Le « patriarche » de Kiev Philarète : « Le règlement proposé par les Grecs ne nous satisfait pas. Il faut de nouveaux statuts pour notre Église »
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Le « patriarche d’honneur » Philarète (Denisenko) a donné sa première interview au site ukrainien « Glavcom ». C’est aussi la première fois qu’il s’exprime sur les événements qui se sont produits la veille du « concile de réunification » à Kiev et explique pourquoi il n’était pas invité à Constantinople pour la remise du tomos.

– Votre Sainteté, quelles émotions avez-vous éprouvées lorsque l’Ukraine a reçu le tomos ?

– Naturellement, nous sommes heureux que l’Église orthodoxe ukrainienne ait finalement reçu le tomos d’autocéphalie du patriarche œcuménique Bartholomée. Nous nous sommes adressés à lui plus d’une fois à ce sujet. Nous nous sommes adressés à lui au motif que, en 1924, l’Église de Pologne avait reçu l’autocéphalie, or elle était une partie de la métropole de Kiev. Ensuite, le patriarche œcuménique a fondé [notre autocéphalie] sur le fait qu’en 1686, la métropole de Kiev avait été illégalement réunie au Patriarcat de Moscou. Cela signifie que la Pologne est le territoire canonique du Patriarcat de Constantinople. Nous avons procédé de la même manière. Mais, pendant 25 ans, il [le patriarcat] ne se décidait pas à octroyer le tomos. Lorsque le Seigneur a créé d’autres conditions, le patriarche œcuménique, malgré le fait que Moscou se soit catégoriquement opposé, nous a également accordé l’autocéphalie. Bien que j’ai déclaré dès le début que nous sommes une partie de son patriarcat. C’est pourquoi précisément le concile qui s’est déroulé à Kiev le 15 décembre était non pas le concile de l’Église orthodoxe d’Ukraine, mais celui de la métropole de Kiev dans le cadre du Patriarcat de Constantinople. Ce n’est pas le représentant de l’Église d’Ukraine qui présidait ce concile, mais le représentant du Patriarcat de Constantinople. Au concile étaient présents les hiérarques du Patriarcat de Constantinople, qui avaient le droit de vote. Ce n’est qu’après ce concile que le patriarche œcuménique a octroyé le tomos d’autocéphalie. Cela veut dire que depuis le 6 janvier, lorsque cela s’est produit, nous sommes déjà une Église légitime, c’est-à-dire une Église canonique autocéphale.


– Étiez-vous invité à Istanbul aux solennités d’octroi du tomos ?

– Je n’ai pas reçu d’invitation. On ne m’a pas invité parce qu’ils [le Patriarcat de Constantinople] ne veulent pas reconnaître l’Église orthodoxe d’Ukraine avec le statut de patriarcat, et ils ne la reconnaissent pour le moment qu’avec un statut de métropole. Or, je suis patriarche, et si j’avais été présent lors de cette cérémonie comme patriarche, cela aurait signifié que le patriarche œcuménique reconnaissait l’Église orthodoxe ukrainienne avec le statut de patriarcat. Il [le patriarche œcuménique] n’exclut pas que l’Église ukrainienne puisse avoir le statut de patriarcat. Quand et quelles sont les conditions pour y arriver ? Si toute l’orthodoxie ukrainienne se réunit en une seule Église, ce sera le fondement pour octroyer à l’Église orthodoxe ukrainienne le statut de patriarcat. Aussi, nous sommes un patriarcat, mais seulement en Ukraine, c’est-à-dire un patriarcat non reconnu. Et nous sommes reconnus comme métropole de Kiev. Aussi, notre but, notre tâche, consiste à continuer la réunion [à la nouvelle Église] des paroisses et du clergé du Patriarcat de Moscou. Lorsque nous serons réunis, nous nous adresserons au patriarche œcuménique pour lui demander de nous accorder le statut de patriarcat.

– Quelle était la plus grande complication lors de la préparation du concile de réunification ? Deux hiérarques en tout de l’Église du Patriarcat de Moscou y sont venus, combien en attendiez-vous ?


