Mgr Hilarion (Alfeyev) : « Il n’est peut-être pas trop tard, pour Constantinople, de renoncer au ‘concile de réunification’ »
  • Facebook
  • Twitter
  • Email
  • Vkontakte
  • Messanger
  • Telegram
  • WhatsApp
  • Twitter
  • Pinterest

À la veille du « Concile de réunification» en Ukraine, le métropolite de Volokolamsk Hilarion a publié les réflexions suivantes :

« Car, lequel de vous, s’il veut bâtir une tour, ne s’assied d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer, de peur qu’après avoir posé les fondements, il ne puisse l’achever, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler, en disant : cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever? Ou quel roi, s’il va faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour examiner s’il peut, avec dix mille hommes, marcher à la rencontre de celui qui vient l’attaquer avec vingt mille? » (Lc XIV, 28-31)

Il semble que le patriarche de Constantinople Bartholomée, en projetant la « tour » « du concile de réunification », n’a pas calculé au préalable les risques liés à cette aventure. Misant sur les schismatiques, les reconnaissant et s’associant à eux, il a détourné de lui-même et de son projet les millions de fidèles de l’Église orthodoxe d’Ukraine canonique. Sur la base des structures schismatiques est convoqué « le concile de réunification », mais qui est-il capable de réunir, si même entre elles, ces structures ne peuvent s’entendre ? Il semble que le président ukrainien P.A. Porochenko aussi, a mal calculé les coûts et les risques. Il a opposé à l’armée de plusieurs millions de fidèles orthodoxes, unis sous la direction faisant autorité de S.B. le métropolite Onuphre, des régiments de schismatiques, au minimum deux fois moins nombreux que les premiers. Mais ces régiments, qui n’ont pas un chef unique, qui sont dispersés et divisés, ne peuvent remporter la victoire dans la guerre qu’a déclarée le président à une partie importante de son propre peuple. S’asseoir et prendre conseil avec des experts compétents, c’est ce qu’auraient dû faire tant le patriarche de Constantinople Bartholomée, que le président ukrainien. Il n’est peut-être pas trop tard pour arrêter la construction de la « tour, » afin de ne pas sombrer dans le ridicule ? Peut-être, il n’est pas trop tard pour renoncer à l’idée du « concile de réunification », qui est de toute évidence voué à l’échec, afin de ne pas se déshonorer devant le monde entier ? Pour la première fois dans l’histoire, la promesse d’octroyer l’autocéphalie est donnée non pas sur la demande des fidèles orthodoxes, mais à l’encontre de leur volonté clairement exprimée. Pour la première fois dans l’histoire, l’autocéphalie est imposée à l’aide de la brutalité, en utilisant des méthodes d’influence et de pressions, intolérables pour le monde civilisé. Les clercs [de l’Église canonique, ndt] sont appelés massivement à des interrogatoires par les services spéciaux, les hiérarques sont exposés à des perquisitions humiliantes, les monastères les plus grands sont menacés d’expropriation, tandis que leurs moines seront jetés à la rue. Le patriarche de Constantinople, encore au mois d’octobre, a envoyé à S.B. le métropolite de Kiev une lettre d’une insolence sans précédent. Sa quintessence peut être résumée ainsi : nous ne vous appelons métropolite de Kiev que par condescendance, et nous avons en fait dissous votre Église et en créerons une nouvelle ; vous êtes invité au « concile de réunification » et vous pouvez même présenter votre candidature au poste de chef de la nouvelle structure. Les avis de convocation au « concile de réunification » signés par le patriarche Bartholomée, sont remis aux hiérarques de l’Église canonique par les représentants du pouvoir séculier. Il va de soi que cette « invitation au supplice » a été rejetée avec indignation par tout l’épiscopat de l’Église d’Ukraine, qui a adopté à l’unanimité la résolution de ne pas participer à une réunion destinée à détruire l’ordre canonique et à légitimer le schisme. En janvier 2016, le patriarche Bartholomée, devant les primats et les délégués de toutes les Églises orthodoxes locales s’est adressé à S.B. le