«L’homme divin» : comment les approches historico-critiques transforment Jésus en mythe

Cet article continue la série des textes basée sur les six volumes de « Jésus-Christ. Vie et Enseignement » par le métropolite Hilarion Alfeyev que vous trouverez tous les vendredis depuis cette page. Au fil de cette série, nous nous immergerons dans l’univers de la vie et des enseignements de Jésus-Christ, fidèlement conservés au sein de la religion chrétienne et notamment dans la tradition orthodoxe. Ensemble, nous entreprendrons un voyage de redécouverte de la personnalité de Jésus qui a une influence profonde sur notre monde et qui continue de le modeler à travers les âges.

Aujourd’hui, la tâche la plus urgente qui incombe à la communauté scientifique est de démythologiser la science néotestamentaire. Sa réussite déterminera en grande partie la direction que prendront les recherches néotestamentaires. Mais qu’entendons-nous exactement par là?

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Durant plus de deux siècles, la science néotestamentaire s’est développée sous l’influence de mythes créés par des spécialistes. Un mythe naissait d’abord dans la tête d’un chercheur ou d’un groupe de chercheurs. Ensuite, d’autres scientifiques le reprenaient, commençaient à l’analyser, à le compléter, à le développer, à le réfuter.

En conséquence, le sujet de la recherche scientifique devenait le mythe lui-même, et non pas le texte évangélique, utilisé uniquement comme point d’appui pour démontrer le bien-fondé des affirmations des inventeurs du mythe.

Le portrait de Jésus dans le Nouveau Testament: inspiré par la littérature grecque?

Parmi ces mythes figure, par exemple, la conception de « l’homme divin » (ὁ θεῖος ἀνήρ), à l’aide de laquelle de nombreux chercheurs ont tenté d’expliquer les miracles de Jésus.

Cette conception se fondait sur l’affirmation que l’image de Jésus comme thaumaturge avait été modelée par les auteurs des écrits du Nouveau Testament sur le modèle des « hommes divins » de la littérature grecque, en particulier Apollonios de Tyane, un philosophe néopythagoricien né à la même époque que Jésus, mais mort bien après lui.

On aurait utilisé pour créer l’image de ce philosophe et d’autres philosophes semblables la même typologie que celle sur laquelle repose la représentation néotestamentaire de Jésus comme thaumaturge. Appliquée le plus souvent à l’Évangile de Marc, cette conception est complètement tirée par les cheveux.

Ces « hommes divins », auxquels on se réfère habituellement, étaient ou bien contemporains de Jésus, ou bien ont vécu après lui; toutes les sources littéraires dans lesquelles ils sont mentionnés ont vu le jour bien plus tard que les Évangiles. Le syntagme lui-même « homme divin » n’est utilisé nulle part dans le Nouveau Testament, et il est le fruit de l’imagination des savants.

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Rejet de la divinité de Jésus à travers la conception de «l’homme divin»

Malgré de nombreuses tentatives, il s’est révélé impossible d’établir un lien entre les Évangiles et la littérature grecque. Même la supposition selon laquelle la conception de « l’homme divin » — ayant prétendument joué un rôle dans le développement de la christologie par l’intermédiaire du judaïsme hellénistique d’Alexandrie — n’a pas donné de crédibilité scientifique à l’hypothèse.

La conception de « l’homme divin » est née du rejet de la nature divine de Jésus et de ses miracles. Cette position de départ a conduit à la création d’un mythe dont certains spécialistes se sont volontiers emparés, car il permettait d’expliquer l’apparition des récits de miracles de Jésus.

Bien sûr, cette théorie a trouvé ses détracteurs et, à l’heure actuelle, de nombreux chercheurs se montrent sceptiques, voire hostiles à son égard. Cependant, elle continue d’exercer une influence sur les recherches consacrées aux miracles de Jésus.

Projections des premières communautés dans les récits de l’Évangile sur Jésus

Un autre mythe scientifique est lié à l’idée que les Évangiles auraient été composés pour un public précis, à savoir les communautés ecclésiales auxquelles appartenaient les évangélistes.

Fondamentalement, cette théorie consiste à dire qu’il existait à la fin du Ier siècle des communautés judéo-chrétiennes isolées, soumises à des persécutions de la part des païens et traversées par diverses crises internes, liées à des conflits entre convertis du paganisme et convertis du judaïsme.

C’est au sein de ces communautés qu’auraient vu le jour les Évangiles, afin d’affermir la foi des membres de ces communautés, de les consoler des persécutions des « ennemis extérieurs », de réduire les facteurs de conflits internes. Chaque communauté, selon ce point de vue, projetait ses problèmes et ses questions sur les récits de la vie de Jésus. C’est donc à la lumière de ces problèmes et de ces interrogations qu’il faudrait aborder le texte évangélique.

Comment cette conception est-elle appliquée dans la pratique? Nous explorerons ce sujet plus en détail dans notre prochaine publication…

Si le désir de parcourir plus avant les sentiers de l’impact historique et spirituel de Jésus-Christ résonne en vous, nous vous suggérons de vous tourner vers le premier volume de “Jésus-Christ. Vie et Enseignement”. Une visite sur le site des Éditions des Syrtes vous ouvrira les portes de Début de l’Évangile. Cette exploration se déroule sous la lumière de la tradition orthodoxe, patristique et liturgique, tout en étant attentivement menée en dialogue avec les perspectives de la critique biblique contemporaine. Dans ce processus, le livre vous encourage à revisiter et à restructurer les informations déjà connues sous une nouvelle lumière. Laissez cette œuvre élargir votre horizon sur la figure de Jésus, vous guidant vers une compréhension plus riche et nuancée, profondément enracinée dans la tradition, tout en restant réceptive aux interrogations et aux avancées de notre époque.

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