– 12 hiérarques du Patriarcat de Moscou se sont adressés au patriarche œcuménique pour lui demander l’octroi du tomos. Il est vrai que seuls deux d’entre eux sont venus au concile, c’est pourquoi le Patriarcat de Kiev était à la base de la réalisation de ce concile. À mon avis personnel, si ces deux hiérarques n’étaient pas venus, le concile se serait néanmoins tenu et les résultats auraient été les mêmes. Mais si le Patriarcat de Kiev s’était divisé, il n’y aurait eu aucun concile, ni aucun tomos. C’est pourquoi à la base de la réalisation du concile, il y avait le Patriarcat de Kiev et l’Église autocéphale orthodoxe d’Ukraine. Cette dernière avait 1000 paroisses enregistrées et 15 hiérarques. Mais de la part du Patriarcat de Moscou, il n’y avait que 2 hiérarques et près de 30 paroisses. Certes, la participation du Patriarcat de Moscou à ce concile était minime, mais, formellement, la réunification des trois Églises s’est produite.

– Vous dite que si le Patriarcat de Kiev s’était divisé, aucun concile n’aurait eu lieu. En tenant compte du conflit qui avait surgi entre vous et le métropolite Michel [Zinkevitch, autre candidat, ndt] avant le début du concile, le schisme était-il réel ?

– Il n’y avait pas de schisme au Patriarcat de Kiev. C’est-à-dire que si même le métropolite Michel n’avait pas retiré sa candidature [à l’élection du primat], le Patriarcat de Kiev aurait existé. Mais il n’y aurait pas eu de concile.

– Le métropolite Michel devait retirer sa candidature. Était-ce votre condition ?

– Non, c’était la condition du Patriarcat de Constantinople, lorsqu’il [le patriarche Bartholomée] a vu que le Patriarcat de Kiev était divisé sur la question de celui qui devait devenir candidat au poste de primat. Il n’était pas question de schisme au sein du Patriarcat de Kiev, mais précisément du choix de l’un ou l’autre candidat. La condition du côté du patriarche œcuménique était que je renonce à poser ma candidature en tant que patriarche. Parce que je suis patriarche, or le patriarche œcuménique était d’accord pour octroyer le tomos à l’Église ukrainienne le statut de métropole. J’ai refusé [de poser ma candidature] et cela satisfaisait le patriarche œcuménique. En même temps, il a dit que celui que nous recommanderons deviendra primat. J’ai recommandé le métropolite Épiphane. Le concile des évêques du Patriarcat de Kiev l’a soutenu, et c’est alors que Michel a posé sa candidature. En voyant cette situation, le représentant du patriarche œcuménique, le métropolite Emmanuel, après avoir consulté le patriarche, a décidé de quitter la réunion et de ne procéder à aucun concile. Mais je disposais du droit de soutenir la candidature du métropolite Épiphane.

– Mais qu’est-ce qui empêchait, par un scrutin habituel, de déterminer un candidat digne parmi les hiérarques, cela n’aurait-il pas été honnête ?

– Si, du côté du patriarche œcuménique, la condition n’avait pas été posée que je doive, comme patriarche, renoncer à poser ma candidature, je serais devenu primat. J’aurais obtenu la majorité des voix. Vous comprenez où se trouve le problème ? Parce que si je ne renonce pas et que je sois élu, je deviens primat au rang de patriarche. Et alors l’Église ukrainienne aurait le statut non pas de métropole, mais de patriarcat.

– Mais il est question ici des évêques Épiphane et Michel qui au moment du vote auraient pu mettre calmement en évidence qui a du soutien…

– Oui, j’ai insisté pour que le métropolite Michel enlève sa candidature parce que je voulais que le primat soit le métropolite Épiphane. Le patriarche Bartholomée m’a donné le droit de renoncer à poser ma candidature, mais aussi de soutenir la candidature qui, à mon avis, était la meilleure.

– Encore avant son élection comme primat, c’est tout juste si l’on n’appelait pas le métropolite Épiphane votre « bras droit ». Le primat de la nouvelle Église est un homme jeune. Est-ce un bien ou un mal pour l’Église ?