métropolite Onuphre par ces paroles : « Nous saluons S.B. le métropolite Onuphre, comme le seul chef canonique des fidèles orthodoxes d’Ukraine et, cela va de soi, avec tous les hiérarques qui lui sont subordonnés ». Or, maintenant, le patriarche Bartholomée s’est proclamé chef de tous les fidèles orthodoxes d’Ukraine et a envoyé son représentant à Kiev pour la création de la nouvelle structure ecclésiastique. Quelle sera cette structure, on écrit beaucoup à ce sujet dans la presse ukrainienne. Contrairement aux attentes du président Porochenko, elle ne sera ni nationale, ni autocéphale. Les statuts de cette structure n’ont pas été rédigés à Kiev, mais à Istanbul, et transmis au représentant de l’administration du président ukrainien sous sa forme achevée. Il est stipulé dans les statuts que « l’Église orthodoxe en Ukraine » ainsi créée n’aura pas le droit d’ouvrir des paroisses en dehors d’Ukraine ; qu’elle ne pourra pas canoniser ses propres saints, mais devra en formuler la demande à Istanbul, où seront prises les décisions ; le Saint-Chrême sera reçu également d’Istanbul. Tout hiérarque de cette Église, mécontent des décisions de sa hiérarchie pourra interjeter appel auprès du patriarche de Constantinople, et son sort sera décidé à Istanbul, et non à Kiev. L’aventure de la création d’une « Église autocéphale » en Ukraine à l’encontre de la majorité des fidèles du pays est vouée à l’échec. Cela est évident pour chaque observateur neutre. Mais vraiment, peut-on demander, le patriarche Bartholomée n’a-t-il sollicité le conseil de personne avant de s’impliquer dans cette histoire ? Bien sûr, il a pris conseil auprès « d’experts » de son propre entourage, qui lui ont suggéré que dans l’Église orthodoxe d’Ukraine, il y avait beaucoup de partisans de l’autocéphalie qui participeraient tous au « concile d’unification ». Ils ont mentionné différents chiffres, de 10 à 25 hiérarques [de l’Église canonique, ndt], voire même plus. Ils ont dressé le tableau de millions de fidèles, affamés et assoiffés du tomos constantinopolitain. Ils ont produit de fausses statistiques, en minimisant le nombre des partisans de l’Église canonique et en surestimant le nombre d’adeptes des structures schismatiques. Ils l’ont convaincu qu’il suffisait de lever les sanctions prononcées contre les schismatiques et ceux-ci entreront en communion avec l’Église canonique. Des conseillers incompétents ont induit en erreur le patriarche Bartholomée, lesquels ont dressé un faux tableau de ce qui se passe en Ukraine. Il est vrai qu’il y avait aussi ceux qui lui ont parlé de la véritable situation des choses et l’avaient prévenu des désastreuses conséquences de la ligne qu’il avait retenue. Le patriarche Cyrille, et aussi les primats d’un certain nombre d’Églises orthodoxes locales, ont discuté avec le patriarche Bartholomée. Malheureusement, il est resté sourd à ces avertissements. Et il moissonne aujourd’hui les fruits amers de son refus de prêter attention à la voix de l’Orthodoxie mondiale. Aucune Église locale n’a donné son soutien aux agissements du patriarche de Constantinople dans le sens ukrainien. Cela n’est-il pas un indicateur éloquent du niveau d’autorité dont dispose aujourd’hui le patriarche de Constantinople dans l’Orthodoxie mondiale ? Son autorité est irrémédiablement minée car, appelé à unir l’Église, il l’a divisée ; celui que l’on considérait le premier parmi les égaux, s’est déclaré premier sans égaux, n’ayant pas besoin du soutien d’autres Églises. Au lieu d’envoyer des convocations au « concile d’unification » aux hiérarques de l’Église d’Ukraine en passant outre à leur Primat canonique, le patriarche de Constantinople aurait dû « envoyer une ambassade pour demander la paix » en Ukraine : s’excuser devant S.B. le métropolite Onuphre, s’excuser devant les millions de fidèles pour la douleur qui leur avait été causée et renoncer à de futures actions dans le sens ukrainien. Quant au président ukrainien, il devrait cesser de s’occuper de ce qui n’est pas son affaire. Que les fidèles orthodoxes ukrainiens décident eux-mêmes de leur sort, sans pression et violence de la part du pouvoir séculier !

