopération et de progrès. Nous sommes vivement encouragés à découvrir les nouvelles voies empruntées par les églises, qui étaient auparavant réservées face à de tels changements. Après tout, nous constituons une tradition vivante et le corps du Christ est une communauté organique et dynamique. Nous devons toujours être attentifs mais ne jamais avoir peur dans notre utilisation de la technologie, qui doit être employée comme un moyen au service du peuple de Dieu. Nous nous réjouissons donc lorsque nous entendons parler des diverses manières dont les églises répondent à leur vocation en ce moment critique. Nous nous réjouissons de voir comment elles unissent leurs efforts pour s’adresser à leurs fidèles et pour concentrer leur attention sur leurs besoins pastoraux. Le Patriarcat œcuménique diffusera en effet la veillée pascale depuis le Phanar, ainsi que tous les services tout au long de la Semaine Sainte et de la Grande Semaine.

CETTE CRISE NOUS A RAPPELÉ QUE LE MONDE EST PLUS VASTE QUE N’IMPORTE QUELLE COMMUNAUTÉ RELIGIEUSE

Question : Quelles leçons pensez-vous que nous devons tous tirer de cette situation de menace collective pour l’humanité et de la confrontation collective avec celle-ci ?

Réponse : Les leçons que nous avons tous tirées s’avéreront incontournables lorsque nous sortirons de cette crise. Il nous a été rappelé que le monde est plus grand que nos intérêts et nos préoccupations individuels, plus grand que nos paroisses et communautés juridictionnelles, plus grand qu’une seule église ou communauté religieuse. Nous avons compris que nous devons toujours faire quelque chose de plus que ce qui ne concerne que nos vies ou nos familles. Nous éprouvons de l’admiration pour les médecins et les infirmières qui mettent leur vie en danger pour la guérison des autres. Nous avons vu ceux qui travaillent dans les magasins d’alimentation et les pharmacies, ceux qui conduisent des camions et livrent des marchandises, et surtout ceux qui donnent de leur temps ou de leur argent pour nos frères et sœurs les plus vulnérables. Toutes ces actions d’amour désintéressé exhalent le parfum de la Résurrection. En fin de compte, nous avons appris ce que les Écritures et les saints ont toujours su et affirmé – que « celui qui n’aime pas son frère, qu’il a vu, ne peut pas aimer Dieu, qu’il ne voit pas » (1 Jn 4, 20).

Permettez-moi de terminer par nos vœux les plus sincères et les plus profonds à tout le peuple ukrainien – à ceux qui ont déjà célébré Pâques le 12 avril et à ceux qui célèbrent Pâques le 19 avril – nos vœux paternels les plus sincères en cette « fête des fêtes » dans ces conditions difficiles. Le Christ est ressuscité, mes frères et sœurs bien-aimés, mais aussi mes familles et mes enfants bien-aimés. Les sombres nuages de l’obscurité et l’ombre de la mort ont été vaincus par sa Résurrection. Χριστός Ἀνέστη !

Source

Lettre d’informations

Ne manquez pas les mises à jour importantes. S'inscrire à notre lettre d'informations gratuite.

Divider

Articles populaires

Le président serbe Aleksandar Vučić et le premier ministre bulgare Boïko Borissov se sont rendus ... À la Une 173200

Le président serbe Aleksandar Vučić, accompagné par le premier ministre bulgare Boïko Borissov, a visité, le 1er juin 2020 l’église des Saints-Quar...

« Dans le conflit au Donbass, l’Église orthodoxe ukrainienne était et reste la Mère qui unit » a ... À la Une 173194

Le métropolite de Sviatogorsk Arsène, supérieur du monastère qui porte le même nom et qui dépend du primat de l’Église orthodoxe ukrainienne, le mé...

L’un des plus anciens hiérarques de l’Église orthodoxe russe, le métropolite de Tcheboksary et de... À la Une 173178

Le métropolite Barnabé, l’un des plus anciens hiérarques de l’Église orthodoxe russe est décédé le 1er juin 2020. Il avait été hospitalisé à Tchebo...

Réouverture des églises à Constantinople À la Une 173187

Les fidèles pourront revenir dans les églises de Constantinople et des autres diocèses orthodoxes de Turquie. Comme l’annonce le Patriarcat œcuméni...

21 mai (ancien calendrier) / 3 juin (nouveau) Vivre avec l'Église 108695

Jour de jeûne – dispense de poisson Icône de la Mère de Dieu de Vladimir. Saints Constantin, empereur (337) et sa mère, sainte Hélène (327), égaux ...

3 juin Vivre avec l'Église 108693

Jour de jeûne Saint Lucillien, sainte Paule, vierge, et les 4 enfants saints Claude, Hypatios, Paul et Denis, martyrs à Nicomédie (270-275) ; saint...

Lettre du patriarche œcuménique Bartholomée aux primats des Églises orthodoxes locales au sujet d... À la Une 173159

Nous publions ci-dessous le communiqué du Patriarcat œcuménique, suivi de la lettre du Patriarche Bartholomée adressée aux primats des Églises orth...

20 mai (ancien calendrier) / 2 juin (nouveau) Vivre avec l'Église 108513

20 mai (ancien calendrier) / 2 juin (nouveau) Saints Thallalée, Alexandre et Astère, martyrs en Phénicie (vers 284) ; saint Asclas, martyr en Égypt...

2 juin Vivre avec l'Église 108511

Saint Nicéphore, archevêque de Constantinople, confesseur (828) ; saint Pothin, évêque de Lyon, avec saints Sanctus, diacre, Vétius, Epagathus, Mat...

Les paroisses dans la juridiction du Patriarcat d’Antioche rouvrent leurs portes le 7 juin Actualités 173147

C'est par un communiqué que le métropolite Ignace du Patriarcat d'Antioche annonce la reprise des offices célébrés dans les paroisse da sa juridict...

19 mai (ancien calendrier) / 1er juin (nouveau) Vivre avec l'Église 108474

19 mai (ancien calendrier) / 1er juin (nouveau) Saints Patrice, évêque de Prousse en Bithynie, avec ses compagnons : Acace, Ménandre et Polyène, pr...

1er juin Vivre avec l'Église 108472

1er juin Saint Justin le Philosophe et ses compagnons : Chariton, Charité, Evelpiste, Hiérax, Péon, Valérien et Justin, martyrs à Rome (166) ; sain...