– Je suis devenu exarque alors que j’avais 37 ans. La jeunesse n’est pas un obstacle pour diriger l’Église. Un jeune peut aussi le faire. Lorsque je suis devenu un jeune exarque, je l’ai fait de telle façon que l’exarchat ukrainien du Patriarcat de Moscou ait 60% des paroisses du Patriarcat de Moscou entier. Sous ma direction, les fermetures d’églises ont cessé. Du temps de mon prédécesseur, le métropolite Joasaph, les églises étaient fermées par dizaines et par centaines. Ce qui joue un rôle n’est pas l’âge, mais les capacités. Et l’expérience s’acquiert avec le temps. Et si l’on considère le cas du métropolite Épiphane, il est jeune, sans expérience, aussi il lui faut acquérir celle-ci, écouter, ne pas faire de fautes, avoir un but précis. À quoi doit-il aspirer ? À ce qui est utile à l’Église ukrainienne. Non pas à Moscou ou à Constantinople, mais à l’Église ukrainienne. Et qu’est-ce qui est utile à l’Église ukrainienne ? C’est la réunification dans une seule Église orthodoxe ukrainienne. C’est son but ! S’il chemine sur cette voie, il aura le soutien du peuple et de l’Église. S’il veut être agréable à l’un ou l’autre centre, il n’aura pas le soutien du peuple.

– Comment pouvez-vous caractériser le jeune primat, quel est son type de personne ?

– J’ai ma propre idée à ce sujet, mais je ne veux pas en parler.

– Au début de février a eu lieu la première session du Synode. Parmi ses membres, l’écrasante majorité est constituée par les représentant de l’ex-Église du Patriarcat de Kiev. Cela n’arrange pas tout le monde. Dans un entretien avec Glavkom, Mgr Macaire [Maletich] s’est plaint que soi-disant il y avait eu un accord pour un certain pourcentage de représentation de chacune des trois anciennes Églises, que vous n’avez pas observé. Alors, de quoi était-il question ?

– On s’est entendu avec le patriarche œcuménique sur le fait que le patriarche Philarète, le métropolite Macaire et le métropolite Syméon doivent être membre permanent du Synode. Et les autres hiérarques, comme l’exigeait le côté grec, doivent être chacun à tour de rôle membres du Saint-Synode. Le métropolite Épiphane a choisi la composition provisoire du Synode, pour une année ou une année et demie. Et après cela doivent venir d’autres, tour à tour, de tout l’épiscopat de l’Église orthodoxe ukrainienne. C’est l’ordre que nous ont proposé les Grecs. Cela ne signifie pas qu’un tel ordre nous satisfasse. Personnellement, cela ne m’arrange pas. Aussi, lors du prochain concile local, il faudra adopter les statuts de l’Église orthodoxe ukrainienne. La métropole de Kiev ne se trouve pas dans la structure du Patriarcat de Constantinople pour utiliser ces statuts, ces statuts grecs. Nous, en tant qu’Église autocéphale, devons avoir nos statuts ukrainiens, qui doivent être confirmés au Concile local. Pour cette raison, nous attendons la convocation du concile de l’Église orthodoxe ukrainienne, où il faudra adopter les statuts de notre Église.
– En quoi seront-ils différents de leur rédaction « grecque » et qui sont utilisés maintenant par l’Église orthodoxe ukrainienne ?

– Le principal est de changer le nombre de membres permanents du Synode. Il n’en faut pas trois, comme maintenant, mais plus, environ douze. Pour les autres, il reste la possibilité d’être à tour de rôle membres temporaires du Synode. Les membres permanents du Synode doivent être des hiérarques faisant autorité, du centre, de l’ouest, de l’est, du sud et du nord de l’Ukraine. Afin que toute l’Ukraine soit représentée au Synode par des membres permanents, c’est-à-dire comme c’était le cas jusqu’à maintenant au Patriarcat de Kiev. Il en était ainsi dans l’Église ukrainienne, tel était l’ordre et la tradition qui ne sont pas des nouveautés pour nous.  


– Selon les dispositions des statuts et les conditions du tomos, le primat de l’Église ukrainienne peut définir les candidatures au Synode d’après le principe de l’ancienneté des sacres épiscopaux. Mais dans la première composition du Synode, beaucoup de hiérarques sont absents, lesquels ont été ordonnés avant ceux qui ont été élus. Entre autres, Mgr Michel, que l’on a mentionné précédemment, s’est plaint dans un entretien à Glavkom, que c’est précisément lui qui, selon la date d’ordination, devait être élu au Synode. Alors selon quel principe est formé le Synode ?