Source

Chers lecteurs,

Ceci est l’un des cinq articles que nous vous donnons à lire gratuitement.

Pour accéder à un nombre illimité d’articles complets, veuillez :

  • Facebook
  • Twitter
  • Email
  • Vkontakte
  • Messanger
  • Telegram
  • WhatsApp
  • Twitter
  • Pinterest

À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

Lettre d’informations

Ne manquez pas les mises à jour importantes. S'inscrire à notre lettre d'informations gratuite.

Divider

Articles populaires

Déclaration de l’Église orthodoxe de Crète au sujet de l’Eucharistie À la Une 173084

En date du 27 mai 2020, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Crète a publié la déclaration suivante sur la sainte Communion et le mode de son a...

Décès de l’archevêque de Stuttgart Agapit (Église orthodoxe russe hors-frontières) À la Une 173071

Le 28 mai 2020, en la fête de l’Ascension du Seigneur, l’archevêque de Stuttgart Agapit est décédé à l’âge de 65 ans. Mgr Agapit était vicaire du d...

29 mai Vivre avec l'Église 69302

Jour de jeûne Transfert des reliques de sainte Théodosie de Tyr, vierge, martyre à Césarée de Palestine (307-308) ; saint Conon et son fils saint C...

16 mai (ancien calendrier) / 29 mai (nouveau) Vivre avec l'Église 69300

Jour de jeûne – dispense de poisson Saint Théodore le Sanctifié (ou le Consacré), disciple de saint Pacôme en Égypte (368) ; saints Guy, Modeste et...

Père Marc-Antoine Costa de Beauregard : « Tirer les conséquences de la Résurrection » À la Une 173064

Nous nous saluons pendant tout le temps pascal d’un joyeux « le Christ est ressuscité ! » Mais à quelle réalité correspond cette belle formule ? Es...

Le 8e cahier d’activités pour les enfants : Pâques-Ascension-Pentecôte À la Une 173047

La Fraternité orthodoxe en Europe occidentale vient de mettre en ligne son 8e cahier d’activités pour les enfants (le premier, le second, le troisi...

28 mai Vivre avec l'Église 69297

ASCENSION DE NOTRE SEIGNEUR Saint Eutyque, évêque de Mélitène, martyr (Ier s.) ; sainte Héliconide, vierge, martyre à Corinthe (244) ; saint Manvie...

15 mai (ancien calendrier) / 28 mai (nouveau) Vivre avec l'Église 69294

ASCENSION DE NOTRE SEIGNEUR. Saint Pacôme le Grand, fondateur du cénobitisme en Haute-Égypte (348) ; saint hiéromartyr Euphrase, évêque, patron d’A...

Seul le clergé pourra communier dans les paroisses du Patriarcat œcuménique au Grand-Duché du Lux... À la Une 173031

Dans un message au clergé et aux fidèles du Grand-Duché du Luxembourg, le métropolite Athénagoras de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg (Patri...

Homélie du père Placide (Deseille) pour l’Ascension de notre Seigneur À la Une 173025

Lа fête de l’Ascension ne marque pas la fin du temps pascal. Le temps pascal, c’est la sainte cinquantaine de jours qui suit la fête de Pâques et q...

En ligne : « Orthodoxie » (France 2), « La Bible d’Alexandrie » (deuxième partie) À la Une 173015

Ci-dessous, jusqu’au 20 juin, l’émission de télévision « Orthodoxie » sur France 2 du jeudi 21 mai. Il s’agit de la deuxième partie (première...

L’archevêque de Tirana Anastase : « Dieu nous oblige à traverser un tunnel difficile » À la Une 173008

L’archevêque de Tirana Anastase a abordé, au cours de sa prédication dominicale en la cathédrale de la capitale albanasie, l’ouverture des églises ...