– Comme je l’ai déjà dit, la tradition qui s’est constituée dans l’Église ukrainienne, c’est d’ailleurs la même chose au Patriarcat de Moscou, est que les membres du Synode représentent les régions. C’est le premier point. Le deuxième, ce sont des hiérarques faisant autorité. Il peut être ancien par l’ordination, mais en fait incapable d’administrer. Nous avons de tels hiérarques, et ce n’est pas un seul. Ils exercent leur ministère depuis longtemps, mais n’ont pas de capacité déterminée. De telles personnes ne peuvent diriger toute l’Église. Et ce principe d’ancienneté d’ordination n’est pas juste. L’Église n’a jamais été dirigée par ce principe. Elle mettait en place de jeunes primats, mais les vieux restaient dans leurs diocèses et n’ent bougeaient pas.

– Avez-vous conseillé le primat pour nommer quelqu’un au Synode ?

– Jusqu’à maintenant non, ce sont tous ses candidats.

– Il n’est pas indiqué avec précision dans les statuts, comment doit fonctionner la présente composition du Synode. Combien de temps faut-il attendre la rotation, selon quel principe elle doit avoir lieu ?

– L’ordre doit être le suivant : d’abord convoquer le concile local, y adopter les statuts de l’Église orthodoxe ukrainienne. Dans ces statuts, tout cet ordre doit être consigné. Et alors, sur la base des statuts élire le Synode. Mais je le souligne encore une fois : dans le Synode doivent être représentées toutes les régions d’Ukraine tant parmi ses membres permanents que les temporaires.


– Cela signifie que d’autres évêques, l’évêque Michel déjà mentionné ou l’évêque Clément de Crimée, qui selon les statuts actuels, conformément à l’ancienneté de leur sacre épiscopal, devaient être membres de la seconde composition du Synode, pourraient en être exclus, ne pas avoir droit à leur tour ?

– Ils peuvent ne pas y arriver, ils peuvent mourir (sourire)… Toutes ces dernières années, de telles situations ont eu lieu plus d’une fois. Aussi, pour nous, ce n’est pas quelque chose de nouveau, d’inhabituel. Nous avons vécu cela plus de 25 ans.

– Comment le Patriarcat œcuménique voit-il le fait que l’Ukraine veut changer les statuts qui ont été mis au point avec Constantinople ?

– Ils nous ont dit la chose suivante : adoptez pour le moment les statuts que nous vous proposons, et lorsque vous recevrez le tomos, vous serez une Église autocéphale et vous adopterez les statuts qui vous sont nécessaires.

– C’est-à-dire qu’il n’y a aucune limitation, ni conflit ?


– Non. Nous agissons légalement, non contre le Patriarcat œcuménique. Nous sommes reconnaissants au patriarche œcuménique pour ce qu’il a fait. Mais si nous sommes une Église autocéphale, nous devons agir dans l’intérêt de notre Église, de notre pays et de notre État.


– Si vous le permettez, revenons au jour de la remise du tomos à l’Église ukrainienne à Istanbul. À cet événement solennel étaient présents de nombreuses personnalités connues. Parmi elles, il y avait Viktor Iouchtchenko. Quel est son rôle dans l’octroi de l’autocéphalie à l’Église ukrainienne ?


– Son rôle a été grand. Lorsqu’il était président, il a aidé activement l’Église à recevoir le tomos. Il a rencontré le patriarche œcuménique, il a envoyé là-bas ses représentants. Ils étaient arrivés à ce point que le patriarche œcuménique avait été d’accord pour recevoir l’Église ukrainienne dans le sein du Patriarcat de Constantinople. C’est-à-dire que nous aurions été non pas Église autocéphale, mais partie du Patriarcat de Constantinople. Mais nous n’étions pas d’accord avec cela. Je me rappelle avoir rassemblé tous les hiérarques dans cette salle, nous avions invité Victor Iouchtchenko et lui avions dit que nous n’étions pas satisfaits par le statut d’Église reconnue, mais au sein du  Patriarcat de Constantinople. C’est pourquoi tout en était alors resté là. Il a fait beaucoup. Mais Petro Porochenko a fait ce que nous voulions. Et nous voulions devenir Église autocéphale. Et le patriarche œcuménique s’est mis d’accord et avec Porochenko et avec nous, les hiérarques. Et certains disent que l’État s’en est mêlé. L’État ne s’en est pas mêlé, il a aidé. Et ce sont nous qui avons adressé l’appel, tous les hiérarques du Patriarcat de Kiev, de l’Église autocéphale et 12 hiérarques du Patriarcat de Moscou. C’est-à-dire c’est l’Église qui a lancé l’appel, et que l’appel du président, c’est de l’aide. Et pourquoi le président a-t-il aidé, alors que l’Église est séparée de l’État ? Parce que sans Église indépendante, il ne peut y avoir d’État indépendant. Parce que, en s’occupant de l’État, de son indépendance, il a aidé l’Église à devenir indépendante. Et si, en Ukraine, ne s’était pas produite la division de 1992 au concile de Kharkov, et que l’Église avait été une, il n’y aurait pas eu de guere. Poutine n’avait pas de soutien en Ukraine de la part de l’Église et de la société. Sans soutien, il n’aurait pas décidé d’attaquer. Or, il a le soutien du Patriarcat de Moscou. C’est ce qu’a compris Iouchtchenko et encore plus Porochenko.

– À Istanbul était également présent l’homme d’affaires Alexandre Petrovsky. Sur les photographies, on peut le voir avec le porte-parole du parlement Andriy Paroubiy et le métropolite Épiphane. En quoi est important précisément cet homme pour l’Église orthodoxe d’Ukraine ?

– Il est important comme chaque mécène. Son rôle est d’être mécène, mais les mécènes ne dirigent pas l’Église. S’ils veulent diriger l’Église, nous nous en séparons.

– Il y en a eu de tels ?

– Il y en a eu, au Patriarcat de Moscou. De mon temps, aucun des mécènes n’a tenté de diriger notre Église.

– Alexandre Petrovsky a une réputation controversée. On lui attribue un passé criminel. Cela peut-il se refléter négativement sur l’autorité de la nouvelle Église ?

– Si l’Église se dirige d’après sa volonté, cela affectera son autorité. Mais si l’Église ignore ses souhaits et sa volonté, si ceux-ci ne sont pas utiles à l’Église, cela ne l’influencera pas. Il y a beaucoup de mécènes en Ukraine. Ils sont utiles à l’Église, mais d’autres veulent la diriger.


– C’est-à-dire que monsieur Petrovsky est utile à l’Église ?

– Jusqu’à maintenant, je n’ai pas vu qu’il soit nuisible à l’Église. Sa réputation, c’est son affaire. Et il n’a pas été nuisible à l’Église, parce que nous ne l’avons pas laissé le faire.

– Dans l’une de ses dernières interviews, le métropolite Épiphane a mentionné que plus de 400 paroisses étaient passées du Patriarcat de Moscou à l’Église autocéphale. Mais sur un total de 12000. Quel résultat escomptiez-vous ?

– Nous considérons que la majorité écrasante, plus de 2/3 doivent passer de l’Église du Patriarcat de Moscou à l’Église orthodoxe d’Ukraine. Et cela devra se faire. Est-que cela doit se produire dans trois ans, cinq ans, ou dans vingt-cinq ans, cela doit absolument se produire. Simplement parce qu’il existe l’État ukrainien. Et il ne peut exister s’il n’y a pas une Église orthodoxe unie. Et quel que soit le président ukrainien, son devoir sera de préserver l’indépendance de l’État. Cela ne veut pas dire qu’en Ukraine, il n’y a que l’Église orthodoxe. Il y a des greco-catholiques, des catholiques-romains, des protestants, des juifs et des musulmans. Mais la religion la plus importante en Ukraine est l’Église orthodoxe. C’est pourquoi il lui incombe une mission qui n’est pas facile. Bien sûr, l’Église gréco-catholique joue un grand rôle, parce que 9% de la population ukrainienne lui appartient.

– Le but de l’Église ukrainienne est la réunification, comme l’atteindre si les représentants du Patriarcat de Moscou ne veulent aucun contact ? Comment voyez-vous cette unification, qu’est-ce qui pourrait être l’objet de discussions avec l’Église du Patriarcat de Moscou ?

– Le fait est qu’aujourd’hui, ils ne sont pas d’accord, mais demain, ils le seront. En 1992, personne ne croyait que l’Ukraine recevrait le tomos d’autocéphalie. De la même façon, j’en suis sûr à 100%, la réunification aura lieu. Mais quand, je ne le sais pas. Les hiérarques, le clergé et les paroissiens se joindront à l’Église orthodoxe ukrainienne. Ils y viendront, parce qu’ils vivent dans l’État ukrainien.

– Quel peut être le catalyseur pour la réunification ?

– Le catalyseur est que l’Église russe en Ukraine ne peut s’appeler ukrainienne, conformément à la loi adoptée par le Parlement. C’est le premier point et cela aide. Le deuxième point est la loi du choix du centre par chaque communauté religieuse. Jusqu’à maintenant, il n’y avait pas de mécanisme semblable, mais il existe maintenant grâce au parlement. Cela permet aussi la réunification.

– L’Église du Patriarcat de Moscou accuse l’État d’immixtion. Il semble que des lettres soient envoyées par l’administration régionale aux chefs des administrations de district les obligeant à organiser des assemblées paroissiales afin que les communautés se conforment à la loi et changent leur appellation en fonction du centre de leur organisation religieuse. De tels faits vous sont-ils connus ?


– L’État y contribue, c’est un fait. De la même façon que le président a contribué à l’obtention du tomos. Mais l’État contribue de telle façon que l’a fait le président, à partir de ses positions gouvernementales, en se défendant. Le président doit-il défendre l’État ? Tous disent qu’il le doit. Et de quelle façon ? De la façon dont il le fait. Les autorités, sur place, doivent-elle contribuer à l’unité de la société ukrainienne ou non ? Ou doivent-elle diviser la société ?


– Mais l’État et l’Église sont séparés, où est la limite entre l’immixtion et la coopération ?


– Oui, ils sont séparés. L’Église ne se mêle pas de politique, et l’État ne se mêle pas de la vie interne de l’Église. Je connais le temps quand elle se mêlait, je sais comment agissait le pouvoir soviétique, et comment agit maintenant le pouvoir actuel. C’est une attitude diamétralement opposée envers l’Église. Si, à l’époque soviétique, il y avait une dépendance totale de l’Église par rapport à l’État, maintenant, nous avons une liberté entière. Mais il ne faut pas oublier que l’Église, c’est le peuple, et le peuple, c’est l’État. Aussi, l’Église influence l’État, mais moralement, elle ne se mêle pas de ses affaires internes.


– Le Patriarcat de Moscou accuse l’État ukrainien de se mettre du côté de l’une des Églises…

– Bien sûr, l’État est du côté de l’Église qui le soutien. Il n’est pas seulement du côté de l’Église orthodoxe, mais aussi de l’Église gréco-catholique, catholique-romaine, des musulmans et des juifs. L’Église est du côté de tous ceux qui soutiennent l’État et contre ceux qui agissent contre l’État.

– C’est-à-dire que vous considérez légitime que l’État oblige les fonctionnaires, par de telles lettres, à influencer les paroisses ?


– Je ne vois rien de mal à cela. C’est un appel à observer la loi.


– Depuis janvier de l’an passé, lorsque l’Église ukrainienne a reçu l’autocéphalie, aucune Église locale n’a encore reconnu l’Église orthodoxe d’Ukraine. Pourquoi ce retard ?

– Cela est dû au fait que Moscou influence toutes les Églises afin qu’elles ne reconnaissent pas la décision du patriarche œcuménique d’octroi du tomos d’autocéphalie à l’Église ukrainienne. Par exemple, l’Église d’Antioche a déclaré catégoriquement qu’elle ne soutient pas le tomos du patriarche œcuménique. Parce que la Syrie dépend de la Russie. Cette Église est financée entièrement par l’Église russe. Écoutera-t-elle l’Église russe ? Elle le fera. Elle le fait. Comme les autres. Moscou les influence de l’une ou l’autre façon.

– Est-ce que Moscou influence vraiment la majorité ?

– Elle influence ceux qui ont déjà fait des déclarations semblables à celle de l’Église d’Antioche. Mais cela ne nous inquiète pas et ne doit pas nous inquiéter. Parce que notre devoir est de réunir l’orthodoxie ukrainienne en une seule Église. Lorsque nous y parviendrons, le veulent-ils ou non, ils seront forcés de reconnaître notre Église. Parce qu’elle sera la deuxième après l’Église russe. Et plus grande que les autres Églises orthodoxes.

Source (dont photographie) : Glavcom

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À propos de l'auteur

Christophe Levalois

Christophe Levalois

Professeur d'histoire et de géographie, auteur, derniers ouvrages parus : "La royauté et le sacré" (Cerf, 2016) ; "Le christianisme orthodoxe face aux défis de la société occidentale" (Cerf, 2018).

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